Soixante-trois ans après la fin de la deuxième guerre mondiale, six décennies après la naissance d'Israël et plus de quarante ans après l'établissement des relations diplomatiques entre l'Allemagne démocratique et l'Etat juif, la visite de dirigeants allemands à Jérusalem reste un exercice semé d'embûches. Ils sont toujours soupçonnés d'en faire trop ou pas assez. L'ancien chancelier Kohl l'avait appris à ses dépens quand, pensant souligner la rupture des jeunes générations allemandes avec la barbarie nazie, il avait vanté les mérites de la "naissance tardive". Cette déclaration avait entraîné un malentendu avec les Israéliens, qui l'avaient interprétée comme la volonté de tirer un trait sur le passé.
Angela Merkel, qui a achevé un voyage de trois jours en Israël, accompagnée d'une grande partie de son gouvernement, a su éviter cet d'écueil. Sa visite a été une première à bien des égards. Elle a été le premier dirigeant allemand grandi dans "l'autre Allemagne" - la RDA communiste, qui s'est obstinée pendant quarante ans à refuser sa part de l'héritage national-socialiste - à se rendre en visite officielle à Jérusalem. Elle a été le premier chef d'un gouvernement allemand à s'adresser à la Knesset dans sa langue maternelle. Elle a été la première à coprésider avec Ehoud Olmert une réunion des deux gouvernements, un de ces conseils des ministres communs que l'Allemagne organise avec la France ou la Pologne.
Devant le Parlement israélien, la chancelière a trouvé les mots pour souligner "la responsabilité éternelle de l'Allemagne dans la catastrophe morale de l'histoire allemande" que fut la Shoah. Seule une poignée de députés de droite ont refusé d'assister à la cérémonie.
Mais la gauche israélienne, tel l'éditorialiste d'Haaretz, critique aussi Mme Merkel. Elle lui reproche d'avoir confondu un soutien inconditionnel à l'existence d'Israël - principe fondateur de la diplomatie allemande - avec une approbation sans nuance de la politique israélienne actuelle. La chancelière a en effet condamné les tirs de roquette sur les villes israéliennes, mais n'a pas dit un mot de la répression menée par Tsahal à Gaza. Contrairement à d'autres responsables occidentaux, elle n'a pas couplé sa visite en Israël avec un détour dans les territoires occupés pour rencontrer le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, qu'elle s'est contentée d'appeler au téléphone.
Avec Gerhard Schröder et surtout Joschka Fischer, le gouvernement rouge-vert, qui a précédé la grande coalition au pouvoir à Berlin, avait réussi à définir un équilibre entre la solidarité avec Israël et une appréciation critique de la politique israélienne. Cet équilibre est certes délicat à respecter. Mais il assure aux amis d'Israël, et particulièrement à l'Allemagne, une influence plus forte en faveur de la pérennité de l'Etat juif.
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