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Vieux 20/01/2004, 19h01
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Par défaut Tanger: des bidonvilles qui s'autogénèrent

Drôle de destinée est celle de Houmat N'çara, au coeur de Tanger. Au lieu de construire un centre culturel et un jardin public, le quartier voit pousser comme des champignons, des constructions en tôle galvanisée.

Ce bidonville emblématique construit au début des années 40 et complètement rasé en mai 2001 renaît de ses cendres. Des maisons en tôle ont commencé, en effet, à prendre corps au début de ce mois, et ce au vu et au su des autorités locales, sur le terrain qui devait abriter des locaux communautaires, un centre culturel et un espace vert, et dont l'aménagement est déjà confié à deux architectes de la ville.

L'opération de recasement des bidonvillois de Houmat N'çara a été en elle-même, rappelons-le, innovatrice dans son approche. L'actuel wali de Tétouan Mohamed M'Barki, alors secrétaire d'Etat à l'Habitat, a tenu personnellement des réunions de travail avec les directeurs centraux de son département et des responsables de l'ANHI, l'Agence nationale pour la lutte contre l'habitat insalubre, en vue de la formulation d'une convention de gestion de cette opération, formalisant un compromis d'entente entre la population et l'Administration.

Un compromis prenant en considération les demandes fondées de la population et les garanties exigées par les différents intervenants pour assurer la réussite de l'opération, notamment le respect du montage technico-institutionnel.

La convention qui allait concrétiser pour la première fois, un nouveau concept dans les rapports avec la population initié par le département de l'Habitat et de l'Aménagement du Territoire en général a été signée le 15 mai 2001 entre l'ANHI, l'ancienne régie de distribution d'eau et d'électricité, l'Administration et un représentant de la population concernée. Cet accord consacre ainsi pour la première fois, l'approche participative prônée comme politique générale par le département de l'Aménagement du Territoire.

Ce qui allait suivre est connu de toute la ville : le démantèlement du bidonville dont la dernière baraque est tombée le 29 mai, le recasement des habitants dans un terrain aménagé à cet effet, etc. L'opération n'a pas non plus été exempte de son lot de scandales qui ont défrayé la chronique à l'époque. Il s'agit notamment de dérapages de certains agents de l'Administration locale, les autorités locales en particulier, qui en ont trouvé une occasion et un moyen tout indiqué pour s'enrichir davantage aux dépens de la masse des déshérités. La liste de ce genre de dérapages est longue et connue de tout un chacun.

Pour l'histoire, le bidonville a vu le premier recensement de sa population au début des années 80 lors du lancement d'un programme national de résorption des petits et moyens bidonvilles. En 1981, le département de l'Habitat demande l'acquisition du terrain où se trouve le quartier pour le "relogement sur place". Une première expertise initiée en 1986 allait affirmer que la superficie du bidonville était insuffisante en rapport avec la densité des habitants. Une décision a été prise pour reloger la population dans un autre site et réserver celui du bidonville aux équipements sociaux et administratifs.

En 1991, l'Administration a pris la décision de transférer Houmat N'çara vers d'autres quartiers, la prise en charge de l'opération a été confiée à l'ANHI en 1994.

En1996, toutes les tentatives pour convaincre la population de s'installer sur le nouveau site choisi par l'autorité locale ont échoué. En avril 2001, une nouvelle vision de la gestion urbaine voit le jour avec le début d'un dialogue entre la population et l'Administration.


Une série de réunions entre l'Administration et le comité de quartier représentant les occupants a abouti à une solution définitive du problème de relogement des habitants. Moyennant une série de facilités et une aide de l'Etat et des pouvoirs publics, les quelque 450 ménages recensés ont consenti à quitter leur construction en tôle galvanisée vers de véritables logements en dur qu'ils ont construits eux-mêmes sur les trois sites proposés et qu'ils ont fini par accepter.

Près de trois ans après l'opération, le site du bidonville n'a toujours pas vu la construction des équipements sociaux et administratifs auxquels il était destiné, encore moins l'aménagement de l'espace public qui faisait partie du lot. Pour cela, faudrait-il, peut-être d'abord commencer par initier une nouvelle opération de recasement du bidonville.


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