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| L'islam, quasiment absent des préoccupations des jeunes issus de l'immigration maghrébine jusqu'aux années 1980, devient une référence majeure, donnant sens à leur vie quotidienne et à leur identité dans l'espace public. C'est ce qui ressort d'une étude sur "L'islam à l'école", réalisée par les sociologues Khadija Mohsen-Finan et Vincent Geisser pour l'Institut des hautes études sur la sécurité intérieure (Ihesi). Les enquêteurs ont interrogé 494 collégiens et lycéens de Lille, Montbéliard et Marseille au cours des années 2000 et 2001. Parmi eux, 42 % étaient de confession musulmane. L'étude établit une comparaison entre élèves musulmans et non-musulmans sur trois thèmes : le rapport à l'institution scolaire, la socialisation politique et la place de la religion. La première leçon de ce travail est que les élèves d'origine maghrébine se définissent principalement comme musulmans. A la question "Parmi les éléments suivants, lequel te caractérise le mieux ? ", 33% citent en tête la religion, devant le lieu d'habitation (11,4%), ou la couleur de la peau (10,5%). Chez les élèves non-musulmans, c'est l'identité homme-femme qui est citée en premier (24,6 %), suivie du lieu d'habitation (27 %), la religion n'étant choisie que par 4% d'entre eux. 85,7 % des élèves musulmans estiment que les convictions religieuses sont "importantes " ou "très importantes", contre 35,6 % des élèves non-musulmans. Les auteurs de l'étude estiment toutefois que ce classement ne préjuge en rien de la place concrète de la religion dans la vie quotidienne des élèves. Le reférent religieux jouerait davantage, selon eux, le rôle d'un "marqueur social". Ils en veulent pour preuve les réponses manifestement surévaluées aux questions portant sur la pratique religieuse : 25,7 % des élèves musulmans affirment se rendre dans un lieu de culte au moins une fois par semaine, 85 % déclarent suivre toujours le jeûne du Ramadan et 81 % affirment manger halal à la maison. Les auteurs en tirent la conclusion que "la religion musulmane participe aujourd'hui à l'affirmation de soi (...) et cela d'autant plus que les élèves ont intériorisé l'idée de stigmatisation du fait musulman." Les collégiens et lycéens de confession musulmane ont une conception de la laïcité plus ouverte que leurs camarades non-musulmans : 52,4 % seraient favorables à l'introduction de cours de religion à l'école (10,6 % chez les non-musulmans) et 63 % sont partisans du port de signes religieux dans l'institution scolaire (28,5 % chez les non-musulmans). Cependant, les élèves musulmans ne remettent pas en cause le principe de la laïcité. En matière politique, les sympathies des élèves musulmans vont majoritairement à la gauche : parmi les candidats à l'élection présidentielle, Lionel Jospin arrivait très largement en tête, choisi par 38,6 % des élèves musulmans (15,5 % chez les non-musulmans), suivi de Jacques Chirac, qui recueillait les préférences de 16,7 % d'entre eux (14,4 % des non-musulmans). En matière de mœurs, en revanche, les collégiens et lycéens musulmans sont plus conservateurs : contrairement à leurs camarades non-musulmans, ils sont majoritairement hostiles à l'avortement (52,9 %) et aux relations sexuelles avant le mariage (51,4 %). De même, 70 % d'entre eux sont opposés à la dépénalisation de l'usage du cannabis (48,2 % des non-musulmans). Pour Khadija Mohsen-Finan et Vincent Geisser, l'islam fonctionne plus "comme un instrument de valorisation au sein du groupe d'élèves que comme un signe de profonde conviction religieuse. Par opposition à l'islam transplanté des parents, l'islam des jeunes ocialisés et scolarisés en France constitue un moyen de s'affirmer en tant que minorité musulmane définitivement installée. |
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| islam, jeunes, religion |
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