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Vieux 25/01/2004, 22h17
 
Date d'inscription: janvier 2004
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Par défaut Exclues de l'école à cause du voile, et après

Chaque année, des adolescentes portant le foulard islamique quittent l'enseignement public. Une «évaporation» qui n'est comptabilisée nulle part. Le ministère de l'Education nationale assure ne pas pouvoir quantifier le phénomène, mais parle de «dix contentieux par an». Quand un conseil de discipline ordonne une exclusion, l'administration doit fournir à l'élève un établissement d'accueil. Rares sont ceux qui se portent candidats. Ainsi à Thann (Haut-Rhin), Hilal, 12 ans, exclue fin novembre du collège Charles-Walch (800 élèves), est toujours sans établissement.

«Refus». Exclue pour «prosélytisme aggravé», cette élève de sixième est prise en étau. Il y a d'un côté l'obstination de ses parents, soutenus par le Dr Abdallah (auteur du livre le Foulard islamique et la République française, mode d'emploi), Strasbourgeois converti à l'islam, toujours prompt à proposer ses services aux familles dans ce genre d'affaire. Et de l'autre, l'embarras de l'Education nationale. L'inspecteur d'académie du Haut-Rhin témoigne : «J'ai proposé une scolarisation dans la famille avec un enseignement à distance et mis la famille en contact avec le principal de l'autre collège de Thann, en espérant que ce changement d'interlocuteur débloque la situation. Les refus nous sont parvenus très vite, par voie de lettres recommandées.» Une dernière proposition vient d'être adressée aux parents. «En cas de refus, je les convoquerai immédiatement et les mettrai face à leurs responsabilités», menace l'inspecteur. En clair, les parents pourraient être poursuivis pour non-respect de l'obligation scolaire. Le Dr Abdallah veut porter l'affaire devant la justice. Hilal, elle, a maintenant un projet : devenir avocate.

Alma et Lila Lévy ont elles aussi connu ce genre de bras de fer. Elles sont aujourd'hui sans école, à cause de leur foulard. Choqués par leur exclusion, des enseignants de leur ancien lycée d'Aubervilliers leur donnent des cours particuliers. Comme beaucoup d'autres, les soeurs Lévy sont inscrites au Cned (Centre national d'enseignement à distance).

Toute inscription au Cned doit être motivée. Mais cet organisme, qui n'est pas autorisé à exploiter les statistiques relatives à la confession des gens, refuse de communiquer le nombre de nouvelles demandes ayant un motif religieux. Selon le ministère, en 2000, 1 % des inscriptions au Cned (sur 368 000) ont eu ce motif. Sans pouvoir préciser la part qui revient au foulard.

«Classes sauvages». Etudier seule dans son coin n'est pas facile. Beaucoup y renoncent. Khadija, élève dans un lycée parisien, lassée des conflits autour de son foulard, a quitté l'école. Elle a trouvé refuge dans ce que l'Education nationale qualifie de «classes sauvages» : un enseignement clandestin, dans des locaux prêtés par des associations, assuré par des enseignantes voilées avec, comme base de travail, des cours du Cned Ces classes fleurissent ici ou là, en fonction de la demande. Quant aux établissements privés et payants musulmans, ils sont au nombre de deux : un lycée à Lille et un collège à Aubervilliers. Et pour certaines, il n'y a rien.

Par Thomas CALINON et Marie-Joëlle GROS
samedi 24 janvier 2004 - Libération




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