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| Le premier ministre a annoncé, le 3 décembre 2003, à l'occasion de la cérémonie d'anniversaire de la Marche des beurs, la création d'un observatoire des statistiques de l'immigration et de l'intégration. L'idée de mesurer l'intégration des immigrés n'est pas neuve. La difficulté étant d'en fixer les critères. Une étude réalisée par Patrick Simon, chercheur à l'Institut national des études démographiques (INED), présentée lors d'un séminaire de recherche le 15 janvier, a tenté d'analyser le phénomène d'intégration et de comparer ces résultats avec ceux d'autres pays européens. En observant les communautés turque, algérienne, marocaine et portugaise installées en France, le démographe a retenu quatre paramètres pour évaluer leur intégration et leur rapport à la citoyenneté : l'habitat, l'utilisation de la langue, le mariage et l'accès à la nationalité. SOCIABILITÉ COMMUNAUTAIRE L'habitat est le "premier niveau des mélanges", là où se mesure la sociabilité de voisinage. Pour les personnes originaires de Turquie, ce sont les contacts communautaires qui dominent : plus de 60 % d'entre eux ne fréquentent que des Turcs. Les immigrés d'Algérie, du Maroc ou d'Afrique noire ont une sociabilité communautaire "moyenne" représentant entre 35 % et 40 % de leurs relations de voisinage. Mais ce taux est largement tributaire du type de logement : la sociabilité des immigrés est beaucoup plus mélangée lorsqu'ils résident en zone pavillonnaire que dans une HLM. La connaissance de la langue et son emploi dans la vie quotidienne constituent le deuxième facteur qui délimite l'insertion sociale de l'immigré. L'usage du français dans l'espace familial dépend largement de l'âge lors de l'installation en France. Ainsi, souligne l'étude, peu d'immigrés venus adultes utilisent exclusivement le français pour parler avec leur conjoint. A l'inverse, son usage est plus répandu chez les immigrés venus enfants. Plus de 50 % des Marocains, des Algériens ou des Portugais arrivés petits parlent exclusivement français à leur conjoint. Il s'impose plus encore dans les conversations avec les enfants : l'emploi exclusif de la langue maternelle disparaît, sauf pour les Turcs, qui "présentent une forte résistance à l'emploi du français". Cette donnée est moins valable pour les enfants de couples mixtes : seuls 28 % des enfants de parents franco-algériens comprennent l'arabe. Concernant la langue du pays d'origine, presque tous les jeunes nés en France de parents nés en Algérie ou au Portugal comprennent la langue de leurs parents. Le passage à l'expression orale n'est pas automatique : l'arabe n'est parlé que par 69 % des enfants de parents nés en Algérie et par 20 % de ceux de couples mixtes. UNIONS MIXTES Les unions mixtes sont également vues comme un indicateur précieux du degré d'intégration. Comme le rappelle M. Simon, pour les immigrés, "entretenir une relation avec un partenaire extérieur au groupe constitue une indication importante de transgression des frontières interethniques". Or ces unions ne sont pas si nombreuses. Ainsi, parmi les immigrés arrivés adultes, le pourcentage de vie en couple mixte varie peu entre les différentes nationalités : un peu plus de 25 % pour les originaires d'Afrique noire, 20 % pour les Marocains et moins de 15 % pour les autres nationalités. Les écarts se creusent pour les immigrés venus enfants : 60 % des Espagnols vivent en union mixte, contre 21 % des Algériens. Les Turcs restent ceux qui se mélangent le moins, avec un taux de 8 %. L'auteur a comparé ces chiffres avec ceux relevés en Belgique et aux Pays-Bas : la mixité des unions atteint 4 % en Belgique et 7 % aux Pays-Bas pour les Turcs et en moyenne 15 % pour les Marocains dans les deux pays. Des chiffres peu éloignés des taux atteints en France. La nationalité est probablement le critère le plus significatif dans la volonté de l'immigré de s'intégrer. Au total, 36 % des immigrés résidant en France ont acquis la nationalité française. Ce taux atteint 40 % pour les Turcs et 25 % pour les Algériens et les Marocains. Si la comparaison avec les Pays-Bas et la Belgique est délicate, ces deux pays ayant changé il y a moins de dix ans leur législation, elle est intéressante car elle montre que la France ne connaît pas de situation exceptionnelle. On observe aux Pays-Bas que, parmi ceux qu'on appelle les "allochtones" marocains (nés au Maroc ou dans le pays d'accueil), le taux d'accès à la nationalité atteint 40 % (enfants compris). En Belgique, ce taux atteint 38 % pour les Marocains et 39 % pour les Turcs. Les différences de politiques d'intégration ne semblent donc pas jouer sur les comportements des immigrés. Sylvia Zappi pour Le Journal Le Monde |
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