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Hooters, la chaîne américaine de restauration rapide qui a bâti son succès sur les mensurations de ses serveuses, s'apprête à ouvrir de nouveaux restaurants outre-Manche. La formule alléchante du fast-food n'est toutefois pas du goût de tous, rapporte The Guardian. Par une froide soirée à Nottingham, je dîne avec un ami dans un entrepôt transformé en restaurant dont les murs sont couverts de photos de femmes à forte poitrine. Nous sommes accueillis par une serveuse qui tire timidement sur son mini-short. Sur le menu, la photo d'une femme blonde, souriante. Des écrans plasma présentent des vidéos de sports masculins – lutte, basket-ball et fléchettes – et, dans la cuisine ouverte, au-dessus des friteuses, on peut lire "No Fat Chicks" ("Non aux grosses") sur un autocollant. Cet établissement est actuellement le seul de la branche britannique de Hooters ["Nibards"], une chaîne américaine présente dans 39 Etats américains, ainsi qu'en Asie, au Canada, dans les Caraïbes, au Mexique et à Porto Rico. Depuis que six hommes d'affaires du Midwest ont ouvert le premier établissement, en Floride, en 1983, la chaîne s'est développée à un rythme effréné et compte maintenant près de 400 restaurants. Prochaine étape : le Royaume-Uni. Si tout se déroule comme prévu, le pays accueillera d'ici à 2012 près de 36 restaurants Hooters. Le concept allie simplicité et misogynie. Sont proposés des plats qui se mangent avec les mains – hamburgers, ailes de poulet, frites – et qui sont servis par des jeunes filles dont l'uniforme rappelle celui des pom-pom girls des années 1970 : mini-short et veste en nylon, collants beiges et chaussures de base-ball blanches. Il est facile de deviner ce qui, dans la formule, attire les clients. Juste avant qu'on arrive au Hooters de Nottingham, d'énormes panneaux publicitaires présentent des jeunes filles blondes au sourire parfait : ce sont les "Hooters girls". Des calendriers affichant les plus belles Hooters girls de 2008 et des tee-shirts portant la mention "Hooters chicks dig my ride" ("Les filles de chez Hooters aiment faire un tour avec moi") sont à vendre à l'intérieur du fast-food. En attendant mon plat, j'observe un groupe d'hommes qui fête les 18 ans d'un ami. Debout sur la table, le jeune homme dont c'est l'anniversaire enlève sa chemise et boit d'un trait une pinte de blonde. Plusieurs serveuses accourent pour chanter : "C'est ton anniversaire, oui c'est vrai, et on va chanter pour toi", en tapant sur leurs plateaux pour donner le rythme. Dans les établissements étasuniens, les Hooters girls participent également à d'autres types de démonstrations, notamment à des concours de tee-shirts mouillés. Outre-Atlantique, elles doivent signer un contrat par lequel elles "reconnaissent et acceptent que le concept de Hooters soit fondé sur l'attirance sexuelle des femmes et sont conscientes que les blagues et les insinuations à caractère sexuel sont courantes dans cet environnement de travail". Elles y affirment également "ne pas considérer les exigences concernant les tâches, l'uniforme ou l'environnement de travail comme intimidantes, hostiles ou inopportunes". Mais comment peuvent-elles en être certaines avant même d'y travailler ? Comme l'affirme l'universitaire américaine Carol J. Adams, "tout ce que ce document met en évidence, c'est que les femmes employées dans ces établissements doivent s'attendre à se faire harceler sexuellement et accepter de se taire". Les détracteurs de la chaîne américaine estiment que Hooters autorise ses clients à considérer leurs serveuses comme des morceaux de viande et que ce climat pourrait encourager des comportements néandertaliens, sexistes et dangereux pour la vie sociale. "Les hommes qui fréquentent les Hooters, en particulier ceux qui y célèbrent des enterrements de vie de garçon, créent une ambiance qui n'est pas adaptée à une ville comme Sheffield, qui accueille de nombreuses familles", explique Kirsty Bowen, à la tête d'une campagne rassemblant les opposants à l'ouverture d'un établissement à Sheffield. "Nous ne pouvons que nous attendre à un accroissement des comportements antisociaux. Si nous souhaitons lutter contre la violence faite aux femmes – qui atteint des niveaux élevés –, nous devons mettre fin aux comportements présentant la femme comme un objet plutôt que de les encourager dans notre propre centre-ville." Repère Depuis la création de la chaîne, en 1983, plusieurs procès pour harcèlement sexuel ont été intentés par d'anciennes Hooters girls, à la suite d'un cas célèbre, en Floride. La plaignante affirmait avoir subi "une série sans fin de remarques déplacées à caractère sexuel, de demandes de relations sexuelles et d'attouchements importuns, qui ont créé une situation dans laquelle toute femme raisonnable aurait cessé de travailler". On ne dispose pas de chiffres exacts quant au nombre de cas enregistrés depuis, mais un ancien gérant de Hooters, domicilié aux Etats-Unis, a affirmé au Guardian que la majorité de ces cas avaient été réglés à l'amiable. Selon le porte-parole de Hooters, il n'y aurait eu que très peu de procès si l'on considère les 17 000 employés que compte l'entreprise. Julie Bindel The Guardian
__________________ "Life isn't about waiting for the storm to pass, it's about learning how to dance in the rain." |
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