Pas facile de s'appeler Hassane


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Vieux 29/01/2004, 21h07
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Par défaut Pas facile de s'appeler Hassane

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Le moins qu'on puisse dire, c'est que Hassane Hamza ne s'est pas trop mal débrouillé. Cet homme de 33 ans préside la société Cortix, qu'il a fondée à la fin de la dernière décennie et qui est spécialisée dans la réalisation de sites Internet. Même si la vie de Cortix n'est pas tous les jours une vallée de roses, la société a fait beaucoup de chemin depuis sa création. Alors que tant de ses concurrentes sont passées de vie à trépas, elle emploie aujourd'hui quarante-cinq salariés. Mais Cortix n'existerait peut-être pas si, faute d'avoir trouvé un emploi à la mesure de ses qualifications, Hassane Hamza n'avait un beau jour décidé, la rage au coeur, de voler de ses propres ailes.
Hassane Hamza est né en Côte d'Ivoire. Son père avait des origines à la fois saoudiennes et somaliennes. Mais sa mère était poitevine. Il a donc la nationalité française. La vie lui a cependant appris que même quand on est français, le fait d'avoir une peau plutôt mate et un nom à consonance arabe n'est pas précisément fait pour vous ouvrir des portes. Il s'en est aperçu lorsqu'il a commencé à chercher du travail.


Des CV sans réponses. Après avoir passé les vingt premières années de sa vie en Côte d'Ivoire, Hassane Hamza a fait ses études à Sup de Co Bordeaux dans le cadre de la filière Sup TG. Son bagage, son goût pour la finance et la gestion lui avaient valu, dès son stage de fin d'études, de remplacer temporairement le directeur administratif et financier d'une petite entreprise. Une fois sa scolarité accomplie grâce à une bourse de l'Etat français et à un prêt du Crédit lyonnais, il pensait pouvoir rapidement décrocher un poste de cadre.
Très vite, Hassane Hamza a dû déchanter. Quatre-vingt-dix pour cent des CV qu'il envoyait restaient sans réponses, alors que le taux de retour était beaucoup plus important pour ses condisciples, dont les prénoms et les patronymes sonnaient plus français. « J'ai alors décidé, raconte-t-il, de ne pas mettre mon vrai prénom sur les CV. » Pour les besoins de la cause, Hassane est devenu Franck. « Du coup, dit-il, j'ai obtenu des réponses à la grande majorité de mes lettres. » Mais le chemin du recrutement ne s'est pas pour autant ouvert. Car il est plus facile de maquiller son prénom que de dissimuler la couleur de sa peau. « Même quand les entretiens marchaient, raconte-t-il, ce n'était jamais moi qui étais pris. Je sentais bien que mes origines y étaient pour quelque chose. En général, on ne me le disait pas. Mais le dirigeant d'une grande entreprise, très connue sur la place de Bordeaux, m'a clairement laissé entendre qu'avec un autre nom, j'aurais été retenu. C'était devenu déprimant de voir des gens qui avaient la même formation s'en sortant beaucoup plus facilement, alors que moi, je restais sur le carreau. »
Marié à une infirmière française et blanche , Hassane Hamza tirait le diable par la queue. Et les réticences des agences immobilières à choisir un locataire de couleur ne facilitaient pas la vie du couple. Pour s'en sortir, Hassane Hamza a décidé de prendre le taureau par les cornes. Dans un premier temps, il est devenu vendeur indépendant d'espaces publicitaires. « Pour décrocher des rendez-vous par téléphone, j'utilisais le nom de famille de ma mère. Ensuite, quand j'arrivais devant les clients, ils avaient une petite surprise. Mais, comme j'avais un bon produit, ça passait. »


La passion de l'informatique. Le jeune homme avait d'autres ambitions et une passion pour l'informatique qui le décidèrent à créér son entreprise d'Internet. Là encore, ce ne fut pas une partie de plaisir. « A l'exception d'un d'entre eux, les banquiers que j'ai rencontrés n'étaient pas racistes. Mais ils ne croyaient pas à mon projet. J'ai cependant fini par décrocher un prêt de 35 000 francs grâce au soutien d'un cadre du Crédit lyonnais, passé depuis à la Caisse d'épargne. »
Même si rien n'est jamais acquis dans la vie économique, Hassane Hamza est aujourd'hui reconnu dans son milieu professionnel. Il n'a pas pour autant oublié les épreuves de naguère, ni les boîtes de nuit dont on lui refusait l'entrée. Et si la compétence constitue le premier critère d'embauche chez Cortix, le PDG, qui emploie environ 10 % de salariés de couleur, se montre partisan d'une dose de discrimination positive. « Malheureusement, dit-il, je reçois peu de CV de jeunes d'origine arabe. Mais je suis convaincu que les discriminations à l'embauche existent toujours, car beaucoup trafiquent encore leur prénom. » Dans ce contexte, le PDG girondin apprécie hautement que le débat vienne sur la place publique. « La situation est en train d'évoluer. Nous sommes tout de même un pays ouvert. Je pense que le fait de parler de ces problèmes va faire évoluer les choses. Il faut que les gens qui pratiquent ce genre de discriminations se rendent compte de leurs conséquences. »


Source : Sud-ouest
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