Les "jeunes pop" de l'UMP font la révolution sans faucille Au départ, en février, c'était juste une boutade lancée lors d'un dîner : "Mai 68 appartient à tout le monde !" Et puis d'échanges de mails en réunions pizza, la blague est finalement devenue une savante OP (opération), avec tracts, affiches, et slogan : "La jeunesse qui bouge a changé de camp." Un pavé volontiers provocateur, lancé lundi 14 avril, par le Mouvement des jeunes populaires à l'UMP, avec le soutien bienveillant des caciques du parti, dans la mare des cérémonies de commémoration.
Au programme : débats, pique-niques, tournoi de foot... Associés aux jeunes du Nouveau Centre, les "jeunes pop" UMP veulent débattre de Mai 68 au regard des "valeurs de la génération 2008". Les philosophes Alain Finkielkraut et André Glucksmann sont annoncés pour animer certaines de ces rencontres tout au long du mois de mai.
Il est aussi envisagé de remettre un livre blanc à la ministre de l'enseignement supérieur, Valérie Pécresse, et à la ministre de la santé, Roselyne Bachelot.
Ils sont neuf à s'affairer pour animer cet anniversaire façon UMP. Agés de 20 à 25 ans, ils étudient plus à Sciences-Po et HEC qu'en fac de banlieue, ils préfèrent la chemisette au sweat à capuche, mais ils le jurent, comme leur leader, Benjamin Lancar, 22 ans : "Pas besoin d'avoir une faucille pour être révolutionnaire !"
"SORTIR DES CONSERVATISMES"
Moins que "l'héritage" toutefois, "c'est l'élan de la jeunesse" que le groupe assure vouloir retenir de Mai 68. Un détour opportun qui permet à ces fervents sarkozystes de ne pas brouiller la vindicte tant répétée du chef de l'Etat : "rompre", justement, avec l'héritage de 1968. Dans la rue, "j'y serai allé mais en retard !", plaisante Paul Midy, 25 ans, polytechnicien, employé dans un cabinet de conseil.
Les "jeunes pop" veulent des combats "pour, pas contre". "On veut sortir des conservatismes, explique Mickaël Camilleri, 22 ans, étudiant à Sciences-Po. "Ce que l'on veut faire avec la jeunesse, c'est de la pédagogie, reprend Alexandre Brugère, 20 ans, étudiant en gestion, expliquer par exemple aux lycéens qui manifestent les raisons des suppressions de postes et l'intérêt de la réforme."
Ils ont, assurent-ils, monté ce projet tous seuls. "On a amené notre dossier à l'UMP à 9 heures, et à 11 heures, après trois phrases de retouchées, c'était annoncé au point presse", détaille Camille Bedin, 22 ans, étudiante en droit et seule fille de la bande. Jeudi 24 avril, lors de la retransmission au siège de l'UMP de l'intervention télévisée du chef de l'Etat, les neuf de "quarante ans plus tard" étaient savamment placés aux avant-postes pour répondre aux journalistes présents.
Elise Vincent |