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Vieux 02/05/2008, 09h04
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jeudi 1er mai 2008

Iris Keltz - CounterPunch

Les parcs de loisirs du FNJ en Israël


« Sur la page d’accueil de son site Internet officiel, le FNJ se vante d’avoir fait fleurir le désert et européanisé un paysage historiquement arabe. Il souligne fièrement que ces forêts et ces parcs ont été créés sur "des zones arides, désertiques"...

« Ce que le site ne dit pas au visiteur, c’est que le FNJ est aussi le principal organisme chargé d’empêcher toute commémoration - sans parler de "visites de retour" - dans ces forêts de la part des réfugiés palestiniens dont les maisons personnelles sont ensevelies sous ces arbres et ces bases de loisirs. »

« Le Nettoyage ethnique de la Palestine » - Ilan Pappe - Fayard - p. 294 (Le mémoricide de la Nakba)

Souvenirs de Jérusalem-Est

En 1967, par un caprice du sort, je me suis trouvée intégrée et accueillie par les liens du mariage dans une famille arabe vivant à Jérusalem-Est, deux semaines après mon arrivée. Quarante années plus tard, je revis la guerre avec un regard sur les lignes de front jeté depuis la sécurité de mon fauteuil. J’ai dévoré des livres d’histoire, lu des comptes rendus de particuliers, discuté avec des témoins oculaires pour essayer de comprendre les forces tectoniques - politiques et militaires - qui façonnaient le monde pendant que Faisal et moi tombions amoureux, nous unissions et rêvions à notre avenir, tout en nous cachant dans un appartement en sous-sol à Ramallah.

Mon drame personnel s’est produit avec, comme toile de fond, une guerre catastrophique. Le matin du sixième jour de guerre, une voix stridente, colèreuse, annonçait en arabe à la radio que Jérusalem-Est, la Cisjordanie, Gaza, le Golan et la péninsule du Sinaï étaient désormais sous contrôle militaire des Israéliens. En moins d’une semaine, Israël était devenu trois fois plus vaste qu’il ne l’était à l’armistice de 1948. Pour les Arabes, c’était une défaite écrasante et les un million trois cent mille Palestiniens qui vivaient dans ces territoires devenaient la responsabilité et le problème d’Israël.

Je vivais à Jérusalem-Est quand la Vieille Ville et la ville moderne commençaient à fusionner après 19 ans de séparation. La fluidité de cette situation s’affermirait dans une nouvelle réalité mais pendant un moment, immédiatement après la guerre, un curieux flirt pour « rencontrer l’autre » s’est mêlé à une forte dose d’appréhension. La communauté palestinienne autour de moi vivait comme dans les limbes, rongée par l’angoisse. La crainte des soldats israéliens s’était ancrée dans les souvenirs depuis 1948, quand des centaines de milliers de Palestiniens ont été expulsés de leurs villes et villages pour que se crée l’Etat d’Israël. Presque 20 ans plus tard, leur monde s’effondrait encore davantage. La famille qui me traitait comme sa fille et me donnait nourriture et abri se cramponnait à son précieux passeport jordanien, mais elle ne savait plus vraiment quel pays était le sien. Le dinar jordanien était toujours accepté sur le marché. Aucun parmi nous ne possédait de shekels. Les gens espéraient pouvoir rester dans leurs maisons, ils étaient impatients de rouvrir leurs commerces et garder leurs emplois. Ceux qui travaillaient pour le gouvernement jordanien avaient perdu définitivement leur travail, beaucoup sont devenus des réfugiés économiques, tel le frère de Faisal qui a fini par aller au Koweït.

La mère de Faisal était infirmière/sage-femme et son père tenait un petit café dans une rue sombre de la Vieille Ville. La famille, originaire d’Al-Arish, en Egypte, au sud de Gaza, avait immigré il y a des générations dans la région d’Hébron où elle possédait une grande surface de terres dans le village palestinien d’Al-Samu. J’essayais d’imaginer ma propre famille virée des Queens (une des cinq circonscriptions de la ville de New York) par une armée en marche revendiquant les Queens comme leur patrie ancestrale et nous obligeant à nous réinstaller dans le New Jersey, pour être à nouveau déplacés 19 ans plus tard. Je ne pouvais pas imaginer de telles pérégrinations traumatisantes. En surface, les membres de la famille semblaient accepter leur sort avec sérénité mais peut-être étaient-ils trop choqués pour pleurer et hurler sur ce qui arrivait, une fois encore, à leur famille et leur communauté.

Après la guerre, Faisal et moi avons été parmi les premiers à nous rendre à la porte occidentale qui avait été fermée pendant 19 ans, et à pénétrer dans un secteur formellement interdit qui avait séparé l’est et l’ouest de Jérusalem. Pendant 19 ans, la porte Mandelbaum, un check-point des Nations unies, avait été le seul passage sûr entre Jérusalem-Est, la Jordanie, et Jérusalem-Ouest, Israël. Quand les Britanniques ont évacué en 1948, les combats entre Palestiniens et Juifs faisaient rage mais les Juifs ont été incapables de conquérir la Vieille Ville. Moshe Dayan, qui commandait les forces israéliennes, et son homologue jordanien ont déplacé de deux miles la ligne d’armistice existant depuis 19 ans et la bande de territoire entre les deux est devenue un no man’s land.

Construite par Soliman le Magnifique, la porte occidentale était connue sous le nom de Bab el-Khalil pour les Palestiniens et porte de Jaffa pour les Israéliens. Durant les années 1800, elle était le principal passage entre les anciennes et nouvelles cités de l’est et de l’ouest de Jérusalem. Faisal et moi sommes passés par la porte occidentale comme l’ont fait autrefois le kaiser allemand Wilhelm et le général britannique Allenby, mais nous n’étions pas des dignitaires en visite. Nous étions à la recherche de la maison de pierres de son grand-père.

Sans l’intrusion de la population ou de la circulation, la végétation se serait développée au milieu des barbelés, des rochers sur les flancs des collines, des déchets et des maisons abandonnées. Des oliviers, figuiers, non entretenus, parmi d’autres arbres, avaient mûri en prenant des formes originales. Des buissons de lauriers-roses, qui avaient besoin d’un peu d’eau, avaient proliféré au milieu des rosiers sauvages et des chardons bénits. D’autres personnes s’éparpillaient à travers le site, à côté de nous, elles aussi à la recherche de leur passé. Des agriculteurs arabes ont installé des stands improvisés pour vendre leurs dernières récoltes de pastèques. Le no man’s land avait été parsemé de mines terrestres, nous ne nous rendions pas compte de tout le danger. Peut-être que les soldats israéliens qui surveillaient ce que nous faisions avaient déjà nettoyé le secteur.

http://www.info-palestine.net/articl...d_article=4257
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Toute méchanceté a sa source dans la faiblesse.
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