Maroc, terminus noir Au Maroc, certains les traitent de "négros" , azi , en arabe dialectal. D'autres, moins nombreux, citent le Coran et parlent des "enfants de la route" (abna essabil ). A Oujda, ville frontalière au nord-est du royaume chérifien, à moins de 15 km de l'Algérie, on n'a guère pitié de ces clandestins subsahariens venus du Mali, du Nigeria, de Guinée ou de Sierra Leone, avec l'espoir — de plus en plus souvent déçu — d'atteindre l'Europe.
Sous la pression de l'Union européenne (UE), les pays maghrébins, Libye en tête, sont en passe de devenir de véritables souricières pour les Subsahariens. Soucieuse de se doter d'un "cordon sanitaire" anti-immigration, l'UE a eu, dès le début des années 1990, l'idée de créer, au Maghreb, des centres d'accueil pour migrants, rappelle Mehdi Lahlou. A charge, pour ces "Etats-tampons", de trier le bon grain de l'ivraie clandestine et de réadmettre, sur leur sol, les immigrés illégaux renvoyés d'Europe. Ce que fait déjà, avec diligence, la Libye du colonel Khadafi, signataire d'accords en ce sens avec l'Italie de Silvio Berlusconi (Le Monde du 6 juin). Le Maroc n'en est pas là. Mais 5 charters à destination du Nigeria n'en ont pas moins été affrétés, entre novembre 2004 et mars 2005, pour renvoyer vers Lagos quelques centaines d'irréguliers. Une loi "relative à l'entrée et au séjour des étrangers, à l'émigration et l'immigration irrégulières" a été promulguée, en novembre 2003, à Rabat, qui punit sévèrement les contrevenants. En Algérie, il y aurait aujourd'hui, selon l'universitaire algérien Ali Ben Saad, entre 500 000 et 600 000 immigrés en provenance de pays subsahariens. Logique, note le professeur Lahlou, puisque "85 % à 95 % des migrants qui transitent par le Maroc" ou qui s'y trouvent clandestinement "y auraient accédé par la frontière algérienne" . |