En matière de politique étrangère, les républicains ont lancé une attaque classique contre Barack Obama, qu'ils présentent comme un démocrate à l'"opinion changeante" et manquant de muscle. Le public n'a pas encore tranché : selon le Pew Research Center, 43 % des Américains estiment que la politique étrangère que propose M. Obama est "trop complaisante" et 43 % qu'elle est "juste comme il faut" (51 % classent la politique de John McCain dans cette catégorie).
Les républicains dénoncent particulièrement la position qui est devenue la "marque" de M. Obama en politique étrangère : la fin de la politique d'isolement des Etats voyous.
M. Obama a lancé cette idée en juillet 2007, lors d'un débat télévisé sur CNN. "Accepteriez-vous de rencontrer séparément, sans conditions préalables, pendant la première année de votre mandat, à Washington ou ailleurs, les leaders de l'Iran, de la Syrie, du Venezuela, de Cuba et de la Corée du Nord, pour combler le fossé entre nos pays ?", lui a-t-il été demandé. Il n'a pas hésité. "J'accepterais. Et pour la raison suivante : la notion que le fait de ne pas parler à ces pays soit une punition pour eux - ce qui a été la ligne directrice diplomatique de cette administration - est ridicule." Selon un sondage Gallup réalisé à la mi-mai, cette proposition est tombée sur un terrain favorable : 59 % des Américains pensent que "c'est une bonne idée de discuter avec le président de l'Iran" (et 71 % des démocrates).
"PRO-ISRAÉLIEN PUR ET DUR"
Depuis, M. Obama a évolué sous l'effet des critiques d'une partie de l'establishment diplomatique. En février, il a indiqué qu'il souhaitait toujours rencontrer le président iranien sans condition mais "pas sans préparation". Le 4 juin, devant la conférence du lobby pro-israélien Aipac (American Israel Public Affairs Committee), en même temps qu'il a parlé de Jérusalem "unifiée", il a encore affiné sa pensée. Ce n'est plus forcément Mahmoud Ahmadinejad, le négationniste, qu'il rencontrerait. "En tant que président des Etats-Unis, je serais disposé à mener une diplomatie dure et de principes avec les dirigeants iraniens appropriés dans un lieu et à une date de mon choix, si et seulement si cela peut faire avancer les intérêts des Etats-Unis."
Le lendemain, le Washington Post s'est amusé. Relevant que la gauche avait cru voir dans Barack Obama la promesse d'une "transformation en profondeur de la politique étrangère", l'éditorialiste notait que M. Obama avait en fait offert " une stratégie pas très différente sur bien des points de celle du président Bush ou de John McCain". Le chroniqueur Dana Milbank a relevé que vingt-quatre heures après avoir remporté l'investiture du parti démocrate, M. Obama s'était "transformé en pro-israélien pur et dur". "Voilà un changement en lequel on peut croire !" a-t-il ironisé.
Sur son site Internet, M. Obama explique qu'il est "le seul grand candidat qui soutient une diplomatie présidentielle forte et directe sans "préconditions"". Il demande à l'Iran d'abandonner son programme nucléaire en échange d'avantages tels que : investissements économiques, rétablissement progressif des relations diplomatiques et accession à l'OMC. "Si l'Iran continue de se comporter de manière préoccupante, nous renforcerons les pressions économiques et l'isolement politique", dit-il. Une politique qui ressemble à s'y méprendre à celle menée depuis 2006 par les grandes puissances, Etats-Unis compris.
Corine Lesnes
http://www.lemonde.fr/ameriques/arti...8163_3222.html