La sélection du Goncourt contre l'obscurantisme et l'extrémisme


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Vieux 09/09/2008, 16h38
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Par défaut La sélection du Goncourt contre l'obscurantisme et l'extrémisme

L'Académie Goncourt a publié mardi 9 septembre la première sélection en vue de son prix qui doit être attribué le 10 novembre :

Une éducation libertine de Jean-Baptiste Del Amo (Gallimard) , Le Silence de Mahomet de Salim Bachi (Gallimard) , Le Rêve de Machiavel de Christophe Bataille (Grasset) , C'était notre terre de Matthieu Bellezi (Albin Michel) , Là où les tigres sont chez eux de Jean-Marie Blas de Roblès (éd. Zulma) , Un brillant avenir de Catherine Cusset (Gallimard) , Où on va, papa ? de Jean-Louis Fournier (Stock) , Qui touche à mon corps je le tue de Valentine Goby (Gallimard) , Une nuit à Pompéi d'Alain Jaubert (Gallimard) , La Beauté du monde de Michel Le Bris (Grasset), Jour de souffrance de Catherine Millet (Flammarion) , La Traversée du Mozambique par temps calme de Patrick Pluyette (Seuil) , Syngué Sabour d'Atiq Rahimi (POL) , Un chasseur de lions d'Olivier Rolin (Seuil) , La Domination, de Karine Tuil (Grasset).



Le Silence de Mahomet
de Salim Bachi

Le style est élégant, clair, sans le moindre 'orientalisme', sans digressions, ni couleur locale. On parlerait presque d'une concision voltairienne, l'impertinence en moins.

Mahomet fut un homme passionné avant d'être le prophète de l'Islam. C'est à présent un personnage de roman. Un roman qui se déploie aux alentours de l'an 600 après J.C ., entre la Mecque et Médine, des sables du désert d'Arabie aux abords de Jérusalem. Nous voyons Mahomet naître, vivre et mourir à travers les confessions de sa première femme, Khadija, de son meilleur ami, le calife Abou Bakr, du fougueux Khalid, le général qui conquit l'Irak au cours de batailles épiques, et enfin de la jeune Aïcha, devenue son épouse à l'âge de neuf ans. Homme singulier, contesté par les siens au début de sa prédication, Mahomet est un orphelin enrichi par son mariage avec Khadija, bien plus âgée que lui. Marchand et caravanier prospère visité par Dieu à quarante ans, prophète et homme d'état visionnaire à cinquante, amant et conquérant impitoyable, Mahomet ne cesse de fasciner et d'embraser les âmes plus de quatorze siècles après sa mort à Médine sur les genoux d'Aïcha, son dernier amour.

Syngué sabour
Pierre de patience
d'Atiq Rahimi


Syngué sabour : n.f. (du perse syngue 'pierre', et sabour 'patience'). Pierre de patience. Dans la mythologie perse, il s'agit d'une pierre magique que l'on pose devant soi pour déverser sur elle ses malheurs, ses souffrances, ses douleurs, ses misères... On lui confie tout ce que l'on n'ose pas révéler aux autres... Et la pierre écoute, absorbe comme une éponge tous les mots, tous les secrets jusqu'à ce qu'un beau jour elle éclate... Et ce jour-là, on est délivré.

Comment ne pas sombrer dans la folie lorsqu’on est entouré de bombes, de ruines et de cadavres ? “Quelque part en Afghanistan ou ailleurs”, en pleine guerre civile, une femme prend soin de son mari, qui, une balle dans la nuque, se retrouve dans un état végétatif. Elle souffre, dans cet ailleurs, de toute la souffrance du monde, dans l’attente de rien. Pour meubler cet espace dénudé, aucun dialogue : à l’aide de phrases courtes, nominales et répétitives, Atiq Rahimi livre sa ‘Syngué sabour’, sa pierre de patience, objet défoulatoire, qui selon la croyance, finit par éclater en délivrant quiconque lui confie ses secrets. Ce récit se lit d’une traite, malgré un malaise croissant de plus en plus insupportable. Car les gestes machinaux de la femme soignante cèdent la place à un flot de paroles intarissable. Un long monologue s’installe, dans lequel la pierre de patience prend les traits du mari plongé dans le coma. Le femme peut enfin, malgré les bombes et les rafales, se laisser aller, libérer les frustrations, les ressentiments et les secrets de toute une vie.
D’une écriture débarrassée de toute censure, Atiq Rahimi livre un récit dur mais émouvant, comme un hommage au combat de la femme musulmane face à l’intégrisme, qui, murée depuis sa naissance dans son silence, se trouve emprisonnée au sens propre comme au sens figuré. Et si sa rédemption ne se trouvait que dans la mort ?
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