Les conditions sociologiques de l'avènement de l'Islam


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Vieux 12/03/2004, 09h07
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salam, bonjour, :-)

Il est important d’avoir un aperçu, même sommaire, sur le peuple qui a reçu l’islam et qui l’a apporté au monde ; de connaître son état avant son avènement afin d’évaluer le changement engendré par celui-ci, et de faire la part de l’arabité et de l’islamité.


Les pratiques sociales ont été longtemps marquées par la religion d’Isma‘îl :
• inceste interdit,
• loi du talion,
• prix du sang versé (ad-dîyat) donné à la famille de la victime,
• serments à formuler pour nier le crime ou réclamer le prix du sang versé en cas de litige (pratique approuvée plus tard par l’islam.)
• La fornication, l’adultère ainsi que le vol étaient réprimés.
• La pratique de l’usure, les unions en dehors du mariage et la négligence des prières étaient condamnés.
• Les méditations et les pratiques rituelles héritées de la tradition d’Isma‘îl devaient être respectées. Le pillage et la captivité étaient prohibés ; ils ne sont devenus pratiques courantes qu’au fil du temps .
• La consommation abusive du vin était devenue une coutume très ancrée dans les mœurs, à tel point que les poésies en étaient chargées d’éloges et de vénération. Les jeux de hasard, répandus, étaient souvent sources de conflits et bagarres, le commerce charnel devenu monnaie courante, la polygamie illimitée et sans conditions.
• La femme n’avait pas droit à l’héritage.
• La fierté et l’honneur poussaient certaines tribus (pas toutes) à enterrer leurs filles vivantes, de peur d’entraîner la famille dans le scandale .
• Leur fidélité aux engagements et alliances ainsi que leur esprit chevaleresque les disposaient à sacrifier ce qu’ils avaient de plus précieux, même leurs âmes.
• L’Arabe était d’un égoïsme collectif, prêt à s’adonner à une cause.
• L’esprit de vengeance était prépondérant (Ath-thâ’r).
• De caractère farouche et sauvage, les Arabes étaient jaloux, libres et natures, ce qui les indisposait contre toute autorité. Difficilement gouvernables, ils formaient un peuple insoumis.

L’impact de l’environnement
Chaque peuple vivait en symbiose avec son environnement. Ils agissaient en fonction de lui et s’accommodaient aux contraintes de leur milieu. Le peuple arabe n’échappait pas à cette loi écologique. Très en contact avec la nature, vu sa situation géographique et ses conditions climatiques, ce peuple restait à l’état vierge et quelque peu sauvage, loin des civilisations de l’époque.

Vivant sur l’instinct, il devait s’inscrire dans un perpétuel combat contre l’austérité de son environnement. La sécheresse, la famine et les années de disette obligeaient les Arabes aux pillages des caravanes, transformant la péninsule arabique en guêpier. Chez certaines tribus, l’incapacité à subvenir aux besoins matériels de la famille légitimait l’infanticide .

Un physique sain et résistant, des sens lucides et développés suscitaient une certaine assurance à l’Arabe partant à toute aventure. Leur courage frôlait souvent l’impitoyable et la barbarie. L’interaction entre le caractère téméraire et l’environnement aride leur conférait un tempérament particulièrement belliqueux. L’incident le plus insignifiant tournait facilement à une interminable guerre inter-tribale. Plus qu’une nécessité, la guerre était vécue comme une sorte de jouissance et de divertissement. Les poésies décrivaient leurs guerres d’un air gai et fier. En général, les Arabes souffraient d’excès.
La tribu
La société arabe, en ce qui concerne l’organisation structurelle et étatique, n’existait que sous une forme oligarchique. Le peuple arabe constituait une société anthropique à cause des répulsions inter-tribales. Les tribus représentaient des entités sociologiques indépendantes que seules la langue et quelques coutumes unifiaient. La tribu (al qabîla) était un ensemble de clans ; chaque clan renfermait des familles. L’appartenance était d’abord familiale puis clanique, enfin tribale. La solidarité ethnique (al a‘sabîya) était la mentalité prédominante. Le Coran la qualifie de fanatisme ethnocentrique (hamîyatû al-jahîlîya) .

Le nord de l’Arabie était sous influence byzantine et persane. Quelques tribus arabes s’étaient converti au christianisme. Se trouvaient aussi au sud des tribus chrétiennes installées au Yémen et à Najran, très en contact avec l’Abyssinie chrétienne. Celles de l’Arabie centrale restaient, quant à elles, indépendantes à deux égards : premièrement pour leur caractère farouche et fier et deuxièmement pour les raisons climatiques et géographiques impitoyables du centre qui n’avaient rien d’attrayantes pour les peuples civilisés d’alors (la Perse, les gréco-romains…) Toutefois, on y trouvait parmi elles des tribus juives qui y avait trouvé refuge, fuyant la persécution, installées dans des villes oasis, notamment à Médine et sa région.

La vie en général était pastorale, fondée sur l’élevage de dromadaires, de chèvres. La Mecque était une plate forme de commerce où convergeaient et divergeaient les caravanes du Sud et du Nord. Les Mecquois organisaient deux grands voyages chaque année : celui de l’hiver vers le sud (Yémen) et celui de l’été vers le nord (Châm). A Médine, ville oasis, les gens étaient de tradition agricole en plus du commerce, et leur activité se basait sur la culture des dattiers.
Les vertus
Malgré les défauts précédemment évoqués, les Arabes jouissaient de beaucoup de vertus qui faisaient d’eux un peuple singulier, de caractères innés, favorables à l’assimilation des préceptes de l’islam et ayant une compétence contribuant à la diffusion de celui-ci : générosité et hospitalité d’exception, sens de l’honneur et de la dignité, fidélité dans l’engagement, endurance, courage... Leur mentalité était un alliage de violence et de sensualité soudaine et brusque mais dont la « longanimité » se devait de maîtriser. Peuple de tradition essentiellement orale, ils étaient dotés d’une mémoire aiguisée et fidèle à la lettre du texte ; ce qui leur permit, une fois dans l’islam, de conserver par cœur ses Textes-références : le Coran et la Sunna.

Leur consommation de vin les poussait, parait-il, à être plus généreux. C’était d’ailleurs pour cette raison qu’ils nommaient le vin par al-Karme, mot dérivé d’al-karame signifiant la générosité . Et c’est pour la même raison qu’ils pratiquaient le jeu de hasard qui était un moyen de faire bénéficier les pauvres des parts gagnées. Le Coran implicitement en a d’ailleurs fait allusion .

De manière générale, les Arabes préislamiques souffraient d’excès. Mais ces excès de caractère avaient quelque part un côté vertueux, une fois modérés et investis dans le bon sens. Ce que l’islam parvint à réaliser.

La puissance du verbe
Une grande affectivité et une sensualité intense transparaissaient dans leurs poésies. L’Arabe avait l’avantage d’exprimer les vérités les plus sensibles, dans une structure linguistique richement rythmée. Les poésies étaient psalmodiées. Le poète officiel était le porte-parole de sa tribu. Une poésie satirique était pire qu’un coup d’épée. Le poète était redouté, surtout si on savait qu’il était inspiré par son démon. Parmi les fiertés des tribus, se comptait le nombre de leurs poètes et orateurs éloquents (al khûtabâ’). Des concours étaient organisés lors des foires officielles de la Mecque. Les oeuvres récompensées étaient accrochées à la Kaaba. Sept poésies lauréates (al mû‘allaqât assab‘, les sept accrochés) ont été conservées jusqu’à nos jours. Leur éloquence et leur manipulation du verbe avec talent d’artiste étaient inégalables. La force du verbe restait leur grande particularité et fierté.

Avec l’avènement du Coran, toutes les langues des génies de la poésie se sont tues. Par sa beauté et la perfection de son style, par son « inimitabilité » aussi, il était un signe du caractère divin : « Dis, si les hommes et les djinns s’unissaient pour produire quelque chose de semblable à ce Coran, ils ne produiraient rien qui lui ressemble même s’ils s’entraidaient » . Les Musulmans n’ont jamais rompu avec la poésie du paganisme (achi‘r al-jâhily) car elle renferme un vocabulaire très riche qui permet de comprendre le Coran. Elle reste la référence lexicographique (dîwân) de la langue arabe dans laquelle il fut révélé . Elle était aussi utilisée par les poètes du Prophète (PSL) comme moyen médiatique de diffusion et de défense de la cause musulmane.

Un jour, le Prophète (PSL) demanda à Hassân ibn Thâbît de monter sur sa propre chaire (minbar) pour le défendre par ses poésies contre les satires des Quraychites . Il affirma : « Il se peut que dans l’art oratoire (al khûtabâ) il y ait une magie et que dans la poésie il y ait beaucoup de sagesse » . La poésie condamnable est celle qui fait l’éloge de l’idolâtrie, du mensonge, et de l’immoralité . Il faut noter ici que le Prophète (PSL) avait autour de lui nombre de poètes et d’orateurs éloquents de grand talent, engagés dans la défense de l’islam et de sa personne, contre les discours et poésies blasphématoires des idolâtres. Parmi ses poètes : Hassân ibn Thâbît, ‘Abdûllah ibn Rawâha, et Kâ‘b ibn Mâlîk. Parmi ses orateurs Thâbît ibn Qays ibn Chammâss.

Avec l’islam, la poésie devint moins éloquente à cause des restrictions morales interdisant le mensonge et l’exagération qui était l’essence même de la poésie pré-islamique.


salam
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