Vingt-quatre soldats néerlandais refusent un ordre en Afghanistan
Vingt-quatre soldats néerlandais déployés à Uruzgan, dans le sud de l'Afghanistan, ont refusé de répondre à un ordre, s'exposant à des poursuites et à une comparution devant la justice militaire de leur pays. L'affaire a été révélée il y a quelques jours, le ministère néerlandais de la défense se bornant à évoquer "des problèmes" survenus au sein du groupe, qui l'empêcheraient de "fonctionner de manière opérationnelle". Les autorités confirment toutefois qu'une enquête a été ouverte et qu'elle doit déterminer les éventuelles suites judiciaires.
Entre-temps, le général Peter van Uhm, qui commande les forces néerlandaises, a provisoirement décrété "non actif" le groupe de militaires. Cet officier est d'autant plus attentif à la situation sur place que son fils, le lieutenant Dennis van Uhm, est mort, en avril, dans la zone concernée, victime d'une bombe qui a explosé lors du passage de son convoi.
Deux versions des faits circulent. La première veut que les soldats, membres d'une unité de reconnaissance de l'infanterie et chargés de préparer le terrain avant des missions de surveillance, auraient estimé que les conditions de sécurité minimales n'étaient pas réunies. Ils auraient aussi jugé qu'ils ne disposaient pas d'un temps de préparation suffisant. Un syndicat militaire affirme, par ailleurs, avoir reçu une lettre d'officiers et de sous-officiers déplorant l'état de leur matériel, une insuffisance de pièces de rechange et un manque de munitions. Les signataires évoquaient une situation "très urgente", pouvant "mettre en danger la vie des soldats".
Une deuxième version a été répercutée par des journalistes néerlandais. Selon eux, les 24 hommes estimaient indigne d'eux la mission qui leur avait été confiée - protéger des troupes moins formées et moins expérimentées. Ils n'auraient pas cru que leur commandant oserait leur résister et, ensuite, les dénoncer, d'autant que les troupes d'Uruzgan ne disposent que de deux unités de reconnaissance.
Le ministère et le secrétaire d'Etat néerlandais à la défense tentent de calmer les esprits. Il estiment qu'il est prématuré, à ce stade, de rapatrier les récalcitrants et refusent de parler de "mutinerie". Pas question d'ajouter au trouble d'une opinion qui s'interroge sur le sens de la mission afghane. Une bonne partie des Néerlandais s'y est toujours montrée hostile.
Jean-Pierre Stroobants
le monde.fr
|