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| La dépendance affective Certaines personnes ont une telle peur d’être rejetées qu’elles orientent toute leur vie en fonction de cette peur. Soit elles vivent dans la soumission la plus totale, soit elles cherchent à être rejetées. Tant et aussi longtemps qu’elles n’auront pas fait la paix avec leur peur et n’en auront pas compris l’origine, elles ne pourront pas s’en débarrasser. Ces personnes souffrent de dépendance affective. Qu’est-ce que la dépendance affective et pourquoi estce nécessaire d’en guérir pour avoir complètement accès à la joie de vivre et au bonheur? La dépendance affective est un état inconfortable, une maladie émotionnelle liée aux carences ou aux manques dont souffre une personne parce que ses besoins fondamentaux d’enfant n’ont pas été comblés de façon satisfaisante. Il n’est pas nécessaire qu’on se souvienne que ses besoins n’ont pas été comblés pour souffrir d’une tellecarence émotionnelle. En général, c’est plutôt le contraire qui se passe. La personne dira qu’elle n’a pas de souvenirs précis des peines ou des impressions de rejet qu’elle aurait pu ressentir au cours de sa tendre enfance. Lorsqu’ils entreprennent une thérapie, quantité de gens affirment ne se souvenir ni des joies ni des peines de leur enfance. C’est comme s’ils avaient tourné la dernière page de ce chapitre de leur vie sans l’avoir jamais lu. Pour souffrir de carences émotionnelles, pas besoin d’avoir subi des mauvais traitements comme ceux que l’on voit dans le film La Petite Aurore l’enfant martyre. Dans cette histoire inspirée d’un fait vécu, une mère déséquilibrée brûle sa fille avec des cigarettes et lui fait manger du savon, pour ne mentionner que ces sévices. Puisque les carences sont liées au fait qu’un ou des besoins d’un enfant n’ont pas été comblés de façon satisfaisante, on peut facilement comprendre que les circonstances entraînant cette non-satisfaction sont multiples. Tous les spécialistes de la santé mentale s’entendent pour dire que les six premières années de la vie d’un enfant laissent en lui des marques importantes qui influenceront l’image qu’il aura de lui-même en tant qu’adulte et qui seront déterminantes dans ses comportements avec les autres. La majorité des spécialistes affirment aussi que nous ne sommes pas influencés émotionnellement seulement à partir de notre naissance, mais dès notre conception et pendant les neuf mois de gestation au cours desquels nous sommes liés à notre mère dans une symbiose totale. Cette symbiose signifie que nous n’avons pas de vie autonome et que, si nous vivons, nous le devons entièrement à la personne qui nous porte en elle. C’est la raison pour laquelle on conseille aux femmes enceintes de surveiller leur alimentation, de réduire leur consommation d’alcool et de ne pas s’exposer à trop de stress. Ça devrait aussi faire réfléchir ceux et celles qui veulent un enfant. On ne devrait donner la vie à un enfant qu’à la condition de le désirer vraiment avec la ferme intention de lui procurer tout ce dont il aura besoin, tant sur le plan affectif que sur le plan matériel. >>> |
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| L’un des meilleurs exemples que je puisse donner sur l’importance de la vie utérine est celui de ma propre conception. L’histoire est triste mais vaut la peine d’être relatée pour illustrer à quel point cette première étape de la vie peut marquer, de façon positive ou négative, l’être en devenir et installer en lui des peurs que, plus tard, il ne comprendra pas. Cette histoire m’a été racontée par ma mère alors que j’approchais déjà de la trentaine et tentais désespérément de comprendre pourquoi une profonde nostalgie m’avait toujours habitée. Sur les photographies prises lorsque j’étais très jeune, on décèle facilement le mal de vivre qui m’imprégnait totalement. Il peut encore aujourd’hui m’arriver d’en souffrir si je manque de vigilance. Il est important de préciser que les peines ou les peurs qui s’installent chez l’enfant au moment de la conception et de la gestation sont différentes de celles qui se développent après sa venue au monde. À ce stade, l’enfant est en symbiose avec sa mère et c’est donc elle qui lui transmet ses peurs sans qu’il puisse intervenir. Le combat pour se défaire de telles peurs est donc plus difficile que tous les autres. Haut Revenons à l’histoire de ma venue sur terre. En vacances pour quelques jours à Rapide-Blanc, mes parents avaient loué, avec quelques autres personnes de la famille, une grande maison en demi-lune. Selon ma mère, âgée alors de 42 ans, ils avaient beaucoup de plaisir. Un soir, mon père, toujours «en forme», propose à ma mère d’avoir des rapports sexuels, mais elle lui répond qu’elle préfère s’abstenir pour ne pas risquer une grossesse. À l’époque, la famille était composée de huit enfants (deux autres étaient morts prématurément), et devenir enceinte était la dernière chose au monde qu’elle souhaitait. Lorsqu’elle avait épousé mon père, il était veuf et avait déjà des enfants. Elle-même avait mis au monde cinq enfants. De plus, mon père était âgé de 52ans et souffrait d’un diabète sévère. Ma mère ne trouvait donc pas très opportun d’envisager une autre naissance. Ces objections n’eurent pas raison de la détermination de mon père. Irlandais et catholique pratiquant, il était contre toute forme de contraception, mais n’était pas très enclin à l’abstinence. Devrais-je aujourd’hui le remercier ou lui en vouloir d’avoir tant insisté et de m’avoir conçue? Malgré toutes les difficultés de ma vie, je suis maintenant réconciliée avec lui et peut, sans arrière-pensée, lui dire merci d’avoir permis que je sois incarnée. Mais j’ai dû parcourir un long chemin de souffrances avant de parvenir à la libération. Et encore, celle-ci n’est jamais totale. Dès le moment de ma conception, ma mère avait donc peur de devenir enceinte. Puis, après que la <<mauvaise» nouvelle a été confirmée, elle a pleuré pendant les neuf mois de la gestation. Elle n’arrivait pas à accepter cette dernière grossesse. De plus, elle demandait à Dieu, dans ses prières, que l’enfant soit un garçon parce que, selon elle, la vie était beaucoup plus facile pour les hommes que pour les femmes. Vous pouvez facilement imaginer quel fardeau de peine et de peur je porte depuis l’instant de ma conception et qu’il m’a fallu assumer par la suite. >>>> |
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| La personne aux prises avec la dépendance affective peut donc souffrir de carences importantes présentes depuis sa plus tendre enfance et qu’elle n’a pas réussi à combler par ses propres moyens, soit parce qu’elle n’est pas consciente qu’elle a ce problème, soit parce qu’elle ne sait pas comment guérir de ces carences profondes. La plupart des gens qui souffrent de dépendance affective ne font pas la différence entre la dépendance elle-même et la carence émotionnelle qui lui a donné naissance. Ces personnes passent donc beaucoup de temps à travailler sur le problème de dépendance et négligent le travail de fond sur la carence. À première vue, ces personnes semblent avoir tout ce qu’il faut pour réussir dans la vie et pour réussir leur vie. Elles ont belle apparence, jouissent souvent d’une intelligence supérieure, réussissent leurs études, décrochent facilement un emploi, sont talentueuses et ont développé l’art de plaire. Lorsqu’on gratte la surface, cependant, on découvre que ces mêmes personnes souffrent d’angoisse chronique, sontcompulsives, cherchent l’amour avec frénésie et sont habitées par une grande nostalgie. Elles-mêmes ne comprennent pas pourquoi elles ont tant de difficulté à accéder au bonheur. J’insiste encore sur le fait que les carences existent parce que les besoins fondamentaux de l’enfant n’ont pas été comblés de façon satisfaisante, et non pas parce qu’ils n’ont pas été comblés de façon parfaite, ce qui est impossible à faire pour qui que ce soit. De plus, leniveau de satisfaction est déterminé par l’enfant luimême et non par le parent qui a la responsabilité de combler quatre besoins fondamentaux: les besoins de sécurité, d’identité, d’estime de soi et celui d’aimer et d’être aimé. Pour plusieurs d’entre nous, ceuxci n’ont pas été comblés tout simplement parce que nos parents ne possédaient pas les ressources pour le faire adéquatement. Souffrant eux-mêmes de carences émotionnelles, ils n’ont fait que reproduire ce qu’ils avaient appris de leur propre enfance et n’étaient pas en mesure de donner plus qu’ils n’avaient reçu. Dans mon livre précédent, j’explique comment je suis arrivée, après avoir tant écrit et tant parlé au sujet du bonheur, à constater que je souffrais de dépendance affective et comment j’ai enfin pu m’en libérer. Ma prise de conscience a débuté par des symptômes d’angoisse. Cette angoisse se manifestait surtout la nuit ou aux petites heures du matin, mais parfois le jour également, par une pression à la hauteur du sternum. Cette manifestation physique était accompagnée d’un sentiment de peur panique aux raisons inexpliquées. Cet état de malêtre était incontrôlable et se manifestait au moment où je m’y attendais le moins. Pour survivre, j’essayais de le combattre par l’action. Inconsciemment, je cherchais des anesthésiants à ma souffrance comme le font tous ceux et celles qui souffrent de dépendance affective. Haut Des milliers d’individus en proie à une telle angoisse vont consulter le médecin et se retrouvent malheureusement avec une prescription d’anxiolytique ou de Valium au lieu de chercher la véritable cause de leur angoisse. Ils peuvent passer des années à étouffer leur problème par l’absorption de ces drogues. Cette façon de nier la réalité, c’est comme de mettre un plâtre sur une jambe de bois. D’autres drogues encore plus puissantes contrôlent les humeurs de personnes en difficulté de croissance psychologique. Au lieu de les aider à grandir, on les maintient dans un état neutre pour les empêcher de faire une dépression en ne réalisant pas qu’on les tue à petit feu. Aux États-Unis, le fameux Prozac, par exemple, se vend comme des petits pains chauds.>>> |
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| J’ai également compris que je souffrais d’un problème de dépendance affective en constatant ma difficulté à établir une relation de couple saine et durable. Au début, je croyais seulement que je n’étais pas chanceuse parce que la vie ne mettait pas sur ma route le compagnon <<idéal». Je dépensais donc beaucoup de temps et d’énergie à chercher ce compagnon idéal, mais en oubliant que je devais moi aussi être une compagne idéale, ce qui était loin d’être le cas. La personne qui souffre de dépendance affective n’est pas de tout repos pour son conjoint. Pour se faire aimer, elle déploiera des trésors de séduction et sera même prête à donner sa chemise. Elle sera aussi prête à tout tolérer pour ne pas perdre l’objet de sa dépendance. D’un autre côté, elle fera preuve d’intransigeance et d’instabilité émotionnelle, comme un enfant. Les relations avec des dépendants affectifs promettent de fréquentes descentes aux enfers car elles sont marquées par l’insécurité, la colère, les repentirs, la peine, les pleurs, les crises existentielles, et par des élans d’amour passionné suivis de sentiments de haine. L’une des caractéristiques les plus évidentes d’une relation basée sur la dépendance affective plutôt que sur l’amour véritable, c’est qu’à tour de rôle chaque membre du couple se retrouve dans la peau de la victime, puis dans celle du bourreau, étant parfois le sauveur, parfois le sauvé, parfois le dominant et parfois le dominé. Au début de la relation, on peut penser qu’il ne s’agit que d’une période d’adaptation, mais il n’en est rien. Plus le temps passe et plus ces rôles sont présents dans cette relation difficile. On ne distingue pas toujours qui joue quel rôle parce que, dans ce type de relation, les personnes deviennent manipulatrices, employant des moyens comme la maladie, la faiblesse, la pitié ou toute autre forme de chantage émotionnel. Celui qu’on perçoit comme le bourreau est parfois, au contraire, la victime. La <<pauvre» victime, elle, exerce peut-être depuis des années un contrôle sur son partenaire, sans même que celui-ci en soit conscient. Il faut souvent des années de ce régime avant que les yeux s’ouvrent enfin, et lorsque cela se produit, les échanges de paroles peuvent être assez violents. La personne souffrant de dépendance affective se sent totalement impuissante à se faire aimer parce que, à la suite des nombreux rejets et abandons qu’elle a subis au cours de son enfance, elle en est venue à la conviction qu’elle ne valait pas la peine d’être aimée. Elle voudrait bien se convaincre qu’elle peut réussir à se faire aimer, qu’elle réussira, adulte, ce qu’elle n’a pas réussi lorsqu’elle était enfant. Un âpre combat commence alors entre la partie qui se dit qu’elle <<ne vaut pas la peine d’être aimée» et celle qui veut <<absolument mériter cet amour». La personne souffrant de dépendance affective ne tientpas vraiment à gagner le combat. Alors elle va, inconsciemment, choisir des partenaires inaccessibles, des gens mariés ou vivant dans un autre pays, par exemple. Le défi doit toujours être de taille pour le dépendant affectif, sinon ça ne vaut pas la peine de s’y attaquer. Je me souviens de la théorie émise par l’une de mes copines au sujet des bons gars et des gars plus inaccessibles. Elle avait remarqué que pour plusieurs d’entre nous, toujours célibataires, les bons gars présentaient peu d’intérêt alors que les hommes compliqués faisaient monter les enchères, pour employer son expression. On observe le même phénomène chez les hommes; en effet, certains ne s’intéressent qu’à des femmes fatales, mystérieuses, impossibles à conquérir, mais qu’ils espèrent faire flancher.>>>> |
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| Certaines histoires difficiles peuvent, à l’occasion, concerner des relations saines auxquelles la vie a présenté des obstacles de parcours inhabituels. En général, cependant, il s’agit de relations entre dépendants affectifs. Des spécialistes, comme le père Martin, dominicain maintenant décédé mais qui a animé de nombreux ateliers et supervisé des centaines de personnes en thérapie, ont en effet constaté que les dépendants affectifs avaient tendance à se reconnaître et à se choisir comme partenaires. Une personne saine qui désire vivre une relation épanouissante n’acceptera pas de fréquenter très longtemps un dépendant affectif. Il faut que les névroses se rencontrent pour que s’opère le choc amoureux entre un dépendant affectif et une autre personne. Il est cependant possible qu’une relation entre dépendants affectifs devienne plus saine. Mais pour que cela se produise, il faut absolument que les deux personnes en cause reconnaissent leur problème et acceptent d’y travailler, et qu’une fois guéries elles décident de se choisir à nouveau, mais cette fois pour des raisons plus positives. Le travail à effectuer oblige presque toujours ces personnes à se séparer pour un certain temps car, pour se libérer de la dépendance affective, il faut d’abord apprendre à vivre seul, heureux et en paix avec soi-même. Si vous avez une peur maladive d’être rejeté, que vous avez de la difficulté à établir une relation de couple sereine ou que vous désespérez de rencontrer l’âme sœur, vous souffrez peut-être de dépendance affective. Haut Reconnaître sa dépendance Il est toujours plus facile de reconnaître la dépendance affective d’un autre que la sienne. Plusieurs personnes m’ont avoué que la section sur la dépendance affective dans mon livre Petits Gestes et grandes joies les avait marquées. Elles se demandaient si elles ne souffraient pas de ce problème. Une bonne façon de déterminer si on souffre de dépendance affective, c’est de se demander si quelque chose nous fait peur dans nos relations interpersonnelles ou même de travail. La personne souffrant de dépendance affective a peur de ne pas se trouver de partenaire ou de perdre celui qu’elle a. Elle n’est donc jamais vraiment heureuse; lorsqu’elle est seule elle ressent un vide, alors qu’en couple elle sent une menace peser sur elle. La peur de <<rester sur le carreau» ou celle de perdre l’être cher n’est pas une simple inquiétude que peut à l’occasion ressentir tout être humain, c’est une peur très envahissante qui peut se transformer en véritable panique et entraîner des gestes désespérés. La peur de perdre son partenaire résulte presque toujours de la crainte qu’on avait de perdre son père ou sa mère lorsqu’on était enfant. En transférant cette peur sur le partenaire, on donne à cette personne un pouvoir extraordinaire sur nous. On finit par se convaincre qu’elle seule ou lui seul peut nous rendre heureux, combler nos désirs les plus secrets, nous comprendre. Pour un dépendant affectif, l’être aimé constitue de la véritable morphine humaine, dont les doses doivent toujours être augmentées pour maintenir l’effet. >>>> |
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| Au tout début d’une relation, il n’est pas toujours facile de détecter si le désir de se rapprocher de l’autre est le désir sain et légitime que tous les amoureux ressentent. Chez une personne souffrant de dépendance affective, ce désir provient surtout d’une grande soif d’attachement et d’une recherche de la symbiose. Une bonne façon d’évaluer la qualité de notre relation, c’est d’observer notre réaction lorsque notre partenaire ne peut accéder à notre désir de le voir ou qu’il ne fait pas un geste que nous aurions apprécié. La personne dépendante affective réagit très mal à tous les contretemps, qu’elle interprète comme un rejet sans essayer de comprendre son partenaire. Toutes les occasions sont bonnes pour revivre les abandons et les rejets du passé et rebrasser ses émotions. Résultat: on fait de la peine à son partenaire, ou des colères injustifiées. Quant à la personne qui ne souffre pas de dépendance affective, elle n’en fera pas une montagne si l’être aimé ne peut la voir ou même s’il n’en a tout simplement pas envie à ce moment précis. Un autre indice de dépendance affective, c’est notre perception du temps lorsque nous ne sommes pas en présence de la personne aimée. Une heure peut nous paraître une journée et le fait de ne pas avoir de nouvelles pendant quelques jours peut conduire à un état de panique. Nous n’avons plus aucun jugement et nous sommes incapables de relativiser les événements. Je me souviens d’un jour où j’attendais mon ex-conjoint sur le coin d’une rue, où nous avions convenu de nous rencontrer avant d’aller au cinéma. Il est arrivé une vingtaine de minutes en retard, mais je l’ai reçu comme s’il m’avait manqué de respect devant toute une foule. Chaque minute d’attente m’avait paru une heure. Au lieu de me dire qu’il avait eu un contretemps ou s’était trompé de chemin parce qu’il ne venait pas souvent à Montréal, j’étais outrée par son retard et en faisais tout un drame. J’espère qu’il m’a pardonné cette immaturité qui, à l’époque, lui a malheureusement fait passer de mauvais moments. Le dépendant affectif peut aussi choisir des partenaires qu’il veut à tout prix sauver: des personnes souffrant d’alcoolisme ou de toxicomanie, des maniaques du travail, des personnes de milieu modeste… Il part en croisade en se disant qu’il deviendra indispensable à la personne qu’il va sauver et qu’elle ne voudra plus jamais le quitter. Lorsque cela se produit malgré tout, c’est la crise, qui mène parfois au suicide ou même, dans certains cas, au meurtre passionnel. Mon frère Louis, qui a travaillé de très près avec des dépendants affectifs, me parlait dernièrement de ce phénomène du meurtre passionnel, qu’on a de la difficulté à comprendre. Selon lui, l’explication est fort simple. La personne souffrant de dépendance affective n’est plus capable de supporter la vie avec son partenaire, mais elle ne peut pas non plus envisager de vivre sans lui. Si elle s’enlevait la vie, elle ne pourrait supporter d’être séparée à tout jamais de son conjoint, et de ses enfants lorsqu’il y en a. En décidant de les tuer tous puis de se suicider, elle pense tout simplement qu’elle va les emmener avec elle dans un lieu sans souffrance où ils seront enfin réunis, dans la paix, pour l’éternité. >>> |
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| Fort heureusement, les relations avec des dépendants affectifs ne se terminent pas toujours de façon aussi tragique. Par contre, bon nombre d’entre elles baignent dans une atmosphère assez trouble. La jalousie maladive d’un ou des deux partenaires est un problème majeur dans ces relations. En général, la jalousie est plus forte chez la victime et le bourreau profite de cette grande insécurité émotionnelle pour faire de la manipulation ou du chantage. Un ami me racontait que sa conjointe est tellement anxieuse et possessive qu’elle peut lui téléphoner toutes les heures pour vérifier s’il est bien à la maison et pour savoir ce qu’il fait. De plus, elle lit son courrier et filtre ses appels téléphoniques. Ces comportements de jalousie et de non-confiance se retrouvent toujours chez les personnes souffrant de dépendance affective. Elles sont tellement certaines que leur conjoint va les trahir qu’elles imaginent toujours le pire. Elles ne sont jamais vraiment heureuses, même lorsqu’elles sont tout près de leur partenaire. Même dans ces moments elles trouvent le moyen de se tracasser. Cet ami me disait que sa conjointe s’inquiète lorsqu’il est un peu perdu dans ses pensées et lui demande s’il ne pense pas à une autre femme. Cette attitude se poursuit même jusque dans le lit, lorsque des rapports intimes ne fonctionnent pas parfaitement bien. Le pauvre homme se fait encore poser des questions pour expliquer ses <<ratés». Comme on peut le constater par cet exemple pathétique, il n’y a pas de limites aux manifestations d’insécurité d’un dépendant affectif. Haut Dans une relation de couple, la dépendance affective peut être comparée à une prison dont les portes ne sont pas verrouillées mais qu’on n’arrive pas à franchir parce qu’à la simple idée de se retrouver loin de l’être aimé on a le souffle coupé. On est vraiment certain que la mort nous attend au pays de la liberté. Bien sûr, il y a aussi, dans ces relations, de l’amour et de l’attirance fondés sur des raisons objectives. Le problème vient du fait que cet amour n’est pas offert et reçu en toute liberté, mais plutôt dans une contrainte issue de l’attrait <<irrésistible» qu’exerce la personne dont le dépendant est follement épris. Le dépendant affectif fait face à un dilemme important: il en arrive à ne plus être capable de vivre avec son partenaire, mais entrevoit la mort lorsqu’il imagine la vie sans lui. Il en résulte que toute tentative de rupture est extrêmement pénible, car il faut une période de sevrage, comme pour un alcoolique qui veut arrêter de boire. Les effets de ce sevrage sont encore plus dévastateurs que la panique ressentie en pensant à la rupture. Lorsque arrive le moment de la séparation comme telle, la personne peut ressentir de fortes douleurs à la poitrine et à l’estomac, éprouver des troubles du sommeil importants, dormant trop ou pas assez, faire des crises de larmes, se sentir agressive ou déprimée, et avoir l’impression d’un vide total en elle. Elle ne s’intéresse plus à rien et ne pense qu’à mourir. C’est ce qui empêche la plupart des dépendants affectifs de faire le pas vers la libération. Perdant le centre de leur univers que représente leur partenaire, ils perdent tout sens d’orientation de leur vie. La soif d’attachement du dépendant affectif est aussi un repère pour identifier le problème. Cette soif peut cependant être canalisée pour qu’elle n’ait pas d’effets nocifs sur le comportement et le bien-être de cette personne. Mon frère Louis a l’habitude de conseiller à une personne souffrant d’une telle soif de la disperser en ayant plusieurs points d’ancrage, au lieu de mettre tous ses œufs dans le même panier. Vouloir tisser des liens dans le contexte d’une relation saine n’est pas mauvais en soi et il existe des attachements qui ne sont pas nocifs. Ils le deviennent lorsqu’ils empêchent les personnes <<attachées» de se sentir libres et qu’ils maintiennent de force une union où ne règne aucune harmonie. >>> |
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| La personne qui n’a pas commencé à travailler sur sa dépendance affective veut à tout prix faire diminuer sa souffrance, qui est, comme nous l’avons vu, intolérable. Elle cherche donc des moyens pour soulager cette souffrance et même, si possible, pour la faire disparaître en quelques heures. Ces moyens, qu’on appelle <<anesthésiants», ne permettent cependant pas de traiter la dépendance et de se libérer de la souffrance. Les anesthésiants gèlent temporairement la souffrance mais, pour qu’ils continuent de faire effet, on doit toujours en augmenter la dose. La personne qui pensait avoir trouvé une solution définitive à sa souffrance doit donc augmenter sans cesse la dose de son anesthésiant ou en trouver un autre si l’effet apaisant ne se fait plus sentir. Les moyens ou substances anesthésiants ne sont pas toujours mauvais; cela dépend du motif de leur utilisation. Bien sûr, la prise de cocaïne ou d’une autre drogue est toujours nocive, quel que soit le contexte. Par contre, pour ce qui est de la pratique d’un sport ou de la consommation d’aliments, par exemple, cela dépend. Bien manger et faire de l’exercice sont deux activités importantes et utiles. Manger pour oublier sa souffrance et camoufler ses émotions, ou faire du sport pour refuser d’entrer en contact avec soi-même, voilà qui est mauvais, parce qu’on s’en sert comme anesthésiants. Après avoir pris connaissance de toutes ces caractéristiques d’une personne souffrant de dépendance affective, vous serez sans doute en mesure de déterminer si, oui ou non, vous êtes un dépendant affectif. Si vous avez encore des doutes parce que tout en étant très malheureux vous avez l’impression de persister dans un mode de vie par choix, demandez-vous si vous avez essayé de modifier ce mode de vie par des gestes concrets. Essayez de voir si votre choix de demeurer à l’endroit où vous êtes profondément malheureux vous est dicté par des prétextes masquant votre peur et même votre terreur d’opérer un changement dans votre vie ou si, au contraire, vous vous sentez tout à fait libre. Le principal baromètre pour déterminer si vous êtes dans un mode de vie qui vous convient, avec ou sans partenaire, c’est l’état de votre santé physique et émotionnelle. Si vous êtes à la bonne place, vous avez toutes les chances d’être en santé. Par contre, si vous maintenez un lien ou un mode de vie par faiblesse, jalousie, insécurité, culpabilité ou même par soif de pouvoir, parce que vous souffrez de dépendance affective, vous pouvez être certain que, tôt ou tard, votre enfant intérieur va se rebeller et faire des siennes. Et si vous persistez malgré ses avertissements sous forme de panique, de stress ou d’angoisse, soyez assuré qu’il vous promet des problèmes de santé plus graves encore. La dépendance affective est l’un des problèmes les plus graves dont peut souffrir une personne parce que, plus que tout autre, il engendre toutes les peurs humaines que l’on puisse imaginer: peur d’aimer, peur d’être aimé, peur d’être abandonné, peur de ne pas être à la hauteur, peur d’être rejeté, peur de ne pas en faire assez pour les autres, peur d’être exploité parce qu’on en fait trop, peur d’être seul et peur d’être avec les autres. De plus, à partir de la quarantaine, tous les anesthésiants que le dépendant affectif utilise pour survivre commencent à moins faire effet et ne réussissent plus à atténuer la souffrance. La personne se retrouve alors dans un cul-de-sac et se dirige, petit à petit, vers des maladies de plus en plus graves dont elle n’arrive pas à se débarrasser et dont elle ne comprend pas l’origine. Le père Martin, dont j’ai parlé précédemment, avait émis l’hypothèse que plusieurs personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer seraient justement des personnes qui n’ont pas eu la chance de se débarrasser de leur dépendance et qui, pour en finir avec la souffrance, optent pour ce genre d’évasion jusqu’à la fin de leur triste vie. Il ne faut pas généraliser, bien sûr, mais une telle observation devrait nous mettre sur nos gardes et nous inciter à prendre le plus vite possible les moyens nécessaires pour régler une situation qui nous fait risquer gros. >>> |
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| Démasquer ses anesthésiants Toutes les activités d’une personne souffrant de dépendance affective peuvent constituer un anesthésiant à sa souffrance. En général, le dépendant affectif se prépare un cocktail de moyens d’évasion pour ne pas risquer de se retrouver, ne serait-ce qu’une petite heure, dans un état de souffrance intolérable. On peut énumérer les principaux anesthésiants utilisés par les dépendants affectifs, mais la liste serait en fait illimitée. On a cependant remarqué que certains d’entre eux sont plus courants que d’autres: le travail, la consommation d’alcool, la consommation de nourriture, la masturbation, le jeûne, l’activité sportive, les activités ménagères, la consommation de tabac ou de drogue, l’écoute de la musique, le sommeil, la lecture, le cinéma. Comment peut-on savoir si une activité ou une substance constitue une façon d’éviter de faire face à la souffrance ou si, au contraire, cette activité aide à rebâtir l’estime de soi tout en procurant du bon temps, sans toutefois qu’on considère son effet comme magique ou thérapeutique? Comme je l’ai déjà mentionné, l’anesthésiant procure instantanément un effet apaisant et gèle la souffrance. Mais, pour être efficace, il doit être consommé en doses de plus en plus grandes. Les personnes souffrant de boulimie ne peuvent se contenter d’une consommation de nourriture équilibrée et modérée. Elles mangent de grandes quantités de nourriture, et très rapidement. Elles ne goûtent pas vraiment aux aliments; elles se gavent pour éviter de souffrir. Une fois l’orgie terminée, elles ne sont pas plus heureuses. De plus, ellesse créent un problème d’embonpoint. Les grands buveurs secomportent un peu de la même façon. Ils ne peuvent cesser de boire que lorsqu’ils arrivent au fond de la bouteille. Mais la soif demeure, car ce n’est pas d’alcool dont ils ont véritablement soif, mais bien de liberté intérieure. L’un des anesthésiants les plus utilisés, autant par l’homme que par la femme, c’est le sexe. Il s’agit ici d’une compulsion sexuelle, qui s’exprime soit dans des rapports sexuels très fréquents ou dans la masturbation. Les personnes interrogées à ce sujet admettent toutes que cette boulimie de sexe ne les rassasie jamais et que, malgré une grande quantité d’orgasmes au cours d’une même journée, elles demeurent dans un état d’inassouvissement perpétuel. Mon frère Louis a aidé l’un de ses amis compulsif sexuellement à se sortir de cet enfer. Au moment où il a connu cet homme, celui-ci avait quotidiennement des rapports sexuels avec trois femmes différentes et se masturbait deux ou trois fois par jour. Lorsqu’il accepta de supprimer de sa vie cet anesthésiant, après avoir éliminé tous les autres quelques mois auparavant, il ressentit une telle souffrance qu’il se mit à pleurer pour la première fois de sa vie. Ce torrent de larmes dura trois semaines complètes, jour et nuit, et il lui semblait qu’il n’en verrait jamais la fin. Et pourtant, il est plus heureux que jamais aujourd’hui, car il a réussi à traverser la barrière de l’anesthésiant pour se rendre au cœur de sa souffrance. Il peut maintenant jouir d’une vie sexuelle normale, avec une seule partenaire, et ne ressent pas le besoin de se masturber comme auparavant. Comme je le mentionnais dans mon livre précédent, une personne adulte peut choisir, dans certaines circonstances, de satisfaire elle-même ses besoins sexuels plutôt que de subir un esclavage émotionnel. Dans ce cas, il ne s’agit pas d’une compulsion comme celle du dépendant affectif. Les maniaques d’entretien ménager sont aussi des compulsifs. Pour faire taire leur souffrance profonde, ils se défoncent dans le ménage, nettoyant le plus parfaitement possible leur environnement. Ces personnes ont souvent été victimes d’abus sexuels à un très jeune âge et leur empressement à faire tant de ménage peut dénoter un besoin profond de nettoyer le sentiment de honte et de culpabilité qu’elles portent en elles depuis ce temps.>>>> |
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| Certains anesthésiants sont certainement moins nocifs que d’autres, mais, lorsqu’on en augmente la dose, tous peuvent causer des problèmes importants à ceux qui les utilisent à cette fin. Qu’il s’agisse d’un surcroît de travail, d’une attitude de zèle dans les sports ou dans la pratique d’un art, ou encore d’une propension à s’évader dans la lecture de romans à l’eau de rose, le résultat est le même: la personne se coupe des émotions de peine, de colère et même de joie qu’elle ne veut pas ressentir de peur de souffrir autant qu’elle a déjà souffert. Et pourtant, ce n’est qu’en faisant face à cette souffrance qu’on peut passer par-dessus et réussir à éprouver une certaine paix intérieure. Démasquer ses anesthésiants n’a pas pour objectif de supprimer toutes les activités que l’on aime pour ne se consacrer qu’à la souffrance. Il s’agit plutôt de déterminer si la décision de s’adonner à une activité est motivée par le besoin de s’étourdir et de se distraire de la souffrance, ou si elle est libre de toutes contraintes. Il peut s’avérer nécessaire, pour un certain temps, de supprimer la plupart des activités utilisées comme moyens d’apaisement de la souffrance afin d’effectuer le travail de nettoyage en profondeur. Mais cette interruption ne sera que temporaire. Lorsqu’on a surmonté le problème de la dépendance affective, on peut revenir, le cœur léger, à la pratique de tout ce qu’on aime. Le plaisir qu’on en retire alors est encore plus grand puisqu’il ne masque plus notre désarroi. Haut Mon frère Louis, qui aide maintenant beaucoup de personnes à cheminer en ce sens, a réussi à surmonter complètement son problème de dépendance en supprimant toute forme d’anesthésiant durant une période de neuf mois. Il est convaincu cependant qu’on peut arriver au même résultat en six mois. Mais, comme il le dit, il faut vraiment que toutes les énergies soient orientées vers ce but ultime de se libérer de la dépendance affective et que l’on soit prêt à ressentir, en cours de route, les souffrances les plus atroces qu’on avait l’habitude de fuir grâce aux anesthésiants. C’est le prix à payer pour être heureux et ne plus avoir d’attentes infantiles par rapport aux autres. Vous trouverez peut-être que six mois c’est long dans la vie d’une personne. Pourtant, les thérapies les moins longues, avec l’aide d’un thérapeute, durent toujours un minimum de deux ans, et certaines durent beaucoup plus longtemps. Bien sûr, les thérapies de soutien peuvent réussir à modifier un peu des comportements et à atténuer la souffrance, particulièrement lorsqu’on est dans le bureau du thérapeute. Le problème, cependant, c’est qu’elles peuvent aussi devenir une forme d’anesthésiant et qu’elles ne s’attaquent pas toujours aux carences profondes qui sont la source du problème. Les thérapeutes ont comme rôle de nous mettre en contact avec nos propres solutions et avec notre énergie individuelle, la seule qui puisse nous tirer une fois pour toutes de la souffrance et du malheur. Leur intervention peut donc être bénéfique, et même nécessaire dans certains cas. Par contre, si une personne comprend bien l’origine de son problème et qu’elle est prête à investir temps et énergie pour s’en sortir par elle-même, elle peut le faire très efficacement et plus rapidement qu’en ayant recours à un intermédiaire. >>> |
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