Comment nous enseignons l'islam [img align=left]http://www.telquel-online.com/105/images/image1_sujet5_105.jpg[/img]Un colloque organisé par la fondation Al-Saoud à Casablanca a montré les réticences du Maroc à réformer son enseignement de la religion… et l’audace d’autres pays musulmans à s’en détacher ou à s’adapter pour favoriser le développement.
À l’orée des attentats du 16 mai dernier, la nécessité de réformer le discours religieux au sein de l’école marocaine a pris une dimension particulière. Attendu avec impatience, le projet sur lequel planchent les cadres du ministère de l’Éducation
nationale introduit de nouvelles valeurs dans les contenus pédagogiques comme "la primauté des droits de l’homme". Un projet alternatif a cependant vu le jour à l’initiative du Centre marocain d’études et de recherches pédagogiques et islamiques de Tétouan et d’autres organismes associés. Il propose une nouvelle vision de l’éducation islamique en l’intégrant dans l’environnement quotidien de l’apprenant et en reliant la matière à d’autres disciplines plus rationnelles. Au ministère de tutelle, on est tenté de faire de l’équilibrisme avec la matière des "droits de l’homme", devant être lancée cette année dans les curricula. Au lieu de réformer franchement l’éducation religieuse, l’État préfère pour le moment lui juxtaposer une dose d’universalisme. Reçu fraîchement par le ministère, ce projet, idéologiquement, ne rompt pas fermement avec un lourd héritage, qui met l’intérêt de l’élève après celui des politiques. Cette apesanteur a ses origines. En 1977, raconte l’historien Mohamed El Ayadi, alors inspecteur à l’Éducation nationale, "une commission composée de l’inspecteur pédagogique en philosophie Nourredine Saïl, du professeur Belbachir, du psychologue Benaboud et du ministre de l’époque, Azzedine Laraki et de moi-même, s’est réunie à la demande d’un membre du sérail". Elle aura la lourde tâche d’impulser un certain "élan" à la chose religieuse dans l’école marocaine. Réunis avec des oulémas et professeurs de l’université Al Azhar (à l’époque où Sadate flirtait avec les islamistes), le résultat de leur réflexion conduira à l’élaboration de la matière "tarbiya islamiya". Une matière fondamentale enseignée de la première année du collège jusqu’en terminale et dont le contenu n’a pratiquement pas changé depuis 36 ans. Conçue comme un moyen de lutte contre la gauche, dans un contexte d’émergence des mouvements islamistes, l’éducation est devenue "un pari politique pour l’État et le régime", estime El Ayadi. D’un point de vue idéologique, l’éducation religieuse inculquait un discours autour et en défense de la religion permettant de connaître la position de l’islam sur l’économie, la politique (annidam al islami), la famille (mariage, hiérarchie au sein du couple) et renforcer l’identité musulmane de l’élève marocain. Elle oppose (programme de terminale) l’islam au communisme impie et au capitalisme immoral à travers un discours éducatif didactique, avec comme principes de base, l’énonciation et le missionarisme (ramener les élèves dans le troupeau) et comme idée sous-jacente la supériorité de l’islam sur toutes les autres religions. Le discours polémique qui apporterait l’opposition, la nuance, la diversité d’opinions en est complètement absent. C’est dans ce terreau abrutissant que plusieurs générations de Marocains ont noué des liens avec l’islam. Le Maroc officiel est-il prêt aujourd’hui à s’en départir ? Dans le monde musulman, les expériences sont diverses et quelques fois couronnées de succès (voir modèles tunisien et turc ci-après) et la question qui se pose est la suivante : jusqu’à quel point le discours critique, si on le retrouve dans le proje
par Younès Alami pour Tel Quel |