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| 1956, indépendance, 1961, accession au trône de Hassan II et 1975, Marche verte. Entre ces trois dates et depuis, rien. Voilà "l’Histoire contemporaine" qu’on enseigne à nos enfants. Il faudra bien que cela change un jour. A ujourd’hui, les Marocains s’interrogent sur leur histoire récente et lointaine. Il est vrai que "l’alternance démocratique" et la relative "libéralisation" qui s’en est suivie, conjuguée à l’apparition d’une presse indépendante revisitant les mythes de la période contemporaine et donnant la part belle aux témoignages directs ou indirects jusqu’alors censurés, sont venus battre en brèche l’histoire officielle de ce pays. Pourtant, loin des titres tapageurs et des ouvrages étrangers présents sur les étals des librairies, l’histoire telle qu’enseignée dans le système public continue de retracer un certain point de vue de l’histoire nationale. Comme le souligne Mostafa Hassani Idrissi, professeur d’histoire à la faculté de Sciences de l’éducation de Rabat "l’histoire scolaire, particulièrement celle du Maroc, est une histoire qui commence avec l’avènement de l’Islam pour l’enseignement fondamental et qui s’arrête à 1956. Il s’agit ainsi d’une histoire qui n’a "ni queue ni tête" et la mémoire qu’on veut entretenir est une mémoire mutilée". Il faut bien voir en effet que le manuel scolaire est une forme de discours historique bien particulier. Il est l’extrémité d’une chaîne, à l’autre bout de laquelle se trouvent des ouvrages universitaires spécialisés ou de première vulgarisation. Tant il est vrai que recherche historique et manuels scolaires sont intimement liés. Or quel est l’état de cette recherche historique ? Nul, si l’on considère les périodes contemporaine et récente, et guère plus étoffé pour celles qui les ont précédées. Pas d’accès aux archives nationales, pas ou peu de témoignages, pas de sources sur lesquelles travailler, et faut-il le dire, un manque cruel d’historiens (ce qui pose la question de la formation). Ce qui se traduit pour ceux qui fréquentent les bancs de l’école par l’apprentissage d’une histoire officielle à forte connotation nationaliste, notamment pour les périodes du XIXème et XXème siècles qui ont vu la pénétration européenne, l’instauration du protectorat et l’indépendance. Quant à la période plus récente, les élèves du système public n’en connaissent que trois dates : 1956, indépendance, 1961, accession au trône de Hassan II et 1975, Marche verte. Entre ces trois dates et depuis, rien. De même, s’ils apprennent qui était Allal El Fassi, ils auront une vision du personnage des années 30 et non de celui des années 50. Comme le souligne un professeur d’histoire, le message sous-jacent est de permettre aux Marocains de lire une certaine histoire de leur pays. Pour Rita Aouad, historienne au Centre d’études arabes (CEA), "l’histoire des deux derniers siècles constitue une matière sensible d′abord parce que parler de l′affaiblissement du Maroc face à l′Europe au dix-neuvième siècle, de l′occupation coloniale, des difficultés après l′indépendance, n′est pas chose facile. Chacun d′entre nous a une petite fibre patriotique plus ou moins acérée et préfère voir évoquer les périodes de grandeur nationale que les périodes de difficultés, les victoires que les défaites, les succès que les échecs". Avant d’ajouter "qu’on n′aime pas s′appesantir sur les aspects sombres de notre histoire et qu’on préfère même parfois ne pas les évoquer : une société peut ainsi oublier, faire silence autour d′un événement ou d′une période douloureuse". Or, quelle est la fonction assignée à l’histoire dans une société aux objectifs démocratiques affichés si ce n’est celle de former des citoyens critiques, capables d’avoir leur propre analyse des événements. La question est : comment y parvenir "quand dans la réalité, la structure des programmes, l’élaboration des manuels et des évaluations privilégient la fonction identitaire et le savoir mémorisé (on apprend un cours par cœur sans poser de question) sur la fonction critique et le savoir-faire" rappelle Mostafa Hassani Idrissi. Ainsi, parallèlement au travail de l’historien, il y a donc une importante réforme de l’enseignement à mener. Réforme aujourd’hui entamée au niveau des contenus puisque de nouveaux programmes sont en cours d’élaboration au ministère de l’Education, et des commissions travaillent à de nouveaux manuels scolaires au sein de maisons d’édition. Si rien n’a filtré des réflexions en cours, trois remarques sur les futurs contenus ont été faites lors d’une journée d’ étude organisée en juin dernier à la faculté des sciences de l’éducation sous la houlette de M. Hassani Idrissi. La 1ère concerne l’omission de la question des origines de la population marocaine et le maintien de la périodisation dynastique, la 2nde est d’ordre spatial (absence d’une dimension mondiale de l’histoire et prédominance de l’histoire nationale) et enfin la 3ème est d’ordre thématique (le concept d’Etat reste central au détriment du social et du culturel). Quant à l’histoire récente, un débat s’est ouvert sur la question de son apprentissage. Pour de nombreux historiens, le problème qui se pose actuellement au Maroc (au-delà de ceux relevant directement de la méthode scientifique) provient de la continuité des hommes au pouvoir. Il faut ainsi plusieurs générations pour arriver à dépasser l’historiographie officielle et réécrire une histoire plus apaisée. Rappelons à titre d’exemple que la France a attendu 1995 pour reconnaître la responsabilité de l’Etat français dans la collaboration avec l’Allemagne nazie. Admettre que tous les Français n’avaient pas été de valeureux résistants heurtait la mémoire collective. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard que ce soit le président Chirac qui avait 7 ans au début de la guerre, qui ait franchi le pas et non son prédécesseur Mitterrand qui lui, l’avait faite. Or, la plupart des hommes qui ont participé à l’histoire des quarante dernières années au Maroc sont toujours en place, eux ou leurs descendants. Mais la véritable question demeure : quel citoyen l’Etat marocain entend-il former ? Telquel-online. |
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| Pour aider à combler ces trous de memoire , voilà une contribution extraite d'une thése d'anthropologie de Chkouri Mohamed mahfoud, intitulée "l'anthropologie marocaine". ce chapitre parle de la stratégie coloniale pour isoler les berbères de la société marocaine ! " Isoler les Berbères Layautey a autorisé, dès 1915, la création du Comité d’Etudes berbères de Rabat qui publiait les Archives Berbères. Avec une décision signée de sa main, Lyautey précisait : "dans le but de centraliser les travaux établis dans les différentes régions sur les populations berbères du Maroc et d’en retirer des résultats pratiques concernant l’organisation et l’administration des tribus, il est crée à Rabat un comité d’Etudes berbères". (1) Les Archives Berbères furent l’instrument idéologique et le lien fédérateur entre les deux mondes civil et militaire, dont le but commun était de faire face à la résistance des tribus de l’Atlas et du Sud. Au fur et à mesure que la pacification trouve de sérieuses difficultés dans les chaînes de l’Atlas, l’ethnographie coloniale cherchait tous les moyens autres que militaires pour resserrer l’étau autour de la population marocaine de la montagne en les isolant le plus possible du reste du pays et ainsi préparer la division sur une base ethnique du Maroc pour mieux le dominer et briser l’élan de résistance qui pourrait embraser toutes les régions même soumises ou ralliées. Ils estimaient que les Marocains cessent de se battre lorsqu’il ne pouvaient plus opposer résistance. Mais lorsque l’occasion se présentait, les tribus et les régions urbaines soumises n’hésitaient pas à reprendre les armes pour reconquérir leur liberté. Au début, toutes les régions du Maroc était considérées comme des territoires militaires administrés par des officiers des Affaires Indigènes, mais au fur et à mesure que progressait la pacifica-tion et la conquête militaire, un autre découpage administratif apparaissait et qui consistait à mettre en place des zones bien distinctes : - zones civiles : elles sont administrées par des contrôleurs civils qui avait pour mission de contrôler les Pachas de villes, les chefs de tribus et des Caïds. - zones militaires : elles sous le contrôle des officiers de ren-seignements qui avaient à leurs dispositions des groupes armées représentées essentiellement par des Goums. ces zones couvrent presque l’ensemble des régions berbérophones, qui sont classées par l’administration coloniales et les chercheurs contre-insurrectionnels comme tribus de législation coutumière basée sur l’Orf. - zones de dissidence : elles sont en voie de pacification, ce qui veut dire concrètement, zones de guerre et d’opérations. La distinction entre ces trois zones servait l’administration coloniale, car elle permettait de compartimenter la population et empêcher le contact entre les différents blocs. Il fallait pour cir-culer dans ces zones une autorisation délivrée par l’administra-tion. Cette séparation a rempli une autre fonction essentielle, surtout au début des premières manifestations du nationalisme d’ori-gine citadine au début des années trente : d’empêcher le contact avec les éléments nationalistes agissant des les villes avec les foyers de résistance armée très active encore dans les mon-tagnes. La stratégie globale qui servait de cadre à la recherche contre-insurrectionnelle appliquée supposait qu’il fallait utiliser la compagne, notamment berbère contre la ville, afin d’arriver à faire des zones rurales berbères, la clé de réussite de la politique coloniale. Malgré ce quadrillage, la lutte a continué, même après la pacification en 1934. La relève a changé d’espace et la direction du mouvement de protestation est passée entre les mains des élites urbaines agissant principalement dans les villes habitées essentiellement par des ruraux arabes et berbères chas-sés par la pacification militaire et devenus néo-citadins vivant dans leur majorité dans des bidonvilles. La politique berbère de la France au Maroc s’inscrivait dans toute une tradition coloniale qui consistait à diviser le pays co-lonisé pour mieux régner. Charles-Robert Ageron estime "qu’elle n’est pas le fruit d’un hasard ethnographique, mais ce-lui d’un déterminisme historique." (1) Napoléon Bonaparte dans son aventureuse Expédition égyp-tienne "prend appui sur les Coptes contre les Turcs et forme une légion copte." (2) De même au Maghreb, le successeur du général Bournout "faisait appel à des princes de la famille beylicale de Tunis et enrôlait des Kabyles, précisément les premiers ZWAWA ou zouaves." (3) dans le champ de la recherche et de la pratique politique, la problématique arabe/berbère est apparue avec la conquête de l’Algérie. Juste après la conquête d’Alger, de Tocqueville s’inté-ressait déjà à cette population berbère : "Si Rousseau avait connu les Cabyles, il eût cherché dans l’Atlas ses modèles. C’est là qu’il aurait trouvé des hommes soumis à une sorte de police sociale et cependant presque aussi libres que l’individu isolé qui jouit de sa sauvage indépendance au fond des bois ; des hommes qui ne sont ni riches ni pauvres ; ni serviteurs ni maîtres, qui nomment eux-mêmes leurs chefs et s’aperçoivent à peine qu’ils sont des chefs, qui sont contents de leur état et qui s’y tiennent (on m’assure que les Cabyles ont la religion fort tiède, que c’est une race prosaïque et intéressée qui s’inquiète beaucoup plus de ce monde que l’autre et qu’il sera plus facile de les vaincre avec notre luxe et nos arts qu’avec nos canons)."(1) Ce texte fondateur a inauguré toute une vision sur les sociétés maghrébines qui a subsisté jusqu’à l’indépendance sous diffé-rentes formes. Elle était même, dans sa version politique et législative (2), l’une des principales erreurs qui a conduit le peuple marocain d’accentuer la résistance et aller tout droit avec toutes ses forces pour exiger le départ des Français réalisé en 1956. Pour apporter un éclairage nouveau sur la question, un docu-ment inédit déposé aux archives militaires résume en grande partie, le point de vue d’un chercheur de la première heure, Michaux-Bellaire, celui des Affaires Etrangères, en la personne du Ministre plénipotentiaire chargé de l’Agence et consulat général de France à Tanger et enfin la réaction du Résident Général Lyautey. En analysant deux articles édités dans un journal égyptien, Michaux-Bellaire constate que l’auteur se réclame d’un "panarabisme géographique" opposé au "panturquisme poli-tique". En termes politiques, "le premier cherchait à donner la souve-raineté du Monde Musulman au Sultan de Constantinople, le second la donne au roi de la Mecque anglicisé." Pour lui, ils sont deux formes déguisées du panislamisme et "les deux, à des degrés peut-être différents, constituent évidem-ment un danger pour la politique musulmane française". Il se-rait donc "tentant de répondre à ces deux panislamismes par un troisième, qui serait le panberbérisme ou la panislamisme ber-bère". Mais tout de suite, il ajoute qu’il est toujours "dangereux de créer dans le monde musulman un mouvement quelconque que l’on ne peut jamais diriger suffisamment et dont il est tou-jours impossible de prévoir les conséquences". Il poursuit son propos modéré et très mesuré, mais affreuse-ment colonialiste, ainsi : "il paraît plus prudent et plus sûr d’empêcher les mouve-ments que les autres veulent y créer ; il est préférable de maintenir le monde musulman dans l’état de division poli-tique et géogra-phique où il est mis par le temps, que de risquer en voulant créer des groupements que l’on peut supposer être utiles à telle ou telle autre politique, de pro-voquer des unions et des en-tentes imprévues : on peut créer ainsi sans se douter des ligues qui peut-être cherchent depuis longtemps à se former contre les uns ou les autres." Il conseille plutôt le morcellement et la poli-tique du maintien de la divsion. Par contre, il est favorable la centralisation administrative européenne, sans que celle-ci conduit à l’unité des structures indigènes, qui peuvent devenir une manace : "Dans les pays musulmans soumis à l’autorité eu-ropéenne la centralisation ne doit exister que dans l’administra-tion euro-péenne et le morcellement, la compartimentation doivent être maintenus pour ce qui est indigène. Il ne faut pas que la centralisation administrative puisse être un pré-texte à une centrali-sation indigène qui pourrait devenir une force." Michaux-Bellaire met en garde les responsables coloniaux contre le caractère dangeureux de la propagation,aussi bien du panturquisme que le panarabisme au sein des colonisés : "c’est l’évidence qu’il est dangereux de répandre des idées qui pourrait avoir comme résultat de créer des coali-tions. Il est encore plus dange-reux de laisser pénétrer des idées de nature à former une coalition dont la tête se trou-verait à l’étranger. Sous ce rapport, le panarabisme peut-être aussi périlleux que le panturquisme." Finalement, Micahux-Bellaire n’est pas aussi favorable à la formation d’une coalition des Berbères du Maghreb qui pourrait aussi comporter des dangers pour la colonisation. "Quant au panber-bérisme, il ne serait dangereux que pour nous et ne nous donnerait aucun moyen d’action chez les autres, en admettant que nous cherchions à exercer cette action. Il s’agit d’empêcher plutôt que de créer" (1) La note de Michaux-Bellaire transmise par le Ministre des Affaires Etrangères au ministre de la guerre est accompagnée d’une remarque de M. Boissonnas, Ministre plénipotentiaire chargé de l’Agence et consulat général de France à Tanger, dans laquelle il s’interrogeait sur" les tendances panarabiques qu’à développées ou fait naître, la révolte du Hedjaz". Ces dernières estimait-il "elles constituent un danger pour notre empire de l’Afrique du Nord et nous devons, je crois, étudier, dès maintenant les moyens d’y parer." Il constatait que "toute politique qui tendrait à l’unification des pays musulmans conquis ou protégés par nous répondrait au goût français pour l’uniformité, mais créerait un bloc indigène dont la division actuelle est, au contraire, favorable à notre domination". Il s’inquiétait de l’ouverture du chemin de fer "qui réunira un jour Tunis à Marrakech rapprochera fatalement les membres dispersées de la grande famille musulmane placée sous notre domination… la facilité des communications n’en amènera pas moins une pénétration réciproque et renforcera déjà les liens existants de la religion et de la race." Quant au Maroc il pensait que la présence d’un sultan et d’un peuple non arabe représen-tait une chance pour lutter contre les idées panarabistes :"Au Maroc nous avons cette heureuse fortune de pouvoir opposer un Khalife national au Khalife de la Mecque et une race forte et vivace, la race berbère, à la race arabe qui représente la mino-rité". Il suggérait même une idée assez audacieuse : "on pour-rait être tenté de faire du Sultan du Maroc le Khalife de tout l’Occident dont le prestige religieux s’étendrait sur toute notre Afrique du Nord." Mais très vite, il calme son ardeur en ajoutant un correctif à sa pensée berbériste : "j’ignore si la chose est pos-sible ou même déraisonnable, mais la guerre a prouvé que le sentiment de la race peut l’emporter chez les Musulmans sur le sentiment religieux". Evidemment, la France en optant cette hypothèse, elle devra favoriser l’absorption de l’élément ber-bère par l’élément arabe. Il se demande concrètement : "doit-on arabiser le Maroc au profit du Makhzen central, ce qui facilite-rait notre tâche immédiate, ou la menace encore lointaine mais réelle, que révèlent les articles du Kaoukab ne nous conseille-t-elle pas de ne pas aller trop loin dans cette voie ?" Apparemment, le Ministre est embarrassé par la montée pan-arabiste, mais en même temps l’élément berbère au Maroc est encore en guerre contre les français. La carte berbériste n’était pas jouable dans l’immédiat pour prémunir le pays des appels arabistes venant de l’Orient arabe. Il concluait sa note ainsi : "quand la masse berbère encore insoumise aura accepté notre domination, la question se posera s’il ne convient pas de respec-ter ce groupe ethnique, de le conserver avec sa langue et ses institutions, de réveiller même sa conscience nationale pour qu’il nous serve au besoin de point d’appui contre un mouve-ment panarabique. La question est délicate ; je n’ai aucune com-pétence pour la traiter et dois me borner à faire part au Département de réflexion que m’ont inspirées les articles du Kaoukab". (1) La réponse du Général Lyautey n’a pas trop traîné. Elle est exprimée dans une lettre adressée au Ministre des Affaires Etrangères : "M. Boissonnas se demande si nous devons arabiser le Maroc au profit du maghzen ou le berbériser au risque de créer dans l’Islam un groupe nouveau dont on ne saurait prévoir l’évolution". le général choisit le statu quo concernant cette affaire tout en reconnaissant que "chacun des adversaires avait chez nous ses partisans qui opposaient la politique Maghzen à celle des tribus, la langue arabe à la langue berbère, le doit islamique aux coutumes berbères". Il estimait que la solution qu’il a adoptée consistait "à concilier tous les intérêts, dans la mesure du possible. Nous avons érigé en principe que nous mettions notre force au service de l’ordre c’est-à-dire du maghzen. Mais déclarions, en même temps, vouloir tenir la balance égale entre les différentes races de l’Empire chérifien : Arabes, Berbères, Israélites, Nègres. Nous ne voulons ni arabiser, ni berbériser le Maroc, mais assurer parallè-lement l’essor de ces deux grands groupements ethniques sans aucune idée de faciliter l’absorption de l’un par l’autre." (2) Mais il admet implicitement que le maintien et la compartimen-tation ont commencé à fonctionner pour donner des évolutions différentes à chacun des deux groupements : "chacun d’eux jouit d’un régime distinct, les coutumes berbères sont observées en pays berbère, comme le droit coranique l’est en pays arabe. Les Djemas conservent dans les tribus leurs attributions traditionnelles. A côté des écoles arabes, nous avons des écoles berbères et nous projetons même d’organiser un enseignement direct du français dans les régions de la langue berbère. Des emplois d’interprète de berbère ont été créés et des primes de berbères instituées. Bref, nous manifestons un souci constant de maintenir l’équilibre entre les divers éléments qui peuplent le Maroc et d’assurer le libre épanouissement de chacune des races que nous dominons." Cette politique que Lyautey qualifiait de "prudente et libérale" n’était pas un maintien de la situation telle qu’elle était. C’était plutôt la première phase dictée par les urgences de la pacification de contenter tout le monde et avoir l’aire d’un responsable éclairé et équitable aux yeux des notables et de la population appelée à accepter la domination. Sa note termine par cette phrase qui veut tout dire : "c’est à nous de savoir doser le mélange et les influences de nos races et opposer leurs intérêts". En effet, Lyautey utilisait la carte berbère dès le début de sa prise de fonction en tant que résident général. Le premier décret qui a défini le cadre de la politique berbère et la sphère de son application, remonte au 11 septembre 1914. En effet, dès la soumission des premières tribus berbères victimes de la pacification, en 1913, le Général Henrys et son état-major composé d’anciens d’Algérie montraient leur préférence pour une politique berbère "qui sauvegarderait l’originalité du monde berbère marocain en maintenant celui-ci dans son isolement traditionnel et en lui conservant ses coutumes."(1) Dans la même année, le Général Lyautey ordonne, suite à cette proposition, une demande d’enquête sur le droit coutumier, "afin de mieux fixer la formule qui conviendrait à ces populations." (1) En 1925, il donne ses directives dans une circulaire adressée aux officiers des affaires indigènes : "Nous n’avons pas à enseigner l’arabe à des populations qui s’en sont toujours passé. L’arabe est un facteur d’islamisation, puisqu’il est la langue du Coran, et notre intérêt nous com-mande de faire évoluer les Berbères hors du cadre de l’islam. Au point de vue linguistique nous devons tendre à passer direc-tement du berbère au français. Pour cela, il nous faut des berbérisants...Il faut aussi créer des écoles franco-berbères où l’on apprendra le français aux jeunes Berbères. En second lieu, nous devons nous garder soigneusement d’intervenir sur le terrain religieux. L’Islam n’a déposé sur les Berbères - j’entends ceux qui ont conservé leur indépendance - qu’une empreinte très superficielle. Ces populations ont rejeté du Coran tous les concepts juridiques : l’Izref est leur seule règle et elles ne veulent du chrâa à aucun prix...Tous nos officiers de rensei-gnements doivent être bien pénétrés de ces principes; qu’ils évitent surtout de se présenter en fourriers de l’Islam à ses populations berbères."(2) Pour des raisons pragmatiques liées à la pacification des tribus berbères guerrières, Lyautey avance très prudemment dans sa politique berbériste. Il a essayé à la fois de maintenir les Berbères dans leurs propres structures et de lutter contre les dérives du clan berbériste au sein de l’administration française qui poussaient dans le sens de créer un Berbéristan formé de petites républiques qui pourraient évoluer sous l’influence directe de la France. (1) Lyautey pratique deux politiques bien distinctes : celle qui est mise en œuvre sur le terrain et visant à conserver la particula-rité berbère et la renforcer, et celle qui est officielle ayant pour objectif de coller à l’esprit du traité du Protectorat, c’est-à-dire, le respect de l’unité de l’Empire, sous la direction du Sultan. Le dahir du 11 septembre 1914 qui affirme que "les tribus dites de coutume berbère sont et demeureront régies et administrées selon leurs lois et coutumes propres sous le contrôles des au-torités." Ce premier article est volontairement vague sur quelle autorité s’agit-il ? est-ce le Makhzen ou l’administration colo-niale ? le deuxième article octroie aux autorités françaises la possibilité de designer les tribus de coutume berbère et de choi-sir les textes de lois ou de réglementations appliquées à ces tri-bus, uniquement par arrêté viziriel et sans prendre la peine de demander l’avis du sultan. Cette décision fut prise, suite aux difficultés soulevées parMoulay Youssef, lorsque la liste des tribus lui était soumise. (2) Maurice Le Glay, l’un des représentants du berbérisme dans les milieux des officiers chargés de la pacification, s’attaque à la vision orientaliste qui consiste à considérer que l’arabisation des Berbères est un stade indispensable pour faire accéder ceux-ci à un stade plus supérieur à l’état où ils se trouvaient: "Par une erreur regrettable où il faut voir l’effet déformant d’un orientalisme de commande, nos officiers, nos administrateurs ont toujours considéré qu’il convenait de parler arabe à tous indistinctement en Afrique du Nord. Il nous a fallu quarante ans d’Algérie pour discerner les Kabyles et comprendre la faute qu’il y aurait à leur imposer la civilisation arabe. Au Maroc la distinction s’est faite plus vite. Mais on n’était pas préparé à mettre en œuvre un régime nouveau. La soumission du berbère est d’ailleurs à peine entamé. La parole est encore un peu partout au canon et les fractions soumises sont dirigées par des arabisants à défaut d’un personnel suffisamment nombreux et connaissant les dialectes autochtones. Enfin, certains esprits ancrés dans l'antique formule orientaliste ont retardé la décision en parlant encore du stade d’arabisation, première étape civilisatrice préconisée à l’usage des peuplades primitives. Ils y voyaient surtout un moindre effort."(1) Cette attaque des arabisants avait pour but, dans l’esprit de Le Glay, de craindre une "islamisation parfaite, définitive du berbère qui pourrait conduire à "la création au Maroc et par nos propres soins, ce qui serait absurde d’une masse musulmane homogène sans contrepoids." Le Glay se trompe complètement comme l’ont fait, presque tous les chercheurs coloniaux, de considérer que le Berbère est peu religieux, et que sa croyance est fortement imprégnée de pratiques païennes et animistes. Le Glay croit qu’il faut maintenir ce clivage et l’approfondir, "car lorsqu’on est musulman on le demeure et, malgré tout notre respect pour l’Islam, nous n'avons pas à nous en faire les fourriers." et Le Glay d’ajouter "si le Marocain berbérisant apprend l’arabe ce ne sera pas de notre fait."(1) Que propose Le Glay pour les Berbères soumis ? Evidemment une éducation et un avenir français : "le souci profond et légitime de notre cause exige que l’évolution des montagnards se fasse en langue française, véhicule de notre pensée. La population berbère apprendre le français, sera administrée en français."(2) Le Glay propose un programme pédagogique contre-insurrectionnel pour les écoles implantées dans les zones berbères, dirigées par des militaires volontaires en raison de l’état insurrectionnel qui caractérisent le Moyen Atlas, le Maroc central et la plus grande partie du Grand Atlas. Il estime que "le terrain est tout préparé d’abord par l’absence d’islamisation profonde, puis par ce fait qu’en raison du pays et du caractère de ses habitants nous progressons dans ces régions par la force." A ceux qui ont des scrupules vis-à-vis de ce programme inapplicable juridiquement dans un pays de Protectorat, Le Glay avance l’argument de la conquête : "nous sommes là chez des gens dont la soumission nous a coûté, nous coûtera encore beaucoup de sang, bien des millions." Par contre pour les sceptiques qui craignent un refus des Berbères eux mêmes, il leur déclare que "ces berbères n’ont pas d’idée préconçue leur primitive nature ne s’encombre d’aucun dogme. Ils ont au plus haut point le respect du vainqueur. Celui-ci leur imposera sa langue sans nullement s’attarder à des combinaisons politiques absolument inutiles." Quant au programme d’enseignement Le Glay place la barre au plus bas possible. Il n’en a pas du tout : "Et que faudra-t-il apprendre à vos berbères ? souffle un esprit inquiet. Tout ce que vous voudrez, pourvu que ce soit en français."(1) Lyautey, confronté dans son entourage militaire, de berbéristes réussié de maintenir l’équilibre entre une politique légaliste dic-tée par l’esprit du traité du Protectorat, et une orientation net-tement berbériste dans l’administration coloniale. Pendant toute la durée de son mandat en tant que Résident, c’est-à-dire de 1912-1925), il n’a cessé d’encourager le personnel, à coup de circulaires et de notes, à pratiquer une politique berbère sur le terrain, mais sur le plan officiel, il affiche une certaine légalité. Mais il laisse les officiers prendre des positions en public pour développer des idées ouvertement berbéristes. Leurs idées sont ensuite reprise par lui, dans les circulaires adressées à tous les fonctionnaires. A notre avis, ce qui a ralenti l’application d’une politique ouvertement berbériste, c’était la difficulté de pacification des zones berbérophones. A son départ, tout était prêt pour déclencher la machine judiciaire, dont le fonctionne-ment en 1930, à son tour, déclenchait la protestation généralisée dans tout le pays, à l’occasion de la tentative de promulgation du dahir berbère de 1930. Même dans les écoles franco-berbères qui sont censées de créer une élite complètement gagnée aux idées coloniales, comme celle installée chez les Beni M’guild à Azrou en 1927, qui s’est transformée en une pépinière du na-tionalisme marocain. L’année 1930 a marqué un tournant très decisif dans l’histoire du Maroc. L’administration coloniale, qui n’a pas encore achevé la pacification de l’Atlas, a jugé utile de promulguer un décret ayant pour objet l’organisation de la justice en pays berbères. Ce décret connu ce le nom de dahîr berbère reprenait les dispositions déjà annoncées dans le dahîr de 1914 que Moulay Youssef a signé en émettant à l’époque des réserves. Mais cette fois-ci, le mouvement national marocain, composé de jeunes lettrés arabisants et francophones, était là pour demander au Sultan de ne pas signer le décret et le refuser. On peut considérer le décret berbère comme un couronnement de la politique assimilitioniste qui a commencé dès le protecto-rat et qui a été pratiquée auparavant en Algérie. Le mythe du bon berbère proche du paysan français à l’arabe paresseux et pervers, difficile à assimiler. Les écoles franco-berbères avaient pour but justement d’éliminer "l’arabe et l’étude du coran au profit du français. On voulait abêtir l’enfant pour en faire un serviteur docile." (1) Toutes les directives, en matière de politique scolaire, que Lyautey donnait aux services du protectorat et notamment aux Affaires indigènes prouvent la volonté d’assimilation de la po-pulation berbère : "Au point de vue politique immédiat, écrivait Lyautey aux chefs de région, les écoles ont pour but d’appri-voi-ser l’indigène et de maintenir discrètement mais aussi fer-me-ment que possible les différences linguistiques, religieuses et sociales qui existent entre le bled Makhzen islamisé et arabisé et la montagne berbère religieuse mais païenne et ignorant l’arabe."(2) Conclusion de la deuxième partie : Le cas du Maroc est exceptionnel, par la présence de Lyautey en tant que premier Résident. On a remarqué dans les précedents chapitres que ce dernier s’attachait beaucoup à l’action politique que les officiers devaient mener, dans le processus de pacification. Les cours de perfectionnement à destination de ceux-ci témoignaient de l’importance de cette culture ethnologique que tout officier devra avoir pour mener à bien sa mission contre-insurrectionnelle. Lyautey, donnat son aval pour la création de Comité d’études Berbères, voulait avant toute chose, pousser les chercheurs et les officiers de renseignements à se référer à une méthode et un cadre commun pour que tous se casacrent à la pacification; la première tâche du Protectorat. Cette création, a aidé à la cristallisation d’un noyau berbériste qui sevissait dans tous les échelons du pouvoir. Mais sans pouvoir imposer une politique exclusivement berbériste. Légaliste dans l’âme, Lyautey a essayé de mantenir l’équilibre sociologique apparent entre arabes et berbères. Ne pas bouscu-ler les choses et aller progressivement vers l’assimilation en pra-tiquant la devise suivante : "conserver pour tout conquérir". Mais le départ de Lyautey en 1925 a rompu cette politique prudente et l’administration coloniale s’aventure sur un terrain très dangereux en jouant la carte berbère en tant qu’o-rientation majeure de sa politique assimilationiste. Cette nouvelle orienta-tion a réveillé le nationalisme marocain qui a fait cause commune avec le sultan qui a vu aussi sa souve-raineté bafouée avec la prépartion du décret berbère qui allait soustraire la grande majorité du peuple marocain de la communauté natio-nale. Le personnel civil et militaire en exercice au Maroc venant pour sa majorité de l’Algérie était essentiellement pour une politique berbère qui sera censé à long terme, aboutir à l’assimi-lation de toutes les populations, d’abord, berbère et ensuite arabe. Ces berbérophiles avaient un poids énorme au sein du puissant service des Affaires Indigènes dont appartenaient les officiers et les contrôleurs civils chargés à administrer le pays. Les cours de perfectionnement sont organisés par des ensei-gnants berbérophiles . Parmi eux, Emile Laoust, spécia-liste du dialecte berbère du sud marocain, la tachelhît. (1) Sourdon, professeur de droit musulman et de droit coutumier berbère, ancien officier interprète "où il a servi à la dislocation du bloc berbère dissident". Il était spécialiste du droit coutu-mier berbère et un ardent défenseur d’une politique berbère très forte. Il était détaché au Maroc en tant que conseiller à la Direction des Affaires Indigènes. Il fut aussi professeur à l’Institut des Hautes Etudes Marocaines; "son ensei-gnement de droit coranique ou coutumier était précieux pour les futurs commissaires du gouvernement auprès des juridic-tions maro-caines. Mais plus précieux encore, peut-être, pour de futurs contrôleurs civils ou militaires, au delà du droit, ses recherches et ses réflexions ainsi que ses synthèses, sur la struc-ture pro-fonde de la société, ou plutôt des sociétés marocaines et leur évolution." (2) La frontrière entre les domaine civil et militaire était très mince. L’ethnographie civile était essentiellement colonial dans son essence, même si elle ne débouchait pas directement vers une utlisation contre-insurrectionnelle immédiate. Quant à l’ethno-grapgie militaire, elle est complètement inscrite dans la straté-gie militaire. Les fiches de tribus confectionnées par les officiers, les monographies que chaque officier devait faire, et les rapports redigés par le service des renseignements. L’abondance de cette documentation rend impossible son analyse dans le cadre de cette étude.(1) Cependant, on peut dégager les conditions et l’esprit dans lesquels cette ethnographie militaire fut élaboré, ainsi que son lien avec l’anthropologie coloniale civile. L’ethnographie militaire est marquée par une approche très routinière et mécanique. Dresser une carte et élaborer des fiches de tribus devenait une besogne que tout officier devait faire coûte que coûte. C’était une tâche administrative à exécuter, malgré les inexacttudes ou les incertitudes des informations re-cueillies. Le colonel Samuel racontait comment un lieutenant chargé de la pacification des tribus se trouvant aux environs de Taza, a dressée la carte des Beni Youb, en se basant sur les in-ormations d’un jeune contrebandier capturé, âgé d’une quin-zaine d’années : "Le chaouch, chef du Maghzen, voyant que son lieutenant ne trouvait pas les informateurs dont il avait besoin, lui dit un jour : Mon Lieutenant pourquoi n’interroges-tu pas Saïd le prisonnier ? " "C’est un gamin, répondit l’officier, il est incapable de me donner un renseignement vanalable"."Pas du tout, fit le chaouch, je t’assure que Saïd est très intelligent il pourra te donner des renseignements". Le Lieutenant suit alors le conseil de son chaouch et fait comparaître Saïd... Mis devant une carte muette, il en comprend, bientôt les signes après quelques explications et au bout de quelques jours d’interroga-toire, le Lieutenant se rend compte que le gamin connait parfai-tement la vallée de Tamghilt où se trouvent les villages Beni Youb, un peu celle de Talzemt, n’ignore rien de ses habitnts et même leur armement, il ne se contente pas de répondre aux questions précises qui lui sont posées, il explique, complète, en un mot il a très bien compris ce qu’on attend de lui... Le Lieutenant est enchanté, sa carte avance, sa documentation sur les Beni Youb se complète peu à peu, et, au bout de trois mois, il peut envoyer à ses chefs une documentation très détaillée sur cette tribu. Il aura satisfaction d’en contrôler l’exactitude, deux ans plus tard, lorsqu’à la faveur des opérations de réduction de la Tache de Taza, il pénétrera dans le pays." (1) L’ethnographie contre-insurrectionnelle a montré que son but ultime n’est pas d’obtenir la soumission en évitant la force et l’humiliation. Elle est plutôt insérée dans le dispositif militaire. Elle prépare le terrain aux opérations militaires, en indiquant les fissures dans l’organisme. elle accompagne les militaires dans leurs besognes, et elle continue après la pacification sa mission de contrôle et de répression en employant toutes les méthodes barbares pour agenouiller davantage la population : la retribaliser, la détribaliser, la déplacer, la regrouper suivant les contextes et le terrain. Les officiers des Affaires Indigènes pratiquaient une ethnographie active qui agissait sur les structures et modifiait le paysage en le remodelant et le reconstituant de manière à l’adapter aux exigences de la colonisation. La recherche contre-insurrectionnelle menée par les militaires peut se résumer en un ensemble de doctrines commun à toutes les puissances militaires coloniales européennes. Dans le cas du Maroc, la réflexion autour de l’utilisation des sciences humaines dans la conquête coloniale a commencé avec le Chatelier, ancien officier des Bureaux Arabes d’Algérie. On a vu comment il s’est battu pour forger une doctrine coloniale diffé-rente de celle qui est pratiquée en Algérie et qui est adaptée à la société marocaine. Dans ces articles destinés aux hommes poli-tiques décideurs, il insistait toujours sur une politique marocaine spécifique et particulière qui pouvait éviter les erreurs commises dans le cas algérien. Il mettait l’accent sur une politique de tribus, en minimisant de miser uniquement sur une politique d’un Makhzen minoritaire et affaibli. Cette orientation fut admise par, mais insérée dans une autre optique qui consistait à mettre en œuvre la politique française à travers et au nom du Makhzen "protégé" et contrôlé par l’ad-ministration française. Ce processus a conduit à la désagréga-tion de la société marocaine dans sa forme tribale. Le contact violent avec l’Occident a accélérer la rentrée dans une sorte de modernité mal contrôlée et mal maîtrisée dont les effets se manifestent aujourd’hui encore dans tous les domaines. L’anthropologie coloniale française est fondamentalement contre-insurrectionnelle et contre-révolutionnaire. Elle a combattu l’élan de résistance du peuple marocain pour son in-dépendance et elle a contribué activement à étouffer l’une des plus grandes révolutions qu’a connue le Maroc : l’expérience rifaine de Mohamed Ben Abdelkrim Al-Khattabi. Elle a montré que son but ultime n’est pas d’obtenir la soumis-sion en évitant la force et l’humiliation. Elle est plutôt in-sérée dans le dispositif militaire. Elle prépare le terrain aux opé-ra-tions militaires, en indiquant les fissures dans l’organisme. Elle accompagne les militaires dans leurs besognes, et elle continue après la pacification sa mission de contrôle et de répression en employant toutes les méthodes barbares pour agenouiller davantage la population : la retribaliser, la détriba-liser, la déplacer, la regrouper suivant les contextes et le terrain. Les offi-ciers des Affaires Indigènes pratiquaient une ethno-graphie active qui agissait sur les structures et modifiait le paysage en le remodelant et le reconstituant de manière à l’adapter aux exigences de la colonisation. L’Institut des Hautes Etudes marocaines et la Société Marocaine de géographie, qui sont normalement des administrations civiles, œuvrent dans le même sens. Elles sont militarisées par la volonté du Maréchal et ces successeurs, qui étaient confrontés à la tache de pacification du pays. Tous les efforts et tous les travaux des institutions productrices du savoir avaient pour but avoué, de fournir les renseignement utiles à la croisade coloniale, cette "organisation qui marche" sur les cadavres des résistants à l’ordre nouveau. Les connaissances ethnographiques faisaient, en quelque sorte, des armes dont les officiers engagés dans les combats, au même titre que les engins militaires qu’ils utilisaient. Les institutions du savoir "colonial" donnaient une aide logistique, à base d’élaboration de ques-tionnaires, d’initiation des officiers à la culture ethnologique pour pouvoir "bricoler" des monographies de leurs secteurs. extrait d'un ouvrage de Mohamed Mahfoud Chkouri |
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#3
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| L'ensemble du décret (le préambule ainsi que les huit articles) ne présente aucune menace séparatiste ou connotation ethnique, sa compétence est plutôt territoriale. Les coutumes que le législateur colonial avait essayées de réglementer existaient déjà dans les usages et les traditions des marocains, elles n'étaient pas contraires aux lois islamiques (elles en dérivent pour la plupart) ni à l'unité nationale. Il convient de préciser qu'en matière de statut personnel, c'était toujours le droit coutumier et la loi islamique chraâ qui étaient appliqués, et ceci non seulement en ce qui concerne le Maroc mais toute l'Afrique du Nord durant la colonisation française. Il n'y a qu'en matière pénale qu'interviennent les tribunaux français, juridictions auxquelles tous les Marocains étaient soumis à partir de 1913 déjà. Le «Dahir berbère» tel qu'il a été mis en cause par le mouvement national n'a jamais existé, c'est une pure fiction basée sur de fausses allégations. A croire que les hommes qui veulent faire l'histoire de l'Afrique du Nord, s'acharnent sur celle des Amazighs en la falsifiant autant que possible. Il faut rétablir la vérité et réécrire l'Histoire, écrite par les Amazighs aussi et non seulement par des opportunistes qui n'ont pas eu des scrupules à semer le trouble dans l'esprit des gens pour légitimer l'existence de leur mouvement. http://www.mondeberbere.com/histoire/dahir/ |
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