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| La femme du Coran Serge Truffaut Le Devoir, Édition du vendredi 23 avril 2004 Ainsi donc, le gouvernement français vient d'ordonner l'expulsion d'un imam de la région lyonnaise. La raison? En fervent militant du courant salafiste, soit ce courant qui défend une lecture stricte du Coran avec tout ce que cela suppose de sanctions imposées unilatéralement, cet homme justifiait la lapidation des femmes et autorisait la violence à leur endroit en plus d'avoir prêché le djihad, la guerre prétendument sainte. Dans le courant du mois de mai, Tariq Ramadan sera de passage à Montréal. Cet enfant chéri de la gauche réactionnaire, ce héros des cités, a récemment proposé un moratoire sur la lapidation. Un moratoire! Cet homme cultive la violence parcimonieuse. Bien évidemment, parmi les réactions suscitées par ces deux événements, il y a eu celle, mille fois rabâchée, qui stipule que cela n'a rien à voir avec le Coran. Qu'il faut le lire, le méditer. Cela doit évidemment être considéré avec l'attention méticuleuse qu'un tel exercice suppose. Par contre, lorsqu'on est en présence d'un imam qui ne supporte pas une lecture autre que littérale, comme c'est de plus en plus souvent le cas, alors le Coran doit être pris pour ce qu'il est : un livre qui favorise la violence. Il faut donc lire le Coran ? Lisons-le. Sourate II, 228 : «Les femmes ont des droits, équivalents à leurs obligations, et conformément à l'usage. Les hommes ont cependant une prééminence sur elles. Dieu est puissant et juste [sic].» Sourate IV, 11 : «Quant aux enfants, Dieu vous ordonne d'attribuer au garçon une part égale à celle de deux filles.» Lisons et relisons surtout celle qui suit, soit la sourate IV, 34 : «Les hommes ont autorité sur les femmes, en vertu de la préférence que Dieu leur a accordée sur elles, et à cause des dépenses qu'ils font pour assurer leur entretien [...]. Admonestez celles dont vous craignez l'infidélité; reléguez-les dans des chambres à part et frappez-les.» Vous êtes salafiste, vous faites donc une lecture littérale du Coran. Autrement dit, vous n'interrogez pas le Livre, vous ânonnez et, tout naturellement, si on ose dire, vous frappez. Et ce, parce que vous avez craint une éventuelle infidélité. En cette histoire, un fait ne cesse pas de fasciner. Il s'agit de la prééminence toujours accordée à la logique des droits de l'individu et seulement de ses droits -- sur l'égalité des droits qui, elle, suppose des devoirs. Ainsi, depuis que cet imam a été expulsé, on a laissé entendre ici et là qu'il était une victime. Ce ne sont plus les femmes battues conséquemment à ses enseignements qui sont victimes mais ce triste individu. Ce retournement effectué à grande dose de sophismes est profondément choquant. D'autant que cet imam est très représentatif d'un phénomène grandissant. Partout en Occident, on a constaté une augmentation des imams qui trempent leur fiel dans la conception salafiste du Coran. En France, on estime que le nombre d'imams multipliant les appels au djihad et à la lapidation sur le territoire de la république a triplé depuis trois ans. On dit souvent que tel propos ou tel acte est contraire au Coran. Ceux qui affirment cela, c'est à noter, ne disent jamais que le droit malékite articulé par Averroès ou Ibn Tufayl, droit qui fonde en grande partie l'application du Coran dans la société, «soutient que la vérité peut admettre sans contradiction plusieurs versions». Autrement dit, que c'est une vaste hypocrisie. |
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