|
#71
| ||||
| ||||
|
C'est toi qui, malgré cents plaintes et cent excuses, Ne permet pas que je pose un seul baisé sur tes pieds. Que tu me donnes de l'eau ou du feu, en vérité, Tu es le sultan du royaume, c'est toi qui donnes les ordres. Comment puis-je rire tant que je ne te vois pas rire, L'âme est esclave de ce rire sans lèvre et sans dents, Pitié pour ceux qui voient ton rire! Mais ton rire est caché aux yeux des créatures. O toi qui es la gloire et le roi de tous ceux qui ont un coeur Tu es le Galien de ceux qui sont malades. Le jour de la pluie, nous nous assemblons dans ton jardin, Le jour de la pluie, très doux sont les amis. Ce matin, au jardin, j'ai cueilli des rose Et je craignais d'être vu par le jardinier. Je l'entendis me dire avec douceur : "Qu'est ce que des fleurs? je te donne tout le jardin". |
|
#72
| ||||
| ||||
|
Cette solitude vaut plus que mille années Cette liberté vaut mieux que le royaume du monde. Dans la retraite être un seul instant avec Dieu Vaut plus que l'âme et le monde, que ceci et cela. Le cœur de l'homme est une chandelle prête à se consumer La déchirure due à la séparation d'avec le Bien-Aimé est prête à coudre. O toi qui ignores la patience et la brûlure L'amour est une chose qui doit venir, on ne peut l'apprendre. L'amour est venu et il est comme le sang dans mes veines et ma peau. Il m'a anéanti et m'a rempli du Bien-Aimé. Le Bien-Aimé a pénétré dans toutes les parcelles de mon corps. De moi ne reste plus qu'un nom, tout le reste est Lui. |
|
#73
| ||||
| ||||
|
Ô toi qui dors sans la nuit sombre, le moment de la prière est venu. Ô âme charnelle tyrannique ! le moment d'accomplir les promesses est venu. Regarde par le trou de la serrure : ouvre la porte du repentir. Ne laisse personne dans ta maison. C'est notre tour d'y venir. Pourquoi ne te laves-tu pas les mains du péché et du mal ? Purifie ton visage avec de l'eau pure, le moment de la prière est venu. Tu te souviendras de cette qibla quand tu tourneras ta face vers la tombe ; Les regrets ne te serviront à rien quand sonnera l'heure du destin. Recherche la lumière de cette qibla afin qu'elle illumine ton tombeau ; Cette lumière deviendra une roseraie, car c'est la lumière de Dieu. |
|
#74
| ||||
| ||||
|
Tu ne peux te libérer du monde en prêtant l'oreille Tu ne peux te libérer de toi-même par beaucoup de paroles Tu ne peux te libérer de tous les deux, Du monde et de toi-même, sauf par le silence. Si tu désires l'éternité et la victoire, ne dors pas Brûle-toi à la flamme de l'amour de l'Ami, ne dors pas Tu as dormi cent nuits, et tu as vu la conséquence : Pour l'amour de Dieu, cette nuit, jusqu'au jour, ne dors pas. O mon cœur, pendant deux ou trois jours, jusqu'à l'aube, ne dors pas. Séparé du soleil, comme la lune, ne dors pas. Plonge comme le seau dans les ténèbres du puits Il se peut que tu arrives à la margelle du puits ; ne dors pas. |
|
#75
| ||||
| ||||
|
O toi plein de bonté, à qui appartiens-tu, à qui ? O fleur de notre jardin, où te trouves-tu, où donc ? Le lys avec toutes ses langues n'a pu me donner des nouvelles de toi. Il m'a dit : "Va-t'en, ne me demande que la prière et la louange". Par ta main, ô ma beauté ! le jardin se remplit de douceur : Malgré la luxuriance, il ignore les prodiges de ta main. Si le cyprès dresse sa tête, il n'arrivera pas à ta hauteur. Si le narcisse a des yeux, il ne te verra pas. Si l'oiseau chante sa litanie, si la branche répand ses fleurs. Si la verdure croît en toute hâte, on ne peut les empêcher. C'est le nuage qui désaltère la fleur, c'est la patience qui désaltère le coeur. Le nuage est le compagnon de la plante, la patience est le compagnon de la lumière. De tous côtés, hommes, démons, animaux, se trouvent rangés en files. Mais dans cette taverne ils ne peuvent mettre le pied. Cherche-moi partout, demande-moi ce que tu veux : Sans que je te guide, tu ne pourras comprendre la moindre parcelle. C'est le rayonnement du soleil qui échauffe la surface de l'eau. Et c'est aussi le soleil qui l'attire vers le ciel, Et l'emporte peu à peu, imperceptiblement. L'éclat du Bien-Aimé sépare de la lie ce qui est limpide. Je referme la bouche sur ces paroles étranges, Mais le ciel, toute la nuit, t'adresse des appels. |
|
#76
| ||||
| ||||
|
Ecoute la flûte de roseau et sa plainte Comme elle chante la séparation : On m'a coupé de la jonchaie et dès lors ma lamentation Fait gémir l'homme et la femme. J'appelle un coeur que déchire la séparation Pour lui révéler la douleur du désir Tout être qui demeure loin de sa source Aspire au temps où il lui sera uni. Fou et non vent : tel est le son de la flûte. Périsse qui n'a point cette flamme ! Feu de l'amour dans le roseau Ardeur de l'amour dans le vin. Ney, compagnon pour qui vit séparé de l'Ami, Et dont les accents déchirent nos voiles. Lui, poison et antidote, confident et amoureux, Qui jamais vit son égal. |
|
#77
| ||||
| ||||
|
Qui peut se rassasier de la vue de ce visage ? Qui se lasserait de contempler notre jardin ? Ô toi dont la justice a rendu florissant le ciel ! Ô toi dont la grâce a rempli le jardin jusqu'aux bords ! Ô vous à l'esprit subtil ! Montrez votre visage. Car nous sommes sans vous las de notre vie. Répandez cette abondance de suavité, Afin que partout où se trouve un mendiant il devienne rassasié. Au banquet où tu nous invites à la résignation, il est une douceur Qui rassasie l'âme et les yeux des prophètes. Comment le poisson se lasserait-il de l'eau ? Comment les créatures seraient-elles rassasiées de Dieu ? Ne te hâtes pas de t'enfuir : tu es une pierre philosophale Et le cuivre aspire à être saturé par la puissance de cette pierre. Il y a une table autre que celle de ce monde, Destinée à nourrir les saints de mets délicieux. Depuis que mon âme a goûté à la peine qu'il cause, L'amour de cette peine a rendu mon âme lasse du contentement. Car Salomon est devenu las de la souveraineté, Mais Job ne s'est pas lassé de subir le malheur. Quel est cet artifice, quelle est cette mascarade ? Est-ce l'affamé ou le rassasié qui est le plus rare ? Sois silencieux, et renonce aux ruses ! N'es-tu pas las, enfin, de toutes ces tromperies ? |
|
#78
| ||||
| ||||
|
Sois juste ; l'amour est une belle chose ; Tout le mal vient de ta nature perverse. Tu as donné le nom d'amour à ton désir de jouissance, Mais de l'amour à la jouissance la distance est grande. |
|
#79
| ||||
| ||||
|
Ô sage ! sais-tu ce que c'est que la nuit ? C'est l'isolement des amants, loin des indifférents. Cette nuit surtout, où mon aimée se trouve sous mon toit, Je suis ivre, la lune est amoureuse et la nuit est folle. Ton amour a si bien ravagé mon cœur, que tout ce qui n'est pas lui s'est consumé. Oubliant la raison, les leçons, les livres, Il s'est adonné à la poésie, aux odes, aux quatrains. |
|
#80
| ||||
| ||||
|
Je suis devenu comme une prière par tant de prières que j'ai faites; Quiconque voit mon visage me demande de prier pour lui. Mais à tes yeux, j'ai la couleur des impies, Car tes yeux qui tuent sans merci quand ils me voient cherchent la guerre. Si la séparation d'avec toi me tue, je lui pardonne: Quel prix du sang peut réclamer à celui qui le tue |