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| Abdeslam Laraki, designer automobile Hommage à la créativité • Abdeslam Laraki. C’est une règle. Toutes les belles réussites semblent commencer par des anecdotes. Abdeslam Laraki, le tout jeune patron de Laraki Design Studio du 6, rue de La Fraternité, à Casablanca, n’y a pas échappé. “Je ferai mieux que ça”, montrant du doigt une Lamborghini Murcielago exposée dans un magasin spécialisé à Paris. Abdeslam Laraki se confiait ainsi à son épouse, lors d’une escapade amoureuse dans la capitale française. Le temps passe. Le défi ou le besoin, de se rassurer -c’est selon- grandit dans son esprit. Mais Abdeslam Laraki n’est pas sans savoir que même une parole lancée au détour d’une ballade amoureuse à une femme, surtout à son épouse, a valeur de promesse. Et c’est d’éducation, il le sait, les promesses sont faites pour être tenues. On était fin 1999. À peine deux ans plus tard, la première voiture marocaine, Fulgura, la seule en attendant le réveil du génie national dans ce domaine-là, est présentée au salon de l’automobile de Genève. La voiture de son rêve d’enfance. La voiture qu’il a toujours conçue dans sa tête, dans son esprit, dans ses inspirations. Génie L’honneur est donc sauf. Madame Laraki est présente au salon, non pas comme les autres visiteurs, mais pour continuer à contempler l’œuvre de son designer de mari qu’elle dit être “la plus belle voiture que j’ai jamais vue de ma vie”. La Fulgura, que la quasi-totalité des 5 mille journalistes spécialisés présents dans ce salon prenaient pour une voiture italienne de la famille des Lamborghini, Ferrari, Porsche, en s’écriant presque en chœur “ah, c’est une nouvelle voiture italienne !”. Non messieurs, elle est bel et bien marocaine, répliquait à peine son concepteur, bien que ça soit flatteur de voir sa première création confondue avec de prestigieuses voitures. Une voiture de conception marocaine prise pour une italienne, ça laisse pantois, avouons-le et ça peut faire des jaloux. Partout. Même en dehors du salon. Mais face à un génie-né, on perd l’argumentaire. À trente ans, Abdeslam a déjà, comme on dit, le succès derrière lui. C’est connu, on n’est jamais prophète chez soi. L’étranger le révélera. Encore étudiant à Paris, au Strate Collège où il a été inscrit directement en année de diplôme, gagnant trois ans sur ses condisciples, notre génie national était présent sur tous les salons de design des transports et effectuait déjà de vrais travaux pour plusieurs clients, en Suisse, en France et partout ailleurs. À Cannes, il présente des modèles de bateaux qui lui ont valu une commande ferme de projet de 3 bateaux du très réputé cabinet d’architecture navale d’Antibes, Espen Oino. Abdeslam Laraki venait d’inscrire son nom dans l’histoire du design naval mondial, bien que free lance encore. Pourtant, aucune des écoles qu’il a fréquentées n’enseignait le design naval. L’on se retrouve alors à s’interroger sur son génie. Il est traqué par la presse internationale. À ce moment-là, la presse nationale avait certainement d’autres chats à fouetter. Simplicité Les confrères s’arrachent ses interviews, son portrait, son parcours… à son corps défendant. Ce gros timide, cachant mal sa gentillesse et sa simplicité, n’avait d’autres choix que de jouer le jeu. Notre confrère Yachts, un magazine français spécialisé, écrivait: “Plus de dix années de publication de Yachts nous ont amené à rencontrer les plus grands designers du monde, certains au début de leur carrière, d’autres à leur apogée, et bien entendu une ribambelle d’apprentis sorciers aussi ambitieux qu’incompétents. Pour autant, lorsque lors du dernier salon nautique à Paris (en 1996), Abdeslam Laraki nous présente les esquisses de ses projets, il nous paraît instantanément évident qu’il fait partie des futurs grands designers de yachts…”. À ce moment-là, nos confrères de Yachts ne se doutaient pas que Abdeslam avait promis à son épouse de faire mieux qu’une Lamborghini Murcielago. Mieux, qu’il allait rentrer au bercail après ses études, une année plus tard, pour créer un marché inexistant au Maroc. Laraki Design Studio tient aussi du défi. Parlez lui de génie, il vous répondra “passion”, repensant aux petits sous, encore gamin, engloutis dans l’achat des revues de design et d’automobiles. Il faut avoir le coup d’œil, des connaissances acquises à coup d’investigation, faire des sacrifices, avoir de la volonté à percer le secret du design. Encore en cursus scolaire à Casablanca American School où il décrochera son bac en 1992, il avait déjà son chemin balisé. Ecole américaine ou pas, pour le jeune Abdeslam, l’essentiel est d’aboutir aux techniques de design des transports, contrairement au choix de ses parents qui le voulaient aux commandes d’une entreprise classique où mène fatalement le diplôme de MBA. Le Master business administration, Abdeslam Laraki s’y est aventuré deux ans durant, à Madrid et à Boston, pour se persuader, contrairement à son père Mohamed Laraki, patron de Univers Motors, qu’il n’était pas doué pour les affaires conventionnelles. Même s’il tenait de son père, par ailleurs importateur de bateaux, le virus de la mer, de design de bateaux. En tout cas, le yachting, cette création stylistique liée aux bateaux de luxe, lui est chevillé au corps. Faisait-il le distinguo entre les types de design des transports. Succès Il s’inscrit en 1994 à l’école Franco Sbarro en Suisse pour des études de design automobile. De là, il passe près de deux ans d’études au Art Center Europe pour la maîtrise du design des matériels de transport. Parallèlement, il effectuera divers travaux sans signature parce que encore en cursus scolaire. En plus des projets pour Espen Oino pour la réalisation de projets de trois yachts et la conception des intérieurs de voitures pour le compte d’un équipementier automobile, ce sont les Saoudiens et le monde musulman qui le découvriront pour avoir conçu pour un transporteur saoudien, possédant une flotte de 700 autobus, un modèle spécifique destiné au transport des fidèles vers la Mecque lors du pèlerinage. Son succès avant l’heure va grandissant. En attendant de voir flotter son génie au travers la commande ferme de la compagnie britannique Harbour Quey pour la conception d’un bateau hôtel 5 étoiles, Abdeslam Laraki et son cabinet-école de 16 personnes, finalisent divers projets. Quelle sera la portée de dire qu’à 30 ans Abdeslam Laraki est l’un des plus jeunes designers à succès de la plaisance de luxe? Le temps de mettre en place une plateforme pour développer la version commercialisable de la Fulgura avec un nouveau châssis en fibres de carbone, il peaufine ses armes pour le prochain salon de Genève dans un an où il présentera en avant-première son deuxième bébé. Avant, pendant et après, son cœur continuera à battre pour son épouse, à qui Abdeslam semble attribuer le déclic de son génie en design automobile. http://www.yachtboutique.com/images/laraki.jpgA.LARAKI |
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