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| salam, bonjour, Le 14 juillet au soir, une brave dame africaine d’Aubervilliers interviewée par Antenne 2 résumait "l’affaire" : « Ce n’est pas bien parce quand il se passera réellement quelque chose, il n’y aura plus personne pour nous défendre ! » Cette femme dans sa simplicité n’imaginait même pas que des intellectuels égocentriques, des journalistes, des politiciens tordus, pouvaient depuis des années utiliser la dénonciation de l’antisémitisme contre elle, contre les musulmans, contre les "immigrés" et leurs enfants... Voici des années que ça dure, "ils" ont réussi ce qu’on pouvait estimer impossible, à diviser profondément la cause anti-raciste en France, "ils" donnent des armes à l’extrême-droite et ont couvert de ridicule par leurs excès une cause qui devrait unir tous les démocrates, tous ceux qui rêvent d’un monde juste et humain. Il s’agirait d’une affaire regrettable comme l’a dit le Président de la République toujours en ce 14 juillet, d’une manipulatrice, dans son piège seraient tombés la quasi-totalité des partis politiques et des médias... Qu’est ce qui a donné une telle puissance de frappe à une pauvre mythomane qui cherchait des appuis en se conformant à ce qu’elle croyait un consensus général, celui qui lui apporterait des amis et un prêt bancaire... Sinon le fait que tout était en place pour une telle dérive [1]... Une parodie de la lutte des classes, un dévoiement Il y a une fois de plus des victimes dans cette affaire, les populations musulmanes, africaines ou maghrébines des banlieues ouvrières accusées de haïr les juifs et les gens du XVIe (on a trop oublié ce trait que l’efficacité hystérique a tout de suite noté)... Ils éprouveraient une haine raciste, celle des pauvres... Cette haine, cette basse envie, redoublerait ce que ne cesse d’affirmer la même presse, alors même que toutes les enquêtes sérieuses lui donnent tort, l’extrême-droite aurait son creuset dans les balieues ouvrières, chez les communistes : les ouvriers seraient passés directement du vote communiste au vote Le Pen... Toutes les études statistiques montrent que s’il y a eu un passage de la gauche à la droite, c’est à partir du vote Mitterrand en 81 et pas du vote communiste. Le Pen lui-même s’est laissé intoxiquer et il est venu se présenter à Marseille dans les "quartiers nord" où il a été battu. Alors que le seul élu Le Peniste marseillais, un conseiller général, a été élu dans les beaux quartiers du 6ème traditionnellement en droite. Mais revenons à cette haine raciste des pauvres qu’une spécialiste théorisait dans le Monde le 12 juillet en affirmant que « les opprimés sont devenus les pires oppresseurs. » Ou encore quand le doute vint, et que Pierre Marcelle dans Libé du 13 juillet s’interrogeait : « Et l’on ne savait trop s’il conviendrait, en cas d’affubalation avérée, de s’en réjouir ou de s’en désespérer ; de se réjouir de ce que six brutes imbéciles et fascitoïdes en moins sur les rails périphériques, c’est toujours bon à prendre, ou de se désespérer de ce que d’aucuns, confortés par le caractère fantaisiste de cette agression-là, en profitent pour contester la réalité de toutes les autres. » Nous voilà prévenus les brutes imbéciles et fascitoïdes continuent à hanter les rails du périphérique dans la tête de monsieur Pierre Marcelle, et si cette histoire de la mythomane a paru crédible, c’est pourquoi au fait ? Ne serait-ce pas parce que les "pauvres" sont par essence dangereux ? Ce serait comme l’exception et la règle de Brecht, où le maître colonialiste a tué en état de "légitime défense", le coolie qui venait lui donner à boire. Parce que le juge déclare qu’avec ce que le coolie avait subi, il aurait du tuer le maître et non lui porter à boire. Bien voilà pour les pauvres, mais les juifs ? L’hystérique nous a tout dit : elle avait besoin d’un prêt bancaire, les juifs vivent tous dans les beaux quartiers... Et nous voici dans les pires clichés de la France juive de Drummond : le juif capitaliste, maniant l’argent et les influences... On nous rejoue le dévoiement séculaire de la lutte des classes dans des boucs émissaires... Voilà ce que produit cette propagande non seulement la stigmatisation du jeune beur mais celle du juif qui détient le pouvoir et l’argent, le juif tout puissant dont on s’attire les faveurs en jouant comme lui à la victime. Voilà l’image que nous a renvoyée cette pauvre hystérique. Haine du Maghrebin, de l’Africain, haine du Juif. Car il s’agit de la même médaille et ce que vous prétendez diviser va ensemble pour le meilleur (la lutte anti-raciste) et pour le pire (la haine fasciste). De la panique de la victimisation... Voici des mois que je dénonce les excès de ceux qui dans les médias hurlent à l’antisémitisme dès que l’on met en cause la politique de Sharon, que j’affirme que ce sont les principaux vecteurs de l’antisémitisme... Comment décrire tous ces pseudo-laïques athées qui s’affirment juifs et dénoncent l’Islam religieux comme le mal universel, tout en ne pouvant pas supporter l’idée qu’il existe des juifs arabes ou des chrétiens arabes, c’est-à-dire le fait pourtant évident qu’on est juif parce que la famille était reconnue comme telle et pratiquait à travers une religion des formes culturelles spécifiques mais intégrées à la société dans laquelle nous vivions au point que depuis des siècles, il n’y avait plus aucune ressemblance entre juifs européens et juifs orientaux. L’intellectuel qui intervient dans les médias et usurpe la "parole" juive affirme sa laïcité, voire son athéisme, sa haine la plus forte il la voue à l’intellectuel musulman qui reste religieux comme on l’a vu avec l’affaire Tariq Ramadam, il faut lui arracher son statut intellectuel, pour le ramener au statut obscurantiste de prêcheur... Pour mieux l’identifier au "terroriste". Parce que tout religieux musulman ne peut être qu’un "terroriste", quitte à en passer pour la démonstration par la question féminine, devenue symptôme du "choc de civilisation"... Sur cette base non pas laïque, mais d’un anti-cléricalisme viscéral, ils élargissent les rangs au-delà du judaïsme, bien que celui-ci reste le centre. Mais poussons plus loin la réflexion : Sur quoi ces intellectuels qui renient la religion fondent-ils alors leur statut de "juif" ? Sur quels critères de judéité, l’imposent-ils aux autres "juifs" qui ne leur ont rien demandé : sur la victimisation, et pour cela il faut que la France entière soit devenue antisémite, il faut jouer avec l’antisémitisme, l’exagérer quitte à lui donner de l’ampleur. Cela frise parfois la folie intégrale, comme ces gens qui disent s’expatrier en Israël parce qu’ils se sentent "insécurisés" en France... Parce qu’Israël leur paraît un lieu de sécurité ? Alors pourquoi construire un mur ? La mythomanie n’est-elle pas la conséquence de la victimisation plus encore que l’inverse ? Ce n’est pas la première fois que des mythomanes inventent des agressions antisémites, pour ne citer que l’un des plus illustres : M. MOISE Alexandre se présentant comme secrétaire général de la Fédération sioniste de France, Président de la synagogue sise rue Saint Isaure et porte parole du Likoud en France a déposé plainte le 9 janvier 2004 au commissariat du 18e, en déclarant avoir été l’objet de 2 appels téléphoniques anonymes, la veille au soir, lesquels renfermaient les menaces et propos à caractère raciste suivants : « sale youpin » et « tu vas crever, sale sioniste, tu vas crever ». [...] Les investigations menées notamment auprès d’opérateurs téléphoniques, permettaient d’établir qu’en réalité, l’auteur des messages en question n’était autre que leur dénonciateur en question, M. MOISE Alexandre. Ce dernier a reconnu les faits lors de son audition et confirmé à l’audience qu’il s’était bien adressé à lui-même ces messages expliquant avoir voulu par ces moyens rendre crédibles les menaces et risques qu’il estime encourir du fait de son action publique. Il s’agit d’un phénomène auto-entretenu comme la panique.... Mais auquel semblent céder les médias dans leur ensemble... Mais poursuivons sur ce qui fonde cette judéité non religieuse hautement revendiquée et la victimisation qui est aussi élection, nous sommes devant un messianisme sans transcendance religieuse. Le paradoxe est que loin d’être, comme ils le disent effrayés par cet antisémitisme qui ne les atteint jamais dans les salons et dans les salles de rédaction, certains intellectuels paraissent fonctionner à la manière de Dominique Fernandez dénonçant la "banalisation" de l’homosexualité qui lui fait perdre sa "puissance créative"... Il faudrait que pour eux "le juif" garde son statut de victime éternelle. Libre à eux d’alimenter leur narcissisme de cette manière, d’occuper les plateaux de télé et les colonnes du Monde avec leur monstrueux ego, mais par pitié qu’ils arrêtent de produire de l’antisémitisme pour ceux qui le subissent et ne demandent pas à renouveller l’expérience. Pour poursuivre la métaphore de l’homosexualité, libre à Dominique Fernandez de regretter le temps du secret, celui qui obligeait Proust à raffiner sans cesse l’image littéraire, comme la censure imposait au cinéma holywoodien un jeu pervers avec les codes qui faisait évoluer l’art... Mais le pauvre type qui dans sa province était voué à la solitude, aux bandes de brutes qui chassaient l’homo regrette sans doute moins cette clandestinité et ses maledictions. Le fait est qu’il faut un monstrueux narcissisme, que penser soit devenu une simple activité narcissique , pour aboutir à une telle identification (sans danger) à la victimisation [2]. De la religion à la "race"... Mais allons plus loin... Sur quoi alors ces intellectuels fondent-ils leur adhésion au sionisme, puisqu’il n’ont même pas fait le choix de vivre en Israël ? Qu’est ce qui leur permet de trouver des excuses à la politique d’apartheid de Sharon ? Et au-delà à celle de G.-W. Bush en Irak ? Pourquoi choisissent-il d’appuyer cette politique ou tout le moins d’interdire qu’on la critique au point de refuser le terme d’"occupation" que Sharon lui-même emploie au lieu de soutenir la Paix maintenant... Dans une telle dérive où n’existe plus ni religion, ni appartenance nationale, l’appartenance est alors devenue race, celle-ci jouissant d’un privilège naturel de classe sur les peuples du tiers monde et les pauvres des banlieues... Attention sous couvert de sionisme, de haine de l’islamisme, de toute religion même, vous êtes en train de produire ce qui n’a jamais existé mais qu’ont voulu créer de tous temps les antisémites : une race juive... Vous obligez tous ceux qui, comme vous athées, de famille juive, ont toujours considéré qu’ils se définissaient par bien d’autres caractéristiques que leur judéité à dénoncer votre usurpation dans le moule que vous leur fabriquez... Parce qu’ils se sentent pris dans le pire des conservatisme... Parce qu’ils sentent peu à peu des membres de leur famille céder à ce qu’on constate aux USA, un glissement vers la droite, voir l’extrême-droite, le vote juif traditionnellement démocrate sous l’influence de la propagande sioniste est en train de rejoindre l’électorat le plus extrémiste, le plus antisémite, celui des chrétiens fondamentalistes (Ariel Sharon est venu lui-même à plusieurs reprises inciter cet électorat juif à voter pour les Républicains les plus conservateurs)... C’est-à-dire à partir d’une menace, largement fantasmée, cette posture intellectuelle revient à créer une communauté non plus religieuse, ce qui est légitime, mais une communauté "raciale" et à la jeter dans les bras de ceux qu’elle croit ses "protecteurs"... Parce qu’elle a accepté de se laisser "racisiser" si je peux employer ce néo-logisme... En refusant de reconnaître dans ce que ce courant politique défend et qui est ce qui l’a toujours opprimé depuis des siècles... Comment on glisse de cette "victimisation" identitaire vers le soutien aux pires conservatismes... Quand Alexandre Adler se permet sur un plateau de télévision de traiter Aguiton d’Hitlero-troskiste... Quand le MRAP est accusé de défiler aux cris de « mort aux juifs ! » Quand Redeker des Temps Modernes se déchaîne dans l’Arche en "accusant les Panglosse de l’altermondialisation", l’ennemi n’est plus l’extrême-droite. Tout ce qui est progressiste, qui a sa manière cherche des voies anticapitalistes (qui ne sont pas nécessairement les miennes) est ainsi peu à peu accusé d’antisémitisme... Finkelkraut si vous l’écoutez bien n’est pas loin d’affirmer que le "véritable danger" aujourd’hui est dans les foules qui se sont rassemblées contre Le pen à la présidentielle. Il serait temps de se reprendre car je ne peux imaginer que personne n’aille consciemment dans cette voie mortifère... Que cette histoire tragico-comique où la France "d’en haut" s’est mise à délirer serve de leçon : l’anti-racisme ne se divise pas... le juif, l’arabe, le noir, le métis et tous ceux dont on cherche à faire des espèces, des choses, sont condamnés à se battre ensemble... Contre le même ennemi. Judith [1] Voir article "Autopsie... " sur le même site... [2] MILLER, J-A, Orientation lacanienne III, 6. 9ème séance du Cours. Tout au long de ce séminaire J.A. Miller pointe ironiquement ce que Peter Sloterdijk décrit comme notre époque soit « la compétition des bonnes nouvelles » (conférence à Weimar à l’occasion du centenaire de la mort de Nietzsche en 2000n soit avant que le 11 septembre tendent à devenir un paradigme nouveau qui effacerait « Auschwitz » et ce qu’il en reste...) : « Le projet des Lumières était d’obtenir que nous pensions <>. Il a été transformé, sous l’influence de l’individualisme triomphant, en une affirmation de soi et de sa pensée. Penser est devenue une activité narcissique de plus. » Pierre Legendre nomme précisément époque post nazie, l’escamotage de la question religieuse, avec pour corollaire, l’oubli du trauma que fut le crime nazi et sa conséquence planétaire la diffusion idéologie du sujet-Roi comme la divise de guerre du management capitaliste : « I, me, myself ». salam |
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