entrention avec A. Bouchtarat


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Vieux 21/07/2004, 04h47
 
Date d'inscription: février 2004
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Par défaut entrention avec A. Bouchtarat

Ce jeune militant de l'amazighité a été arr^té et torturé par les forces marocaines lors de la célébration du printemps amazighe à l'université Hemmou Outtalb ( officiellement elle s'appelle Ibn zohr) d'Agadir. Pouquoi elles l'ont arr^té, c'est parce que le jeune amazighe
n'est pas n'importe qui. Lisez!


-C’est qui Abdellah Bouchtarat?

Abdellah Bouchtarat : Je suis étudiant en deuxième cycle d’Histoire à l’Université Hemmou Outtalb ( ibn Zohr) d’Agadir. Je suis originaire d’Ayt Baâmran et militant de la cause amazighe dans le cadre du mouvement culturel amazighe (MCA), section d’Agadir.

-Dans quelles circonstances vous a-t-on arrêté le 21 avril 2004?

J’ai été arrêté en compagnie d’autres militants suite à une manifestation pacifique organisée pour la commémoration du printemps amazighe. C’est au moment où les manifestants allaient se disperser devant le portail de l’Université, que nous avons été surpris par l’intervention musclée des forces de l’ordre qui m’ont immédiatement arrêté avec d’autres étudiants. Cela a été une grande surprise pour nous dans la mesure où les manifestations propalestiniennes et proirakiennes sont tolérées. Il y en a une qui est même partie au quartier de l’Abattoir sans que personne n’intervienne, bien au contraire. Elle a carrément été soutenue.

- Comment vous ont-elles traités lors de votre arrestation et au commissariat?

Elles nous ont traité comme des moins que rien. Elles nous ont fait subir toute sorte de souffrances physiques et psychologiques. Les membres des Campagnes Mobiles ( C.M) se relayaient pour nous frapper. Résultat, plusieurs blessures tant psychologiques que corporelles. Lors de la garde à vue, cela a été pire. Nous avons eu droit à chaque question à une réflexion insultante et même raciste…

- Comment vous ont-elles relâchés ?

En fait, je m’attendais au pire. Mais, à 23 heures, nous avons senti un changement radical de la part de nos geôliers qui nous ont immédiatement libérés. Peut-être que les forces makhzéniennes ont saisi le sens exact du message du MCA après notre arrestation dans l’enceinte de l’université. En effet, un débat a eu lieu juste après cela. Les militants amazighes ont menacé de surenchérir si nous ne nous sommes pas libérés incessamment. Il apparaît que le Makhzen ne voulait pas avoir un printemps amazighe dans sa version marocaine d’autant plus que cet événement le met dans une posture difficile surtout qu’il n’arrête pas de chanter les droits de l’Homme sur la scène internationale. Qui plus est, le pouvoir makhzenien ne peut permettre que rien ne vient troubler ce qu’on appelle le processus de la « promotion de l’amazighité ». Pourquoi pas alors qu’il a fait passer plusieurs décisions qui vont à l’encontre des revendications amazighes. Pire, il a même pu contenir toute l’élite intellectuelle amazighe qui ne peut plus dire ce qui va à l’encontre du « consensus ».

- Comment vous percevez les réactions amazighes et nationales d’une façon générale?

Concernant les organismes amazighes, nous avons reçu énormément de communiqués de sympathie qui proviennent de notre région, du Maroc et de l’étranger. Là, nous tenons à remercier , tout d’abord, toutes les associations amazighes qui se sont hâtées à nous contacter pour avoir de nos nouvelles et publier des communiqués de condamnation. Et ensuite, toutes les sections du MCA et la coordination nationale pour leur soutien rapide et efficace.

En revanche, nous avons été très déçu par le silence coupable des organismes locaux et nationaux des droits de l’homme qui par leur attitude nous ont donné l’impression qu’ils sont d’accord avec le régime Makhzenien dans sa répression à notre encontre. Nous les avons toutes contactées, mais en vain. Qu’on les appelle donc les associations des « droits de l’homme arabe au Maroc ». Parce que, selon elles, seul l’ « homme arabe » mérite d’être défendu. A part cela, rien d’autre…

Nous tenons également à saluer chaleureusement les organismes amazighes à l’étranger pour leur soutien indéfectible et leur célérité à communiquer l’information à la presse internationale.

- Quel est votre point de vue concernant les déclarations de quelques responsables marocains qui laissent entendre que notre pays est pourvu d’une seule langue officielle, l’arabe?

En fait, nous ne sommes pas surpris tant que cela par ce genre de déclarations qui ont peut-être pour but de tâter le pouls des masses amazighes. Mais la meilleure réponse à ce genre de prise de position est donnée par le printemps amazighe d’Agadir. Toujours est-il que peut-être d’autres déclarations vont suivre en remettant en cause l’essence des revendications amazighes à savoir de la constitutionnalisation de l’amazighe en tant que langue nationale et officielle. Nous ne nous demandons pas l’aumône à personne, mais un droit pour une citoyenneté pleine et entière.

- Beaucoup a été dit sur la cooptation de l’élite amazighe au travers de l’IRCAM?

En effet, le Makhzen a réussi avec ses méthodes habituelles à contenir des personnalités amazighes de premier plan. La preuve, c’est qu’elles ont gardé un silence total vis-à-vis de l’arrachage des panneaux de signalisation en tifinagh à Nador, l’agression des étudiants amazighes à Imtgheren (Errachidia) et les événements de l’Université de Hemmou Outtalb d’Agadir. Tous ces faits ont démontré que le Makhzen a eu un succès inespéré en domestiquant définitivement une certaine élite amazighe qui passe son temps à se justifier plus qu’autre chose.

- Comment voyez-vous l’avenir de la cause amazighe au Maroc?

L’avenir du mouvement amazighe peut se résumer en quelques mots : indépendance, efficacité, l’esprit d’initiative. L’indépendance du mouvement amazighe, présentement, est plus importantes que tous les paris qu’on peut gagner. Car le mouvement vit une lutte acharnée en vue de préserver son autonomie par rapport au Makhzen et ses partis politiques. Cette lutte peut peut-être donner un mouvement amazighe plus fort et plus indépendant…Par l ’efficacité, je veux dire, la cause a besoin d’hommes de principe qui doivent la prendre à bras-le-corps et qui sont pourvus d’une vison large de ses principes, de ses choix et de son avenir . Les versatiles nous font perdre énormément de temps qu’il fallait utiliser pour renforcer le mouvement. L’esprit d’initiative complète le principe précédent. Il sert à enraciner la mobilisation militante chez les étudiants. Le printemps amazighe d’Agadir en 2004 concrétise cet esprit qui tend à créer des événements grâce auxquels notre cause va avancer, et, lui ouvriront à coup sûr d’autres horizons. L’appropriation de l’espace public est l’une des problématiques déterminantes dans l’évolution de la question amazighe. Il est impérieux de se débarrasser de cette habitude à manifester d’une manière traditionnelle tous les 1er mai. Quand est-ce qu’on va entendre d’une manifestation en dehors de cette date? Les Amazighes n’ont-ils pas le droit de faire des manifestations pacifiques? Si le Makhzen nous chante à chaque fois sa démocratie et sa promotion de l’amazighité, qu’il laisse les Amazighes sortir dans les rues pour exprimer leurs revendications! Des marches pour les femmes, pour l’Irak, pour la Palestine et contre le terrorisme ont eu lieu. Le temps n’est-il pas arrivé pour organiser des marches pour l’amazighité?

- Vous avez répété à maintes reprises le sigle MCA , que veut-il dire?

Le mouvement culturel amazighe est une organisation populaire qui milite au sein de l’université pour recouvrer les droits du peuple amazighe. Il est totalement indépendant du Makhzen, des partis politiques et des associations. Il s’appuie sur un discours scientifique, dynamique et novateur, et, sur des masses étudiantes dans toutes les universités marocaines. Il est doté de comités locaux, nationaux et d’une coordination nationale.

- Qu’est-ce que vous dites à ceux qui pensent que l’action militante du MCA ne dépasse pas l’université?

Tout cela n’est que des fabulations que la réalité dément totalement. Le MCA dépasse les limites de l’université pour faire sienne les revendications des masses amazighes. Le MCA est à l’origine d’une organisation militante pour les droits matériels au niveau des régions. A titre d’exemple la coordination des Ayt Ghighuch dans le Sud-Est, la coordination des étudiants d’Ayt et le travail efficace de nos militants lors de la catastrophe naturelle/makhzeniènne dans le Rif. Nous avons même un projet pour créer un nouveau mouvement pour la démocratie, Imghnasen, mais malheureusement pour des raisons multiples, il n’a pas encore vu le jour. Mais il ne faut pas s’inquiéter, nous mettons un point d’honneur pour le concrétiser grâce à la lutte et la persévérance qui ont toujours caractérisé l’homme amazighe depuis la nuit des temps. C’est peut-être le travail de terrain que font les militants du mouvement culturel amazighe qui n’a pas plus à certains de ses adversaires. C’est pour cela qu’ils les ont terrorisés à Imtgheren et les ont arrêtés à Agadir.Et les gênent dans d’autres lieux.

Abdellah Bouzendag, traduction de L.O
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