Le Maroc vieillit


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  #1  
Vieux 07/08/2004, 14h46
 
Date d'inscription: juin 2004
Messages: 89
Par défaut Le Maroc vieillit

Nous faisons moins d’enfants et nous vivons plus longtemps. La démographie marocaine a donc changé de physionomie. Cela signifie que si les moins jeunes vivent plus longtemps, les plus jeunes ne meurent pas très jeunes, non plus. Une situation aux plans économique et social peu enviable.

Le Maroc, un pays jeune. Cette formule, quelque peu hative, était déjà en porte à faux avec l’histoire ; elle l’est désormais avec la démographie. Vieille nation historique, le Maroc n’a plus, non plus, de population jeune. C’est ce qui ressort de la journée d’étude organisée, le 26 juillet 2004, par le Haut Commissariat au plan, sur le thème : «Le Maroc à l’heure de la transition démographique et des mutations sociales».
Jusqu’ici, on ne parlait que de transition démocratique, de mutation politique et de mise à niveau économique. Voilà que les mêmes concepts et les mêmes mots clés s’appliquent aussi à la population. Non pas par un transfert sémantique, juste pour créer une cohérence d’ensemble, mais pour restituer la réalité d’une structure démographique qui évolue dans un sens jamais connu auparavant. Et pour produire une pyramide inédite : sensiblement un peu moins large à la base, irrésistiblement un peu plus épaisse au sommet. Traduisez, un peu moins de jeunes et un peu plus de vieux. L’impact et les conséquences, à tous les niveaux, sont énormes.

Constat

Dans son intervention introductive, lors de cette journée, Ahmed Lahlimi, Haut commissaire au plan, a défini les repères des débats, en deux chiffres, trois pourcentages. En gros, cela donne ceci : Dans une population estimée à 30 millions d’habitants, avec un taux d’accroissement de 1,5%, la tranche des 15-59 ans est passée de 48,4% en 1960, à 62% en 2003 ; elle sera de 65% en 2010.
La question est de savoir de quel côté penche la balance, dans cette fourchette. Du côté des jeunes ou des beaucoup moins jeunes? La réponse par les statistiques : La baisse du taux d’accroissement se traduit par une diminution du poids des plus jeunes? La part des moins de 15 ans est passée de 44,4%, en 1960, à 30% en 2003 et ne serait que de 23,6%, en 2020. Tandis que les plus de 60 ans, qui se sont jusque-là maintenus dans un ordre de 7%, représenteront 20% d’ici 2040.
La déduction coule de source : nous faisons moins d’enfants et nous vivons plus longtemps. La démographie marocaine a donc changé de physionomie.

Valeurs

Cette tendance, est-elle bonne ou mauvaise ? Dans l’absolu, elle est bonne, puisqu’elle recèle des facteurs de modernité dans le fonctionnement de la société et la reproduction des générations. La baisse de la natalité est en effet due, essentiellement, à la scolarisation progressive des filles, à l’accès de la femme au travail salarié, particulièrement en milieu urbain, ainsi qu’au report du premier mariage.
Ce qui a facilité la sensibilisation aux moyens contraceptifs. En même temps, il y a eu baisse de 2/3 de la mortalité infantile et de plus de moitié des décès maternels. Mais attention, ces indicateurs statistiques et sociologiques renvoient à un effet de ciseaux d’un autre type.
En termes démographiques, cela signifie que si les moins jeunes vivent plus longtemps, les plus jeunes ne meurent pas très jeunes, non plus. Nous avons donc, à la fois, une population qui vieillit et un étage de moins de 15 ans qui se maintient à un niveau conséquent, à savoir 9,5 millions en 1994 et 9,2 millions en 2003.
Une situation aux plans économique et social peu enviable. Mais pas pour autant regrettable, puisqu’il s’agit de potentiel humain qui ne demande qu’à être investi pour une production de richesses équitablement répartie.
En établissant ce constat, Ahmed Lahlimi dégage les impératifs que cet état de fait implique. À l’aval, le phénomène de vieillissement impose un effort substantiel en matière d’encadrement sanitaire et de protection sociale d’une tranche de population vulnérable.

Obligations

Le filet de sauvetage social, inhérent à notre culture, est de plus en plus mis à mal par des conditions d’existence difficiles. Aussi ne faut-il pas y compter, totalement, comme par le passé. C’est cela aussi, l’ouverture d’une société sur le monde. Il y a du bon, du moins bon et du mauvais.
À ce sujet, M. Lahlimi dira que «cette dimension ne peut être négligée, dans un pays dont l’héritage historique voue un respect marqué aux personne âgées et leur confère une place importante dans la famille, en vertu des services rendus, tout au long de leur vie active, et en raison de leur apport spécifique dans la préservation de l’équilibre affectif de la famille et la pérennisation des valeurs fondamentales de la société».
À l’amont, c’est-à-dire au niveau de la population en âge d’activité, et particulièrement les millions de jeunes qui arrivent chaque année sur le marché du travail, les défis sont multiples. Deux obligations parallèles: l’adéquation du système éducation-formation et la croissance économique.
M. Lahlimi n’a pas manqué de relever que «le PIB devrait connaître une accélération, au-delà des tendances enregistrées jusqu’à présent». Et d’ajouter «c’est la voie royale pour créer les richesses indispensables à la triple obligation posée par la transition démographique, à savoir l’emploi, la mise à niveau de la force de travail et la lutte contre la vulnérabilité sociale». Un challenge qui conditionne la réduction des disparités et la sauvegarde de la paix sociale.

Expertise

Si cette introspection sociale a été possible, sur la base de paramètres rigoureusement scientifiques, c’est grâce à une structure où la maîtrise statistique est mise au service de l’investigation sociologique et de la connaissance de la société. Cette structure, par ses études pertinentes, sans édulcoration téléphonée, nous renseigne sur ce qui fait notre environnement socio-économique, sans que nous n’y prêtions attention, dans le train-train et le brouhaha du quotidien.
C’est donc un travail performant qui a valeur de «connaissez-vous, vous-mêmes», vous qui formez une collectivité aussi enracinée dans la mémoire des hommes, aussi exposée aux miroirs culturellement travestissants de la mondialisation. L’enjeu étant d’évoluer sans se transfigurer. Le Haut Commissariat au plan, de par ses études et ses anticipations, sert à cela. Il faut juste cesser de le ballotter au gré des maniements et remaniements gouvernementaux. Tout comme il faut reconnaître aux cadres qui y officient leurs compétences et leur savoir-faire. Ne serait-ce que parce qu’ils démontrent que le service public n’a rien à envier à l’expertise supposée des cabinets privés.


Source : Maroc hebdo
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  #2  
Vieux 07/08/2004, 14h50
Avatar de Cheherazade
Canon ou bikheir
 
Date d'inscription: janvier 2004
Messages: 40 741
Par défaut Le Maroc vieillit

La pyramide elle même aurait été la bienvenue ;-)
Il me semble quand même que le Maroc reste un pays jeune. Et en plus, je me demande bien comment ils peuvent se prononcer étant données les conditions difficiles de recensement :-o
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  #3  
Vieux 07/08/2004, 15h21
 
Date d'inscription: juin 2004
Messages: 89
Par défaut Le Maroc vieillit

Citation:
Cheherazade a écrit*:
La pyramide elle même aurait été la bienvenue ;-)
On fait avec les moyens du bord.

Citation:
Il me semble quand même que le Maroc reste un pays jeune. Et en plus, je me demande bien comment ils peuvent se prononcer étant données les conditions difficiles de recensement :-o
Abdellatif Mansour, celui qui a écrit l'article s'est basé sur une étude du Haut Commissariat au Plan qui a fait le point sur l’évolution de la démographie marocaine.
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