Le Grand Voyage Au pays du Kif


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Vieux 04/09/2004, 12h52
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[img align=left]http://www.haschisch-film.de/uploads/pics/marokko_01.jpg[/img]Une semaine sur les traces des beatniks, dans le Nord du Maroc ! Un trip trépidant ! Vachement plus que si j’avais choisi de passer mes " conge-paye " sur l’incontournable côte Tétouan-Fnideq, colonisée par les " bobo " locaux. N’ayant ni l’envie ni les moyens de me la jouer " showy ", j’ai pris le train pour Tanger, d’où je me suis rendu à Chefchaouen, perle du Rif, avec un taxi-driver charlatan. La semaine prochaine, dans le second volet de mes pérégrinations, je vous expliquerai comment je me suis retrouvé à Bab Berred (la " banlieue " de la Mecque du chichon, Ketama), en compagnie d’un drôle de zigoto, un passeur de hasch hippie, un Basque qui affectionne particulièrement l’aller-retour San Sebastian-Tanger. Enfin, le troisième et dernier pan de ce triptyque vous mènera, la semaine suivante, à Tanger (histoire de boucler la boucle), où j’ai marché sur les pas de William Burroughs, l'auteur du Festin Nu, pas l'inventeur du "Calculator",Jack Kerouac et Paul Bowles (ces Lumières de la "beat generation"), mais aussi sur ceux de Rita Marley !

Casa-Tanger en train, c’est pas la joie ! Six heures de voyage, avec correspondance à Sidi Kacem. Il y avait tellement de peuple, dans tous les compartiments, que certaines personnes ont dû prendre place dans les chiottes. Il a tellement été pris d’assaut, ce train (d’enfer, même si la "loco" n’était pas une foudre de guerre), à chaque gare entre Casa et Kénitra, que je lui ai personnellement trouvé un petit air de Chine populaire (bien qu’aucun portrait de Mao n’y était, sur les pans, placardé).
Heureusement que j’ai pris soin de glisser un bouquin dans mon sac à dos. "Flash" de Charles Duchaussois. "Un ouvrage de choix", "pitcha" (vocable "ardissonesque"), me "briefa", en me le tendant, un pote.
"Flash" est le témoignage téméraire d’un hippie qui a vécu et failli mourir à Katmandou (Népal, ndlr), et qui y a goûté à -et goûté- quasiment toutes les drogues répertoriées ! Certes, ce n’est pas de la grande littérature, mais l’œuvre biographique de Duchaussoix a eu le mérite de faire la lumière, dès 1971, sur le mode de vie et de “défonce” d’une communauté qui a marqué les "sixties" (et que les penseurs "institutionnels" de l’époque ont tenté d’éluder, d’escamoter).
Tanger-Ville, la gare la plus bath du Royaume. Là, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté. Sans déconner, c’est le plus bel édifice public construit à "Al Aalia" depuis les années folles, depuis le temps de la zone internationale, cette époque bénie durant laquelle les milliardaires Forbes et Hutton, et leurs potes jet-setters, ou encore Walter Harris (correspondant du Times), y vivaient au rythme des fêtes babyloniennes qu’ils donnaient dans leurs villas pharaoniennes.
La lecture du bouquin a largement influencé le déroulement de mes vacances. J’aurais pu conduire une enquête sur le Tanger des années 20, visiter la Légation américaine (plus ancienne délégation de ce pays à l’étranger, datant de 1821), flâner rue Shakespeare (quartier Marshane), m’y attarder devant la façade du Musée Forbes, traîner dans un des cafés mythiques du Petit Socco (le centre administratif de l’époque), verser quelques larmes devant cette ruine sublime qu’est le "Gran Teatro Cervantès"…
Mais ce n’est pas un milliardaire yankee ou un confrère du Times qui m’a abordé, au sortir de la gare. C’est un "aarbi", la quarantaine, fringué comme tous les "khal arras" qui n’ont pas les moyens de se prendre la tête à peaufiner leur look, mais qui s’en distingue cependant par sa chevelure sel et poivre "mi-longue". La seconde chose qui frappe chez ce mec, c’est son œil de verre. L’auteur/narrateur du bouquin que j’ai dévoré dans le train avec entrain était borgne, également. C’est un signe, pensé-je!
Mon interlocuteur est un hippie, un baba cool, un "digger" (la "mouvance ultra" des hippies, dont Peter Coyote, l’acteur de Hollywood, était), un original comme il en est si peu dans ce pays. Il me dit qu’il est "grand taxi", et qu’il est disposé à m’emmener où je veux, pour pas grand-chose.

Kif-Kif

[img align=left]http://www.haschisch-film.de/uploads/pics/sebsi_01.jpg[/img] Je lui explique que j’ai d’abord une affaire à régler à Tanger, et que je compte me rendre à Chefchaouen, ensuite. Je crois que je suis tombé pile-poil sur son "code PIN", à ce taxi-driver. CHEFCHAOUEN: son "Sésame" à lui !
Il m’explique que pour "Corsa" -le règlement des six places que contiennent les grands taxis-, le tarif pratiqué par ses confrères atteint allègrement les 400 DH. "Parce que c’est la haute saison. Mais Chaouen est chère à mon cœur! Je t’emmène pour 100 DH ; ça me permettra d’aller boire un bon "nigro" et de fumer un joli pet sur la terrasse d’un café de la place Uta-el-Hammam ! Alors, tope là ?", me demande-t-il.
J’acquiesce sans mot dire, et ne le rabroue même pas lorsque je constate que sa guimbarde n’est pas vraiment un taxi. Je l’ai même remercié, une fois arrivé à bon port, de m’avoir offert un joli trip musical. J’eus droit, entre Tanger et Tétouan, puis entre Tétouan et Chaouen, à du Ravi Shankar, à du Steel Pulse et à du Pink Floyd (interprété par des Egyptiens allumés)…
A mon sens, le Népal et le Maroc devraient être jumelés. C’est kif-kif, le Rif et l’Himalaya, Chefchaouen et Katmandou, les shiloms et les "chkoufas" ! Dans son récit, Duchaussoix évoque les automobilistes népalais qui, pour quelques roupies, se muaient en chauffeurs, en porteurs, en guides, en boys… Il fait aussi mention des hôtels et gargotes où les junkies tenaient leurs séances de "défonces" orgiaques à Katmandou.
J’ai assisté à pareilles scènes à Chaouen, dans bien des établissements de la ville. Evidemment, pas de seringues, ni de pipes d’opium. A Chaouen, à l’inverse de ce qui avait cours à Katmandou, Bénarès ou Goa, seules la résine de cannabis et la "Mother Mary" ont cours. Du shit, mais pas de la #### !

"Défonces" orgiaques

[img align=left]http://www.haschisch-film.de/uploads/pics/hasch.jpg[/img]Selon un Espagnol, avec lequel mon accompagnateur s’est drôlement lié d’amitié, en deux taffes, trois répliques, le Maroc, et plus particulièrement le Rif, sont au cannabis ce que la France est aux grands vins.
Amoureux de Chaouen, Ivan y vient, d’après ses dires, aussi souvent qu’il peut se le permettre, au moins trois fois par an. " Je fume depuis 5 ans. En fait, j’ai commencé officiellement au début des années 80. Mais mon premier voyage à Chaouen a eu lieu il y a cinq ans à peine. C’est la que j’ai vu ma première plante de cannabis, que j’ai appris à fumer.Avant, je me défonçais à l’afghane, à la libanaise et à la marocaine bas de gamme", précise-t-il.
Vraisemblablement, le seul établissement hôtelier "non-fumeur" de l’ancienne médina de Chaouen est Casa Hassan, une double maison d’hôtes recelant 22 chambres et suites adorables et pratiquant des tarifs qui, quoique totalement justifiés, semblent en tout cas prohibitifs pour les hippies (qui constituent l’écrasante majorité des touristes de la ville)
Chefchaouen n’est pas Amsterdam. Les coffee-shops qui y foisonnent sont hors-la-loi. Mais, selon le "khettaf lblaies", que les quelques taffes qu’il s’est goulûment envoyées rendent des plus volubiles, ceux qui sont censés faire respecter la loi seraient insensés s’ils se mettaient en colère à cause de quelques pétards fumés dans les lieux publics. "Toute la région ne vit exclusivement que de ça. Et cette ville perdrait de son charme, aux yeux de tous les touristes que tu vois là, si les autorités, par malheur, décidaient d’y déclencher la guerre contre le trafic et la consommation du H !" Il pondère ses propos en expliquant que la ville jouit évidemment d’autres attraits. "La Casbah, les maisons blanchies à la chaux, les ruelles escarpées de son ancienne médina…Chaouen est évidemment très belle. Mais la quasi-totalité des étrangers qui viennent et reviennent y passer leurs vacances la trouveraient moins belle s’ils n’y dénichaient plus de la bonne "zatla" à petit prix", parachève-t-il, avant de prendre congé en m’indiquant qu’il préfère prendre la route pendant qu’il fait jour, et en notant mon numéro de portable et celui du téléphone fixe (en Espagne) d’Ivan.
Chefchaouen est l’une des cités les plus pittoresques du pays. Fondée en 1471, juchée sur les "jebels" Kelaa et Meggou, elle a longtemps été isolée du monde extérieur. Ville sainte, renfermant plus de 20 mosquées et sanctuaires, elle était interdite aux chrétiens jusqu’à un passé proche. Avant les années 20, avant que les colons espagnols ne s’y invitent, seuls deux voyageurs européens, déguisés en juifs, s’y sont aventurés : Charles de Foucauld et Walter Harris (comme on se retrouve !). Une troisième personne, William Summers, tenta la même expérience, en 1892, mais y laissa sa peau, empoisonnée (cette pauvre personne) par la population locale.
Samedi 14 août 2004, 20 heures. Les habitants de Chaouen ont visiblement appris les bonnes manières ; les nombreux touristes européens (majoritairement espagnols, français et anglais) qui y étaient en même temps que moi sont, aujourd’hui, dorlotés par la population locale, qui mesure bien la manne qu’ils représentent. La ville accueille dans les 50.000 touristes par an. Des hédonistes friands de paradis artificiels, qui ne rechignent pas à dormir dans des hôtels à 30 balles la nuit, dans des literies douteuses et des chambres spartiates et sans cachet, qui préfèrent au confort de Casa Hassan ou de l’hôtel Parador quelques dizaines de grammes de "bouaqa" en plus !
Les produits de l’artisanat qui plaisent le plus aux visiteurs ? Les instruments de la "bouaqa", tout ce qui est pipe, "sebsi", shilom (que les "autochtones appellent" chalimou"), mini-bang… La musique dans les cafés et restos ? De la transe psychédélico-roots, du reggae à toutes les sauces, du Gnawa Diffusion à fortes doses, du Buena Vista Social Club, du Buddha Bar au détour d’une venelle… La tenue vestimentaire qui a le vent en poupe chez les touristes ? Tongs, pantalons baggy ou shorts pour les mecs et pantalons baggy et jupes bariolées pour les nanas, T-shirts… Relax, Max ! Pas d’esbrouffe à Chaouen. Le paraître n’a pas sa place, ici. Tout est dans la tête !
Chaouen et sa région attireraient, à elles seules, dix millions de touristes, et pas besoin d’attendre jusqu’à 2010 si, à l’instar des Pays-Bas, qui ne sont pas un Etat de non-droit (loin s’en faut !), le Maroc se décidait enfin à dépénaliser, puis à légaliser la consommation du cannabis ; si cet adorable pays qui est le mien décidait enfin de faire dans le tourisme "bouaqa", dans l’"écotourisme".

"Legalize it, and I will advertize it !"

[img align=left]http://www.haschisch-film.de/uploads/pics/melik_03.jpg[/img]Lors de mon périple dans ce bijou du Rif qu’est Chefchaouen, un vieux gars, dont les dents n’ont visiblement pas résisté à ses habitudes narcotiques, puis une autre personne, puis une troisième, m’ont assuré que Rita Marley a séjourné, par deux fois, à Chefchaouen, entre 1993 et 1996 !
Fichtre ! Si cette information est vraie, au lieu de se vanter d’être l’office du tourisme du plus beau pays du monde, l’ONMT devrait véhiculer pareil message : dire simplement que Rita Marley, l’épouse de Bob, le plus grand musicien reggae de la planète, le plus grand "mbouak" de la planète, la Rita Marley des "I Threes", a un faible pour le Maroc, pour Chefchaouen.
Lowe Shem’s devrait être capable de goupiller une belle pub, genre sur fond Jammin’, avec Rita qui dit des gentillesses à propos de Chaouen (moyennant un chèque ; elle demandera pas beaucoup ; la femme de Bob ne peut être vorace !), tandis que des images de la ville défilent, en arrière-plan, et que des touristes, aux yeux exagérément dilatés, s’envoient des gros "spliffs" à la santé de Bob, de Rita, des Wailers…
Je ne sais pas si Rita Marley a réellement "tripé" à Chaouen. Par contre, et je l’avance sans l’ombre d’un doute, elle s’est déjà rendue à Tanger, à peu près à la même époque que celle évoquée par les défenseurs de la thèse "Rita à Chaouen".
Un tenancier de guinguette à Chaouen m’a même indiqué le nom de l’hôtel où elle est descendue, à Tanger : l’hôtel Continental ; un des hôtels les plus chargés d’histoire dans ce bled. J’ai hâte d’y être, mais j’ai d’abord l’intention de me rendre à Bab Berred. C’est un Basque (pas un Espagnol, un Basque), un petit trafiquant, qui m’a immédiatement eu à la bonne, qui s’est gentiment proposé de me faire découvrir du pays ; dans mon pays !
Duchaussois a eu une mauvaise influence sur moi ! C’est que son bouquin est tellement palpitant. Tant et si bien qu’à mon tour, j’ai envie d’aller à la montagne, voir les champs, connaître tout des procédés de fabrication de l’or vert marocain…
A suivre !

La Nouvelle Tribune
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  #2  
Vieux 08/09/2004, 22h10
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Up!! :-D
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  #3  
Vieux 09/09/2004, 08h36
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la premiere photo est carateristique de la degration de la foret dans le rif..seulement quelques arbres de facon clairessemee...cest une catatastrophe pour notre environnement car les gens coupent des arbres pour le feu et pour planter de la fume a la place..

il faut desenclaver et le nord et investir en force pour que ces gens aient dautre possibilie que de cultiver du shit et detruire notre belle nature
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  #4  
Vieux 09/09/2004, 14h51
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Wa Chahitina f chi sebssi del ktami mdera7 bhia w chi deka datai khdar betel9ima se7raouia m3ahoum :-? :-? :-?
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  #5  
Vieux 10/09/2004, 12h39
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[color=009900]CANNABISLAND[/color]

Me v’là embarqué pour Bab Berred, en compagnie d’un petit trafiquant de haschisch basque, un gars plutôt sympa, avec une bonne bouille et de la conversation (malgré son français approximatif). Ce mec-là est à mille lieues de l’image que l’on peut se faire d’un dealer !

[img align=left]http://www.ctv.es/USERS/tarrier/tarrier_M/images/paysages/01_Sapini%E8re_Tizuka.jpg[/img]Le car qui dessert “cannabisland”, une vieille poubelle roulante, un déni du progrès technique, quitte Chefchaouen.
Il est 8 heures 45 en cette belle matinée d’août, et le Basque auquel je colle aux basques, n’est pas très causant ! Il est arrivé la veille à Chefchaouen, en provenance de San Sebastian (Nord de l’Espagne). Près de 36 heures de voyages, et le voilà en train de parcourir un petit bout de chemin, encore (la tête dans le cul, évidemment.)
Chaouen m’en a mis plein les mirettes, d’autant plus que j’y ai traîné avec des hippies pur sucre (un hippie pur sucre se reconnaît à son look, évidemment, mais aussi à ses yeux, “outrageously” dilatés, ainsi que, subsidiairement, à ses lectures ; sur les tables en fer forgé des cafés “stoone” de Chaouen, les carnets ‘dial nibro’ et les verres de thé côtoient Huxley, Orwell, Kerouac ou encore Miller –le grand Henry, pas le mari(lyn) de la Monroe, Arthur…)
Les enfants spirituels d’Abel Hoffman et de Jerry Rubin ont élu Chaouen capitale marocaine des paradis artificiels. Hélas, nos autorités font du chichi, chipotent, rechignent à légaliser la consommation et le commerce du cannabis.
Le pétrole n’est-il pas plus nocif que le cannabis ? SI ! “Claro que si”
Si la couche d’ozone ou la faune et la flore victimes de l’Exxon Valdez ou du Prestige ou bien encore les citadins des quatre coins du globe avaient leur mot à dire en ce qui concerne la gestion de la planète, fustigeraient-ils le cannabis plutôt que le pétrole ? Et pourquoi ils se font de la bile, les mutants de Tchernobyl ? Est-ce à cause des quelques hectares de hasch du Rif ou alors des chiées de centrales nucléaires qui menacent l’humanité?
Les pays riches le sont parce qu’ils ont spolié les pays pauvres, à une époque ou une autre de l’Histoire. Aujourd’hui, ils sont en train de “saloper” Gaïa, de niquer l’décor (comme dirait Amazigh), mais se permettent tout de même d’adresser des remontrances aux pays qui font de l’argent comme ils peuvent, aux pays qui s’escriment à “photographier leur bout de pain” !
Legalize it! Don’t Criticize it!
Les Pays-Bas, qui ne végètent pas (comme certains) en bas du classement de Standard & Poor’s, ne font pas la fine bouche quand il s’agit d’attirer chez eux les fumeurs (de cigarettes pas nettes) du monde entier ! Amsterdam accueille chaque année plusieurs millions de visiteurs, dont une part substantielle s’en fout pas mal du canal, des tulipes ou des moulins, et n’a d’yeux que pour les nombreux coffee-shops de cette ville.
En Amérique du Nord, bien que la “Mary-Jane” soit prohibée, les autorités, pourtant ultra-puritaines, consentent la tenue, une fois l’an, de “Hemp Fests”, de fêtes de l’herbe ! Les Canadiens qui ont souvent les yeux rouges et mielleux (‘maaslin’) franchissent la frontière pour aller à la Hemp Fest de Boston, et, lorsque c’est au tour de Montréal de tenir la sienne, les “addicts” Américains du Nord-Est y festoient pareil !
Tenez ! La Suisse ! Pas outlaw, la Suisse ! Pourtant, c’est le pays de la planète où, depuis quelques piges, déjà, la culture du cannabis enregistre les plus forts taux d’évolution ! L’Union Européenne alloue des pépettes au Maroc pour que ce pays procède au “désherbage” du Rif, alors que plusieurs Etats de l’Union envisagent sérieusement d’emboîter le pas aux Pays-Bas et que… c’est dingue ce que la montagne suisse ressemble comme deux gouttes d’eau (le goutte-à-goutte excepté, les Rifains étant plus terre à terre que les Helvètes) à Ketama.
Malins, les Suisses ! Ils disent qu’ils plantent du cannabis à des fins médicinales, qu’ils envisagent itou d’inonder le globe de Tee-shirts en chanvre. Moi, je parie que les trafiquants marocains doivent se plaindre de l’affaissement des commandes en C.H. (Cultivateurs de H, et, accessoirement, Confédération Helvétique.)
Aux Etats-Unis, plusieurs Etats permettent à leurs administrés cancéreux de s’approvisionner en cannabis, cette substance qui apaiserait les souffrances les plus atroces. Pourquoi ne pas construire, à Ketama, le plus grand centre “antidouleur” de la planète ? Je parie que l’ARC (ONG française de lutte contre le cancer) à titre d’exemple, débloquerait de belles sommes pour aider à la réalisation d’un tel projet !
Dans le domaine des drogues douces, le Maroc jouit d’un avantage comparatif certain par rapport aux pays précités. Les coffee-shops néerlandais ou les orgies de “beher” ricaines, c’est top ! Cela dit, m’est avis qu’en griller un “p’tit” à l’intérieur des murs de Chefchaouen, Asilah, Essaouira, ces cités séculaires, doit dispenser autrement plus de plaisir.
C’est une question d’authenticité. Fumer un pet à Chaouen, c’est comme boire un Pastis accoudé au zinc d’un bistro de la Canebière, jouer un match de foot à Wembley ou au Maracana, surfer les vagues de Waimea ou de Pipeline, baigner, en position fœtale, dans du liquide amniotique, se reposer, “ad vitam aeternam”, six pieds sous terre… En bref, c’est “ the right” fumette “at the right place!”

Londres dans une R12 !

[img align=left]http://www.geocities.com/karennben/maroc/grand.jpg[/img]Le Basque a dormi tout le long du voyage, qui a duré un peu plus d’une heure (une quarantaine de kilomètres séparent Chaouen de Bab Berred.) Il est tout groggy lorsque nous arrivons à destination, mais la fatigue, qu’il dit accumuler depuis des lustres, laisse bientôt place à l’excitation. “ Te rends-tu compte, mec ? La région de Ketama ! Le paradis des shootés. Des champs de cannabis à perte de vue. Viens ! Je vais te présenter les gars du coin. Des types formidables… ”, indique-t-il, tout guilleret, comme par miracle régénéré.
Les gars du coin ont une inclination manifeste pour la Renault 12. On se croirait plongé dans “Je danse le Mia”*, genre “au début des années 80…”, tellement y en a, des R12, à Bab Berred ! A peine m’installé-je sur la banquette arrière d’une R12 -conduite (dans ces derniers retranchements) par un prolo qui bosse dans une ferme dont le Basque est copain comme résine de cannabis et feuille à rouler avec le propriétaire-, qu’un pet, un joint est dégainé. LE JOINT !
Londres dans une Renault 12 ! Un “frog” à couper à la machette ! Je tousse, proteste, ouvre les vitres arrière en manquant de faire péter les deux manivelles ! C’est de la dynamite, cette came ! Un truc à ne pas mettre dans toutes les mains ! J’étais fumeur passif, dans ce tacot de mes deux, mais j’ai pourtant plané sévère !
Pas assez, en tout cas, pour omettre de glisser un petit quelque chose à propos de la prééminence de la R12 dans le Rif.
La presse nationale a conduit plusieurs enquêtes de terrain, plus ou moins sérieuses, sur la question, sur Ketama et les trafics qui s’y ourdissent. A ma connaissance, cependant, la R12 n’a jamais eu la place qu’elle méritait dans ce florilège de littérature périssable ; j’sais pas, moi : un encadré, un clin d’œil, deux mots, au moins !
Faut retranscrire ce bled tel qu’il est, les gars ! Et, pour ce faire, faut arrêter net la fumette ! Faut vraiment être raide “foncedé” pour se rendre à Ketama, faire supporter à sa rédaction des notes de “frais-yeurs” effroyables, et passer devant l’information essentielle qu’un journaliste puisse glaner, là-haut, dans l’Eden des Haschischins :
Marocains ! Vous êtes propriétaire d’une R12 ? Venez la refourguer à Ktama, le seul endroit où cette vieillerie qui a tout vécu (le tripatouillage savant de Gordini, le changement d’identité en Roumanie…) n’a pas perdu la cote ! Le gars qui nous a pris dans la sienne (de R12) m’a assuré qu’il venait de raquer pas loin de 3 millions (anciens ; 30.000 DH) pour cette auguste asthmatique !
Pourquoi la R12 pour tous? Pourquoi pas la Merco 240D, la Pijo 604, ou bien alors, pour ceux qui ont les moyens de leurs fantaisies, la Lamborghini Muira ou la Jag Type E Convertible ? Existe-t-il, à Ketama, un fan-club R12, dont les membres réduisent en miettes les bagnoles de ceux qui n’y adhèrent pas ? Que nenni ! La grande majorité des gars du coin achètent des R12 essence de couleur neutre dans le souci de passer inaperçus. “ Il y a tellement de R12 par ici que les gendarmes en ont le tournis ”, explique notre chauffeur, dans un langage évidemment moins châtié, plus polisson. Il parle l’espéranto, tantôt en espagnol, tantôt en arabe.
Le Basque, quant à lui (j’en ai marre de l’appeler le Basque, mais il m’a expliqué qu’il n’acceptait d’autre pseudo que celui d’ETA ; je préfère composer avec le Basque…), le Basque, disais-je, n’en peut plus de pouffer. Entre deux éclats de rire très… Amadeus selon Milos, il rétorque qu’il compte s’acheter, dans son pays (Basque) une R12 à deux sous, qu’il troquera contre du cannabis, une fois arrivé à Ketama (à son bord )!

“La Buena vida es cara”

[img align=left]http://www.partiefaire1tour.net/IMG/jpg/doc-28.jpg[/img]Comme je le disais plus haut, ce gars-là n’est pas un mauvais bougre ! C’est seulement un type qui dit avoir été pauvre, quelques années auparavant, et qui s’enorgueillit d’avoir trouvé la solution à ses tracas. “ Je suis un trafiquant amateur, je gagne à peine assez d’argent pour bouffer à ma faim, et pour me permettre des petits extra. J’ai récemment acheté une gratte occase, une Gibson Les Paul drôlement belle. Et j’aimerais bien me payer, dans des délais plus ou moins brefs, la bagnole de mes rêves… J’ai des rêves, mec, et l’unique moyen de les réaliser, c’est de faire ce que je fais ! Un proverbe populaire dit : “ La buena vida es cara ; Hay mas barata, pero esa no es vida. (La bonne vie est chère. Y a moins cher, mais c’est pas une vie, ndlr). Je trouve que c’est bien pesé, comme dicton ”, indique-t-il.
Nous arrivons à la ferme. Une fermette de petites gens. J’y ai zoné quelques heures. Dans le seul dessein de satisfaire ma curiosité, le boss de la ferme a ordonné à ses employés de me mettre au fait du process de fabrication de la résine de cannabis. Je n’en ai pas raté une miette…
Je préfère parler des gens du pays plutôt que de m’attarder sur des considérations “technico-narcotiques”. Je me suis rendu à Bab Berred afin d’y dénicher la plante, mais j’y ai surtout découvert des hommes –aficionados de R12 !
“ Bab Berred, c’est déjà Ktama, parce que Ktama n’est pas un village, mais une région, ma région et celle de tous ces “ banou Adam ” que tu vois, là (une quinzaine de fermiers sont venus saluer leur grand pote basque, ndlr) ”, m’informe, après les ‘salamalecs-oua-rahmatou-Allah-taala-oua-barakatouh’ d’usage, notre hôte rifain (Abdel “qu’on dira”).
Abdel n’est pas plein aux as comme Escobar, Erramach ou le gros gibier à qui ce dernier servait de serf. Il est des commis de l’État que le trafic du H marocain nourrit davantage qu’Abdel, bordel ! Je ne diffame pas, ni n’affabule ! J’ai seulement jeté un coup d’œil distrait au P.V. d’Erramach !
Abdel, c’est juste un gars de la campagne, un fermier qui a hérité du lopin de terre que son père avait hérité, avant lui ! Il plante du cannabis comme d’autres plantent des tomates, et, comme tout cultivateur, ben il consomme ce qu’il ne vend pas ! Y a pas de mal à ça, ou si peu !

“Réinventer Woodstock au Maroc”

[img align=left]http://www.geocities.com/karennben/maroc/fermiere.jpg[/img]Les plantations de coco sont la première source de financement des cocos du FARC (en Colombie). Les champs de coquelicot, de pavot, du Triangle d’Or ont longtemps permis au régime des Mollahs de mener à bien sa politique fasciste, barbare (la religion peut être l’opium, ou l’héro, ou la morphine, du peuple). Le haschisch du Rif, lui, ne sert aucune cause obscure, si ce n’est celle de la bonne vieille mafia (qui n’a pas de couleur politique, qui roule pour le plus offrant). Rien de bien grave, donc !
Il est 13 heures. Nous déjeunons en compagnie de tous les mâles de la ferme ; les femmes, pendant ce temps, doivent certainement s’activer aux fourneaux ! Je n’en ai vu qu’une, d’ailleurs, durant le bout de temps que j’ai passé dans les environs de Bab Berred ! Et j’ai pas trop regardé dans sa direction, parce qu’on m’en a raconté des pas très belles sur la cruauté de la vendetta rifaine !
Le déjeuner est somptueux, royal, comme tous les repas dans toutes les zones rurales de ce bled ! Mon pote basque, que la bamboche a arraché de son enivrement (il aurait dû prévenir le jury du Guiness des records, tellement il en a grillé, des pets !), avale pas mal, tout en tentant de nous faire avaler, sans trop y arriver, du reste, ses projets chimériques : “Ketama peut attirer plus de visiteurs que Paris ou la Costa Del Sol ! Et pas besoin d’y construire des hôtels ! Des campings coquets suffiraient ! Moi, je suis prêt à mettre ma main au feu qu’un concert de reggae durant la Semana Santa (vacances de Pâques, ndlr) marcherait du tonnerre, ici. On pourrait facilement attirer quelques millions de “hchaichia” plus ou moins jeunes, réinventer Woodstock au Maroc…”
C’est tout de même dangereux, le shit (même si le pétrole et l’uranium le sont davantage) ! Ça fait perdre le sens des réalités. Le Basque radote, pensant candidement que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles… Il est vraisemblablement plus aisé d’enrhumer El Guerrouj sur 1.500 mètres que de dégoter une autorisation pour un concert “roots” au beau milieu des champs de chanvre de Ketama !
Et mon Basque le sait, qui a soigneusement planqué dans le taxi que nous avons pris pour retourner à Chefchaouen le kilo de cannabis qu’il a “pécho” à Bab Berred (pour un prix défiant toute concurrence : 7.500DH).
Les gendarmes nous ont laissé passer sans trop fureter. Rien de surprenant ! Le Maroc est premier exportateur de cannabis dans le monde. Il ne le serait pas si ses gendarmes se formalisaient pour un petit kilo qui filtre leurs barrages, de temps en temps.
J’ai quitté le Basque devant la porte d’accès du port de Tanger. Il a pris un ferry pour l’Espagne, “pays limitrophe du sien” (d’après lui). Pour ma part, j’ai hélé un taxi et me suis rendu, illico, au café Hafa, cette institution de Tanger, fondée dans les années 20, rendue célèbre par Paul Bowles, qui aimait à s’y prélasser devant un thé et le panorama (la méditérannée, la baie de Tanger et la côte espagnole; le nec plus ultra de la carte postale!).
Du café Hafa, délicieusement space, je n’ai rien raté de la traversée de mon Basque préféré. Si j’avais eu des jumelles en ma possession, j’aurais probablement été en mesure de voir comment mon pote s’en est sorti avec la “diouana” ibère.
Un guitariste, un joint au bec, joue du Bob Marley : “It takes a revolution to make the solution.” Rita Marley et l’hôtel Continental, William Burroughs et l’hôtel El Muniria... se bousculent dans ma tête...


A suivre
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  #6  
Vieux 17/09/2004, 14h33
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[color=0000FF]T’en jettes, Tanger ![/color]


[img align=left]http://usuarios.lycos.es/verdecool/ovejacanabera.jpg[/img]De la verdure, donc, de l’herbe bien grasse - "don’t walk on the grass, smoke it !"- à perte de vue, du côté du nord de ce pays adorable, à la terre si arable… Chaouen, Tanger, Ketama… Des villes et une région où tout est une invitation au farniente et à la déconnexion.
Et puis, les gens ! "Ma hammouni ghir rjal…" Des comme vous n’en rencontrerez nulle part ailleurs en si grand nombre, à moins que vous dégotiez la machine à remonter le temps et que vous parveniez à vous faire catapulter à Katmandou, durant les sixties ; des touristes baba-cool, espagnols, français, et anglais essentiellement, en veux-tu en voilà, des gars siphonnés, je-m’en-foutistes, "grunge", limite crados, mais en même temps spirituels, géniaux : bohèmes, parfois apprentis dealers/passeurs de cannabis, mais aussi informaticiens, cadres dans des multinationales ou écrivains ; des gars qui, fiévreusement, dévotement, viennent accomplir en terre de " teuch " leur pèlerinage de gentils junkies, et qui sont reçus à bras ouverts par des autochtones sur la même longueur d’onde, malgré le gap abyssal qui sépare les civilisations des deux rives du Mare Nostrum. Le hasch est un langage universel, apparemment !
Le tourisme, pour sa part, est une des " dynamos " du transfert de technologie. A Chaouen, un cybercafé, plus bath que le plus bath des cybercafés où t’as l’habitude de zoner, lecteur (à Casa, Rabat…), a, depuis peu, pignon sur rue. Dans le même ordre d’idées, les VCD " players " et le " numérique " font un malheur dans les cafés de la ville ; tant et si bien qu’ils font un peu d’ombre à sa casbah, ses minarets, son artisanat et son ancienne médina immémoriaux.
Quelques heures avant de quitter Chaouen pour Tanger, j’ai eu à faire le choix entre une "rando" (reliant le barrage d’Akchour au "Pont-de-Dieu"; une heure de paysages sublimes) et un film VCD dans un café-ciné de l’ancienne médina. Fort partisan du moindre effort, j’ai préféré l’art (septième du nom) au trekking. D’autant plus que ça n’avait pas l’air d’être un navet, le long dont le gérant du café brandissait fièrement la pochette devant mes yeux : "The Dreamers", un chef-d’œuvre signé Bertolucci (SVP !), un peu érotique et dérangeant, puisqu’il traite, entre autres, de l’inceste consentant, mais dont il ne faut en aucune façon priver le très jeune public (tellement c’est de la bombe, du génie deux heures durant, de l’humanité d’un bout à l’autre!)
Les Rifains, ces gardiens du temple "Cannabis Sativa", ne méritent pas la sale réputation qu’ils traînent tel un boulet derrière eux. Un gars qui mate du Bertolucci est un gars respectable. Le Rif n’est pas, n’est plus, la Calabre. La Vendetta rifaine est un mythe aussi injustifié que les vertus des boissons énergisantes ou l’invincibilité de l’arrière-garde des Lions de l’Atlas…

Le cas Biadillah

[img align=left]http://usuarios.lycos.es/verdecool/mariasandoval/hedonistakiferoms.jpg[/img]La vérité, c’est que les Rifains sont aux petits soins. Même le cultivateur de cannabis avec qui j’ai tripé à Bab Berred était accueillant, loquace, et… " rendu stoïque par un trop plein de spliff "* ; ce qui ne gâche rien !
On a parlé haschisch, évidemment, mais aussi politique. On a longtemps abordé le cas Biadillah. Il m’a juste expliqué à quel point ça le bluffait que le Ministre de la santé du Royaume du Maroc se soit prononcé en faveur de la légalisation de la consommation du cannabis -dans un entretien accordé au support de presse francophone le plus conservateur de la place. Je lui ai rappelé que feu le Roi Hassan II avait, lors de l’un de ses discours, dit un mot gentil concernant le haschisch marocain. " Je m’en souviens, répliqua mon interlocuteur, et ce n’était que justice. C’était une réaction à ce qui se disait alors, sur la scène internationale, à propos du cannabis. C’est pour cela qu’ el jefe (le chef, ndlr) avait clairement fait la distinction entre les drogues dures et les drogues douces…Mais, à part le Roi, personne n’était en mesure d’aborder publiquement la question du cannabis!"
Avis à tous les fumeurs dévots : si tu trouves (je tutoie tous les accros au cannabis) aussi psychédélique, aussi "mferouah"**, et en même temps aussi relaxant qu’un voyage dans les alpages du Rif, c’est que t’as probablement affaire à un solo de Gilmour, à un film de Fellini ou Bertolucci, Almodovar ou les frères Coen, à un poème de Baudelaire ou Rimbaud, El Khayam ou Amazigh (décidément !), aux "gribouillages" de la chapelle Sixtine ou à un truc du genre !
Le Maroc les aura, ses 10 millions de touristes ! Et ce n’est pas un Nostradamus à la mords-moi le nœud qui l’affirme, mais seulement un gars qui note avec intérêt que nos édiles ne sont pas tous frileux (grâce à Dieu), qu’il en est qui osent des prises de position orthodoxes, des prises de position qui, il n’y a pas si longtemps, eurent été bigrement inconfortables !
L’unique manière de désenclaver le Rif et de redorer le blason de villes comme Tanger (qui mérite d’être aussi resplendissante que Gênes ou Marseille), c’est de couper l’herbe sous les Weston et "Church" des narcotrafiquants en déléguant, à Altadis Maroc, par exemple, la gestion du commerce du hasch rifain. Il y a de cela quelques décennies, feu la Régie des tabacs tenait ce rôle. C’était lorsqu’elle avait pour raison sociale : Régie des tabacs et du kif.
Tanger-Marrakech ou un siècle de paillettes
Actuellement, et depuis pas mal de temps, déjà, Marrakech est la ville qui bouge. Glamour comme tout, temple people, la Perle du Sud est, en quelque sorte, l’héritière du Tanger du début du siècle précédent. Elle est, comme l’était "El Aalia" avant que la mafia du kif ne commence à y sévir, un des réceptacles de la jet-set mondiale ; au même titre que Saint-Trop, Ibiza, Aspen ou Megève…
Il est donc logique que les hôtels de Marrakech soient les plus babyloniens du pays. Il l’est aussi que Tanger contienne certains des établissements hôteliers les plus renversants du bled, puisque séjournèrent dans ces palaces les people les plus en vue du début du XXe siècle!
Tu exiges des noms, lecteur? T’es du genre difficile ? Je t’en file, là, tout de suite ; et une ribambelle ; davantage que tu n’es en mesure d’en lire sans ciller (battre des cils) : Edgar Degas, Paul Bowles (l’auteur de "Un Thé au Sahara" notamment), Malcolm Forbes, Jean Genet, Paul Morand, Tennessee Williams, William Burroughs, Jack Kerouac, mais aussi, plus récemment, Rita Marley, les Rolling Stones, Bernardo Bertolucci (qui y a tourné, dans l’enceinte de l’hôtel Continental, une scène de son "Un thé au Sahara"…), Francis Ford Coppola, Debra Winger, John Malkovich…
L’hôtel Continental (voir encadré), le Rembrandt, El Menzeh, Le Mirage, le Flandria, le Mövempick, El Muniria … Des hôtels plus ou moins éblouissants, plus ou moins "augustes", plus ou moins chargés d’histoire ! Tanger détient toujours un des parcs hôteliers les moins ridicules du pays, nonobstant l’offense du temps !
Sans compter que les recoins de la ville du Détroit distillent encore bien des émotions à ceux qui prennent la peine de les découvrir, de s’y attarder ! J’ai passé cinq jours à Tanger, et il ne s’est pas passé un jour sans que j’aille me ressourcer au café El Hafa (là où s’est achevé le second volet de ce triptyque, qui touche à sa fin), sans que je musarde dans les dédales de ruelles escarpées de sa glorieuse ancienne médina.
Le café El Hafa, c’est le kif ! Bien sûr qu’il s’y fume de la drogue douce, mais quand je parlais de kif, je signifiais que ce café est un enchantement, une falaise touchée par la grâce divine, un lieu que les touristes du monde entier prennent d’assaut ! Paul Bowles y avait ses habitudes. Moi aussi, depuis peu !
Mardi 17 août 2004, 16 heures pétantes. El Hafa croule de clients ; comme à son accoutumée ! A une table de ce café en terrasses, une demi-douzaine de jeunes Allemands (conjecturé-je en entendant, plus tard, leur anglais guttural) se pètent gentiment la gueule. Juste à côté, un groupe de Tangérois essaie de faire copain-copain avec eux. Qui a dit que les gens du Nord étaient froids, antipathiques ? Rien n’est moins vrai !

Les "Escobarons" de la ville

[img align=left]http://www.merip.org/mer/mer218/graphics/ketterer.jpg[/img]En une, deux répliques, un des Allemands propose un joint à un des Marocains. Le début d’une longue et solide amitié, vraisemblablement ! Les fumeurs de joints tangérois se sont joints aux fumeurs de joints venus d’ailleurs. Ils ont même quitté, ensemble, le café Hafa, quelques heures et un nombre incalculable de "pétards" plus tard. C’est cela, le Maroc, et c’est cela, le cannabis : "Connecting people !"
Tanger, capitale du Rif utile! Pas le Rif des hors-la-loi, des "Esco-barons" de la drogue, de la quarantaine (notez qu’en plus de la notion d’isolement, d’enclavement, mon "quarantaine" couve autre chose, titille quelqu’un) ; le Rif de Biadillah pour le secteur primaire (agro-narcotique), de Benhima pour le secteur secondaire (infrastructures, grands travaux) et de tous les Rifains pour le secteur tertiaire, celui des services.
A Tanger, j’ai, partout, été pouponné ! Et pour pas cher ! Vous savez combien ça coûte, une chambre double à l’hôtel Continental ? Dans les 450 DH ! Pour 24 heures de cours d’Histoire dans un cadre des plus cosy, mêlant harmonieusement la distinction et le faste british aux sens de la poésie et de l’esthétisme arabo-andalou, avouez donc que ce n’est pas trop ruineux ! Tanger est à une quinzaine de kilomètres des côtes espagnoles. 45 minutes chrono en aéroglisseur ! Pourquoi les riverains de la Costa Del Sol ne viennent-ils pas passer leurs après-midi à Tanger, cette cité, citée dans la mythologie grecque déjà -puisque c’est là qu’Héraclès (le Hercule romain) se serait reposé avant d’accomplir l’un des ses 12 travaux, à savoir la cueillette des pommes d’or du jardin des Hespérides ? Pourquoi ne viennent-ils pas souper, dans le restaurant (aux allures de salle de bal) de l’hôtel Continental par exemple (menu 150 DH) ? Pourquoi les nantis du monde entier ne viennent-ils pas, en masse, acheter des "riads" et des "dars" dans l’ancienne médina de Tanger ? Pourquoi n’y a-t-il pas de Marriot, de Hilton, de Sofitel, à Tanger ? Pourquoi n’y ouvre-t-on pas de musée Barbara Hutton ? Pourquoi ne peut-on plus admirer les figurines du Musée Forbes ?
Abstraction faite de la haute saison, durant laquelle l’afflux massif des MRE sauve la mise, le taux d’occupation des hôtels de Tanger rase les pâquerettes. Pourquoi ? Parce que la ville est pourrie, interlope, dangereuse. Tous les guides de vacances internationaux conseillent à leurs lecteurs d’éviter de traîner dans l’ancienne médina de la ville, la nuit tombée ! C’est qu’ils ne veulent pas perdre, malencontreusement, leur lectorat !
Tanger en jette. Mais Tanger craint un max. Par la faute de ceux qui laissent une poignée de dealers illettrés y tenir les rênes. Tanger aurait pu être le Saint-Tropez "aarbi", enrhumer Beyrouth, Charm-El-Cheikh, Marbella… Mais, le Cartel avait un autre projet pour la ville, entendait en faire une plaque tournante internationale des drogues, douces et dures. Non contents de s’en mettre plein les fouilles en exportant du cannabis dans les quatre coins du globe, les méchants narcotrafiquants, m’expliquait un dealer de bas étage qui traîne souvent dans les environs du café Hafa (à quelques encablures du Palais Royal, l’inconscient !), se sont mis à importer des drogues dures ! Et puis, chemin faisant, ils en sont arrivés à produire de la dope, dans des labos disséminés dans la banlieue de la ville. De la coke "made in ici", quoi !
Le dealer qui m’a renseigné à ce sujet affabulait peut-être ! Pour ma part, je suis certain qu’on dira que ce bonhomme était fichtrement bien renseigné lorsque Tanger deviendra aussi violente que Medellin ou Bogota !
Faut réagir, les gars ! Ça urge vachement ! Tanger peut devenir le pendant balnéaire de Marrakech, au Maroc. Le projet Tanger-Méditerranée ou celui de la Rocade sont des pas dans ce sens. Mais pourquoi ne pas chausser les bottes de 7 lieues en laissant légiférer à sa guise M. Biadillah ? Si le commerce du cannabis était réglementé, Tanger se verrait débarrassée de sa mafia et inondée de touristes.
Bourrée de touristes (jet-setters et hippies) bourrés : c’est ainsi que méritent d’être Tanger, le Rif et le Maroc entier.

FIN

* Je suis en plein cycle Gnawa Diffusion ; faut dire que j’avais accumulé du retard.
** Vocable de chez nous, bien populaire, bien dans l’air du temps : "chtarbé", en argot français, l ‘équivalent de la "street-darija bidaouia", siérait plutôt bien…
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  #7  
Vieux 18/09/2004, 03h56
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excellent !
ça faisait longtemps que je n'avais lu un récit de voyage aussi "haut en couleurs" !
merci de m'avoir fait découvrir une région de mon pays que je ne connais que par "ouïe dire", il est clair que dire qu'on va faire du tourisme de ce côté là en étant une fille ça passe très moyen ! héhé
as tu écris sur d'autres sujets ? publié ?
au plaisir de te lire...
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  #8  
Vieux 18/09/2004, 10h44
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"
Bourrée de touristes (jet-setters et hippies) bourrés : c’est ainsi que méritent d’être Tanger, le Rif et le Maroc entier."


a yich yemeche...



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  #9  
Vieux 18/09/2004, 10h46
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Citation:
rainbow a écrit*:

merci de m'avoir fait découvrir une région de mon pays que je ne connais que par "ouïe dire"
t as decouvert la region tanger-chefchaouen, c est bien...
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  #10  
Vieux 21/09/2004, 11h49
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Citation:
rifiano a écrit*:
Citation:
rainbow a écrit*:

merci de m'avoir fait découvrir une région de mon pays que je ne connais que par "ouïe dire"
t as decouvert la region tanger-chefchaouen, c est bien...
Hé, pour une fois qu'on parle du Rif, tu vas pas t'en plaindre ? En plus je trouve la description trés réaliste.
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