Les 1001 contes réunis




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  #101  
Vieux 19/11/2004, 22h10
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41- Souleimane et la chouette (conte berbère marocain)

[color=9933CC]Cher(e)s lecteurs(trices),
Je tiens à préciser que ce conte est un conte marocain berbère de la région de Marrakech recueilli par Alphonse Leguil et figure dans son livre : Contes berbères de l'Atlas de Marrakech
Je vous prie au cas où des fautes d'orthographes apparaitraient dans ce joli texte, de vous montrer compréhensif. (sachez qu'il ne sont que fautes de frappe. Puisque je le saisis moi même sur ordinateur par amour du partage.)

Bonne lecture [/color]

41- Souleimane et la chouette

C'est l'histoire d'un roi du nom de Souleimane qui régnait sur le monde des esprits et celui des hommes, ainsi que sur les oiseaux.
Un jour, sa femme lui dit : "Il nous faut un tapis fait de plumes"
Or lui n'était guère capable de lui résister.
"Ma chère lui dit il les oiseaux : en ce moment il fait froid, si nous leur otons leurs plumes à coup sûr ils mourront tous de froid.
"Rien à faire dit elle arrange toi comme tu voudras"
Il convoqua alors les oiseaux. Tous se présentèrent. Mais il manquait la chouette. Elle seule n'était pas venue. Elle était au moins très en retard.
"Quand la chouette arrivera, dit souleimane, avertissez moi que je la punisse
Lorsqu'elle fut arrivée et qu'on l'eut amenée devant le roi, celui ci l'apostropha : " qu'est ce qui t'a pris, rebut des oiseaux, à être comme ca en retard?"
"Monseigneur, dit la chouette, promettez moi l'impunité, et je vous le dirai
Souleimane lui donna sa parole et la chouette lui dit :
"Monseigneur, je me posais des questions sur quatre sujets"
J'étais perplexe à propos des nuits et à propos des jours : je me demandais ce qui surpasse l'autre : les nuits ou les jours ?
Et j'étais perplexe à propos des hommes et des femmes : je me demandais ce qui surpasse l'autre : les hommes ou les femmes ?
C'est cela Monseigneur conclut elle qui m'a fait perdre du temps et a retardé mon arrivée
Eh bien demanda le roi qu'est ce donc qui surpasse l'autre, les jours ou les nuits ?
"Monseigneur répondit elle j'ai découvert que les nuits surpassent les jours et que les femmes surpassent les hommes
"Pourquoi donc ? fit il
"Parce que, les nuits de clair les nuits de clair lune sont cimptées comme jours

Tu as raison dit il et les hommes en koi les femmes les surpassent elles ?
C'est parce que Monseigneur tout homme qui fiat la volonté de sa femme, c'est comme femme k on le compte !

[color=9933CC]Fin[/color]

Ne contez jamais ce conte devant votre mari mdrrrrrr :-D
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  #102  
Vieux 19/11/2004, 22h32
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42- Parabole de la véritable science.

Peut-être mon conte préféré des Mille et une nuits.

Lorsque fut la sept cent soixante-quatorzième nuit, Shéhérazade dit :

On raconte que dans une ville d'entre les villes, où l'on enseignait toutes les sciences, vivait un jeune homme beau et studieux. Bien que rien ne lui manquât, il était possédé du désir de toujours apprendre d'avantage. Il lui fut un jour révélé, grâce au récit d'un marchand voyageur, qu'il existait dans un pays fort éloigné, un savant qui était l'homme le plus saint de l'Islam et qui possédait à lui seul autant de science, de sagesse et de vertu, que tous les savants du siècle réunis. Malgré sa renommée, ce savant exerçait le simple métier de forgeron, comme son père avant lui et son grand-père avant son père.

Ayant entendu ces paroles, le jeune homme rentra chez lui, prit ses sandales, sa besace et son bâton, et quitta la ville et ses amis sur le champ. Il marcha pendant quarante jours et quarante nuits. Enfin il arriva dans la ville du forgeron. Il alla directement au souk et se présenta à celui dont tous les passants lui avaient indiqué la boutique. Il baisa le pan de la robe du forgeron et se tint devant lui avec déférence. Le forgeron qui était un homme d'âge au visage marqué par la bénédiction lui demanda :
_ Que désires-tu, mon fils ?
_ Apprendre la science. répondit le jeune homme.
Pour toute réponse le forgeron lui mit dans les mains la corde du soufflet de la forge et lui dit de tirer. Le nouveau disciple répondit par l'obéissance et se mit aussitôt à tirer et à relâcher la corde sans discontinuer, depuis le moment de son arrivée jusqu'au coucher du soleil. Le lendemain il s'acquitta du même travail, ainsi que les jours suivants, pendant des semaines, pendant des mois et ainsi toute une année, sans que personne dans la forge, ni le maître, ni les nombreux disciples qui avaient chacun un travail tout aussi rigoureux, ne lui adressât une seule fois la parole, sans que personne ne se plaignît ou seulement murmurât.

Cinq années passèrent de la sorte. Le disciple, un jour, se hasarda timidement à ouvrir la bouche :
_ Maître...
Le forgeron s'arrêta dans son travail. Tous les disciples, à la limite de l'anxiété, firent de même. Dans le silence il se tourna vers le jeune homme et demanda :
_ Que veux-tu ?
_ La science !
Le forgeron dit :
_ Tire la corde !
Sans un mot de plus tout le monde reprit le travail. Cinq autres années s'écoulèrent durant lesquelles, du matin au soir, sans répit, le disciple tira la corde du soufflet, sans que personne ne lui adressât la parole. Mais si quelqu'un avait besoin d'être éclairé sur une question de n'importe quel domaine, il lui était loisible d'écrire la demande et de la présenter au Maître le matin en entrant dans la forge. Le Maître ne lisait jamais l'écrit. S'il jetait le papier au feu, c'est sans doute que la demande ne valait pas la réponse. S'il plaçait le papier dans son turban, le disciple qui l'avait présenté trouvait le soir la réponse du Maître écrite en caractères d'or sur le mur de sa cellule.

Lorsque dix années furent écoulées, le forgeron s'approcha du jeune homme et lui toucha l'épaule. Le jeune homme, pour la première fois depuis des années, lâcha la corde du soufflet de forge. Une grande joie descendit en lui. Le Maître dit :
_ Mon fils, tu peux retourner vers ton pays et ta demeure, avec toute la science du monde et de la vie dans ton coeur. Car tout cela tu l'a acquis en acquérant la vertu de la patience !
Et il lui donna le baiser de paix. Le disciple s'en retourna illuminé dans son pays, au milieu de ses amis. Et il vit clair dans la vie.
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  #103  
Vieux 19/11/2004, 22h47
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Commentaire : 42- Parabole de la véritable science.

lol Poco la patience est bien une des vertues à avoir : seul elle ne servira à rien mais sans elle on apprend rien :-D
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  #104  
Vieux 20/11/2004, 20h17
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43- Les Philènes

Salluste, historien Romain, rapporte dans le livre LXXIX de La Guerre de Jugurtha, la légende étiologique suivante: deux frères se sacrifient pour assurer à leur patrie carthaginoise la domination du littoral de la Tripolitaine contre les Grecs de Cyrène.

"A cette époque, Carthage était maîtresse de la plus grande partie de l'Afrique, mais Cyrène aussi était puissante et riche. Les territoires qui les séparaient étaient sablonneux, d'aspect uniforme ; il n'y avait ni fleuve, ni montagne pour fixer la frontière ; de là, entre les deux pays, des guerres longues, interminables. Des deux parts, il y eut maintes fois et des légions et des flottes mises en déroute, et les deux peuples finirent par s'user sensiblement l'un l'autre ; alors la peur les prit d'un agresseur qui profiterait de l'accablement des vainqueurs comme des vaincus, et pendant une trêve, ils firent une convention : à un jour fixé, des envoyés partiraient des deux pays ; l'endroit où ils se rencontreraient serait tenu pour la frontière commune des deux nations. En conséquence, deux frères, du nom de Philènes, partirent de Carthage, et, en hâte, poussèrent le plus loin possible ; les Cyrénéens marchèrent plus lentement. Fut-ce apathie ou accident ? je ne le sais pas bien. D'ailleurs, dans ces régions, la tempête, exactement comme en -mer, empêche souvent d'avancer. Quand le vent se lève dans ces plaines dépourvues de toute végétation, il soulève le sable qui, violemment chassé, fouette le visage et remplit les yeux ; on ne voit rien devant soi, et la marche en est ralentie.
Les Cyrénéens, se voyant fort en retard et redoutant le châtiment que leur vaudrait, dans leur pays, l'échec de leur mission, accusèrent les Carthaginois d'être partis de chez eux avant l'heure, et ils brouillèrent toute l'affaire ; bref, ils aimèrent mieux n'importe quoi que de repartir ayant eu le dessous. Les Carthaginois leur demandèrent de fixer d'autres conditions, pourvu qu'elles fussent équitables. Alors les Grecs leur proposèrent l'alternative suivante : ou bien les deux frères seraient enterrés vivants sur les frontières qu'ils avaient obtenues pour Carthage ; ou bien ils le seraient eux-mêmes à l'endroit qu'ils choisiraient en continuant leur marche en avant. Les Philènes acceptèrent : ils se sacrifièrent et donnèrent leur vie à leur patrie : ils furent enterrés vivants. Les Carthaginois élevèrent à cette place un autel aux frères Philènes, et d'autres honneurs leur furent rendus à Carthage."
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  #105  
Vieux 11/03/2005, 22h27
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44-Afsânèh (Conte Iranien)

Afsânè"signifie légende la racine de ce mot est afsoûn qui veut dire magie. Aujourd'hui encore en Iran, Afsânè est couramment utilisé comme prénom de femme.



Je me rappelle qu'une nuit au clair de lune
Sur la montagne de Nowbone, j'étais assis,
L'oeil, la brûlure du coeur au sommeil le menait
Et le coeur du tumulte des yeux s'était échappé.
Un vent froid souffla sur la montagne.
Il me dit:"Ô enfant triste!
Pourquoi de ta maison es-tu séparé?
Qu'as-tu perdu en ce lieu?
Enfant, tu t'es épanoui de ravissante façon,
Tu es Korguevidj dans cette vallée étroite."
La main dans mes mèches passait comme un peigne,
Douce, lentement et amicalement.
Avec moi las et pauvre, elle
Jouait et plaisantait de manière enfantine.
Ô Fassânèh! Es-tu ce vent froid?
Que de fois tu ris
De la gaieté et de la mauvaiseté de ma fleur!
Que de fois tu vins pleurant
Auprès de moi, auprès du coeur et de mon fruit!
Es-tu bête sauvage ou visage de fée?
Ô méconnue! Qui es-tu toi qui partout
Avec moi, le pauvre, as été?
A chaque instant attiré dans tes bras,
Plus profondément m'as-tu fait m'évanouir?
Ô Fassânèh! Dis, réponds-moi!"

AFSÂNÈH:
"Assez de questions - ô coeur brûlé -
Tu en dis tant que mon coeur est en sang.
Je crois que de peine tu es ivre.
Pour qui un chagrin accru est dit, le chagrin s'accroît!
Ô Amoureux! Tu me connais:
Cachée au coeur sans tumulte,
J'erre dans le ciel,
Lasse, demeurée en retrait de la terre et du temps,
Telle je suis, auprès des amoureux,
Ce que tu dis, c'est moi, et ce que tu veux.
Je suis un être d'expérience,
Invoqué par ceux qui sont seuls au monde, captifs.
Grâce à moi, la vieille mère fait trembler
De peur les enfants, dans la nuit sombre.
Je suis un conte sans queue ni tête!"

L'AMOUREUX:
"Es-tu un conte?"


AFSÂNÈH:
"Oui, oui,
Le conte d'un amoureux tourmenté,
Un désespéré si angoissé
Qu'entre mélancolie et nuits blanches
Des années dans le chagrin et la solitude, il vécut.
Le conte d'un amoureux apeuré
Tant je suis effroyable, ainsi que le démon du désert,
Quand bien même la vieille paysanne m'appelle
"Le-Géant-fuyant-l'Homme",
Moi qui suis née de l'angoisse du monde.
Un temps, une fille j'ai été,
Une bien-aimée charmante j'ai été,
Les yeux à l'émeute j'ai été,
L'unique magicienne j'ai été,

Je vins auprès d'une tombe m'asseoir.

Dans une main, toute à la musique, ma harpe,
Dans l'autre main, une coupe de vin.
Une note dont l'instrument suspend la musique - dans l'ivresse,
La nuit de mes yeux noirs, ouverte
Goutte à goutte des larmes de sang.
Au même instant s'assombrissait
Sur l'horizon la figure du nuage ensanglanté.
Entre terre et voûte céleste
Des sons graves fusionnèrent.
La fumée de cette tente montait haut.
Le sommeil vint, ferma mes yeux,
Coupe et harpe tombèrent de mes mains.
La harpe se brisa, la coupe se cassa,
Le coeur, de moi s'échappa, et moi du coeur,
j'allai et tu ne me vis plus.
Combien d'horribles nuits
Apparut de derrière les nuages
Une silhouette - de qui tu ne le savais -
À la voix triste et navrante,
Mon nom, au creux de ton oreille, dit...
Ô Amoureux! Je suis cette inconnue,
Cette voix-là qui vient du coeur.
La figure emblématique des morts du monde.
Je suis un instant qui comme l'éclair passe,
Goutte chaude d'un oeil mouillé je suis.
Qu'a donc pris le temps de construire
Dans ces montagnes, la main des gens, enduite de boue?
De ce temps là, hélas!
Les habitants ne tirèrent aucun fruit.
Des années s'écoulèrent les unes après les autres.
Un cerf enfui là-bas
Dépouilla une branche de ses feuilles...
Apparurent les autres sons...
La forme conique d'une unique maison...
La tête de plusieurs chèvres dans le pâturage...
Après cela un vieux berger,
Dans ce lieu étroit, installa sa maison.
Un conte parut dans lequel
Furent perdus toutes traces et signes.
Sur ce chemin, il me demanda le sens...
Un coeur eut-il jamais de nouvelles de ce mystère
Que la chouette aussi mélancoliquement chante?
Cette maison joyeuse se ruina,
Quand il ne resta plus sur terre que son dessin,
Tout pleura, sauf l'oeil de Satan!"


L'AMOUREUX:
"Ô Fassânèh! Ce ne sont que broussailles
Qui ont barré le chemin du jardin fleuri.
La broussaille en cent ans de tempête jamais ne gémit,
La fleur, d'une bourrasque est malade.
Toi, ne cache pas les paroles que tu portes...
Toi, parle avec la langue de ton propre coeur
- Même si cela ne plaît à personne -
On pourrait dans cette affaire ruser,
Mais ce serait une faute si un initié
Se taisait à cause de la parole des gens.
C'est la langue des coeurs affligés,
Et non pas langue pour l'éclat du nom,
Dis-toi que personne ne la prendra à coeur.
Nous qui brûlons en ce monde,
Reprenons le cours de notre parole:
Qui dans les autres huttes fut?"


AFSÂNÈH:


"Hormis moi, personne, ô Amoureux ivre!
Tu vis cette émotion et tu entendis cet appel
Du fond des toits qui se brisèrent,
Et sur des murs qui restèrent.
Dans une hutte petite, en bois,
Près d'une ruine, te rappelles-tu?
Une vieille paysanne
Filait le coton et sanglotait,
Le silence fut et l'obscurité de la nuit...
Le vent froid du dehors rugissait.
Le feu au coeur de la hutte brûlait.
Soudain une fille à la porte survint
En se frappant la tête et en disant:
"Ô mon coeur, mon coeur, mon coeur!"
Un soupir de son coeur s'exhala.
Auprès de la mer elle tomba puis devint froide.
Une fille pareille, éprise,
Sais-tu ce qui l'a réduite aux sanglots et à la faiblesse?
L'amour anéantissant, c'est moi, l'amour!
Le fruit de la vie, c'est moi. Moi!
L'universelle clarté, c'est moi. Moi!
Le coeur des amoureux, c'est moi. Moi!
Le corps, l'âme, s'il y en a, c'est moi. Moi!
Je suis la fleur de l'amour et née des larmes!
Tu te rappelles cette ruine,
Cette nuit et la forêt d'Aliou
Où tu comptais les anciennes
Et embrassais les nouvelles belles?
Depuis lors tu fus mon ami!"


...

Nîma Yushidj (Janvier 1921)

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  #106  
Vieux 11/03/2005, 22h29
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45 _Le massacre des Iqar'iyen par le Sultan Noir




Ce récit mythico-historique montre comment les Iqar'iyen se représentent leurs rapports avec le sultan. Il raconte le massacre de tous les hommes et enfants mâles par un sultan.

Le massacre des Iqar'iyen par le Sultan Noir

Le sultan Moulay Yacoub est témoin des prodiges d'un cherif et décide d'abandonner le trône en faveur de son fils qui est surnommé le sultan El-Khol, le Sultan Noir. Puis il parcourt le pays pour rencontrer des chorfa prestigieux et profiter de leur baraka. Il arrive dans le territoire Iqar'iyen. Les hommes d'une communauté territoriale de la tribu Ait Shishar, ignorant son origine chérifienne, l'obligent à danser. Profondément humilié, Moulay Yacoub veut se venger de l'acte sacrilège commis à son égard. Il expédie à son fils un pigeon voyageur avec le message suivant : << Mouille ta barbe là-bas et viens te raser ici. >> [c'est un appel au secours.]

Le sultan El-Khol organise une harka pour punir les coupables. En arrivant près du territoire Iqar'iyen, il fait mettre les sabots des chevaux à l'envers. Ainsi, pense-t-il, les Iqar'iyen, voyant ces traces, croiront qu'un groupe de cavaliers quitte le territoire, et il pourra alors les surprendre. La ruse est déjouée. Les Iqar'iyen se réfugient dans la haute montagne, d'où il est difficile de les déloger.

Le sultan les assiège. Les Iqar'iyen décident à leur tour d'utiliser la ruse. Ils nourrissent une vache avec du blé et la lâchent vers le camp des assiégeants. Un soldat l'attrape et, après l'avoir égorgée, est tout surpris de voir que la vache était nourrie non avec de la paille, mais avec du blé, aliment réservé généralement aux humains. On amène la vache au sultan qui dit : << Ces awlad el hram, "fils de bâtard", ont pris tellement de réserves avec eux qu'ils peuvent se permettre de nourrir leurs animaux avec du blé. Ils pourront soutenir un long siège. >>

Mais au lieu de lever le camp et de partir, comme l'espéraient les Iqar'iyen, le sultan décide d'utiliser de nouveau la ruse. Il prend un poulet égorgé et déplumé et le place sur sa tète, puis il s'avance vers les Iqar'iyen et leur dit : << Descendez de la montagne, je vous fais le serment 'ahd, (toute personne qui fait le 'ahd doit observer ce qu'elle a promis, sinon la malédiction divine l'atteindra), qu'il vous arrivera ce qu'il arrivera à cette tète. Descendez, et je nommerai un tel qaid ici, un tel qaid là, etc. >>

Le sultan indique de sa main la tête du poulet ; du haut de leur refuge, les Iqar'iyen croient qu'il indique sa propre tête. Lorsqu'ils s'aperçoivent de la ruse, il est trop tard. Les soldats du sultan les cernent. Le sultan ordonne que tous les hommes et enfants mâles Iqar'iyen soient tués. Seul un garçon nommé Hammar, déguisé en fille par sa mère, échappe au massacre.

Le sultan rentre dans sa capitale. Il demande à ses sujets d'aller peupler le territoire Iqar'iyen et d'épouser les veuves. C'est pourquoi, dit-on, les Iqar'iyen sont depuis ce temps-là des enfants de femmes. Dans une variant de ce récit, il est dit que les femmes transmirent la terre de leur mari tué à leurs enfants.



Récit extrait du livre de Raymond Jamous : Honneur et Baraka



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  #107  
Vieux 12/03/2005, 14h15
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46- O Grain-de-pierre de Patience - Si tu patientes, pourquoi patientons-nous ? (conte Kabyle)

Ecoutez mon conte
Que Dieu l'embellisse et le fasse
se déroulér comme un long fil


Il était une fois un père et une mère qui avaient sept fils, sept brus et une petite fille. Tout semblait concourir au bonheur de cette nombreuse famille, jusqu'au jour où une étrange créature apparut à la fillette et lui dit d'un ton méchant et d'une voix gutturale :
« Tremble enfant, bientôt mourront ta mère, ton père et tes frères. Et tu erreras seule dans ce bas monde quand tes sept belles-sœurs retourneront chez leurs parents. »

La petite fille, affolée et tremblante de frayeur, courut voir sa mère pour lui faire part de cette étrange apparition. Quand elle eut tout raconté à sa mère, cette dernière la rassura :
« N'écoute pas ce que vient de te prédire cet ignoble monstre ; c'est probablement un jaloux qui nous envie. Si jamais il revenait t'effrayer, dis lui que nous sommes si nombreux que même si on devait nous égorger, le couteau qu'on utiliserait s'émousserait. »
La petite fille, rassurée, alla se coucher. Au moment où elle s'apprêtait à s'enfoncer sous les couvertures, le monstre revint :
« Tremble enfant. Et souviens-toi de ce que je t'ai dit. »
la petite fille répondit :
« Ce n'est pas vrai. Ma mère m'a dit que nous étions si nombreux que même si on devait nous égorger, le couteau qu'on utiliserait s'émousserait. »
Le monstre, plus cruel que jamais répliqua en prenant son air le plus féroce :
« Vous êtes nombreux, c'est vrai, mais cela ne changera rien, car la mort de toute ta famille ne sera pas provoquée par un couteau. Tu verras... »
A ces mots, le monstre s'évanouit dans un petit nuage de fumée, seul son sourire strident persistait encore, et l'écho le répercutait à travers les murs de la maison.
Sur le moment, la petite fille resta pétrifiée de stupeur puis se rappelant les paroles rassurantes de sa mère, se pelotonna dans son lit et s'endormit.
Quelques jours après, son père mourut, victime d'une étrange maladie. Puis vint le tour de sa mère et des sept frères. Quant à ses sept belles-sœurs, n'ayant plus rien à faire dans cette maison après la mort de leurs maris, chacune d'entre elles retourna au foyer paternel.
La petite fille, qui naguère était protégée par sa mère, son père et ses sept frères, se retrouva seule à son destin. Elle se rappela la prédiction de l'ignoble monstre :
« Ainsi, il avait raison » pensa-t-elle. Elle sortit de la maison et se mit à marcher, allant à la rencontre de son destin.
Elle ne marcha pas longtemps ; elle fut recueillie par un de ses oncles qui lui dit :
« Viens vivre chez moi où tu seras heureuse car tu ne peux supporter la misère et la souffrance, toi qui toujours vécu dans le faste et l'opulence. »
La petite fille ne se contenait plus de joie à l'idée qu'elle ne connaîtrait pas les tourments de la misère comme le lui avait prédit le monstre.
Quelques jours après, alors que son oncle était sorti, le monstre revint persécuter la petite fille :
« Ne t'avais-je pas dit que tes parents mourraient et que tu errerais seule dans ce bas monde ?
Mes parents sont morts, mais grâce à Dieu, je n'erre pas par les chemins ainsi que vous me l'aviez prédit.
Tremble enfant ; si tu savais ce qui t'attend, tu ne parlerais sur ce ton. »


Aussitôt le monstre se précipita vers le coin de la pièce où se trouvaient des jarres d'huile, de farine et de miel. Il les renversa et les brisa à l'aide d'un gourdin. Avant de disparaître, il mit le gourdin entre les mains de la petite fille qui eut tellement peur qu'elle perdit l'usage de la parole.
L'oncle rentra chez lui et trouva sa maison sens dessus dessous. Il crut avoir compris en voyant le gourdin entre les mains de la petite fille à laquelle il demanda :
« Est-ce ainsi que tu me remercies pour t'avoir recueillie, ingrate ? »
La petite fille, devenue muette, ne put répondre et l'oncle vit à travers ce mutisme l'aveu de sa culpabilité.
Alors, il la battit avec le gourdin qu'il lui arracha subitement des mains. Quand il eut assouvi sa colère, il la chassa de chez lui :
« Sors de chez moi. Le sort a finalement bien fait de t'avoir ravi tes parents. »

Elle se retrouva sur les chemins comme quelques années auparavant mais pas pour longtemps. Un autre oncle la recueillit :
« Viens avec moi petite nièce, ta tante et moi serons ravis de t'avoir sous notre toit. De plus, toi qui a toujours vécu dans la joie et l'allégresse tu ne peux supporter la tristesse. »
Le couple avait un bébé qu'il confiait à la garde de la jeune fille lorsqu'il s'absentait. Un jour alors l'oncle et la tante étaient sortis, l'ignoble monstre revint :
« Je suis encore revenu, je ne te laisserai pas un seul instant de répit tant que ma prophétie ne se sera pas complètement concrétisée. »
En prononçant cette phrase, il se dirigea vers le berceau, en arracha l'enfant lui trancha la gorge à l'aide d'un grand couteau. Avant qu'il ne disparût comme les fois précédentes, il mit le couteau ensanglanté entre les mains de la jeune fille, qui, atterrée, ne savait plus que faire ; elle se contenta d'observer, horrifiée. Quand l'oncle et la tante revinrent, ils virent l'horrible scène et le couteau entre les mains de leur nièce ; ils la chassèrent immédiatement après l'avoir battue, la croyant coupable :
« Sors de chez nous, ingrate. Le destin a finalement bien fait de te ravir tes parents ; ainsi tu connaîtras le sort réservé aux monstres de ton espèce », lui lança son oncle au moment où elle franchissait le seuil de la porte, traînant ses vieilles chaussures usées par les longues marches et sa robe déchirée par les coups qu'elle avait reçus.

La jeune fille marcha très longtemps cette fois. L'image de son petit cousin égorgé la hantait. Elle avait oublié la mort de ses parents mais elle ne pouvait pas oublier la vision du bébé qui se débattait entre les mains criminelles du monstre.
Ce souvenir la torturait encore au moment où elle arriva en vue d'un grand et luxueux palais. C'était le palais du Roi.
Elle s'était blottie dans un coin et s'était mise à contempler cette belle maison qui ressemblait à celle qu'elle habitait au vivant de ses parents. Soudain, la grande porte s'ouvrit et le Roi apparut. Il avait coutume de sortir de son palais pour aller prier à la mosquée. Quand il vit la jeune orpheline, il l'interpella :
« Eh toi là-bas, pourquoi te caches-tu ? Viens ici, n'aie pas peur. »
Elle s'approcha, elle n'avait plus peur, d'autant plus qu'elle se souvint avoir entendu dire que le Roi de ce pays était brave et généreux.
« Qui es-tu fillette et que cherches-tu ? » demanda le Roi en s'efforçant de prendre on ton le plus doux et le plus rassurant pour que se dissipent ses craintes.
Le Roi eut beau répéter sa question, il ne reçut aucune réponse, elle avait perdu l'usage de la parole depuis que le monstre avait brisé les jarres d'huile, de farine et de miel de son premier oncle.
Le Roi, ému par la vision de cette vagabonde qui était muette de surcroît, la fit entrer dans son palais où elle mangea à satiété. Ce jour-là, le Roi qui préparait les noces de son fils avait demandé à chacun de ses serviteurs et servantes d'exprimer un désir qu'il était prêt à satisfaire.
Après que tout le monde eut formulé un désir au Roi, ce dernier demanda à la jeune fille ce qu'elle désirait recevoir comme présent :
« Oui je sais que tu es muette mais tu peux me le dire par le truchement des gestes. »
Pour toute réponse, d'un signe de la tête, elle lui fit comprendre qu'elle ne désirait rien et qu'elle le remerciait pour sa grande bonté.
Elle prit congé du Roi et entra dans la chambre que ce dernier lui avait donnée. A peine eut-elle fermé la porte que le monstre réapparut. Mais cette fois, le monstre avait pris un ton calme et même un peu doux pour lui dire :
« Ecoute enfant, tu as assez souffert. Cette fois je suis venu pour t'aider et pour te le prouver je te fais recouvrer la parole. »
Aussitôt la jeune fille se mit à parler et les remerciements qu'elle prononça furent :
« J'ai pu oublier mes parents mais pas le petit bébé que tu avais pris du berceau. C'est un crime que je ne te pardonnerai jamais.
Au lieu de me juger, écoute ce que je vais te dire et tes malheurs prendront fin ; va voir le Roi et demande-lui ce que tu désires. »


Après ces mots, le monstre s'évanouit aussi vite qu'il était arrivé. La jeune fille alla donc voir le Roi et lui demanda de lui acheter « le grain-de-pierre-de-patience si tu patientes pourquoi patientons-nous ».
Le Roi fut si horrifié qu'il eut un mouvement de recul. Il ne savait même pas qu'elle avait recouvré la parole :
« Mais c'est du poison, que veux-tu en faire ?
Je le désire, c'est tout. »


Le Roi voulait refuser mais se souvint qu'il avait juré de satisfaire tous les désirs de ceux que son toit abritait. Le Roi alla lui-même acheter le poison fabuleux. Le marchand lui conseilla :
« La personne qui vous a demandé ce poison est sûrement une personne qui a beaucoup souffert et qui veut mettre un terme à ses jours. Il faut surveiller ses actes. »
De retour, le Roi donna le poison fabuleux à la jeune fille qui le serra entre ses mains.
Elle alla s'enfermer dans sa chambre, s'installa sur le lit et se mit à parler, elle lui raconta tout ce qui lui était arrivé depuis le jour où pour la première fois l'étrange monstre était venu lui rendre visite.
Après avoir terminé l'évocation de son malheureux passé, elle s'apprêtait à avaler le poison fabuleux ; le Roi, qui était caché à l'intérieur de la pièce se précipita et le lui arracha des mains.
« Qu'allais-tu faire malheureuse ? »
Le Roi, visiblement ému contenait difficilement ses larmes :
« J'ai tout entendu et je sais maintenant qui tu es ; tu es la fille de ce vieil ami que la mort avait subitement happé ainsi que toute sa famille. Et en souvenir de cette amitié, je vais donner des ordres pour que la mariée que mon fils devait épouser ne vienne pas. C'est toi qui prendra sa place, c'est toi que mon fils épousera. »
Et c'est ainsi que la jeune fille épousa le prince et devint désormais heureuse.


Mon conte est terminé
Je l'ai conté à des seigneurs.
:-)

Adapté du kabyle par Nacer MOUZAOUI
Contes Algériens. Christiane Achour et Zineb Ali-Benali
Media-Plus Algérie (1993) L'harmattan, 1989.

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  #108  
Vieux 12/03/2005, 14h56
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47- Histoire de Thibaud de La Jacquière.

Il y avait une fois à Lyon de France, ville située sur le Rhône, un très riche marchand, appelé Jacques de La Jacquière, c’est-à-dire pourtant qu’il ne prit le nom de La Jacquière que lorsqu’il eut quitté le commerce et fut devenu prévôt de la cité, qui est une charge que les Lyonnais ne donnent qu’à des hommes qui ont une grande fortune et une renommée sans tache. Tel était aussi le bon prévôt de La Jacquière, charitable envers les pauvres et bienfaisant envers les moines et autres religieux, qui sont les véritables pauvres, selon le Seigneur.
Mais tel n’était point le fils unique du prévôt, Messire Thibaud de La Jacquière, guidon des hommes d’armes du roi. Gentil soudard et friand de la lame, grand pipeur de fillettes, rafleur de dés, casseur de vitres, briseur de lanternes, jureur et sacreur. Arrêtant maintes fois le bourgeois dans la rue pour troquer son vieux manteau contre un tout neuf, et son feutre usé contre un meilleur.
Si bien qu’il n’était bruit que de messire Thibaud, tant à Paris, qu’à Blois, Fontainebleau, et autres séjours du roi. Or donc, il advint que notre bon sire de sainte mémoire François 1er fut enfin des déportements du jeune sousdrille, et le renvoya à Lyon, afin d’y faire pénitence, dans la maison de son père, le bon prévôt de La Jacquière, qui demeurait pour lors au coin de la place de Bellecour, à l’entrée de la rue Saint-Ramond.
Le jeune Thibaud fut reçu dans la maison paternelle avec autant de joie que s’il fut arrivé de toutes les indulgence de Rome. Non seulement on tua pour lui le veau gras, mais le bon prévôt donna à ses amis un banquet qui coûta plus d’écus d’or qu’il ne s’y trouva de convives. On fit plus. On but à la santé du jeune gars, et chacun lui souhaita sagesse et résipiscence. Mais ces vœux charitables lui déplurent. Il prit sur la table une tasse d’or, la remplit de vin, et dit : « Sacre mort du grand diable, je lui veux dans ce vin bailler mon sang et mon âme, si jamais je deviens plus homme de bien que je ne suis. »
Ces affreuses paroles firent dresser les cheveux à la tête des convives. Ils se signèrent, et quelques uns se levèrent de table.
Messire Thibaud se leva aussi, et alla prendre l’air sur la place de Bellecour, où il trouva deux de ses anciens camarades et grivois de même étoffe. Il les embrassa, les conduisit chez lui et leur fit apporter maint flacon, sans plus s’embarrasser de son pères et de tous les convives.
Ce que Thibaud avait fait le jour de son arrivée, il le fit le lendemain, et tous les jours d’après. Si bien que le bon prévôt en eut le cœur navré. Il songea même à se recommander à son patron, M. saint Jacques, et porta devant son image un cierge de dix livres; mais, comme le prévôt voulait placer le cierge sur l’autel, il le fit tomber, et renversa une lampe d’argent qui brûlait devant le saint. Le prévôt ayant fait fondre ce cierge pour une autre occasion, mais n’ayant plus à cœur que la conversion de son fils, il en fit l’offrande avec joie. Cependant lorsqu’il vit le cierge tombé et la lampe renversée, il en tira un mauvais présage et s’en retourna tristement chez lui.
En ce même jour, Messire Thibaud festoya encore ses amis. Ils sablèrent maint flacon et puis, comme la nuit était déjà avancée, et bien noire, ils sortirent pour prendre l’air sur la place de Bellecour. Et lorsqu’ils y furent ils se prirent tous les trois sous le bras et se promenèrent ainsi, d’un air faraud, à la manière des grivois, qui s’imaginent par là attirer le regard des jeunes filles.
Cependant, pou cette fois, ils n’y gagnaient rien, car il ne passait ni fille ni femme, et l’on ne pouvait pas non plus les apercevoir des fenêtres, parce que la nuit était sombre, comme je l’ai déjà dit. Si bien donc que le jeune Thibaud, grossissant sa voix et jurant son juron coutumier, dit : « Sacre mort du grand diable. Je lui baille mon sang et mon âme, que si la grande diablesse sa fille venait à passer, je la prierais d’amour tant je me sens échauffé par le vin. »
Ce propos déplut aux deux amis de Thibaud, qui n’étaient pas d’aussi grands pêcheurs que lui. Et l’un deux lui dit : » -Messire notre ami, songez que le diable est l’éternel ennemi des hommes, et qu’il leur fait assez de mal sans que l’on y invite et que l’on invoque son nom.
»-À cela, Thibaud répondit :
»-Comme je l’ai dit, je le ferai.
»Sur ces entrefaites, les trois ribauds virent sortir d’une rue voisine une jeune dame voilée, d’une taille accorte, et qui annonçait la première jeunesse. Un petit nègre courait après elle. Il fit un faux pas, tomba sur le nez, et cassa sa lanterne. La jeune personne parut fort effrayée et ne savait quel parti prendre. Alors messire Thibaud s’approcha d’elle le plus poliment qu’il put et lui offrit son bras pour la reconduire chez elle. La pauvre Dariolette accepta avec quelques façons, et messire Thibaud se retournant vers ses amis leur dit à demi-voix :
»-Adonc, vous voyez que celui que j’ai invoqué ne m’a pas fait attendre. Par ainsi, je vous souhaite le bonsoir.»
Les deux amis comprirent ce qu’il voulait et prirent congé de lui en riant en lui souhaitant liesse et joie.
Thibaud donna le bras à la belle, et le petit nègre, dont la lanterne s’était éteinte, marchait devant eux. La jeune dame paraissait d’abord si troublée qu’elle ne se soutenait qu’avec peine, mais elle se rassura peu à peu, et s’appuya plus franchement sur le bras du cavalier; quelquefois même elle faisait des faux pas et lui serrait le bras en voulant s’empêcher de choir; alors le cavalier, voulant la retenir, pressait son bras contre son cœur, ce qu’il faisait avec beaucoup de discrétion pour ne pas effaroucher le gibier.
Ainsi ils marchèrent et marchèrent si longtemps qu’à la fin il semblait à Thibaud qu’ils s’étaient égarés dans les rues de Lyon. Mais il en fut bien aise, car il lui parut qu’il en aurait d’autant meilleur marché de la belle fourvoyée. Cependant, voulant d’abord savoir avec qui il avait affaire, il la pria de vouloir bien s’asseoir sur un banc de pierre que l’on entrevoyait auprès d’une porte. Elle y consentit et il s’assit auprès d’elle. Ensuite il prit une de ses mains et lui dit d’un air galant et lui dit avec beaucoup d’esprit :
»-belle étoile errante, puisque mon étoile a fait que je vous ai rencontrée dans la nuit, faites-moi la faveur de me dire qui vous êtes et où vous demeurez.
La jeune personne parut d’abord très intimidée, se rassura peu à peu et répondit en ces termes :

HISTOIRE DE LA GENTE DARIOLETTE DU CHÂTEL DE SOMBRE ( Suite et fin)
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Vieux 13/03/2005, 12h18
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48- Si je savais qui j'étais... (traduit de l'arabe par moi même :))

Joli oiseau :
- Je veux chanter comme toi, et me déplacer en toute liberté comme toi
L’oiseau dit :
- Pour que tu fasses tout ça tu dois être un oiseau comme moi ! es tu un oiseau ?
-Je ne sais pas, qu’est ce que tu en penses ?
-Je vois k tu es un être différent, essaye de chanter et de te déplacer à la manière de ceux de ton espèce !
-Mais qu’elle est mon espèce ?
-Si tu ne sais pas qu’elle est ton espèce, alors tu es sans aucun doute un âne.

-O ! Gentil âne, je veux hennir librement comme toi, et me déplacer sans carte d’identité, sans passeport, comme toi !

L’âne dit :
-Pour que tu fasses cela il faut que tu sois un âne comme moi, est ce que tu es un âne ?
-Qu'en penses tu ?
-Tu peux me prendre pour un âne, (mdrr) mais crois moi, ton apparence montre que tu n’es pas un âne.
-Je suis quoi alors ?
-Si tu ne le sais pas, alors tu es plus « bête » ( je m’excuse mais en français comment pourrait on traduire : tu es plus hmare k moi !! mdrrr). Tu es peut être un mulet !?


- O ! Mulet, je veux être fort comme toi, pour que je puisse supporter tout ce « poids » , et je veux être aussi stupide et sot que toi, pour que je ne souffre pas de ce que je vois dans ce pays

Le mulet dit
- Soit le, qui t’en empêche .
- Ma servilité et obéissance m’en empêchent
-Donc tu n’es pas un mulet
-Je serais quoi alors ?
-Je crois que tu es un chien !

-O ! Chien (--), je veux lâcher la bride et aboyer comme toi, et lâcher la bride à ma colère comme toi !
-Es tu un chien ?
-Je ne sais pas, toute ma vie j’entends les responsables (wahed chiouya diale la boulitique ) m’appeler ainsi, mais je ne sais aboyer.
-Pourquoi ne sais tu pas le faire ?
-Je n’en ai pas le courage ! c’est eux qui me cherchent toujours !
-Si tu n’as pas d’audace, alors tu n’es pas un chien !
-Alors qu’est ce que je suis !
-Ca ! c’est pas mon affaire ! Va te faire connaître par toi même (mdrr j’ai pas trouvé mieux comme traduction désolée !), cherche ce que tu es !
-J’ai beaucoup cherché mais en vain
-Si tu es aussi idiot , c’est que tu es surement de la lignée des écumes de mer


-O ! Big Mer (mdrr), je suis nul à ce point, bani moi de la terre, O ! Mer, prends moi sur ton dos, et jette moi loin comme tu le fais aux écume

La Mer dit :
-Es tu une écume ?
-Je ne sais pas… Qu’en dis tu ?
-Un instant, laisse moi étendre ma vague, que je puisse y voir ton reflet ! Ah ! penche toi un peu ! Oooo ! maudit ! Tu es un citoyen arabe
-Et que puis je y faire ?
- Tu me demandes ce que tu peux y faire ? tu es donc un citoyen très arabe (la boulitique encore mdrrr), franchement j’aurais été à ta place, je me serais suicidé
-Avale moi alors, O Majestueuse Mer
-Désolée je ne peux pas digérer un citoyen comme toi
-Comment pourrais je me suicider alors ?
-Le plus simple moyen est de mettre ton doigt dans une prise de courant
-J’ai pas d’électricité chez moi
-Jette toi du haut de chez toi
-Est ce que je peux me jetter du haut d’un trottoir
-Tu es un clochard ! Pourquoi tu ne te pendrais pas ?
-Et qui me donnera le prix de la corde ?
-Tu ne possède mm pas de corde ? Etouffe toi avec tes habits
-Est ce que tu ne vois pas que je suis nu O ! Terrible mer !
-Ecoute, il n’y a plus qu’un seul moyen, c’est un moyen gratuit et simple, mais ca fera de ton suicide une chose dont tout le monde parlera,
-Je te prie O ! Mer ! Dis moi cela vite ? quel est ce moyen
-Reste en vie !
-------------------

Traduction : Safia
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  #110  
Vieux 13/03/2005, 13h51
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49- Hmad UNAMIR (région de Taroudant)

Pour ceux ki n'ont pu voir le film qui a fait booom :-D relatant le conte .
---

Une femme avait un garçon qui s’appelait Hmad Unamir.Chaque matin,au réveil,
il trouvait ses mains teintes de Henna. A l’école coranique,le maître vit le henné sur
ses mains et lui dit :«Seules les filles mettent le henné.»
Hmad Unamir lui dit :
–Maître, sur mes mains blanches de la veille au petit matin je trouve un dessin fait avec du henné.
–Il faut donc pas que tu t'endormes la nuit pour que tu saches qui te mets le henne.
Il prit des amandes, les mangea pour ne pas s’endormir. Accompagné de son
esclave, un ange descendit du ciel. L’esclave prend la main de Hmad Unamir pour
que l’ange lui mette le henné. Il la laissa jusqu'à ce qu’elle ait presque fini, puis il lui prit la main.Elle lui dit :
–Lache - moi donc,tu es incapable de réaliser mes désirs.
–Que sont-ils ?
–tu égorges pour moi un mouton chaque jour ou tu me construis sept chambres dont chacune communique avec l’autre. Et que personne ne me vois.

–Je suis incapable d’égorger pour toi un mouton chaque jour, mais je peux te
construire sept chambres dont chacune communique avec l’autre.
Il batit une maison de sept chambres ou elle habita. A chacune de ses sorties,il
fermait les chambres et cachait la clé dans la paille. A l’heure des repas, il emportait à
manger dans la chambre de l’ange.Quand sa mère pose le couvert, elle dispose de deux
parts dans le plat. Mais elle fut envahie par la curiosité.
Elle se disait :«Que cache
Hmad Unamir dans sa chambre ? Pourquoi ne dit il rien ?»
Un jour, une poule fouillait dans la paille et tomba sur la clé et la prit. La mère vit la
clé, la récupèra intriguée et ouvrit les chambres une à une jusqu'à ce qu'elle pu trouver l’ange en train de se peigner les cheveux.

Elle dit :
–C’est donc ce que mon fils cache dans sa chambre ! Elle referma les chambres et remit la clé à sa place dans la paille.
Quand Hmad Unamir fut de retour, il prit la clef et ouvrit les chambres.
L’ange lui dit :
–Je veux que tu me fasses une petite ouverture car je suffoque beaucoup ici. Il
s’exécuta ; elle se transforma alors en pigeon, s’envola et sortit par le trou. Quand Unamir
fut de retour, il ne la trouva pas. Elle lui avait laissé une bague qu’il mit au doigt.
Il sortit, marcha longtemps jusqu’à une colline verte sur laquelle perchait un aigle.
Il dit :
–Aigle,colline verte,un pigeon blanc,n’est-il pas passé par là ?
Il répéta trois fois sa demande et l’aigle agacait lui répondit :
–Ce pigeon est au septième ciel.
Hmad Unamir lui dit :
–Que faire pour le rejoindre ?
–Si tu peux satisfaire mes conditions,je t’aiderai à le rejoindre.
–Quelles sont tes conditions ?
–Tu égorges ton cheval,tu en prends sept morceaux de chair et sept gorgées de
sang.
–Je suis capable d’égorger mon cheval,en prendre sept morceaux de chair et sept
gorgées de sang.
–Alors monte sur mon dos.
Il monta sur le dos de l’aigle qui s’envola jusqu’au premier ciel. «Donnez-moi à
manger »,lui dit l’aigle.
Il lui donna un morceau de viande et une gorgée de sang. Ils s’envolèrent jusqu’au
2ème,puis au 3ème,au 4ème,au 5ème et au 6ème ciel.
En direction du 7ème ciel,Hmad Unamir fit tomber le dernier morceau de viande, mais il le remplaça par un autre coupé de son bras. Quand ils arrivèrent au 7ème ciel, l’aigle dit à Hmad Unamir :«Donnes-moi donc à manger.»
Il lui donna une gorgée de sang et un morceau de cette viande-là. Quand l’aigle la mangea, il la trouva salée. Il lui dit :
–Pourquoi ce morceau de viande est-il salé?
–Par Dieu un morceau m’est tombé des mains et je l’ai remplacé par un autre coupé de mon bras.
–Si tu n’avais pas été généreux avec moi, je t’aurais fait tomber de mon dos et il
n’arrivera de toi pas même une goutte de sang sur terre.
L’aigle le prit jusqu’à un arbre près d’une source,l’y déposa et retourna à ses
occupations.Hmad Unamir resta sur l’arbre.
Les anges venaient puiser l’eau de la source.Ils portaient des jarres. Et chaque fois
que l’un d’eux voulait puiser l’eau,il y apercevait le visage de Hmad Unamir et dit :«Je
suis si belle et je porte une jarre aussi laide !»
Il prend un caillou, casse la jarre et s’en va. Il en va ainsi jusqu’à ce que sa femme
vint aussi puiser l’eau. Elle vit Hmad Unamir et dit :«Mon visage est aussi beau...»
Elle prit la jarre et voulut la casser.Hmad Unamir lui dit :
–Ne casse pas la jarre,c ’est moi.
–Pourquoi es-tu venu ?
–Je suis venu là où tu es.
–Alors reste ici jusqu’à la tombée de la nuit.
Il resta sur l’arbre jusqu’à l'heure dite.Elle vint et l’emmena chez elle.Il y habita pour toujours.
Quand les gens allaient fêter la fête sacri fice, elle voulut rendre visite à ses parents.
Elle dit à Unamir :«Toi,tu restes dans la chambre. J’irai chez mes parents.Prends tout
ce que tu désires sauf la pierre sur la natte.»
Elle tarda à revenir.Lui était fatigué d’attendre. Il dit :«Il faut que je sache ce qu’il y a sous cette pierre.»
Il prit la pierre, enleva la natte et vit sa mère debout devant la maison en compagnie
de son père. Sa mère tenait le couteau et le père le mouton.Elle disait :«Qui va égorger
pour moi le mouton de la fête du sacrifice ?»
Unamir chagriné enleva son tablier et le jeta par le trou, mais il n’arriva point sur terre. Il jeta
son turban, mais en vain. Il enleva sa djellba,la jeta mais n’arriva point non plus.
Las, il se jeta dans le trou pour rejoindre ses parents afin d’égorger leur mouton, mais il n’arriva de lui qu’une seule goutte de sang qui tomba sur le mouton et l’immola.

Fin de l'histoire


Il ne faut parfois pas se sacrifier pour les anges
dixit safia :-)
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