Les 1001 contes réunis




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  #31  
Vieux 25/10/2004, 01h19
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15- Mix de Contes courts : marocain, japonais, maya, pygmes, suédois, Turc, Ukranien

Là je vais un peu défrayer la chronique et mettre un court conte à petit berbère :-D drôle à utiliser avec modération et un conte japonais et autres ....Rani raditha harira :-D

kane y a makane :

Pourquoi le scorpion n’a pas de tête


Avant, les animaux n’avaient pas de tête. Un jour, Dieu les convoqua pour leur donner une tête à chacun.

Le caméléon arriva parmi les derniers. Il ne trouva que des têtes déformées et horribles. Il en prit une au hasard et revint chez lui. En cours de route, il rencontra le scorpion qui s’attardait.

Le scorpion demanda au caméléon s’il restait encore des têtes. Le caméléon répondit qu’il n’en restait que des semblables à la sienne. Le scorpion lui répliqua :

– S’il n’en reste que comme la tienne, je préfère rester sans !

(conte marocain)
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La fiancée du dragon

Jadis, une certaine année, il n’avait pas plu du tout. Les paysans étaient extrêmement ennuyés. Les petites pousses de riz avaient à peine commencé de croître. Pas d’eau. Pas moyen de sarcler. Les paysans de chaque village priaient les dieux, pour obtenir de l’eau. En vain. Ils devenaient malades d’inquiétude.

Dans un certain village vivait un paysan, nommé Tokubei, qui avait une jolie fille. Il avait prié pour avoir de la pluie, mais rien à faire. Pas une goutte. Il s’avisa de se tourner vers le dieu dragon Ryûjin et lui dit :

– Si vous daignez nous octroyer la pluie, je vous offre ma fille unique !

Il pria de toute son âme. Alors, une chose bizarre se produisit. Soudain, le ciel se couvrit de nuages noirs, le tonnerre tonna gorogoro ! La pluie se mit à tomber.

Les villageois, ravis, se mirent à sarcler. Le riz se mit à pousser correctement. L’automne venu, on moissonna. Mais celui qui avait prié le dieu dragon et lui avait promis sa fille n’était pas tranquille. Il avait gardé secret ce vœu, sans le révéler ni à sa femme ni à sa fille.

Un jour d’automne, arriva au village un jeune homme, marchant lourdement, las, urouro, et s’arrêta devant sa maison, et demanda l’hospitalité:

– Je n’ai pas réussi à vendre mes éventails. Veuillez m’accueillir !

Plein de compassion pour le pauvre jeune homme, notre paysan l’accueillit et l’installa dans une chambre qui était libre.

Le lendemain, le nouvel hôte ne démarra pas, alléguant sa faiblesse. Les jours passèrent, le jeune hôte ne s’en allait pas. Mais il se liait avec la jeune fille de la maison. Ils sympathisaient. La jeune fille déclara vouloir l’épouser. Le soir du jour fixé, on fit la cérémonie de mariage. Le plateau d’offrandes était étalé. Soudain, le fiancé, tsut !se leva et dit à la fiancée :

– Voici le jour venu, enfin ! Je suis le dieu dragon ! Selon le vœu fait par ton père, je te prends pour épouse !

Il enveloppa la fiancée dans sa large manche, et aussitôt, se transformant en un grand serpent, il appela un nuage, où, se lovant, il disparut dans le ciel.

(conte japonais)

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L’homme squelette

C’était un homme qui sortait la nuit dans la montagne. Il ôtait sa peau et ne lui restait que les os de son squelette. Crac, crac faisaient les os tandis qu’il marchait. Il cachait sa peau derrière des buissons et il passait ses nuits à se promener et à faire peur aux passants qui avaient la malchance d’être sur son chemin.

Les gens du village décidèrent d’en finir une fois pour toutes avec lui et les frayeurs qu’il leur causait. Alors, ils le suivirent une nuit où il arpentait la montagne. Ils découvrirent où il laissait sa peau. Ils la prirent et la salèrent. Quand le squelette vint récupérer sa peau, elle ne lui collait plus aux os. Il la retourna, la secoua et la lava dans l’eau de la rivière. Rien à faire, elle ne lui allait plus. Comme le jour se levait, il dût se cacher dans une grotte pour ne pas être vu à la lumière du jour. Il n’en ressortit jamais et personne ne sait ce qu’il est devenu
(conte maya)

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Le crocodile et le python


Kokélé, le crocodile, et Ngouma, le python, voulaient se marier. Alors, comme tous les jeunes gens de leur âge, ils allèrent se faire tailler les dents. S’ils ne le faisaient pas, aucune fille ne voudrait d’eux.

Après de longues et terribles heures passées à souffrir sans bouger, Ngouma sourit. Quel sourire magnifique ! Ses dents étaient remarquablement régulières et effilées. Tout le monde le félicita. Kokélé, lui, avait passé son temps à gigoter et à gémir de douleur, tant et si bien que la taille n’avait pas été bien faite. Le résultat était un échec. Ses dents étaient pointues mais massives, sans élégance.

Quand les deux amis se rendirent au campement voisin, les filles n’avaient d’yeux que pour Ngouma. Les cinq plus belles acceptèrent aussitôt de se marier avec lui. Il était si séduisant ! Il avait été si courageux ! Quant à Kokélé, le crocodile, aucune n’en voulut. Horriblement vexé, il alla se cacher dans le marécage et plus jamais n’en sortit.
(contes pygmes)
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L’origine des " vättrar "

Au temps où Notre Seigneur voyageait ici-bas, il arriva un jour chez des paysans qui avaient plusieurs enfants. Le voyant venir, la plupart d’entre eux restèrent dans la pièce, tandis que les autres, effrayés, se cachèrent sous le manteau de la cheminée. Notre Seigneur s’en rendit compte et dit que ceux qui étaient visibles allaient le rester, et ceux qu’il ne voyait pas seraient invisibles.

Telle est l’origine des " vättrar ". Petits de taille, ils ont le bétail de dimensions peu communes. Leurs vêtements diffèrent selon la région et les circonstances. Leurs demeures se trouvent sous la terre et à l’intérieur des montagnes, mais pas à une grande profondeur. En règle générale, les " vättrar " sont invisibles ; mais quand ils le souhaitent, ils peuvent faire en sorte que les hommes les voient.

Il y a sur la terre, dit-on, autant que " vättrar " que d’êtres humains, même si notre mauvaise vue ne nous permet pas de les apercevoir. Sans nous en rendre compte, nous leur causons souvent des souffrances : en les arrosant d’eau chaude, en leur marchant dessus. C’est pourquoi ils nous appellent " gent aveugle " et qu’ils doivent être constamment sur leurs gardes pour ne pas subir quelque préjudice.

(contes suédois)

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L’avarice d’Ahmed Pacha

Le vizir et gendre de Soliman le Magnifique, Ahmed Pacha, était un homme très avare. Un jour il appelle Indjili :

— Indjili, dit-il, peux-tu me trouver un beau lévrier ?

— Ordonnez !…

Le vizir ajoute :

— Et rapide, et aussi beau…

— À vos ordres. Je vous l’amène dans dix minutes au plus.

Il sort, attrape le premier chien de haute taille rencontré dans la rue et l’amène devant le vizir.

— Et voilà, juste comme vous le souhaitiez…

— Je ne t’ai pas demandé un chien des rues, je t’ai demandé un lévrier, avec des jambes maigres et un ventre plat, comme c’est de règle !

Indjili, avec un regard lourd de sous-entendu :

— Oui je sais… Ne vous inquiétez pas : que ce chien reste dix jours dans votre palais et il deviendra encore plus lévrier que vous ne le souhaiteriez !…

(conte turc)

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Pourquoi la terre est noire

Lorsque le Seigneur créa la terre, elle était transparente, et comme elle contenait beaucoup de pierres précieuses, d’or et d’argent, elle brillait tel le diamant. Ce n’est que plus tard qu’elle cessa d’être transparente et devint noire telle qu’on la connaît aujourd’hui, et cela parce que Caïn la maudit. Lorsque Caïn assassina Abel, il voulut l’enfouir dans la terre, mais il n’y arrivait pas, car aussi profond que fut le trou qu’il creusait, on voyait toujours le corps de son frère assassiné. Caïn, furieux, fit une conjuration :

- Soit noire, terre maudite !

Et la terre devint noire parce qu’elle avait été maudite.


(conte ukranien)
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  #32  
Vieux 25/10/2004, 17h56
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16- Mix de Contes courts : comorien, allemand, birman, chinois

je vais encore défrayer la chronique et mettre un court conte comorien, allemand, birman....Rani raditha harira 3awade :-D

kane y a makane :

Fourmi et vache

Autrefois, au pays des animaux, le roi Lion décida de marier sa fille. Rhinocéros, grand serviteur du palais, tapa sur le tam-tam ancestral pour annoncer la nouvelle à toute la forêt. Le message finissait par ces propos :

- Vous êtes tous invités et, quiconque n’assistera pas au mariage de la princesse, sera décapité !

Tout le monde se prépara pour ce grand événement : les oiseaux, les singes, les caïmans, les éléphants… Ils se réjouissaient tous du bonheur de leur roi, Sa Majesté Lion. Vraiment tous ? Non, car Vache regardait tous les autres animaux et restait indifférente à tout ce remue-ménage.

- Ecoutez-moi, dit Tigre. Nous devons tous nous réunir demain, à l’aube, sous le baobab centenaire. Ensemble, nous formerons un cortège digne de notre roi !


Tous les animaux applaudirent.

- On va bien s’amuser ! s’écria Chat, toujours prêt à faire la fête.

Le royaume était très loin et il fallait marcher durant trois jours et trois nuits pour y parvenir. Fourmi était, en ce temps-là, la meilleure amie de Vache.

- Es-tu prête pour la longue marche ? demanda Fourmi.
- De quelle longue marche veux-tu parler ? Moi, je ne vais nulle part ! Je reste ici ! J’ai mieux à faire que d’aller voir un vieux roi qui marie sa fille, une petite insolente !

Fourmi ouvrit grand les yeux.

- Aurais-tu donc perdu la tête ! dit-elle. N’as-tu pas entendu le son du tam-tam ? Quiconque n’assistera pas au mariage, sera décapité !
- J’ai bien entendu, Fourmi, mais je resterai ici !

Fourmi tenta de convaincre son amie pour qu’elle se rende au château. En vain. Elle réfléchit longuement, puis trouva une idée.

- Vache, échangeons nos formes !
- Echanger nos formes ? ! s’étonna Vache.
- Oui, deviens moi et je deviendrai toi !

Vache ne comprenait toujours pas. Fourmi expliqua :

- C’est simple : tu me donnes ton enveloppe de vache et tu prends la mienne de fourmi.

Vache se mit à rire et dit :

- Voilà des propos idiots, Fourmi ! Admettons que tu prennes ma forme et que tu te rendes au mariage. C’est toi que le roi ne verra pas et c’est encore toi qui seras décapitée !
- Ce sont tes propos qui sont idiots, Vache. Je pourrai toujours dire au roi que j’ai assisté au mariage de la princesse, cachée dans ton oreille. Comme j’aurai tout vu, je pourrai décrire tout l’événement dans les détails. Qu’en penses-tu ?

Vache réfléchit longuement puis finit par accepter. Les deux animaux échangèrent, par conséquent, leur forme. Fourmi devint très grosse et Vache minuscule.

A l’aube, tous les animaux s’attroupèrent au pied du baobab centenaire et tout ce beau monde fit branle-bas en direction de palais royal. En chemin, Vache -enfin Fourmi- resta silencieuse.

- Vache, pourquoi ne dis-tu mot ? interrogea Singe, qui sautillait, tellement il était heureux.

Fourmi -enfin Vache, il faut suivre ! - répondit :

- Laisse-la tranquille, Singe !
- Fourmi, je ne t’avais pas vue ! Où es-tu ?
- Je suis dans la bouche de Vache !
- Tu as vraiment de la chance, dit Eléphant. Tandis que nous autres marchons, toi, tu es tranquillement couchée dans la bouche de ton amie !

Les animaux marchèrent durant trois jours et trois nuits. Ils finirent par arriver au château et firent allégeance au roi et à la princesse. La fête battit son plein une semaine entière, pendant laquelle les invités burent, chantèrent, dansèrent…

Zébu, le vizir du roi, trouva Vache -enfin Fourmi ! vous suivez toujours ?- fort belle mais bien silencieuse.

- Vache, le prochain mariage sera le nôtre ! Je t’épouserai et nous vivrons tous deux heureux dans ce château !

Fourmi -qui avait la forme de Vache, vous vous souvenez de cela, n’est-ce pas ?- accepta et épousa Zébu le grand vizir.

Vache -qui avait la forme de Fourmi, vous ne l’avez pas oublié ?- attendit longtemps son amie, qui ne revint jamais. Elle ne récupéra donc pas plus sa forme initiale.

Depuis de jour-là, les fourmis -qui sont en réalité des vaches- pénètrent dans les oreilles des vaches, qui sont en réalité des fourmis, les piquent et leur disent :

- Je veux mon enveloppe ! Je veux ma forme !

Et le temps passe, passe…

(conte des Iles comores)

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Pourquoi le cochon a la queue en tire-bouchon

Un jour, le diable vint voir un paysan et lui dit :
- Je peux faire voler tous tes cochons par-dessus la porcherie !
- Et alors ! s’emporta le paysan. Moi aussi, je peux le faire.
- Vas-y, essaie ! insista le diable.
Sans tarder, le paysan s’y mit. Mais il ne réussit qu’une seule fois à faire voler le cochon par-dessus le toit de la porcherie.
- Tu vois que tu es un crâneur ! se moqua le diable. Regarde-moi faire !
Le voici qui attrape une bête après l’autre par la queue, y fait un nœud pour avoir une bonne prise et la lancer haut et loin, et qui les fait voltiger au-dessus du toit. Depuis lors, tous les cochons ont la queue en tire-bouchon.

(conte allemand)

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Pourquoi le buffle n'a pas de dents du haut

Le buffle et le bœuf étaient cousins et s'aimaient beaucoup. Le buffle avait deux rangées de dents fort belles. Le bœuf n'en avait qu'une seule rangée, à la mâchoire inférieure. Mais le buffle, gentil comme il était, une fois qu'il avait terminé son repas, prêtait ses dents du haut au bœuf.
Le cheval dansait merveilleusement. C'était aussi un clown épatant. Il savait très bien chanter aussi. Il faisait des tournées à travers le pays, en tant que danseur, chanteur, amuseur. De partout, le public affluait pour voir ses spectacles. Un soir, le cheval donnait une représentation près du lieu où résidaient le buffle et le bœuf. Le buffle n'avait aucun goût pour ces frivolités. Pour lui, prendre le frais plongé dans l'eau jusqu'au cou était bien préférable aux spectacles de cirque.

Le bœuf, de son côté, tout juvénile, voulait voir le spectacle. Comme les autres animaux, il voulut se mettre sur son trente et un, et se rendre à la soirée avec deux rangées de dents. Ainsi, quand il rirait aux plaisanteries du clown, il pourrait montrer au monde entier deux rangées de dents superbes. Alors, ayant terminé son dîner, il ne rendit pas ses dents du haut à son cousin le buffle, mais s'esquiva jusqu'au lieu du spectacle.

Le bœuf marcha, se pavanant, jusqu'à sa place réservée. Sur la scène, le cheval dansait, les animaux applaudissaient. Le cheval fit des cabrioles, récita des poésies humoristiques, tant et si bien que les animaux se tenaient les côtes, en proie à un rire inextinguible et quasiment homérique. Le bœuf riait à gorge déployée. Le cheval aperçut les deux rangées de dents ivoirines. Le cheval, lui non plus, n'avait pas de dents du haut. Il trouva insupportable que cet abruti de bœuf en déployât. Il songea à une ruse.

Le cheval termina donc son tour de chant, s'assit au milieu des applaudissements. Les animaux criaient :

- Cheval, tu es sublime, superbe, super !

Le cheval répondit :

- Chers amis et clients, je pourrais vous amuser encore davantage, si l'un d'entre vous voulait bien me prêter ses dents d'en haut. Ainsi, je pourrais mieux parler et danser.

Le crétin de bœuf bondit aussitôt, sortit des rangs, sortit ses dents, les tendit au cheval. Celui-ci remercia, et, après quelques minutes de repos, reprit son programme. Il chanta une chanson gaie, les animaux rugissaient de rire. Le cheval fit un saut périlleux en arrière, le public applaudit. Le cheval répéta son saut en arrière, retombant assez loin de la scène. Au milieu des applaudissements, le cheval tourna casaque, et s'enfuit à toutes pattes, se carapatant au grand dam du bœuf. Le bœuf pleura :

- Arrête ! voleur ! rends-moi mes dents !

Il se lança à la poursuite du brigand, mais celui-ci avait disparu derrière les collines. Voilà pourquoi le buffle n'a plus de dents en haut.

conte birman

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Le coq et le canard

Un jour un coq et un canard allèrent se promener au bord du fleuve. Tout en marchant, le coq se vantait de sa beauté. Il se moquait du canard :

- Avec tes pattes qui ressemblent à des feuilles d’arbre et ta démarche dandinante, ah ! ridicule !

Le canard répondait :

- Tu as une paire d’ailes magnifiques ! Avec elles, tu peux voler et haut !

Le coq ne voulait pas avouer sa faiblesse. Il prit son élan, afin d’atteindre l’autre rive du fleuve, et de montrer ainsi ses capacités. Au beau milieu du fleuve, il tomba. Comme il ne savait pas nager, il sombra, coula, criant :

- Au secours !

Le canard vint à sa rescousse. Alors, il lui dit :

- C’est grâce à ces vilaines pattes que je t’ai sauvé.

Le coq resta coi, rougit de honte. Depuis lors, les coqs n’osent plus se vanter, et ont la crête rouge.

conte chinois
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  #33  
Vieux 25/10/2004, 18h02
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17- Aubépin la fille femme (conte kabyle)

C'est une longue aventure qui attend une jeune fille. Elle traverse de nombreuses épreuves, y compris quand elle est devenue femme. Nous vous laissons découvrir cette histoire pleine de rebondissements étranges, où l'on trouvera des bêtes fauves cruelles, un frère qui se laisse malheureusement influencer par sa femme, un fils exemplaire... et une mise en abîme du conte lui-même qui devient magique....
Il était une fois un homme qui aimait passionnément la chasse. Dès le point du jour il s'en allait dans la forêt à la poursuite du gibier et ne rentrait qu'à la tombée de la nuit. Il prit un jour un perdreau vivant, qu'il ramena à la maison et confia à sa femme en lui disant :

Prends bien soin de cet oiseau et surtout veille à ce qu'il ne s'envole pas. Au printemps, je m'en servirai d'appât pour attirer les perdrix.

L'homme et la femme n'avaient qu'une fille. Comme elle s'ennuyait d'être toujours seule à la maison, elle demanda à sa mère de lui donner le perdreau pour jouer avec lui. La mère d'abord refusa, puis devant les pleurs et les prières de sa fille, finit céder, mais avec force recommandations :
Attache-lui à la patte une longue ficelle, ferme toutes les issues pour que le perdreau ne puisse pas s'échapper, car, si tu le perds, ton père nous chassera de la maison toutes les deux.

La petite fille promit de veiller très soigneusement sur le perdreau. Chaque matin elle le sortait de sa cage, s'enfermait avec lui dans une pièce et jouait jusqu'à ce qu'elle fut fatiguée. Un soir qu'elle venait pendant toute la journée de le taire courir, danser, voleter au bout de sa ficelle, une soif ardente s'empara d'elle. Elle ouvrit la porte pour aller boire et frrr !... le perdreau s'engouffra dans l'issue qu'on lui avait ménagée et s'envola d'un trait, emportant la ficelle avec lui.

Le soir, quand le chasseur rentra, sa femme lui servit à dîner, et il s'apprêtait à aller dormir quand il s'avisa que le perdreau n'était plus à la place où il le trouvait ordinairement :
Vous avez changé l'oiseau de place ? demanda-t-il ?

Sa femme resta figée de peur.
Eh bien, dit-il, qu'est-ce que tu as fais du perdreau ? Je ne le vois pas.

Elle du lui avouer la vérité.
Quoi ? s'écria le chasseur, furieux, je t'avais bien recommandé…
Ta fille avait soif, elle n'a ouvert la porte qu'un tout petit instant…
Elle a ouvert la porte, mais c'est toi qui lui as donné le perdreau. Puisque c'est ainsi, vous allez partir les deux à sa recherche toutes les deux et vous ne rentrerez que quand vous l'aurez retrouvé.

La femme eut beau pleurer, prier, le mari ne voulut rien entendre.
Vous allez sortir tout de suite !
Dehors il fait nuit. Où irons-nous ? Nous ne connaissons pas le pays, ta fille ni moi. Demain dès le point du jour…
Non cria le chasseur, maintenant !

La femme réveilla sa fille ; elle enferma vite quelques maigres provisions dans un nouet(2) et elles partirent dans la nuit. Elles marchèrent longtemps dans la forêt. Elles suivaient les chemins tracés, de peur le tomber sur des bêtes sauvages, mais elles ne virent de perdreau nulle part à cette heure de la nuit. À la fin elles entrèrent dans un maquis épais, où elles rencontrèrent une hase(3) affairée.

Que faites-vous à cette heure dans la forêt ? s'étonna la hase.
Nous cherchons un perdreau que nous avons perdu, dit la mère.
Malheureuses ! Vous êtes ici dans la demeure des fauves. Ils sont tous à chasser dans la forêt. C'est aujourd'hui mon tour de garder leur repère. Mais c'est bientôt l'aube, ils vont rentrer et s'ils vous trouvent ici, ils vous mangeront.
Fuyons ! cria la fille.
II est trop tard, dit la hase. Où iriez-vous ? Les animaux sont déjà sur le chemin du retour et vous allez sûrement les rencontrer.
Quoi faire alors ? demanda la mère.
Vous voyez cet arbre ? dit la hase. Il est haut et touffu. Vous allez monter et vous cacher dans le feuillage le plus haut que vous pourrez. Vous y resterez tout le jour. A la nuit tombée les animaux vont sortir. Vous descendrez et vous fuirez d'ici.

La mère et la fille montèrent jusqu'au faîte de l'arbre. Elle s'y installèrent le plus commodément qu'elles purent, la fille au-dessus de sa mère. Bientôt des rugissements, des cris, des sifflements, des bruits de branches cassées annoncèrent le retour des fauves. À mesure qu'ils arrivaient, ils allaient s'installer chacun dans son coin pour le reste de la journée. Le lion rentra le dernier.
Hum ! dit-il, cela sent la chair fraîche.
Pendant que vous étiez absents, dit la hase, je me suis préparé un léger repas, je viens juste de finir.

Les fauves s'endormirent. Au haut de l'arbre, la femme était morte de peur. La petite fille n'arrêtait pas de pleurer, tant qu'à la fin une larme tomba sur la moustache du lion.
Enfants, rugit-il, il y a quelqu'un dans l'arbre. Je viens de recevoir une goutte sur la lèvre.
C'est la pluie, dit la hase.
Fourmi, dit Ie lion, monte voir dans l'arbre.

La fourmi monta. Au haut de l'arbre elle rencontra la jambe de la femme et la mordit. La mère l'écrasa, de peur que la fourmi n'aille piquer sa fille et ne lui arrache un cri de douleur.

La petite continuait de pleurer et de nouveau une larme tomba, cette fois sur le front du tigre, qui cria :
Enfants, cet arbre est habité. Une goutte vient de me tomber sur le front.
C'est le temps qui est couvert, dit la hase, il tombe quelques gouttes de pluie.
Chacal dit le lion, sors voir quel temps il fait.

Le chacal revint bientôt.
Alors ? demanda le lion.
Il fait un temps superbe, dit le chacal et la lune éclaire comme en plein jour.
Serpent, ordonna le lion, monte dans l'arbre

Le serpent ondula le long du tronc, puis, de branche en branche, arrivai jusqu'au faîte. Il buta sur la jambe de la femme et la piqua. Un hurlement s'éleva aussitôt, puis le corps de la mère vint s'affaler lourdement par terre. Les fauves se précipitèrent, le déchiquetèrent en un rien de temps et se partagèrent les morceaux pour les dévorer. Dans le ventre de la femme ils trouvèrent un bébé, que la hase aussitôt revendiqua pour sa part :
Je n'ai plus de dents, dit-elle, je ne pourrais mâcher que la chair tendre du bébé.

Le lion le lui laissa et elle l'étendit dans un coin, sur un lit d'herbes, avec ce qui restait des os de la mère.
Je le mangerai cette nuit, dit-elle, quand vous serez partis. Le soir venu, les fauves commencèrent à se lever de leur sommeil et, les uns après les autres, à sortir de nouveau à la recherche de gibier dans la forêt. Avant de partir, il leur fallait établir le tour de garde de ce jour-là.
Aujourd'hui, dit la hase, je suis fatiguée, je veux bien vous garder la maison aujourd'hui encore : de toute façon, j'ai de quoi manger pour toute la journée.

Les animaux se dispersèrent. Quand le dernier eut disparu, la hase rassembla ce qui restait des os de la mère, en retira la moelle qu'elle mit dans des tubes de roseau. Puis elle se tourna vers la fille :
Descends, malheureuse, lui dit-elle

La fille descendit, les yeux exorbités par l'épouvante et tout rouges d'insomnies. La hase lui tendit le bébé.
Voici ton frère, lui dit-elle. Emporte-le, prends bien soin de lui, élève le jusqu'à ce qu'il devienne grand et puisse te venir en aide
Comment le nourrirai-je ? demanda la fille.
Prends ces tubes. Dedans il y a la moelle de ta mère. Chaque fois que ton frère pleurera, trempe ton doigt dans la moelle et donne-le-lui à sucer. Quand il n'y aura plus de moelle, tu trouveras bien du lait. Et maintenant va, sauve-toi et ne reviens plus jamais dans ces parages.

La petite fille prit le bébé, les roseaux et, aussi vite que ses jambes pouvaient courir, s'enfuit. Quand son frère pleurait, elle trempait son doigt dans la moelle et le lui faisait téter. Elle se demanda quel nom elle allait lui donner et, se rappelant que l'antre des fauves où elle l'avait recueilli était au milieu d'un dense maquis d'aubépines, elle l'appela Aubépin.

Elle erra longtemps de pays en pays, puis un jour arriva dans un village où les habitants, touchés par son malheur, lui offrirent l'hospitalité. Ils lui accordèrent une petite chaumière avec un jardin qu'elle pouvait cultiver pour vivre. Elle était tout heureuse d'avoir enfin trouvé un foyer et de quoi subsister. Puis les années passèrent et elle devint une belle jeune fille. Beaucoup de jeunes gens vinrent la demander en mariage, mais elle ne vouait pas quitter Aubépin avant qu'il fut en âge de ne plus avoir besoin d'elle.

Un jour, qu'elle piochait dans son jardin, elle heurta de sa binette un objet dur qui faillit la lui casser. Elle creusa tout autour et, au bout d'un instant, déterra un petit pot, empli à ras bord de pièces d'or et d'argent. Elle en fut tout heureuse et le rapporta à la maison.

Le soir après qu'il eurent dîné :
Mon frère, dit-elle, si on te donnait cent pièces d'or, qu'en ferais-tu ?
J'achèterais des billes, des toupies ; je me ferais des fusils de bambou…

Las ! pensa la fille, mon frère est encore bien jeune.

Elle attendit un an ou deux puis un jour posa à son frère la même question :
J'achèterais un beau cheval, dit Aubépin, et tout le jour je caracolerais.
Mon frère grandit, se dit la jeune fille.

Plusieurs mois après, elle demanda de nouveau :
Mon frère, si l'on te donnait cent pièces d'or...
J'achèterais une belle maison avec un beau jardin. Puis je me marierais et ma femme et toi travailleriez dans le jardin.
Dieu merci, s'écria-t-elle, maintenant, mon frère, tu es un homme !

Elle alla dans un coin de la maison et revint bientôt avec un petit pot, dont elle souleva le couvercle : les pièces parurent, blanches et jaunes, toutes luisantes au soleil ; il y en avait beaucoup plus de cent. Aubépin n'en croyait pas ses yeux. Sa sœur lui apprit comment elle avait trouvé le petit pot. Puis il se mit en quête d'une maison plus spacieuse et plus belle que la pauvre chaumière où ils habitaient tous les deux. Peu de temps après, il choisit une fiancée dans les environs et donna une fête splendide pour son mariage.

Ils vécurent tous les trois heureux dans leur nouvelle et grande maison. Mais la nouvelle mariée, voyant que sa belle-sœur était beaucoup plus belle qu'elle, et que, du reste, Aubépin continuait d'aimer tendrement sa sœur, en tomba follement jalouse. Elle chercha dès lors un moyen de la séparer de son frère, et si possible de la bannir à jamais.

Un jour qu'elles étaient allées couper du bois dans la forêt, la femme d'Aubépin trouva sept oeufs de serpent, qui n'étaient pas encore éclos, et les ramena à la maison. Elle en fit une omelette, en prépara une autre de sept oeufs de poule et invita sa belle-sœur à venir manger avec elle. Elle lui servit l'omelette aux oeufs de serpent, mangea elle-même de l'autre et attendit. Au bout de quelque temps les oeufs éclorent dans le ventre de la jeune fille. Les serpents grandirent et bientôt commencèrent à y mener un beau charivari. La jeune mariée n'attendait que cela.

Au comble de la joie, elle alla trouver son mari :
Ta sœur va avoir un enfant, lui dit-elle.
Impossible ! dit Aubépin.
Si tu ne me crois pas, dit la jeune femme, tu peux t'en assurer toi-même.
Comment cela ?
En mettant la tête sur les genoux de ta sœur et en écoutant.

Le lendemain, en rentrant de la forêt où il était allé chasser, Aubépin prétexta une grande fatigue. Il s'allongea pour se reposer et demanda à sa sœur de s'asseoir près de lui, pour qu'il pût mettre la tête sur ses genoux. La jeune fille, confiante, s'approcha. Aussitôt aux oreilles d'Aubépin parvinrent les bruits de la sarabande que les serpents menaient dans le ventre de sa sœur.

Il en resta stupéfait et, au bout d'un instant, alla trouver sa femme
Je ne l'aurais jamais cru, dit-il.

Sa femme fit mine d'être très attristée : - Que deviendrons-nous quand les villageois s'en apercevront ? Tu ne pourras plus sortir sur la place.
Quoi faire ? demanda Aubépin.
Il faut se débarrasser d'elle.
Jamais ! s'écria-t-il. C'est elle qui m'a sauvé des bêtes féroces, elle qui m'a élevé, soigné, nourri jusqu'à ce que je devienne un homme. Sans elle je ne t'aurais jamais épousée.
Alors c'est nous qui devons partir.
Où irions-nous ?
Il y a pourtant un moyen très simple, dit-elle perfidement.
Lequel ?
Tu vas partir avec elle dans la forêt et l'y abandonner. Quelqu'un, c'est sûr, la recueillera.

Le lendemain, Aubépin réveilla sa femme et sa sœur de bonne heure et leur dit qu'ils allaient couper du bois dans la forêt, pour leur provision d'hiver, pendant toute la journée. Il prit les haches, les cordes, les cognées, un maillet, une calebasse et, suivi de sa ####, qu'il tenait en laisse, se dirigea vers les bois. Dès qu'ils furent arrivés, il s'installa dans un endroit avec sa femme, en indiqua un autre à sa sœur un peu plus loin :
Tu vas couper dans ce fourré, lui dit-il. Dès que nous aurons fini de l'autre côté, je t'appellerai et nous remonterons au village. La jeune fille resta tout le jour à débiter du bois dans son coin. Au loin elle entendait les jappements de la #### d'Aubépin et les coups de sa cognée contre les troncs d'arbres. Le soleil bientôt se coucha, mais Aubépin frappait toujours. « Mon frère et sa femme veulent faire en un jour la provision pour tout l'hiver », pensa la jeune fille. Puis la nuit commença à tomber et elle se mit à appeler : « Aubépin ! Aubépin ! », mais le fourré était trop dense et Aubépin n'entendait pas.

Elle était en train d'appeler quand, de l'autre côté du fourré lui parvint un bruit de sabots sur le sol et un cavalier parut, monté sur un cheval noir :
Qui que tu sois, dit-il. je te conjure, laisse-moi passer. Il se fait tard et mes enfants m'attendent.
Je suis une créature comme toi, dit la jeune fille.
En ce cas, dit le cavalier, que fais-tu seule à cette heure dans la forêt ? Dans un instant les animaux des bois vont sortir et ils te mangeront.
Mon frère et sa femme coupent du bois tout près d'ici. Tu as dû les rencontrer sur ton chemin.
Tout près d'ici, sur mon chemin, je n'ai rien rencontré... qu'une #### qui jappe à rendre l'âme.
C'est celle de mon frère. Ces coups que tu entends sont ceux de sa hache. Va, cavalier, passe ton chemin et me laisse. Mon frère bientôt viendra me prendre et nous rentrerons au village.

Le cavalier s'éloigna. Peu de temps après en parut un autre, qui posa les mêmes questions à la jeune fille. Elle lui fit les mêmes réponses. La nuit maintenant était noire et il était temps de rentrer.

Quand le troisième passa, la sœur d'Aubépin sursauta : elle percevait à peine la silhouette dans l'obscurité.

Qui que tu sois, dit-il, dis-moi qui tu es.
Une créature comme toi.
Et. que fais-tu si tard au milieu des bois ?
Tu le vois bien, je coupe du bois.
Seule ?
Je ne suis pas seule : mon frère et sa femme sont ici près de moi, qui coupent du bois eux aussi, pour notre provision d'hiver. Ne les entends-tu pas ?
Malheureuse ! Il n'y a personne près de toi, qu'une #### qui jappe, attachée à un tronc d'arbre. Je suis le dernier homme qui passe aujourd'hui sur ce chemin.

La jeune fille cette fois eu peur. Elle appela encore une fois « Aubépin ! Aubépin ! » mais seul l'écho de sa voix lui revient, mêlé aux aboiements affolés de la #### et aux chocs sourds de la cognée d'Aubépin sur les souches.

Elle pria le cavalier de la suivre dans la clairière où son frère devait se trouver.. Ils y allèrent, mais, à l'endroit où elle l'avait laissé, il n'y avait personne…que la ####, qui tirait frénétiquement sur sa laisse, et, pendus aux branches d'un arbre, le maillet et la calebasse que le vent entrechoquait, et... elle comprit. Aubépin et sa femme l'avaient abandonnée dans les bois. Tout cela était un stratagème, qu'ils avaient imaginé pour se débarrasser d'elle. Ils avaient attaché la #### au tronc de l'arbre exprès, exprès ils avaient pendu le maillet et la calebasse au vent de la forêt : ce qu'elle prenait pour des bruits de cognée était le choc des deux, quand la bise les agitait.
Je suis perdue, dit-elle
Si tu veux, dit le cavalier, tu passeras cette nuit dans ma maison. Demain, quand il fera jour, tu iras où bon te semblera.

La jeune fille pensa que, dans son malheur, c'était encore une chance pour elle que le cavalier voulût bien la recueillir pour la nuit, et elle monta en croupe derrière lui. Quand ils arrivèrent, elle descendit et l'homme vit que la femme qu'il venait de sauver des bois était d'une beauté merveilleuse. Il lui fit raconter son histoire. Elle redit tout, depuis le jour lointain où, jouant avec un perdreau, elle l'avait laissé s'envoler :
Les oeufs de serpent, dit-elle, ont éclos dans mon ventre. Mon frère me croit enceinte et, pour cela, il m'a menée me perdre dans les bois. C'est là que vous m'avez trouvée.

Le cavalier était à la fois touché et intrigué. Comme il était peu probable que la femme voulût retourner en son pays, après ce qui venait de lui arriver, il aurait voulut l'épouser, mais il fallait d'abord la débarrasser des serpents qui vivaient dans son ventre et il ne savait comment s'y prendre. Aussi alla-t-il consulter le sage du village.
Eh bien, dit le vieillard, voilà comment tu vas procéder. Tu iras au marché acheter une grande quantité de viande et tu la saleras abondamment. Donne-la à manger à cette femme, jusqu'à ce qu'elle en soit rassasiée. Elle aura soif. Refuse-lui toute eau pendant trois jours. Le quatrième prends-la, pends-la par les pieds à la plus haute poutre du toit. Par terre, juste au-dessous d'elle, pose un grand plat de bois, empli d'eau. Puis tiens un couteau d'une main et une badine de l'autre. À l'aide de la badine agite l'eau, de façon qu'on l'entende glouglouter, puis tiens ton couteau ouvert et attends.

L'homme fit comme le sage avait dit. Il acheta la viande, la sala, la grilla, puis la donna à la jeune fille, qui en mangea jusqu'à n'en pouvoir plus. Une soif intense s'empara d'elle, mais elle demanda en vain à boire pendant trois jours. Le quatrième le cavalier la pendit par les pieds, emplit d'eau un plat de bois, qu'il plaça juste au-dessous d'elle, puis à l'aide d'une badine se mit à donner de petits coups dans l'eau. Le bruit cristallin et frais se répandait dans toute la pièce. Les serpents, altérés, commencèrent à mener un grand vacarme ; ils cherchaient tous à se précipiter vers le bas, pour boire. À mesure qu'ils apparaissaient, un bref coup de couteau les tailladait ; les morceaux palpitants tombaient dans le plat avec un bruit flasque. Quand le dernier fut sorti, le cavalier détacha la jeune fille, qui n'en pouvait plus.

Pendant plusieurs jours encore il s'occupa de la soigner, car le long séjour des serpents dans son ventre l'avait vidée de toute force. Au bout de quelques jours, voyant qu'elle était remise, il lui demanda :
Maintenant que te voilà rétablie, que veux-tu faire ? Veux-tu retourner dans ton pays ou préfères-tu rester ici ?
Dans mon pays ? dit-elle. Je n'en ai plus : mon frère et sa femme m'ont abandonnée dans la forêt.
Dans ce cas, dit le cavalier, veux-tu m'épouser ?

La jeune fille, heureuse d'avoir été tout à la fois sauvée des bêtes et débarrassée des serpents qui vivaient dans son ventre, y consentit. Elle épousa le cavalier et ils vécurent heureux plusieurs mois. Puis elle mit au monde un garçon, qui lui ressemblait à s'y méprendre.

Quel nom lui donnerons-nous ? lui demanda son mari.
J'ai appelé mon frère Aubépin parce qu'il est né parmi les aubépines. Celui-ci, nous allons l'appeler « l'Argenté », parce qu'il naît dans la richesse

Les années passaient et, quoiqu'elle n'entendît plus parler d'Aubépin et de sa femme, par moments un violent désir de les revoir la prenait, son frère surtout, parce qu'elle avait passé toute sa vie avec lui et qu'elle n'était pas sûre qu'avec son épouse il fût entièrement heureux. Son enfant, entre-temps, avait grandi. Il sortait maintenant tous les jours sur la place pour jouer avec les camarades de son âge. Il était vigoureux et beau et il ne manquait de rien.

Un jour, pourtant, sa mère le vit revenir à la maison tout en larmes.
Pourquoi pleures-tu ? lui demanda-t-elle.
Les enfants se moquent de moi, dit-il. Ils parlent tous de leurs oncles maternels ; ils disent qu'ils vont leur rendre visite, et moi, tu ne m'y as jamais emmené. Le cœur de la jeune femme frissonna, car c'était ce qu'elle-même désirait depuis longtemps.
Ce soir, dit-elle, quand ton père rentrera, demande lui de te laisser aller avec moi chez tes oncles. S'il refuse, insiste et pleure jusqu'à ce qu'il te l'accorde. Dès qu'ils furent assis à dîner, le soir :
Père, dit l'enfant, je voudrais aller chez mes oncles maternels.
Tes oncles maternels ? s'étonna le père, mais... tu n'en as jamais eu : j'ai rencontré ta mère dans les bois.

L'Argenté se mit à geindre :
Tous les enfants vont rendre visite à leurs oncles. Moi aussi, je veux y aller avec ma mère.
Très bien ! dit le père. Vous voulez y aller ? Eh bien, allez-y, mais je vous avertis : vous irez seuls ; moi, je ne viendrai pas chez tes oncles, parce que je sais que tes oncles, ce sont les bêtes des bois.

Néanmoins, le lendemain, la mère fit mettre à son fils ses plus beaux habits de fête, puis elle lui jeta des haillons par-dessus. L'Argenté allait protester.
Sois tranquille, lui dit-elle, dès que nous serons arrivés, je t'enlèverai ton manteau sale et tu paraîtras dans tes beaux habits devant ton oncle.

L'Argenté se calma d'autant plus vite qu'il vit sa mère se couvrir elle aussi de laides guenilles les robes magnifiques qu'elle avait d'abord revêtues. Le père les vit prendre le chemin de la forêt par où sa femme était jadis arrivée, et bientôt ils disparurent. Ils marchèrent longtemps. De temps en temps ils demandaient à d'autres voyageurs leur chemin. Vers le soir ils arrivèrent enfin dans un pays que la mère reconnaissait. Ils s'arrêtèrent.

Nous allons bientôt être chez tes oncles, dit la jeune femme à son fils. Alors écoute-moi bien. Il y a bien longtemps que je n'ai pas vu mon frère : je ne sais seulement pas s'il va me reconnaître. Quant à toi, il ne te connaît même pas. Alors, voilà ce que nous allons faire : nous allons nous présenter chez lui comme des mendiants. Si ton oncle me reconnaît et qu'il nous accueille, nous allons enlever ces vieilles loques et paraître avec nos beaux habits...
Et s'il t'a oubliée ?
C'est ici que tu dois faire attention. Je lui demanderai de nous laisser passer la nuit dans sa maison, comme des mendiants. Dès que nous serons installés, tu me demanderas de te dire un conte. Je ferai semblant de refuser. Insiste jusqu'à ce que j'accepte.

Elle tira de son ballot une vieille sébile de bois, coupa dans un arbre un gros bâton noueux et ils entrèrent au village. Ils allèrent ainsi de porte en porte. La jeune femme tournait aisément dans les venelles, comme si elle les avait quittées de la veille. Elle retrouvait presque toutes les femmes, à peine un peu vieillies, qui venaient lui porter du couscous, de la galette, de l'huile, mais sous ses vieilles guenilles de mendiante, aucune d'elles ne la reconnaissait. Quand elle arriva devant la demeure d'Aubépin, son cœur se mit à battre. L'aspect extérieur n'avait pas changé... c'était bien la grande maison qu'ils avaient achetée, avec l'argent qu'elle avait trouvé dans le jardin. De l'intérieur lui parvenaient des voix d'enfants qui jouaient.

Elle rassembla son courage :
Pour l'amour de Dieu ! cria-t-elle, aussi fort qu'elle put, pour couvrir la voix des enfants.
Attends un peu ! dit une femme de l'intérieur.

La mère reconnut la voix de sa belle-sœur. Peu après une petite fille sortit, avec une pleine assiettée de couscous.
Dieu vous le rende ! dit la mère.

La petite fille allait partir. - Vous habitez une grande maison, dit la mère. Demande à tes parents si nous pouvons passer la nuit mon fils et moi. Nous ne savons pas où aller
Va ton chemin, mendiante, dit la voix de la belle-sœur. Nous t'avons donné à manger, mais nous avons pas de place pour toi dans la maison.
Rien qu'une nuit, dit la mère... pour l'amour die Dieu ! Il fait sombre, mon fils est tout jeune, il a froid et nous ne connaissons personne. Faites-nous une toute petite place, même dans le hall, s'il vous plaît. Demain, avant même que vous soyez réveillés, nous serons partis.

La voix d'Aubépin enfin s'éleva :
Laisse la mendiante et son fils passer la nuit dans la maison. Ils ne nous gêneront pas.

On les fit entrer. La mère jeta un regard rapide sur Aubépin : il n'avait pas beaucoup changé. Lui-même la regarda à peine : elle dissimulait son visage le plus possible, afin de ne pas être tout de suite reconnue.

Ils mangèrent le couscous que la petite fille venait de leur apporter, puis :
Mère, dit l'Argenté, raconte-moi une histoire.
Une histoire ! cria la jeune femme, apparemment très irritée. Il ne nous manque plus que cela ! Les histoires, nous sommes dedans jusqu'au cou tous les deux... et tu veux encore que je te raconte celle des autres ?
Mais aujourd'hui, pleura l'Argenté, nous avons bien mangé, bien bu ; nous allons dormir dans une belle maison. Je veux une histoire.
Tu n'as pas honte de parler ainsi devant ces bonnes gens, qui ont bien voulu nous héberger cette nuit !

Les enfants d'Aubépin vinrent dans le hall en criant :
S'il te plaît, vieille mère, raconte-nous une histoire avant de dormir.
Mais peut-être que vos parents sont fatigués ?
Si tu connais des contes, dit Aubépin, dis les aux enfants, cela va leur faire plaisir.
J'en connais un, qui est un peu long, dit la mère.
Nous avons tout le temps, fit Aubépin.
Mettez-vous devant moi, dit aux enfants la mendiante, qui tournait le dos à la pièce où se tenaient leurs parents.

Et elle commença :
« Machaho ! »
« Tellem chaho ! »

Les enfants étaient agglutinés autour d'elle. Aubépin et sa femme, restés dans la pièce, faisaient semblant de ne pas écouter, mais ils entendaient tout. La mère s'adressait à son fils, parce que c'est lui qui avait demandé un conte :

« Argenté, Argenté, mon enfant,
Il était une fois un chasseur qui aimait passionnément la chasse et, un jour, rapporta un perdreau, qu'il confia à sa femme en lui recommandant de ne pas le laisser s'envoler. Mais leur fille, en jouant avec l'oiseau, le laissa s'échapper et le père les chassa toutes les deux de la maison. »

« Argenté, Argenté, mon enfant,
dans la forêt les animaux sauvages dépecèrent la femme, et la petite fille partit par les chemins, avec le bébé qu'on avait trouvé dans le ventre de sa mère. Quand son frère fut grand il se maria. »

Tout en contant, la mère jetait de temps à autre un coup d'œil dans la pièce et, à mesure qu'elle parlait, elle voyait son frère et sa belle-sœur s'enfoncer peu à peu dans la terre : jusqu'aux chevilles, aux mollets, aux genoux, aux cuisses. Ils étaient maintenant engloutis jusqu'à la taille.

« Argenté, Argenté, mon enfant
mais sa belle sœur, jalouse d'elle, lui donna à manger des œufs de serpent qu bientôt éclorent dans ventre et son frère la crut enceinte. »

La jeune femme regarda : la terre avait aspiré une partie du ventre.

« Argenté, Argenté, mon enfant,
ils allèrent dans les bois avec elle et l'y abandonnèrent au milieu des fauves, avec une #### qui jappait, un maillet et une calebasse qui s'entrechoquaient, et la nuit. »

« Argenté, Argenté, mon enfant,
elle allait être dévorée si un cavalier qui passait ne l'avait recueillie et emmenée dans sa maison. Il réussit à faire sortir les serpents qu'elle portait dans son ventre et il l'épousa. »

La mère regarda à la dérobée derrière elle : d'Aubépin et de sa femme il ne restait que les têtes, qui émergeaient au-dessus du sol comme des courges rondes

« Argenté, Argenté, mon enfant,
ils eurent un garçon qui grandit et, un jour, revint de la place en pleurant, parce que ses camarades allaient rendre visite à leurs oncles maternels, et lui n'en avait même jamais entendu parler. »

A cet instant la mère vit que les deux têtes avaient disparu : à la place il y avait des touffes de cheveux, les uns longs, les autres à côté plus courts. Elle sentit son cœur tressaillir. Elle se leva, agrippa la tête d'Aubepin par les cheveux et, de toutes ses forces, tira. Le corps d'abord résista, mais la jeune femme, tremblant de tous ses membres, ne lâcha pas prise. Bientôt la masse commença à céder. Le haut du crâne d'Aubépin, puis la tête, les épaules, le buste, la taille, les jambes, les genoux, les pieds enfin furent déterrés.

Quand Aubépin, livide et tout endolori, se dressa enfin devant elle, elle se précipita pour l'embrasser, puis elle alla chercher un maillet et, frappant à toute volée sur ce qui restait du corps de sa belle-sœur, l'enfonça à tout jamais dans la terre.

Par la suite elle fit venir son mari. Aubepin se remaria et ils vécurent très heureux dans leur pays.

Machaho !

Mouloud Mammeri, Contes berbères de Kabylie, éditions Pocket, 1996.



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(1) En kabyle "Machaho Tellem chaho ! "est une terme intraduisible.
Il est l'équivalent du "Il était une fois" des contes européens. Le conteur dit "Machaho" pour annoncer qu'il va dire le conte. "Tellem chaho" est la réponse des enfants, qui attendent le conte avec impatience.
(2) Linge noué pour faire un baluchon.
(3) Femelle du lièvre.
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  #34  
Vieux 25/10/2004, 18h04
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nwidiya    
Un Haut Rispansable!
 
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17- Aubépin la fille femme (conte kabyle)

wa sed3atna hadi bles copiers/collers :roll:

:-D :-D :-D
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  #35  
Vieux 25/10/2004, 18h09
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el_safia    
 
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Clarification...

Citation:
nwidiya a écrit*:
wa sed3atna hadi bles copiers/collers :roll:

:-D :-D :-D

c'est ce qu'exige la diffusion du savoir et fait le lot de l'ignorance de la richesse de notre culture si nwidiya tu as un conte à nous faire partager fais le ...

(dans ce topic deux conte postés ne sont pas copier coller mais réécris : par zawad et el_safia si cela te dit de le faire aussi vas y )

Merci
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  #36  
Vieux 25/10/2004, 18h59
Doumia    
 
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18 - Histoire du Coffre

Conte kabyle

Il y avait un roi et ce roi avait un fils tendrement aimé qui lui dit :
- Roi mon père, laisse moi aller au marché et voir tes sujets.
- Fais selon ton plaisir, lui répondit le roi.

Le prince s'en vint donc au marché et dit à tous les hommes :
- Vous ne vendrez ni n'achèterez avant que vous n'ayez compris ces devinettes !

La première :
Quel est l'être qui, le matin, marche sur quatres pattes, à midi sur deux et le soir sur trois ?

La seconde :
Quel est l'arbre qui a douze branches et dont chaque branche porte trente feuilles ?

Aucun ne sut répondre. Tous les hommes restèrent muets. Le marché se dissout.
Une semaine passa. Le jour du marché ramena le fils du roi. Il demanda :
- Avez-vous trouvé des réponses à mes devinettes ?

Une fois encore tous se turent et se dispersèrent. Qui devait acheter n'acheta pas. Et qui devait vendre ne vendit pas. Le marché se défit.

Or parmi ces hommes rassemblés se trouvait le surveillant du marché. Il était trés pauvre et avait deux filles, l'une fort belle et l'autre, la plus jeune, chétive mais pleine d'esprit.

Le soir lorsque son père rentra, cette dernière lui dit :
- Mon père, voici deux marchés que tu pars et que tu nous reviens les mains vides. Pourquoi ?
- Ma fille, répondit le surveillant, le fils du roi est venu et nous a déclaré : " Vous ne vendrez ni n'achèterez tant que vous n'aurez compris le sens de ce que je vais dire."
- Et que vous a demandé de deviner le prince ? reprit la jeune fille.

Son père lui rapporta les paroles du prince.

La jeune fille réfléchit un peu avant de répondre :
- c'est facile, mon père : l'être qui, le matin, marche sur quatres pattes, à midi sur deux et le soir sur trois, c'est l'homme.

Au matin de sa vie, il rampe sur les pieds et les mains, plus grand il avance sur ses deux pieds. Devenu vieux, il s'appuie sur un bâton.
Quant à l'arbre, c'est l'année :
l'année a douze mois et chaque mois porte trente jours.

Une semaine passa. En ramenant le jour de marché, elle ramena le fils du roi. Il demanda :
- Et aujourdhui avez-vous deviné ?

Le surveillant parla. Il dit :
- Oui, Seigneur. L'être qui le matin marche sur quatres pattes, à midi sur deux, le soir sur trois, c'est l'homme. Et quant à l'arbre, c'est l'année.
- Ouvrez le marché ! ordonna le fils du roi.

Quand vint le soir, le prince s'approcha du surveillantet lui dit :
- Je veux entrer dans ta maison.

Le surveillant répondit :
- Bien seigneur.

Et ils partirent à pied. Le prince déclara :
- Je me suis enfui du paradis de Dieu. J'ai refusé ce que voulait Dieu. Le chemin est long ; porte-moi ou je te porterai. Parle ou je parlerai.

Le surveillant garda le silence. Ils rencontrèrent une rivière : Le fils du roi dit :
- Fais moi traverser la rivière ou je te la ferai traverser.

Le surveillant qui ne comprenait rien ne répondit pas.

Ils arrivèrent en vue de la maison. La plus jeune fille du surveillant (celle qui était malingre mais pleine d'intuition) leur ouvrit. Elle leur dit :
- Soyez les bienvenus : ma mère est allée voir un être qu'elle n'a jamais vu. Mes frères frappent l'eau avec l'eau. Ma soeur se trouve entre un mur et un autre.

Le fils du roi entra. Il dit en voyant la plus belle fille du surveillant :
- Le plat est beau mais il a une fêlure.

La nuit trouva toute la famille réunie. L'on tua un poulet et l'on fit un couscous de fête. Lorsque le repas fût prêt, le prince dit :
- C'est moi qui partagerai le poulet.

Il donna la tête au père ; les ailes au jeunes filles ; les cuisses aux deux garçons ; la poitrine à la mère. Et il se réserva les pattes. Tous mangèrent et se disposèrent à veiller.

Le fils du roi se tourna alors vers la jeune fille pleine d'esprit et lui déclara :
- Pour que tu m'aies dit : "Ma mère est allée voir un être qu'elle n'a jamais vu il faut qu'elle soit sage-femme". Pour que tu m'aies dit "Mes frères frappent l'eau avec l'eau" ils arrosaient des jardins. Et quant à ta soeur, "entre un mur et un autre", elle tissait la laine avec un mur derrière elle et un autre : le métier.

La jeune fille répondit :
- Lorsque tu t'es mis en route, tu as déclaré à mon père : "Je me suis enfui du paradis de Dieu". C'est la pluie qui pour la terre est le paradis de Dieu : Tu craignais donc de te mouiller ? Et puis tu as dit : "J'ai refusé ce que voulait Dieu". C'est la mort que tu refusais ? Dieu veut que nous mourions, mais nous, nous ne voulons pas.
Tu as dit enfin à mon père : "Le chemin est long, porte moi ou je te porterai ; parle ou je parlerai" pour que le chemin semble plus court.
Tout comme lui tu as dit, lorsque vous vous êtes trouvé devant la rivière : "Fais moi passer la rivière ou je te la ferais passer" : tu voulais dire : "indique-moi le gué ou je chercherai" .


En entrant dans notre maison, tu as regardé ma soeur tu as dit "Le plat est beau, mais il a une fêlure". Ma soeur est belle en effet, elle est vertueuse, mais elle est fille d'un pauvre homme.
Et puis tu as partagé le poulet. A mon père tu as donné la tête : il est la tête de la maison.
A ma mère tu as donné la poitrine : elle est le coeur de la maison.
A nous les filles tu as donné les ailes : nous ne resterons pas ici .
A mes frères, tu as donné les cuisses : ils sont les soutiens, les piliers de la maison.
Et toi tu as pris les pattes parce que tu es l'invité : ce sont tes pieds qui t'on amené jusqu'ici, ce sont eux qui te ramèneront.

Dés le lendemain le prince alla trouver le roi son père et lui déclara :
- Moi, je veux épouser la fille du surveillant du marché.......

d'aprés Le Grain Magique de Taos Amrouche
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  #37  
Vieux 25/10/2004, 19h37
Doumia    
 
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19 - La femme noire et les trois Tahenchit

Un certain jour, dans un village, une femme noire sortit pour ramasser du bois, elle avait fini de rassembler son fagot, lorsqu'elle aperçut, courant dans sa direction, trois tahenchit féroces et affamées. Lâchant son bois, invoquant Dieu, la femme grimpa dans l'arbre le plus proche.

Egratignée par les épines du tawat sauveur, elle regarda les trois fauves qui, gueule écumante, faisaient le siège de l'arbre.

La journée passa, vint la nuit. Les fauves semblaient dormir, la femme en avait bien envie aussi, mais chaque fois qu'elle s'assoupissait, elle frôlait de peu la chute. Et Ce qui devait arriver ... arriva.

Elle succomba de sommeil et tomba. En s'effondrant, elle poussa un hurlement, puis un autre strident encore lorsqu'elle toucha le sol au milieu des tahenchit " prenez chacun votre morceau" cria-t-elle, en cachant sa tête dans ses bras.

Mais les tahenchit, effrayées par les cris et les bruits de chute, s'étaient enfuies vers le désert. La femme en fit autant vers le village.

Tahenchit : le cynhyène, lycaon piclus , féroce chassant en bande, trés redouté par les Touaregs qui font les traversés vers le Soudan.

Fable Touareg
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  #38  
Vieux 26/10/2004, 02h05
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rosebud

MERCI el-safia de faire ressurgir ces contes du monde du silence :-)

mon enfance a été bercée par milles contes extra-ordinaires et enchanteurs racontés par ma dada le soir avant le dodo. j'en garde un souvenir........ému. Ou les histoires que les femmes arabes/berbères se racontent entre elles. Nous sommes un peuple "oral" ;-)

Et bien des années après j'aime toujours les histoires, les contes extra-ordinaires :-)
je regrette de ne pouvoir vous faire partager mes histoires mais elles étaient tellement abracadabrantes que je n'en ai guère le détail. J'ai gardé l'atmosphère générale que ça créait plutôt.

merci et je vais tenter de retenir ceux là ;-)
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  #39  
Vieux 27/10/2004, 18h43
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el_safia    
 
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20- Le maître d'école et la femme (conte marocain)

Avis : coeur de prof sensible abstinence :-D

C'est l'histoire d'un maître d'école et d'une femme.

Dites-moi, maître, demanda la femme, qu'est-ce qui l'emporte, est-ce le savoir de la femme ou celui du clerc ?
Tout savoir existant, répondit-il, appartient en exclusivité à Dieu et aux clercs.
Nous, reprit la femme, nous possédons un savoir qui fait mourir et fait revivre.
Blasphème ! s'exclama le clerc, il n'y a que Dieu qui puisse faire mourir et faire revivre.
Bon, dit-elle, entendu. Pour sûr, je vous le ferai connaître, ce savoir.
Ne ménagez pas votre peine, répliqua le clerc, tout ce qui est en votre pouvoir, faites le.

La femme laissa passer un certain temps jusqu'à ce que le maître d'école eût oublié la chose. Elle attendit que ce fut son tour de lui porter son repas(1) ; Alors, elle se fit belle et alla le lui porter. Arrivée au bord de la citerne, dans laquelle il y avait six mètres d'eau, elle appela le clerc.
Oui, cria-t-il.
Voici votre déjeuner, Monsieur, dit-elle.

Le maître d'école vint donc chercher son repas. Dès qu'il fut arrivé, voilà qu'elle s'agrippa à lui et poussa des cris.
Mais qu'est-ce que vous faites ? s'exclama le clerc.
Je vais vous faire mourir... dit-elle.

Puis elle lui demanda :
Dois-je vous ressusciter ?
Oui, dit-il.
Alors, dit-elle, laissez-vous tomber dans la citerne.

Le malheureux clerc se laissa tomber dans la citerne. Quand les gens entendirent les cris de la femme, ils accoururent.

Arrivés auprès d'elle, ils lui demandèrent
Qu'est-ce qu'il y a ?.
J'avais, dit-elle, apporté son repas au maître d'école, je l'ai appelé, il est venu le chercher, et voilà qu'il a été pris d'un étourdissement et qu'il est tombé dans la citerne.

Les gens s'avancèrent et retirèrent le clerc de la citerne.

Quand celui-ci eut séché ses vêtements, il annonça à la femme qu'il la citait en justice.
Allez, lui dit-elle, vous avez autre chose à faire.
Pas question, s'obstina-t-il.
Alors, lui demanda-t-elle, je voudrais que vous me donniez de quoi au moins me couvrir. C'est que je suis gênée d'aller chez les gens dans cette tenue.

Le clerc lui donna la pièce d'étoffe dans laquelle il se drapait habituellement, et il resta lui-même en djellaba.

Arrivés chez le cadi, la femme dit à celui-ci
Dieu m'est témoin cet homme a perdu la raison.

C'est bon dit le cadi, expliquez vous.

Pour l'amour du ciel, Monseigneur, s'écria le maître d'école, il faut que vous tranchiez mon différend avec cette femme. Elle m'a appelé en me disant "Voici votre déjeuner" Je suis sorti pour aller le chercher ; alors elle s'est agrippée à moi et a poussé des cris. Je lui ai demandé : "Mais pourquoi est-ce que vous avez fait ça !". Elle m'a répondu : "Je m'en vais vous faire mourir". Au moment où...(les gens allaient arriver), elle m'a demandé "Voulez- vous que je vous ressuscite ?"
"D'accord" lui ai-je dit.
Alors elle m'a ordonné de me laisse tomber dans la citerne. "Je me suis donc laissé tomber dans la citerne", poursuivit-il, les gens sont accourus et ils ont demandé "qu'est-ce que c'est que ça, qu'est-ce qui vous prend ?". Alors elle leur à dit : "J'avais apporté son repas au maître d'école et voilà que je l'ai trouvé qui était tombé dans la citerne".

Qu'est-ce qui est arrivé, demanda le Cadi à la femme, pour que vous ayez fait tomber le clerc dans la citerne ?
Je vous en supplie, Monseigneur, dit-elle, c'est ce que je vous ai dit.
Que m'avez-vous dit ? demanda le cadi.
C'est que, dit-elle, le clerc, ne lui faites aucune confiance car il est fou.
Pas du tout, Monseigneur, s'écria l'autre, je ne suis pas fou.
Si, Monseigneur, insista la femme, il est fou : en effet d'ici pas longtemps, il va même vous dire que ce que je porte là est à lui.
Ben quoi, comment, s'exclama le clerc, à qui d'autre serait-ce, évidemment ? !
N'est-ce pas ? Monseigneur dit la femme, vous voilà arrivé là où je vous avais dit...
Ce que vous avez dit est vrai, reconnu le cadi, le clerc n'a plus sa raison.
Je vous en prie, monseigneur, dit la femme, il faut que vous me donniez quelqu'un qui puisse m'aider à ramener ce clerc pour le soigner avec des plantes jusqu'à ce qu'il soit guéri.
Ligotez-le, ordonna le cadi, aidez cette femme à le ramener.
Dieu m'est témoin, s'écria le maître d'école, que ceci est une pure injustice : depuis quand donc ai-je perdu l'esprit ? (2)

0n emmena le clerc.
Je vous en supplie, demanda la femme, descendez-le dans le silo, et que surtout il ne rompe pas ses liens et en vienne à me tuer.

0n fit descendre le clerc dans le silo. La femme, elle, s'en alla placer le moulin à main à l'ouverture du silo. Alors chaque fois qu'elle tournait la meule, vlan, elle envoyait un seau d'eau au maître d'école. Et celui-ci de gémir : « Aïe aïe aïe, c'est la fin du monde ce déluge ! »

Chaque fois que des gens venaient jeter un coup d'œil sur le clerc, ils l'appelaient :
Maître
Oui, disait-il.
Comment allez-vous, Monsieur ? lui demandait-on.
Mais vous-mêmes répondait-il comment allez-vous ? Est-ce que vous n'avez pas failli être emporter par une trombe, avec cet orage d'hier soir ?

Les gens se disaient : « Ce pauvre maître d'école, sa folie continue à empirer ».

Un jour, la femme l'appela :
Monsieur Mohammed !
Oui, dit-il.
Est-ce que ça vous suffit, ou bien je vous en rajoute ?
Je vous supplie, dit-il, c'est assez Elle fit donc venir les gens. Ils le retirèrent du silo et il regagna sa mosquée.

Au bout d'un certain temps le voilà qui dit à la femme :
Il faut absolument que vous rende la monnaie de votre pièce
Entendu, Monsieur, répondit-elle, je vous demande alors d'aller me labourer un potager
D'accord, dit le maître d'école et il s'en alla donc prendre un attelage et labourer.

Lorsqu'elle lui porta son déjeuner, la femme avait le pan de son vêtement rempli de poissons. Quand elle eut posé le déjeuner devant le clerc et que celui-ci eut commencé à manger, elle s'éloigna et fit semblant de se mettre à ramasser des poissons. Puis elle lui demanda :
Pourquoi labourez-vous sans ramasser ces poissons qui sont dans le sillon ?
Ça alors ! s'exclama le clerc.
Tenez, jetez un coup d'œil, dit-elle.

S'étant levé, voilà qu'il trouva les poissons.
Eh bien, dit-il, emportez-les ; ce soir, vous me les ferez cuire. Quand le maître d'école fut rentré, elle lui servi du pain.
Et où donc, demanda-t-il sont les poissons de tout à l'heure ?
Ça ne va quand même pas vous reprendre, s'exclama-t-elle, ce qui vous est arrivé dernièrement ? Il se jeta sur elle et se mit à la frapper. Elle poussa des cris.

Les gens accoururent et leur demandèrent :
Qu'est-ce qui vous arrive ?
Je vous en supplie, implora la femme, sauvez-moi. Ne nous posez aucune question ni à moi ni à cet homme avant de l'avoir ligoté : c'est que ce qui lui est arrivé dernièrement le reprend à nouveau.

On le ligota.
Eh bien, dit la femme, demandez-lui maintenant qu'est-ce qui lui a pris et pourquoi il s'est mis à me frapper.

On l'interrogea :
Monsieur Mohammed, qu'est-ce qui vous a pris de frapper cette femme ?
Tout à l'heure, dit-il, j'étais allé labourer. Lorsqu'elle m'a eu apporté le déjeuner, elle s'est mise à ramasser des poissons dans le sillon. Je lui ai dit d'aller nous les faire cuire pour le dîner. Or elle les a tous mangés au lieu de les mettre à cuire.
Pour ce qui est de ce clerc, constatèrent les gens ,sa folie ne s'est pas encore dissipée. Faites-le descendre encore dans le silo.

Et le clerc de répéter :
Mais je vous dis qu'il y avait des poissons, aussi vrai que si vous les aviez vus de vos yeux.
Allez, mon pauvre monsieur, dirent-ils, attendez d'être guéri. Et ils le firent redescendre dans le silo.

Conté par Abdesslam n Id Bram, juillet 1949.

Alphonse Leguil Contes berbères de l'Atlas de Marrakech, Edition L'harmattan, 2000


--------------------------------------------------------------------------------

(1) Il est de coutume de subvenir matériellement au besoin d'un clerc, et chacun des villageois le fait à tour de rôle. (2) Le cadi est manifestement peu futé : il s'agit d'une moquerie contre l'autorité

(conte marocain)
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  #40  
Vieux 27/10/2004, 18h53
Avatar de zawad
zawad    
 
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n°0 il est facile de juger mais ô combien difficile et périlleux de compremdre ! :-o


c'est un chameau "arabe" qui se moquait d'un âne "rifain" :-D ;-)

il lui disait :
- pkoi tu marche tout le temps la tête tournée vers le bas ? tu n'as aucune dignité, tu manque de fierté !
regarde-moi comment je marche, observe ma démarche de prince, la tête toujours vers le haut, fier et digne, mes yeux tournés vers la beauté des étoiles et l'infini du ciel !

Le pauvre âne en avait marre des moqueries du chameau, alors il invita le chameau à faire une balade chez lui dans les motagnes du Rif.

Et à peine firent-ils quelques pas, le chameau tomba dans un ravin !

l'âne le regarda d'en haut en lui disant :
- Alors t'as compris ?!

et toi ma chère safia, t'as compris :-D

amitiés ma chère :-) ;-)

il est facile de juger mais ô combien difficile et périlleux de compremdre
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