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| Le mal a un nom et un sigle ; on parle à son sujet de "céphalées chroniques quotidiennes" ou CCQ. Si l'on en croit les chiffres officiels des experts 3 % de la population française de plus de 15 ans sont concernés, les CCQ pouvant d'autre part affecter les enfants et les jeunes. Les définitions étant, dans ce domaine, relativement précises, il est tentant de faire son propre diagnostic et de savoir si l'on est ou non concerné. Les CCQ se définissent par la présence de céphalées de différents types mais qui ont pour point commun de survenir depuis plus de trois mois, au moins 15 jours par mois et plus de 4 heures par jour si aucun traitement n'est pris. Il faut en outre - et c'est là qu'intervient le médecin - qu'aucune lésion ou maladie organique ne soit de nature à expliquer le caractère fréquent et durable de tels phénomènes douloureux. En pratique, les spécialistes distinguent deux situations à tous égards différentes. * Des maux de tête caractéristiques de la migraine. Il s'agit de céphalées assez spécifiques siégeant le plus souvent dans une seule moitié du crâne, de type pulsatile. La douleur peut être très intense. Elle est souvent accompagnée de nausées et de vomissements, aggravée par les efforts, la lumière et le bruit. La durée de la crise peut varier de 4 à 72 heures. * Des maux de tête caractéristiques de la céphalée dite "de tension". A l'inverse de la migraine, la douleur crânienne est bilatérale, ne sévissant pas sur un mode pulsatif mais donnant une sensation de "pression", de "casque", d'"étau". La souffrance est d'intensité moins élevée, elle n'est pas accompagnée de troubles digestifs. La crise peut être brève ou s'installer dans la durée, pouvant atteindre une semaine. Dans les recommandations qu'ils viennent de formuler à l'attention de l'ensemble des professionnels de santé, les spécialistes réunis sous l'égide de l'Anaes rappellent que le diagnostic de CCQ est plus une affaire d'interrogatoire que d'examens biologiques. Il n'en reste pas moins qu'un examen clinique neurologique est indispensable et, dans certains cas, des investigations supplémentaires se révèlent nécessaires dans le but d'identifier des pathologies qui pourraient expliquer les céphalées persistantes. Des examens sanguins ou radiologiques (par imagerie à résonance magnétique notamment) sont alors pratiqués. Une fois le diagnostic de CCQ établi et confirmé, la principale question soulevée est celle de la consommation médicamenteuse, - de sa nature, de sa fréquence et de son volume - à laquelle a recours le malade pour lutter contre ses symptômes. Les experts parlent d'"abus médicamenteux" dès lors que cette consommation est régulière et qu'elle dure depuis plus de trois mois. Plus précisément, cet abus existe lorsque la consommation dépasse 15 jours par mois pour les médicaments antidouleur habituels (paracétamol, aspirine) et les anti-inflammatoires non stéroïdiens ou de plus de 10 jours pour les autres traitements des crises douloureuses : médicaments opiacés, dérivés de l'ergot de seigle, médicaments de la famille dite des "triptans". Les spécialistes qui travaillent dans les consultations spécialisées dans la prise en charge des céphalées estiment que de 60 % à 80 % des patients souffrant de CCQ abusent des médicaments. Dans la population générale, cette proportion est de l'ordre du tiers. Or le paradoxe, ici, veut que cette consommation abusive de médicaments, loin d'agir efficacement sur eux, peut participer à l'entretien voire au déclenchement des phénomènes douloureux. "Seul un sevrage permet d'affirmer le rôle causal de cette consommation médicamenteuse dans l'entretien des CCQ, affirment les spécialistes. Une fois l'abus installé, les tentatives du patient pour cesser sa consommation peuvent entraîner une céphalée "de rebond" qui renforce son besoin de poursuivre sa consommation. Il faut aussi savoir que chez les personnes qui ne sont pas sujettes aux céphalées, un usage abusif d'antalgiques pour des douleurs chroniques n'entraîne pas de CCQ." On parle ici de sevrage dans la mesure où le comportement de la personne qui abuse de médicaments présente les deux caractéristiques principales de l'addiction : la perte de contrôle de la consommation et la poursuite de cette consommation en dépit de la connaissance de ses néfastes conséquences. Il n'est pas rare qu'à l'abus d'antalgiques soient associés d'autres types d'addiction, notamment à la caféine, à l'alcool, aux opioïdes ou aux benzodiazépines. D'autres facteurs doivent aussi être recherchés, au premier rang desquels des troubles anxieux et dépressifs, que l'on retrouve avec une fréquence élevée. Les spécialistes recommandent également la recherche de certains éléments favorisant l'émergence des CCQ. Il s'agit notamment des modifications des équilibres hormonaux caractéristiques de la ménopause sans toutefois que l'on puisse préciser si les traitements hormonaux substitutifs ont ou non une influence. Le Monde |
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