Enquête sur une quasi-guerre de huit jours entre Paris et Abidjan


Précédent   Bladi.net > Catégorie Principale > Actualités marocaines



Réponse
 
Outils de la discussion Modes d'affichage
  #1  
Vieux 21/11/2004, 14h54
Avatar de amees
 
Date d'inscription: octobre 2003
Messages: 1 335
Par défaut Enquête sur une quasi-guerre de huit jours entre Paris et Abidjan

RÉCIT
Enquête sur une quasi-guerre de huit jours entre Paris et Abidjan
LE MONDE | 15.11.04
Des combats terrestres ont opposé l'armée ivoirienne et les militaires français. L'examen des enregistrements de drones ivoiriens montre que l'attaque aérienne de Bouaké était un acte prémédité.
Abidjan de notre envoyé spécial

La France et la Côte d'Ivoire ne sont plus des "pays amis": l'attaque aérienne qui a coûté la vie à neuf soldats français n'était pas une bavure ; la destruction, en représailles, de l'aviation ivoirienne par la France visait aussi à prévenir de nouvelles attaques ; des combats terrestres ont opposé l'armée ivoirienne et les militaires de l'opération "Licorne"; le pouvoir du président Laurent Gbagbo, qui s'appuie sur des "coopérants" militaires israéliens, a organisé les violences antifrançaises à Abidjan, dont la répression par l'armée française a fait de nombreux morts. Pendant huit jours, la France et la Côte d'Ivoire se sont pour ainsi dire fait la guerre.

Jeudi 4 novembre, en ordonnant le bombardement de positions rebelles dans le nord, Laurent Gbagbo rompt le cessez-le-feu garanti par la communauté internationale et défie Jacques Chirac. Ce dernier, le lendemain d'une démarche déjà insistante de l'ambassadeur de France et du commandant de l'opération "Licorne" auprès du président ivoirien, l'avait appelé, mercredi, pour le mettre en garde contre toute tentative de reconquête du nord, occupé depuis deux ans par les rebelles, dans des termes que Laurent Gbagbo a ressentis comme "insultants et humiliants".

Pendant deux jours, les Nations unies ne donnent aucune instruction pour faire cesser les bombardements au contingent français, qui leur sert de "force de réaction rapide". A Yamoussoukro, dans le centre du pays, les militaires français voient décoller les Soukhoï-25, pilotés par des mercenaires ukrainiens et biélorusses, de l'aéroport qu'ils co-utilisent avec les Forces armées nationales ivoiriennes (Fanci). Ils préviennent une ONG française à Bouaké, la "capitale" rebelle, de l'imminence de nouvelles attaques.

La position de la France se brouille. Sa diplomatie s'aligne sur l'inaction des Nations unies, "dans l'espoir qu'un rapide succès, ou échec, de l'initiative militaire débloquerait le processus de paix", selon un officiel, qui reconnaît que "Gbagbo a pu interpréter cette passivité comme un feu vert". En revanche, dès vendredi, les militaires français prépositionnent à Libreville, au Gabon, trois Mirages-F1 munis de missiles air-air, capables d'intercepter les Soukhoï ; et ils réclament à l'ONU des "règles d'engagement" plus offensives pour les soldats de paix en Côte d'Ivoire. Ils se donnent ainsi les moyens d'agir éventuellement. Leur ministre de tutelle, Michèle Alliot-Marie, seul membre du gouvernement français à s'exprimer, le fait savoir. A Abidjan, Laurent Gbagbo est prévenu.

Samedi 6 novembre, peu après 13 heures (heure locale, 14 heures à Paris), à la suite de deux survols en rase-mottes du camp français à Bouaké, signalé par des drapeaux et une infirmerie frappée de la Croix-Rouge, un Soukhoï-25 lâche ses roquettes de 57 mm, placées dans des "paniers" sous ses ailes. Elles tuent neuf militaires français et un visiteur américain. Toute erreur semble exclue : la position rebelle la plus proche se situe à 1,5 km. Alerté, le chef d'état-major à Paris ordonne la destruction des deux appareils engagés dans l'opération ; puis, à la suite du compte rendu fait à Jacques Chirac, cet ordre est élargi à l'ensemble de l'aviation militaire ivoirienne, à la demande du chef de l'Etat.

A 14 h 20, de retour à l'aéroport de Yamoussoukro, les deux Soukhoï sont en train d'être réarmés et ravitaillés en carburant. Postés à plus de 650 m, en bout de piste occupée par le détachement "Licorne", le lieutenant Franck Bellamy et ses hommes du 2e RIMa (régiment d'infanterie de marine) ont attendu qu'il y ait "le minimum de monde autour", avant de tirer les deux missiles Milan qui vont détruire les avions. Ils n'évitent cependant pas une victime collatérale, "un mécanicien", selon un témoin. Peu après, ils sont eux-mêmes attaqués par un hélicoptère de combat ivoirien, un MI-24, qui ne décroche qu'endommagé par les tirs de leurs mitrailleuses. En fin d'après-midi, à la suite d'un raid d'hélicoptères monté par l'armée française depuis Abidjan, deux MI-25 et un MI-8 seront "anéantis" dans l'enceinte même du palais présidentiel à Yamoussoukro, leur sanctuaire.

Entre-temps, à Abidjan, bien avant que les événements de Bouaké et de Yamoussoukro ne soient rendus publics, des attroupements de "patriotes" - les partisans du président Gbagbo - sont signalés avant 15 heures, notamment au carrefour Akwaba ("Bienvenue"), près de l'aéroport et de la base française du 43e BIMa (bataillon d'infanterie de marine). A 16 heures, à bord de plusieurs pick-up, des soldats ivoiriens attaquent la partie militaire de l'aéroport en tirant des RPG, dont l'un touche un Transall français stationné sur un parking. Convaincue de faire l'objet d'un "plan d'attaque établi", l'armée française repousse les assaillants et prend le contrôle de l'aéroport. Elle a tout juste mis hors d'état de servir le reste de la flotte militaire ivoirienne - un avion de type Strikemaster, deux Soukhoï-25 et deux hélicoptères MI-24 -, qu'une foule envahit le terminal de l'aérogare. L'armée française en prévient le pillage, sauf pour une bijouterie, en délogeant rapidement les manifestants.

A minuit, l'aéroport et la base du 43e BIMa risquant d'être submergés, l'armée française tente de couper, au niveau de deux ponts enjambant la lagune d'Abidjan, l'afflux de "patriotes", par dizaines de milliers, des grands quartiers du nord et de l'ouest. "C'était une vision dantesque, raconte un expatrié, spectateur depuis le toit de son immeuble. Des hélicoptères ont constamment survolé les ponts et repoussé à tour de rôle, sous un déluge de balles traçantes, une marée humaine qui avançait lentement, puis fuyait précipitamment en se piétinant."Le bilan de cet affrontement, "plus spectaculaire que meurtrier" à en croire un militaire français, est impossible à établir. Deux voitures, au cours de cette nuit, ont été pulvérisées sur les ponts.

Dimanche 7 novembre est le jour des poursuites-pillages des expatriés à Abidjan. Sous l'apparence d'une irruption de colère populaire, il s'agit d'une opération encadrée par les organisations "patriotiques", auxquelles des listes de cibles ont été distribuées au préalable, selon des témoignages dignes de foi. "Il y a eu très peu de dérapages, malgré la violence des exactions, et aucun mort", fera remarquer, a posteriori, une source consulaire. Appelés au secours de leurs compatriotes, des contingents français déployés à l'intérieur du pays font route sur la métropole. "Nous sommes tombés dans des embuscades dressées par les Fanci, qui ont ouvert le feu sur nous", raconte un officier. A deux endroits, à Duékoué (centre-ouest) et à l'entrée nord d'Abidjan, ces combats ont fait des morts, des soldats mais, aussi, des civils ivoiriens. Pris pour cible par un bi-tube aux abords de la présidence, au centre-ville d'Abidjan, un hélicoptère français "neutralise la position ennemie" d'un tir de missile Hot. Déjà, la veille, depuis les abords de la résidence présidentielle, la garde de Laurent Gbagbo avait tenté d'abattre des hélicoptères français par des tirs d'obus.

Entré à Abidjan à 19 heures, après la tombée de la nuit, un groupement blindé de l'armée française s'égare à Cocody, le quartier chic où se situe la résidence présidentielle. Il y sème un vent de panique, avant de parvenir à l'hôtel Ivoire, l'un des points de ralliement préétablis dans le plan d'évacuation des expatriés. L'occupation par l'armée française du complexe hôtelier posera un autre problème de sécurité : au 21e étage de la tour est installé le centre d'écoutes téléphoniques, dirigé jour et nuit par 46 spécialistes israéliens. Officiellement, il s'agit de contractuels privés, mais le gouvernement israélien ne ménagera aucun effort pour obtenir, vendredi, leur évacuation sur un vol italien - avec embarquement sur le tarmac, sans passage par le camp militaire français. Après leur départ, il reste toujours quatre "conseillers" israéliens, armés de pistolets, dans un autre hôtel en ville.

Mardi 9 novembre, lendemain d'une deuxième journée de pillages, la situation à l'hôtel Ivoire, où les militaires français sont assaillis par une foule de "patriotes", convoyés à bord d'autobus de la régie de transport abidjanaise, devient intenable. Finalement, sous escorte des policiers et gendarmes ivoiriens, leur retrait négocié tourne au drame : au moins sept civils sont tués par balles, dans la confusion d'un échange de tirs pour lequel toutes les parties se renvoient la responsabilité. Ce "massacre de manifestants aux mains nues", selon les médias d'Etat ivoiriens, survient alors que le président sud-africain, Thabo Mbeki, se trouve à Abidjan dans le cadre d'une médiation de la dernière chance.

A Jérusalem, le directeur général du ministère de la défense, Amos Yaron, annonce un embargo sur tout "matériel sécuritaire" à destination d'Abidjan. Le quotidien israélien Haaretz précise qu'il s'agissait, entre autres, de drones, petits aéronefs sans pilote utilisés, surtout, pour le renseignement. A Paris, l'expertise des cassettes des deux drones israéliens acquis par l'armée ivoirienne, et saisies par l'armée française à l'aéroport d'Abidjan, a dissipé tout doute sur le caractère prémédité de l'attaque aérienne de Bouaké : selon une source autorisée à Paris, parmi plusieurs autres objectifs français, elles contenaient en effet le repérage par ses coordonnées GPS du lycée Descartes.

Stephen Smith


--------------------------------------------------------------------------------

L'ambassadeur français interdit chez lui


Vendredi 12 novembre, après deux jours d'un retour progressif à la normale à Abidjan, le président Laurent Gbagbo a reçu à sa résidence, aux premières heures de la nuit, l'ambassadeur de France, Gildas Le Lidec, théoriquement son voisin puisqu'il occupe une propriété mitoyenne (qui fut, sous feu le président Félix Houphouët-Boigny, reliée au domicile du chef de l'Etat ivoirien par un passage souterrain, aujourd'hui bouché). Mais le représentant de la France, obligé de camper dans la chancellerie au centre-ville, n'a pu retourner chez lui depuis le début des hostilités. Lors de sa précédente audience, il avait même failli être fait "prisonnier de guerre": la sécurité présidentielle avait désarmé et expulsé ses gardes du corps, avant de lui envoyer - après trois quarts d'heure d'attente - son chauffeur dépouillé, au point d'arriver torse nu au volant de sa limousine.

Quant à l'épouse du diplomate et tout le personnel de la résidence de France, ils ont été refoulés à la sortie du domaine présidentiel, à l'intérieur duquel se trouve la résidence, et sont restés enfermés jusqu'à ce week-end.

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 16.11.04
Réponse avec citation
  #2  
Vieux 21/11/2004, 21h18
 
Date d'inscription: mai 2004
Messages: 618
Par défaut Enquête sur une quasi-guerre de huit jours entre Paris et Abidjan

il est barge ce gbagbo!!
defiez la france comme ca
il va bientot l'avoir dans le baba :-D
Réponse avec citation
Réponse

Outils de la discussion
Modes d'affichage




Fuseau horaire GMT +2. Il est actuellement 22h35.



1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38