la fatwa


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  #1  
Vieux 15/12/2004, 02h23
 
Date d'inscription: novembre 2004
Messages: 279
Par défaut la fatwa

Beaucoup de Musulmans et de Musulmanes s’interrogent sur l’attitude légale à adopter face à de nouvelles situations qui n’ont jamais été clarifiées par la religion, que ce soit en matière de mœurs, de fiscalité ou encore de politique….

Lorsque toutes les sources du droit islamique ont été épuisées (en l’occurrence par ordre de priorité, le Coran, la Sunna, l’Ijma’, et le Qiyas), quels sont les recours possibles ?
En réalité, il existe une porte de l’Ijtihad (l’effort d’interprétation) qui n’a jamais été définitivement fermée. Il s’agit de la fatwa, du verbe فتى/ يفتي .

Pratiquement toutes les définitions s’accordent sur la notion de fatwa : une opinion légale émise par un spécialiste de la loi musulmane (généralement un mufti) sur une question spécifique.
La fatwa n’est pas seulement licite mais aussi une obligation morale pour les Musulmans « afin de ne pas tomber dans le pêché ».
Dans la plupart des pays musulmans, la fatwa est une véritable institution (plus ou moins sous la tutelle du pouvoir politique) qui se prononce régulièrement sur divers sujets concernant la communauté.

En principe, le mufti est choisi pour ses connaissances rigoureuses en droit islamique, sa moralité irréprochable, son sens d’équité et de justice, etc. Certainement, émettre une fatwa est toujours un exercice dangereux car toute erreur d’appréciation, peut entraîner des conséquences fâcheuses pour l’ensemble de la société.

Notons que la société musulmane a connu à travers les différentes périodes, une inflation de fatwas et de muftis, à un tel point que le commun des mortels ne sait plus à quel saint se vouer tant ces fatwas sont excessives, voire contradictoires.
Evidemment, la fatwa la plus célèbre (tristement célèbre !) est sans doute celle qui a été prononcée par l’Ayatollah Khomeiny contre l’écrivain Salman Rushdie.

Plus près de nous, lors de la guerre du Golfe en 1991, les muftis saoudiens et koweitiens se sont précipités pour décréter que le recours à l’aide de forces impies (les Américains et leurs alliés) à combattre un chef musulman tyrannique est légalement justifié. Leurs confrères irakiens (ainsi que ceux des Etats et mouvements hostiles aux forces de coalition) ont proclamé tout le contraire en promettant l’enfer à tous ceux qui ont participé à la trahison.

Quoi qu’il en soit, la question qui m’interpelle est de savoir si la fatwa est indispensable ?
Si la réponse est affirmative, comment alors l’institution de l’iftaa (de la fatwa) peut-elle rendre des services à la société, répondre aux questions les plus urgentes, apporter la paix et la sérénité sans pour autant tomber dans l’excès ?
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  #2  
Vieux 15/12/2004, 02h27
 
Date d'inscription: juillet 2003
Messages: 3 554
Par défaut De la fatwa...

je pense comprendre le prkoi de ta question...

mais la question que jeme pose moi est prkoi dieu n'aurait-il pas voulu clarifier tout ça une fois pour toute dans un de ses livres?
pourquoi d'ailleurs commande-il des choses différentes dans un livre et dans un autre qui ne sont espacés que de quelques siècles...?

si dieu voulait qu'on le comprenne et qu'on lui obéisse pourquoi ne s'adresserait-il pas à chacun de nous individuellement?
ou bien le fait-il déjà?
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  #3  
Vieux 15/12/2004, 03h53
 
Date d'inscription: novembre 2004
Messages: 279
Par défaut De la fatwa...

"je pense comprendre le prkoi de ta question...

mais la question que jeme pose moi est prkoi dieu n'aurait-il pas voulu clarifier tout ça une fois pour toute dans un de ses livres?
pourquoi d'ailleurs commande-il des choses différentes dans un livre et dans un autre qui ne sont espacés que de quelques siècles...?

si dieu voulait qu'on le comprenne et qu'on lui obéisse pourquoi ne s'adresserait-il pas à chacun de nous individuellement?
ou bien le fait-il déjà? "

Visiblement, tu es à la recherche de la Vérité. C’est impossible pour moi de répondre à l’ensemble de tes légitimes interrogations tant elles dépassent mon entendement.

Je crois que si Dieu a crée l’univers, les lois cosmiques, l’homme, il n’a en revanche pas fixé d’avance nos parcours individuels. Autrement, nous ne serons que des dessins animés sur le fond d’une tragi-comédie divine.
C’est pour cela que les questions juridiques relatives aux « mu’amalat », les règles qui régissent la vie en société, la manière de se vêtir, de se nourrir, des modes de gouvernement, ne peuvent être figées et définitives. Elles sont doivent s’accorder en permanence avec l’époque et le lieu, d’où la nécessité de questionner, de rechercher en permanence.

Si les commandements de Dieu divergent d’un message à un autre, c’est peut-être la signification que la Vérité est Une mais que les chemins qui mènent à cette vérité sont nombreux. Si Dieu est juste, Il ne favorisera pas un seul peuple ou des individus et damnera tous les autres qu’Il a Lui-même créés.

Enfin pourquoi ne s’adresse t’Il pas à nous individuellement ?
Il y a ceux et celles qui affirment avoir la foi, avoir reçu la providence divine. Ils affirment que Dieu les observe avec clémence et bienveillance à chaque instant de leur vie. Il y a en revanche ceux qui affirment ne pouvoir comprendre ni de connaître Dieu que s’Il veut bien se faire connaître à eux.
C’est peut-être également à nous de nous adresser individuellement à Lui ?


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  #4  
Vieux 15/12/2004, 04h26
Avatar de _coucou
 
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Messages: 4 005
Par défaut De la fatwa...

Citation:
Temudjin a écrit*:

la fatwa la plus célèbre (tristement célèbre !) est sans doute celle qui a été prononcée par l’Ayatollah Khomeiny
je ne dirais pas la mais les fatwas tristement célèbres de l’Ayatollah Khomeiny
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  #5  
Vieux 16/12/2004, 08h02
Avatar de ikkar
 
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Par défaut De la fatwa...

Citation:
_coucou a écrit*:
Citation:
Temudjin a écrit*:

la fatwa la plus célèbre (tristement célèbre !) est sans doute celle qui a été prononcée par l’Ayatollah Khomeiny
je ne dirais pas la mais les fatwas tristement célèbres de l’Ayatollah Khomeiny
Salam a tous :-)

Je ne sais pas si l'on peut considerer " cette fatwa tristement célèbre" Nominative sur une personne particulière d une vraie fatwa. A mon sens il serait plus juste de parler d un décision purement politique qui s explique par cette lutte entre puissance regionales Arabie seoudite et Iran : chacun se veut le porte parole de l Islam.
Iran quand elle a decidé d éliminer réellement l éliminqtion de certaines personnes a évite ce genre de formalité. Et ce meme en France sous la surveillance des CRS comme le dernier ministre du shah.


Sinon les fatwas en général, elles sont des recherhes sur un sujet precis et parfois dans des conditions précises et au changement de cette situation la fatwa émise devient caduque. Elles sont aussi le propre Ijtihad d un savant musulman Mufti... qui quoi qu il puisse etre est un etre humain :sujet à l'erreur ou a une mavaise appreciation d une situation donnée. ET comme ce savant , le musulman doit aussi faire preuve d Ijtihad, en islam, en cherchant la fatwa du savant le plus apte en fonction de qq critères( le savant qui a plus étudié le sujet de la fatwa, le plus experimenté, le plus reconnu par ses paires et la communauté musulamane, le plus pieux, les moins compromis dans les cours royales , les moins integristes ......)
Bien sur cela ne suffit pas puisque en ce moment differents centre reginaux voire internationaux de savants musulmans representants differents courants religieux et differentes écoles ,se créent pour étudier et deliberer des fatwas communes. Une Fatwa a aussi l importance de son ennociateur.
Ainsi tu vas etre vite fixé entre un mufti royal koweitien qui invite a travailler avec les USA en Irak et le centre national des savants musulmans irakiens ( toutes tendances confondus) qui declaraient les americains en Irak des occcupants!

Mais consernant une bonne partie des fatwas( pqr ex les 3ibadates), il est un principre dans ce domaine" Ikhtilaf al oulema rahma" Ainsi tu as la possibilité , entre deux fatwas differentes de choisir de choisir celle tout simpelemt qui te convient le mieux.
enfin ce que je pense :-)
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  #6  
Vieux 16/12/2004, 15h09
Avatar de agdoud
 
Date d'inscription: juin 2004
Messages: 2 175
Par défaut la fatwa

Salam tout le monde,

Sans trop vouloir détailler comment la fatwa a pénétré dans les échelles de la législation qu'on désigne dans la litérature islamique avec "Attachri3 ou oussoul attachri3", la fatwa dans sa version actuelle n'est en fait qu'une des facades de la récupération de l'institution de l"etat du pouvoir religieux. On peut ne pas étre d'accord avec ce constat, mais je suis toujours ouvert à toute autre lecture.

La fatwa n'est que la traduction de la suprematie d'une elite à interpreter les textes. Jadis, on appelait ceci "araa" ou "ra'ye"/ (traduction: avis). Ce nom preservait contre tout abus et gardait le role des "fatwa".

La fatwa à mon sens n 'est pas le point sensible ni le maillon faible de 'attachri3 alislami". En effet, tout "attachri3 alislami" doit etre revu, revoir le role des textes, la hierarchie (alkitab, assuna, alijma3,.....). Est ce que alijma3 a été appliqué n'est ce qu'une seule fois tout au long de ces 14 siecles? Est ce que la notion d'alkiyass a un sens dans le cas où on ne peut pas réduire tous les problèmes de plus de 14 siecles à ceux de 23ans?

D'autres questions peuvent etre examinées...

Agdoud

Citation:
Temudjin a écrit*:
Beaucoup de Musulmans et de Musulmanes s’interrogent sur l’attitude légale à adopter face à de nouvelles situations qui n’ont jamais été clarifiées par la religion, que ce soit en matière de mœurs, de fiscalité ou encore de politique….

Lorsque toutes les sources du droit islamique ont été épuisées (en l’occurrence par ordre de priorité, le Coran, la Sunna, l’Ijma’, et le Qiyas), quels sont les recours possibles ?
En réalité, il existe une porte de l’Ijtihad (l’effort d’interprétation) qui n’a jamais été définitivement fermée. Il s’agit de la fatwa, du verbe فتى/ يفتي .

Pratiquement toutes les définitions s’accordent sur la notion de fatwa : une opinion légale émise par un spécialiste de la loi musulmane (généralement un mufti) sur une question spécifique.
La fatwa n’est pas seulement licite mais aussi une obligation morale pour les Musulmans « afin de ne pas tomber dans le pêché ».
Dans la plupart des pays musulmans, la fatwa est une véritable institution (plus ou moins sous la tutelle du pouvoir politique) qui se prononce régulièrement sur divers sujets concernant la communauté.

En principe, le mufti est choisi pour ses connaissances rigoureuses en droit islamique, sa moralité irréprochable, son sens d’équité et de justice, etc. Certainement, émettre une fatwa est toujours un exercice dangereux car toute erreur d’appréciation, peut entraîner des conséquences fâcheuses pour l’ensemble de la société.

Notons que la société musulmane a connu à travers les différentes périodes, une inflation de fatwas et de muftis, à un tel point que le commun des mortels ne sait plus à quel saint se vouer tant ces fatwas sont excessives, voire contradictoires.
Evidemment, la fatwa la plus célèbre (tristement célèbre !) est sans doute celle qui a été prononcée par l’Ayatollah Khomeiny contre l’écrivain Salman Rushdie.

Plus près de nous, lors de la guerre du Golfe en 1991, les muftis saoudiens et koweitiens se sont précipités pour décréter que le recours à l’aide de forces impies (les Américains et leurs alliés) à combattre un chef musulman tyrannique est légalement justifié. Leurs confrères irakiens (ainsi que ceux des Etats et mouvements hostiles aux forces de coalition) ont proclamé tout le contraire en promettant l’enfer à tous ceux qui ont participé à la trahison.

Quoi qu’il en soit, la question qui m’interpelle est de savoir si la fatwa est indispensable ?
Si la réponse est affirmative, comment alors l’institution de l’iftaa (de la fatwa) peut-elle rendre des services à la société, répondre aux questions les plus urgentes, apporter la paix et la sérénité sans pour autant tomber dans l’excès ?
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  #7  
Vieux 16/12/2004, 22h25
 
Date d'inscription: novembre 2004
Messages: 279
Par défaut De la fatwa...

Salam Ikkar, salam à tous,
Comme tu l’as si bien dit : " Ikhtilaf al oulema rahma" devrait être la règle à suivre. L’individu préoccupé par des questions le concernant et qui cherche la paix intérieure, ne doit pas se décourager. S’il ne trouve pas une réponse satisfaisante auprès d’un mufti ou un ‘alim, il a toujours la possibilité de continuer sa recherche auprès d’autres personnes compétentes, de même qu’il est à mon avis légitime de poursuivre sa quête personnelle. Le Prophète lui-même a dit : "Interroge ton cœur, demande la fatwa à toi-même même si les autres t'ont donné la leur".
De sont côté, le mufti doit être un « confesseur » sans pour autant être complice. Si la demande du requérant est irréaliste, stupide ou immorale, le mufti doit rester impartial et ne pas chercher à satisfaire à tout prix le demandeur.
Cependant, je constate et déplore que beaucoup de fatwas sont vraiment anachroniques et n’ont rien à voir avec l’ijtihad…

Concernant la fatwa de Khomeiny, à mon avis, elle n’est pas complètement une pure décision politique. L’Ayatollah Khomeiny était tout de même le guide suprême dans un Iran chiite où règne le principe de Wilayat al faqih. De ce fait, c’est un « clerc » qui cumule pouvoir religieux et pouvoir politique. Et sa fatwa contre Rushdie n’était pas une simple opinion consultative.Dans l'esprit de son auteur
, elle avait la force obligatoire d’une loi.

Merci Ikkar, d’avoir enrichi le débat

:-)
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  #8  
Vieux 17/12/2004, 01h43
 
Date d'inscription: novembre 2004
Messages: 279
Par défaut la fatwa

Salam Agdoud, salam à tous,

Tu as raison de préciser que la fatwa n’est ni le point sensible ni le maillon faible du at-tachri’ al islami. Mais comme (à mon humble avis) elle en est l’un des aspects les plus mouvants du fait de l’interprétation humaine, elle constitue de ce fait, un précieux indicateur sur les normes et les mœurs admises au sein d’une société musulmane à une époque bien précise. Un peu comme les codes civil et pénal reflètent, tels des miroirs, les mœurs et les valeurs au sein des sociétés modernes : ce qui est admis ou réprouvé par la société finit toujours par acquérir la force d’une loi.

Sur l’autre idée que tu as soulevée, je pense comme toi que c’est tout le droit musulman, at tachri’ (vieux de douze siècles), voire tout le fiqh musulman qui doit être révisé. On ne peut plus se permettre d’ignorer l’Histoire c'est-à-dire, se contenter d’une interprétation littérale des textes en faisant abstraction de la réalité.

J’en profite pour soulever à mon tour, un autre aspect du problème. Lorsque des groupes politico-religieux appellent à l’application immédiate de la Chari’a, il y a des incohérences. D’abord, parce qu’il y une mauvaise interprétation de la Chari’a. Celle-ci n’est pas synonyme de loi. Il ne faut pas la comprendre en termes d’obligations et de devoirs à accomplir au sein d’un code immuable. La Chari’a c’est plutôt une voie, un guide qui fait appel à la compréhension, à l’intelligence et au cœur de l’individu et non comme une fin en soi.
L’autre incohérence est que ces groupes demandent à l’Etat d’appliquer la Chari’a alors que les ulémas à travers l’histoire musulmane, ont toujours cherché à limiter les interférences du pouvoir politique dans le champs religieux et préserver celui-ci des juridictions de l’Etat. Même si en réalité, il faut admettre que la religion a été très tôt instrumentalisée par les despotes. Même avant la mort du Prophète, les opportunistes s’étaient déjà manifestés (Qoreich en l'occurence!).
Les expériences contemporaines en matière d’application de la Chari’a et des hudud (Khomeiny, Numeiry, Wahhabites, Taliban) ont été catastrophiques à tous points de vues humain, économique, social, intellectuel…

Pour conclure, je dirais que sociétés musulmanes sont malgré tout nettement sécularisées et que l’Etat s’est séparé, de fait, de la religion par bien des aspects.
A mon sens, l’une des plus importantes réformes dans la plupart des sociétés musulmanes est en matière du statut personnel. Il faut admettre que le droit de la famille est un domaine très sensible qui soulève toujours les plus vives passions…
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  #9  
Vieux 18/12/2004, 14h49
Avatar de agdoud
 
Date d'inscription: juin 2004
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Par défaut la fatwa----annassak alislami

Dans les tentatives qui ont essayé d'appliquer la chari3a, par exemple noumeiry avec la complicité d"attourabi et ses compagnons, se reduit souvent en l application des 7oudoud...Et c'est justement là mon premier point de divergeance...

Notre souci dans les pays islamique actuels c'est le dualité entre les deux canaux de législations à savoir le religieux et le légals: c'est un gachi d'effort et c'est une source d'amalgame pour les citoyens ainsi que pour les observateurs exterieurs.

C'est quoi la chari3a? C'est quio attachri3?

On a un probleme de fond, on a des problemes avec les textes...On ne peut pas traiter un sujet comme celui ci loin de la vision d'en haut à savoir Annassak Alislmai dans sa globalité...Il nous faut du courage pour le re-examin de ce patrimoin, de l'audace pour lancer ce chantier, d'explorer au dela des lignes rouges...En gros: ACH BAGHIN L ilam oulla la? si oui kifach?

Agdoud



Citation:
Temudjin a écrit*:
Salam Agdoud, salam à tous,

Tu as raison de préciser que la fatwa n’est ni le point sensible ni le maillon faible du at-tachri’ al islami. Mais comme (à mon humble avis) elle en est l’un des aspects les plus mouvants du fait de l’interprétation humaine, elle constitue de ce fait, un précieux indicateur sur les normes et les mœurs admises au sein d’une société musulmane à une époque bien précise. Un peu comme les codes civil et pénal reflètent, tels des miroirs, les mœurs et les valeurs au sein des sociétés modernes : ce qui est admis ou réprouvé par la société finit toujours par acquérir la force d’une loi.

Sur l’autre idée que tu as soulevée, je pense comme toi que c’est tout le droit musulman, at tachri’ (vieux de douze siècles), voire tout le fiqh musulman qui doit être révisé. On ne peut plus se permettre d’ignorer l’Histoire c'est-à-dire, se contenter d’une interprétation littérale des textes en faisant abstraction de la réalité.

J’en profite pour soulever à mon tour, un autre aspect du problème. Lorsque des groupes politico-religieux appellent à l’application immédiate de la Chari’a, il y a des incohérences. D’abord, parce qu’il y une mauvaise interprétation de la Chari’a. Celle-ci n’est pas synonyme de loi. Il ne faut pas la comprendre en termes d’obligations et de devoirs à accomplir au sein d’un code immuable. La Chari’a c’est plutôt une voie, un guide qui fait appel à la compréhension, à l’intelligence et au cœur de l’individu et non comme une fin en soi.
L’autre incohérence est que ces groupes demandent à l’Etat d’appliquer la Chari’a alors que les ulémas à travers l’histoire musulmane, ont toujours cherché à limiter les interférences du pouvoir politique dans le champs religieux et préserver celui-ci des juridictions de l’Etat. Même si en réalité, il faut admettre que la religion a été très tôt instrumentalisée par les despotes. Même avant la mort du Prophète, les opportunistes s’étaient déjà manifestés (Qoreich en l'occurence!).
Les expériences contemporaines en matière d’application de la Chari’a et des hudud (Khomeiny, Numeiry, Wahhabites, Taliban) ont été catastrophiques à tous points de vues humain, économique, social, intellectuel…

Pour conclure, je dirais que sociétés musulmanes sont malgré tout nettement sécularisées et que l’Etat s’est séparé, de fait, de la religion par bien des aspects.
A mon sens, l’une des plus importantes réformes dans la plupart des sociétés musulmanes est en matière du statut personnel. Il faut admettre que le droit de la famille est un domaine très sensible qui soulève toujours les plus vives passions…
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  #10  
Vieux 19/12/2004, 04h24
 
Date d'inscription: novembre 2004
Messages: 279
Par défaut le poids des mots

Citation:
agdoud a écrit*:
Dans les tentatives qui ont essayé d'appliquer la chari3a, par exemple noumeiry avec la complicité d"attourabi et ses compagnons, se reduit souvent en l application des 7oudoud...Et c'est justement là mon premier point de divergeance...

Notre souci dans les pays islamique actuels c'est le dualité entre les deux canaux de législations à savoir le religieux et le légals: c'est un gachi d'effort et c'est une source d'amalgame pour les citoyens ainsi que pour les observateurs exterieurs.

C'est quoi la chari3a? C'est quio attachri3?

On a un probleme de fond, on a des problemes avec les textes...On ne peut pas traiter un sujet comme celui ci loin de la vision d'en haut à savoir Annassak Alislmai dans sa globalité...Il nous faut du courage pour le re-examin de ce patrimoin, de l'audace pour lancer ce chantier, d'explorer au dela des lignes rouges...En gros: ACH BAGHIN L ilam oulla la? si oui kifach?

Agdoud



Citation:

Beaucoup de mass médias, d'hommes politiques, de prédicateurs, voire même de certains penseurs (qu'ils soient musulmans ou orientalistes) utilisent des termes puisés dans le patrimoine musulman, comme si l'on manipulait des slogans, sans se donner la peine d'expliquer leurs significations. Par exemple: al islam din wa dawla (l'islam = religion et Etat), al islam aqida wa chari'a (l'islam = dogme + loi), etc.
Aussi, très souvent, les définitions existent mais elles sont soit erronées soit réductrices: zakat = aumône légale, djihad = guerre sainte, chari'a = droit musulman, etc.

Or les mots sont très importants par ce qu'ils désignent car ce sont eux qui font la pensée et réciproquement !
Sur des sujets aussi importants, on ne peut pas se permettre de les utiliser indistinctement pour discuter en les substituant par exemple les uns aux autres, parce que c'est plus commun, plus "pratique", comme le font les journalistes...

De telles lacunes sont préjudiciables pour les Musulmans, d'abord et pour le monde qui nous entoure ensuite car elles entretiennent des mythes et des fantasmes (une adhésion enthousiaste exacerbée pour certains, une phobie et une peur démesurées pour d'autres).

Il reste donc un immense travail de conceptualisation afin de mieux comprendre l'islam, faire avancer la pensée musulmane et de dépasser à la fois le dogmatisme religieux et le réductionnisme anti-musulman.

Pour revenir à ta question initiale (quelles sont les définitions des termes "at-tachri' al-islami" et "chari'a" ?), je dirais qu'il y a là justement une grande polémique, à cause de la confusion et l'ambiguité autour de ces deux notions.
C'est donc avec prudence que je me permets une esquisse de définition.

D'abord, il faut souligner que terme de "loi" est rarement employé et celui de "droit musulman" est inexistant dans le vocabulaire musulman, ce qui est d'emblée, une première difficulté. A leur place, les sciences théologiques et juridiques musulmanes utilisent les termes de " fiqh " (ou de " tachri' ) et de "chari'a".

Très sommairement, on peut définir la chari'a الشريعة comme étant la voie que Dieu a tracée dans le Coran, qu'Il a prescrite pour les hommes. Elle comporte Ses commandements, Ses lois immuables (sur la création de l'univers, la mort, la résurrection, etc.) ainsi que les prescriptions morales (al-akhlaq).

Quant au fiqh الفقه (ou at-tachri' al islami التشريع الإسلامي ), c'est l'ensemble des décisions juridiques prises par les docteurs de l'islam basées sur le Coran et la Sunna pour régir la vie des Musulmans dans tous les domaines : le culte, les droits et les devoirs, les différentes activités humaines, etc.

En réalité, il y a deux définitions qui s'affrontent. La première, celle des tenants de l'orthodoxie musulmane qui, tout en distinguant fiqh et chari'a, considère que le premier est au service de la seconde. Autrement dit, la chari’a est "l’ensemble des règles, des préceptes et des enseignements issus de la révélation" et le fiqh est la méthode d’interprétation directe ou indirecte des textes pour l'application de la chari'a aux hommes. Au sein de ce premier courant majoritaire, il y a plusieurs tendances, des plus formalistes qui élèvent le fiqh au statut de lois sacrées et indiscutables (les Hanbalites et leur descendants, les Wahhabites appartiennent à cette tendance) aux "relativistes" (tels que les Ach'aris) qui font référence à l'effort d'interprétation, l'ijtihad (encore un terme à expliquer! peut-être à l'occasion d'un débat ?).

De l'autre côté, certains penseurs réformistes considèrent, d'une part, qu'il est vain de codifier la chari'a car celle-ci n'est pas un code juridique mais un appel moral qui n'a rien à voir avec la manière de se vêtir ou le mode de gouvernement, etc. Et que d'autre part, il faut rationaliser le fiqh et le concevoir dans son historicité, c'est à dire comme une élaboration humaine qui se voulait conforme aux textes divins à une période historique donnée. Le fiqh est un patrimoine qui doit évoluer avec les sociétés (Mohammed Shahrur, Saïd Al Ashmawy, entre autres).
Selon eux, la double grâve erreur dans laquelle est tombée la pensée islamique classique est d'avoir, d'une part, sacralisé à divers degrés, le fiqh alors que celui-ci est une construction humaine et d'autre part, d'avoir assimilé la chari'a à tout ce qui est règlement juridique.

C'est d'ailleurs dans esprit-là, que fut promulgué en 1984, le code de la famille en Algérie sous l'impulsion des tendances les plus rétrogrades du FLN. Après une expérience malheureuse qui dure depuis 20 ans, beaucoup d'Algériens souhaitent se défaire de qu'il appellent le "code de l'infâmie" mais ils se heurtent à la résistance de ces mêmes forces rétrogrades et surtout des islamistes qui les ont supplantés.

Personnellement, de toutes les conceptions que je viens d'évoquer, c'est la dernière (la réformiste) qui me parait la plus acceptable, même si elle demeure discutable. L'homme n'est jamais parfait !

Prenons un exemple concret: . Quelle est la sanction (hadd) prévue en islam pour l'apostat (al murtadd) ?
Il faut d'abord distinguer l'apostasie dans son acception religieuse de l'apostasie politique (ou trahison).

Pour le premier cas, l'apostasie (quitter l'islam ou changer de religion) n'a rien à voir avec la société. C’est une affaire privée. Le châtiment est divin dans l'au-delà... . Il ne revient pas aux hommes d'ôter la vie à un autre homme car c'est Dieu qui donne et qui ôte la vie. Celui qui commet le crime n'est celui qui apostasie mais celui tue l'apostat !
Quant à l'apostasie ou la trahison politique envers la nation, eh bien, c'est le code pénal qui s'en charge et celui-ci est de source humaine.

Voilà un exemple où l'on voit nettement les dérapages qui se produisent lorsqu'on s'obstine à calquer le fiqh humain sur la chari'a divine.

Pour revenir à l'actualité brûlante, je prends un cas extrême, celui de la violence commise au nom de l'islam. Les attentats les plus abominables continuent à secouer la planète mais jusque-là, les réactions des savants et jurisconsultes officiels (qui sont souvent des fonctionnaires de l'Etat ) se sont avérés inefficaces pour répondre à l'idéologie djihadiste comme celle d'Al Qaeda. D'ailleurs toute confrontation intellectuelle avec les théoriciens de ce genre de mouvements est vouées à l'échec.
Il faut admettre que la pensée la plus rétrograde, comme celle des Talibans, est omniprésente au sein des sociétés musulmanes. Les livres qui inspiraient Ben Laden et les Taliban pour appliquer leur conception de la chari'a sont les mêmes livres qu'on étudie dans la plupart des instituts et de facultés islamiques.
La seule différence entre les uns et autres est que les premiers, égaux à eux-mêmes, ont appliqué à la lettre, les principes qu'ils ont appris alors que les seconds ne les ont pas appliqués et pourtant dans le fond, ils appartiennent tous à la même école !

Et ma foi, pour conclure, si nous avons du mal à réformer notre pensée musulmane, pourquoi ne pas essayer la laïcité ?

Pour terminer, je te propose ainsi qu'à tous les bladinautes de lire cette intéressante discussion sur l'islam et la laïcité entre deux intellectuels arabes. Je précise cependant que je ne suis pas d'accord avec le contenu de ce site, en général.. Attention, sur ce site veuillez sélectionner « arabic windows » dans affichage/ codage afin de pouvoir lire correctement :

ICI :-)

Ps: Excuse-moi Agdoud, je n'ai pas compris l'expression "Annassak al islami". Peux-tu me la transcrire en caractères arabes ?
S'il s'agit de la question du "nasikh" et du "mansukh", j'y ai fait brièvement allusion ici mais elle mérite un débat à part, pour une autre fois inchallah :-)
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