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samedi 22 mars 2003, 10h52 NEW YORK (AFP) - Pour la première fois la télévision retransmet, en direct depuis les déserts irakiens, des images d'une offensive en cours. Mais derrière le spectacle se cache peut-être une nouvelle, et plus subtile, forme de manipulation, craignent certains experts. Les téléspectateurs du monde entier peuvent voir en temps réel, depuis le déclenchement jeudi de l'offensive américano-britannique sur l'Irak, les bombes s'écraser sur Bagdad et les colonnes de chars et de camions américains foncer vers la capitale irakienne. Cette prouesse est rendue possible par l'avènement du "vidéophone", un système de téléphone permettant de transmettre par satellite des images de piètre qualité mais diffusables, et surtout par la décision du Pentagone d'autoriser quelque 500 journalistes à accompagner les troupes, y compris aux avant-postes. Les présentateurs s'extasient et le New York Times écrit vendredi que "la télévision a montré plus d'action militaire en direct en un jour que pendant toute la guerre de 1991". Mais des voix s'élèvent aux Etats-Unis pour souligner les risques et les limites de l'exercice. "Le Pentagone gère les relations publiques de cette guerre comme celles d'une campagne politique" assure Danny Schechter, rédacteur-en-chef du site internet Mediachannel.org, spécialisé dans la surveillance et la critique des médias. "Et toute l'idée d'une campagne politique est de créer des +photo-op+, des situations dans lesquelles votre candidat va paraître sous son meilleur jour". "La décision d'emmener des journalistes vient d'une expérience en Afghanistan, avec l'opération Anaconda: (les militaires) les ont d'abord exclus, puis se sont dit: +essayons autre chose, parce que cela les rend furieux. Laissons-les approcher+. Comme cela la guerre devient une histoire humaine, non plus politique". "Vous vous identifiez aux troupes, à leurs problèmes, puis naturellement à leur mission. Vous ne pensez plus à la remettre en cause. C'est une orchestration totale. Ils ont compris que la télévision a besoin d'images, de personnages et d'histoires. Ils les leur donnent. C'est Hollywood. Un nouveau niveau de manipulation". Rachel Coen, analyste chez "Fairness and Accuracy in Reporting (FAIR)", une ONG dédiée à l'étude des médias et de leur fonctionnement, admet certes que cette première mondiale "apporte de nouvelles informations". "Mais cela peut être trompeur", prévient-elle. "Les grandes chaînes américaines se sont transformées au cours des deux derniers jours en relais pour l'information militaire, et c'est dérangeant". "Voir l'image d'un char qui déboule dans le désert peut donner au public le sentiment qu'il a un accès privilégié à la guerre et connaît le dessous des cartes, alors qu'en réalité cela n'apporte que peu d'informations". "Le danger est que l'on ait l'impression que l'on dispose de tout ce qu'on doit savoir. C'est pour cela, je pense, que l'armée a accordé un tel accès. Cela permet de fournir des images superficielles, patriotiques, des troupes faisant leur boulot". "Il serait naïf de croire que l'armée a été convertie dans la nuit et ait renoncé à manipuler l'information. C'est un de leurs objectifs naturels. Aux journalistes de ne pas le permettre. C'est pour cela que l'accès au front est une épée à double tranchant". Après avoir dirigé NBC News, Richard Wald enseigne le journalisme à l'université new-yorkaise de Columbia. Lui aussi estime que nous venons d'entrer dans une ère nouvelle de l'information télévisée, et qu'aucun retour en arrière n'est possible. "Cela va changer ce que vous attendez de la télévision" assure-t-il. "Quand ce sera la guerre, vous allez vous attendre à en voir des morceaux, puis la plupart des choses, en direct". "L'armée a accepté cela parce qu'elle s'attend à une guerre rapide, sans beaucoup de casse. Il y aura des pertes, mais peu, cela sera rapide et les troupes auront l'air victorieuses. Et pour qu'elles aient l'air victorieuses, il faut des journalistes. Dans une situation comme l'Afghanistan, où vous n'êtes sûr de rien, vous n'aurez sans doute pas la même chose". |
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La couverture en temps réel de la guerre en Irak par les équipes de télévision incorporées (embedded) dans les unités américano-britanniques est à la fois une source d'information, mais aussi une arme, pour les responsables militaires. Avec plus de 500 journalistes et techniciens incorporés, la couverture médiatique de l'opération Liberté de l'Irak se situe à mi-chemin entre télé-réalité et jeu vidéo, offrant des points de vue jamais obtenus jusque là. Les militaires, qui ne veulent pas se laisser noyer sous un déluge d'informations non mises en perspective, commencent à se montrer méfiants. Le produit médiatique est aussi utile que les autres informations qui nous arrivent, explique le lieutenant-colonel Neal Peckham, un des porte-parole de l'armée britannique, dont l'équipe surveille en permanence les différentes chaînes de télévision en continu. Mais il souligne que si les officiers d'état-major se tiennent informés des flashs télévisés, ils ne se reposent en aucune manière sur ces seules informations (ce que ne peuvent pas faire le téléspectateur lambda).. Les rapports des officiers sur le terrain, les images satellites, les interceptions de communications, les renseignements fournis par les pilotes ou les drones, ainsi que ceux fournis par les forces spéciales engagées derrière les lignes ennemies leur offrent une appréciation plus globale de la situation. Si une information arrive, qu'elle est exacte et d'actualité, elle peut être intégrée au flot d'informations qui nourrissent les décisions du commandement, explique le lieutenant-colonel Peckham. Mais ce flot lui-même est sévèrement filtré à plusieurs niveaux avant de parvenir aux échelons supérieurs, car le danger, avec la technologie actuelle, c'est le trop-plein d'information. Si on donne trop d'informations à un commandant supérieur, il peut se retrouver pris dans un fouillis, explique le lieutenant-colonel Peckham. Le téléspectateur moyen des chaînes d'informations en continu, privé de filtres, est quant à lui soumis en permanence à un déluge d'informations fragmentaires. Ces informations sont souvent prises hors contexte, parfois non confirmées et soumises aux aléas de la technique du direct intégral. Les images en direct de la chevauchée des blindés américains vendredi dernier dans le désert du sud irakien, se brouillaient souvent, se réduisant à une simple impression de mouvement. On se serait cru dans un véritable jeu vidéo ! Des deux côtés du conflit, des limites sont par ailleurs créées ou explicitement posées aux journalistes dans leur collecte de l'information. A Bagdad, des correspondants ont vu leur liberté de mouvement restreinte et l'équipe de la chaîne américaine CNN a finalement été expulsée vendredi dernier. Les téléphones satellites ont et confisqués et toutes les images sont contrôlées avant envoi. Quant aux journalistes incorporés dans les unités américano-britanniques, ils doivent s'engager à ne transmettre aucune information de nature à mettre en danger les opérations, critères que les militaires peuvent apprécier selon les intérêts du moment. L’armée américaine obligent ces journalistes à obéir à 50 « lois » avant d’être incorporer. Par exemple ils doivent s’engager à ne pas montrer des morts ou des blessés américains et ne doivent pas donner les noms de ces derniers… Car information et désinformation restent parmi les armes favorites et les plus efficaces deux camps. (Pierre JUBIN avec AFP) |
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La guerre en Irak est aussi une bataille des images Par Mberissa Marr lundi 24 mars 2003, 19h32 LONDRES (Reuters) - Les images de prisonniers et autres victimes américaines de la guerre en Irak, qui ont fait le tour des télévisions et journaux du monde entier, n'ont pas manqué de relancer le débat sur l'autocensure, nécessaire ou insupportable, des médias. Tournés par des journalistes irakiens, ces reportages montraient longuement les premières dépouilles américaines. D'autres images s'attardaient sur des "marines" faits prisonniers, visiblement effrayés, donnant leur identité devant la caméra. La plupart des chaînes américaines ont refusé de diffuser ces images dimanche, en raison notamment des pressions du Pentagone. Lundi matin, les journaux suivaient dans leur grande majorité cette ligne, mise à part les tabloïds, comme le New York Post, qui a fait monter ces corps à sa une. Dans les pays arabes, les médias ont vraisemblablement eu moins d'état d'âmes, diffusant d'emblée les images, aux côtés de celles des victimes civiles des bombardements de Bagdad. En Europe, les quotidiens ont également publié les premières photos de ces prisonniers dans leurs colonnes, quand les grandes chaînes internationales, telles CNN International ou la BBC, n'ont diffusé les images que par bribes. "PLAN MEDIA" "Il n'y a pas de solution unique. Et à chaque fois, s'en remettre à son propre jugement. Il faut se demander si les images sont cruciales pour raconter l'histoire, tout en prenant en compte la décence, un éventuel côté gratuit et le risque de manipulation", a expliqué Tony Maddox, haut responsable de CNN International. Comme a pu l'être la guerre du Vietnam, ce conflit est aussi une bataille d'images, où les journalistes témoignent sur la ligne de front à une époque où la technologie permet aux chaînes de télévision de retransmettre une pluie de bombes. Le "plan média" des forces en présence a pris une importance considérable et presque aussi cruciale que les tactiques militaires elles-mêmes. C'est cette stratégie qui pousse Américains et Britanniques à embarquer dans le sillon de leurs blindés des dizaines de journalistes et oblige les Irakiens à emmener à chaque accalmie dans les bombardements les reporters visiter les hôpitaux de la ville. Dimanche, le Pentagone a fait pression sur les médias pour qu'ils ne diffusent pas les images - dont il anticipait les méfaits sur la côte de popularité du conflit - en invoquant le temps nécessaire pour informer les familles. Et le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld a invoqué de son côté les articles de la Convention de Genève sur les prisonniers de guerre. Quand les médias américains ont diffusé quelques jours plus tôt les images des prisonniers irakiens, Washington n'en a pas appelé à la Convention de Genève, font néanmoins remarquer certains observateurs. |
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Dans la guerre de la communication, Bagdad n'a pas dit son dernier mot mercredi 26 mars 2003, 16h56 PARIS (AFP) - Américains et Irakiens se livrent un autre type de guerre, celle de la communication, dans laquelle Bagdad n'a pas dit son dernier mot, selon des experts. Tout belligérant manie propagande et guerre psychologique, comme en témoignent l'annonce par les Américains de la mort de Saddam Hussein avant la réapparition du raïs à la télévision, la fuite supposée puis démentie du vice-Premier ministre Tarek Aziz, les images de prisonniers des deux côtés, ou celles d'avions américains larguant des tracts et bombardant les ondes irakiennes de programmes radiodiffusés. Mais pour Dominique Wolton, maître de recherche au CNRS et spécialiste de la communication, "le plus grand coup de guerre psychologique des Irakiens, qui renvoie à une intelligence ancestrale du type "Contes des Mille et une Nuits", c'est l'affaire des sosies de Saddam Hussein". "Vraie ou fausse, la rumeur selon laquelle il y a plusieurs sosies et qu'on ne sait jamais où est le véritable Saddam Hussein dépasse totalement la pensée rationnelle et a soufflé les Occidentaux", juge cet expert pour qui "les Irakiens alimentent aussi l'incertitude en diffusant des images dont on n'arrive pas à identifier la date". Pour le général Loup Francart, directeur de la société Eurodécision-AIS, spécialisée dans l’intelligence stratégique et la gestion de crise, les Américains ont de leur côté commis l'erreur d'annoncer que Saddam Hussein avait été blessé voire tué dans les premiers bombardements. "Annoncer la mort de quelqu'un sans en être certain est un très mauvais procédé. Au delà de la manipulation psychologique, cela traduit une difficulté d'interpréter des renseignements et revient à dire trop tôt des choses dont on n'est pas certain". Pour ce général à la retraite auteur du livre "La guerre du sens, ou comment agir dans les champs psychologiques", "disposer de tout le matériel nécessaire pour envoyer des tracts, inciter les soldats de Saddam Hussein à la reddition et diffuser par haut-parleurs des messages à la population, ne garantit pas forcément une efficacité certaine en matière d'opération psychologique" car "le problème n'est pas tant ce qu'on fait que la façon dont c'est perçu". Ainsi, selon lui, "on on ne peut pas dire que les tracts aient eu l'effet escompté et que les Irakiens ont accueilli les Américains à bras ouverts". De fait, reconnaissait mercredi le général américain en retraite Bernard Trainor, du "Council of Foreign Relations", "ce qui ne va pas, même si l'administration ne l'admet pas, c'est que les Américains ne sont pas accueillis à bras ouverts comme ils l'espéraient". Ils ont en outre "sous-estimé les forces de sécurité et les fedayine", ces paramilitaires très mobiles dirigés par le fils aîné du président irakien, Oudaï, qui multiplient les opérations coups de poing contre les Américains, souligne ce général dans une interview au Washington Post, en concluant : "nous en payons maintenant le prix". A la différence de la guerre du Golfe où le Pentagone monopolisait l'accès à l'information sur le terrain, il y a désormais aussi sur place la chaîne qatariote Al-Jazira, qui a diffusé la première les images de soldats américains prisonniers et tués. Et si les images de bombardements massifs de Bagdad vendredi dernier visaient pour les Américains à assurer leur suprématie psychologique, elles ont aussi ému le monde arabe et renforcé les sentiments anti-américains dans la région, soulignent ces experts. |
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repetition !
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