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Vieux 08/01/2005, 21h35
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Par défaut Edmond Amran El Maleh: "Une femme, une mère"

De ce court récit on retient la description de ce moment crucial de la naissance d’une oeuvre, ce moment où elle était inattendue, la description du surgissement d’une providence. Une oeuvre dont l’une des caractéristiques essentielles est le questionnement incessant d’une culture aux infinies imbrications, une œuvre ouverte aussi sur d’autres champs de création comme la peinture incarnée ici dans l’œuvre du peintre marocain Khalil El Gharib.

Le texte parle de trois personnages, principalement de la femme mère, mère du peintre. Il ne s’agit pas d’un symbole mais d’une femme réelle et non moins gardienne de la civilisation et de la culture. Cette même culture raffinée qui a fait que des communautés confessionnelles ont pu vivre en symbiose au Maroc et traduire le raffinement dans la culture du partage.

Amran El Maleh en 1975, de retour au Maroc après un long exil volontaire, trouve l’amitié à Asilah ville dont il n’avait jamais entendu parler auparavant. Il y a quelque chose de magique dans l’inattendu surtout quand on observe un temps d’arrêt pour embrasser du regard le trajet parcouru. Dans ce moment fondateur du tournant inattendu, l’auteur est attiré par l’environnement de la petite ville où des années plus tard il reviendra régulièrement chaque été campant « dans le paysage urbain muros et extra muros, une silhouette familière, marquant par son arrivée le commencement de l’été, à l’image des cigognes annonciatrices du changement de saison".

Des habitudes d’une « maçonnia », « quelque chose comme une loge secrète maçonnique » s’installent avec des amis dans le café Zrirek autour d’un verre de thé.

Initialement dans l’histoire du surgissement de l’œuvre, l’auteur est frappé par le cimetière juif, face à l’océan, le cimetière marin où aucun juif ne sera plus enterré, "lieu d’exception où par un pur hasard s’est noué une alliance indéfectible, celle qui désormais le liait à cette terre par des liens multiples et complexes d’une nature quasi organique". Le texte sur le cimetière marin est l’un des sommets de ce court récit.

La description de ce déclic de l’œuvre à venir est dans "Parcours immobile" on le sait, l’œuvre majeure qui ouvre la voie à une quête qui se poursuivra avec courage et abnégation dans le sillage de ce qui constitue le substrat de toute une culture marocaine. Entre 1975 et aujourd’hui, près de trois décennies se sont écoulées. Entre temps une oeuvre inattendu a pu surgir au fil des ans. Une œuvre où Amran El Maleh va d’exploration en interrogation-sollicitation du patrimoine aussi bien dans son parcours personnel qu’à travers une lecture-dialogue des travaux d’autres créateurs pour dessiner ce possible providentiel qu’est la culture marocaine vivante et constamment en devenir malgré les ruptures et vicissitudes de l’histoire.

Histoire, art, art de vivre, culture, manière d’être ensemble entre des communautés marocaines de confession musulmane et juive et comment on peut apprendre de ce passé qui est présent et futur par la force des valeurs dont il forme le creuset précieux.

Le texte « Une femme, une mère » commence par la juxtaposition de deux êtres marqués par l’âge avancé, quatre vingts années, une mère vénérable aux nombreux enfants une zaïlachie (femme de la ville d’Asilah) qui n’est autre que la mère du peintre Khalil El Gharib et un homme du même âge qui n’est autre que l’auteur. Le lieu de rencontre est une maison traditionnelle marocaine, anciennement maison juive, "demeure du hazan il n’y a guère très longtemps". Lieu de rencontre aussi est cette chanson que la femme mère chante -elle qui aime la musique et la peinture surtout les paysages- une chanson juive qui parle d’une amante juive qui se convertit à l’islam à la grande réprobation des ses coreligionnaires d’autant que la conversion se fait pour l’amour d’un homme musulman. La femme mère ici est très particulière et n’a rien à voir avec le symbole possessif. C’est plutôt l’incarnation de la civilisation dans cette culture du goût, du « raffinement et de l’art de vivre dans sa plénitude ». Pour s’en convaincre écouter ce que dit la femme mère à l’auteur à propos de la chaux essentielle pour draper les murs de la médina d’Asilah :

« ...si importante pour la tenue de la maison, la chaux fibre organique du grand corps de cette médina... Il faut l’entendre parler de la manière d’éteindre la chaux, des soins qu’il faut apporter pour qu’elle ne soit pas diluée mais crémeuse, onctueuse comme un beurre, pas trop compacte et qu’elle se bonifie au fur et à mesure qu’on la garde un certain temps, puis enfin, au moment de l’emploi, on y ajoute la fameuse nila, ce bleu qui s’y incorpore merveilleusement et parfois aussi, chez les juifs surtout, la moghra, une poudre minérale de couleur rouge ou orange tirant sur le jaune. Ce qui se décèle en tout ceci, c’est le détail, le trait d’un art de vivre, un commerce intime avec la matière.. » Dès lors le peintre forme une géniale continuité de cet héritage culturel.

La rencontre entre la femme mère Lalla Saïda Yemlabi Achaïr et l’auteur est vécue comme un roman qui décrit deux destins qui se croisent après avoir cheminé « longtemps un long parcours ». Le plus important pour l’écrivain c’est de lire, d’évoquer la structure de ce passage de l’héritage de culture orale fondée sur la mémoire à la création proprement dite faite peinture.

"Une femme, une mère" texte de Edmond Amran El Maleh, éditions Lixus, Tanger 2004. Texte original, éditions La Pensée Sauvage 2002, éditions d’art à tirage limité accompagné de travaux originaux de Khalil El Gharib.


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