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| La "drôle" de France de ma mère... Ma mère a 92 ans…et quand elle parle de son enfance, c’est un autre monde que le nôtre, une autre France qui apparait, pauvre, dure, rurale, charitable, avec des formes de violence jusque dans l’éducation que donnent les institutrices… Pourquoi en parler dans « Actualités françaises » ? Parce que comprendre ce que les générations antérieures ont pu vivre éclaire à mon sens les résistances de la société française sur certains points. Et peut étonner ici les plus jeunes, en particulier ceux issus de l'immigration qui n'ont pas toujours une image "vraie" des générations antérieures... Une France sans voiture, où les avions ont 4 ailes comme dans les films sur la guerre de 14, où la haine de l’autre est enseignée à l’école, où un catholique ne peut pas épouser un protestant sans qu’il y ait scandale dans la famille, où le cheval n’est pas encore remplacé par les machines, où l’on parle des langues régionales, où le divorce est une honte… Et en l’espace d’une vie ma mère va voir des changements énormes, stupéfiants par rapport à ceux que moi j’ai pu vivre… J’en parle aussi parce que bizarrement les ethnologues se sont intéressés à des pays exotiques dès le début du 20ème s. et pas du tout à la France d’alors. Or ce n’est pas un travail d’historiens qu’il faudrait, mais bien un regard d’ethnologue sur ce temps… Comprendre ce qu’a pu être la France de ma mère, c’est aussi à mon avis mieux comprendre la politique coloniale française d’alors… J’ai enregistré quelques conversations avec elle…Les propos de ma mère sont en gras…Parfois en note je donne une précision pour les Bladinautes… Suite à venir...
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| Re : La "drôle" de France de ma mère... Je suis née en 1919 à Saint-Hippolyte du Fort (Gard)…Mes parents m’ont conçu lorsque mon père est revenu de la guerre de 14/18 où il avait été blessé 7 fois et a été fait prisonnier pendant deux ans en Allemagne… J’étais leur 4ème enfant…Mes parents s’étaient mariés sans presque se connaitre…mais à l’époque, ce n’était pas comme maintenant : ma mère aimait un protestant, mais on était catholiques et c’était tout simplement impossible, impensable. Alors mes grands-parents ont dit à ma mère : « Nous allons te présenter un militaire ». A l’époque dans les familles, c’était bien d’avoir un militaire ou un curé, et très bien s’il y avait les deux. D’ailleurs ma mère a voulu que mon frère devienne curé et c’est ce qu’il a fait. Ma mère s’est mariée à 17 ans et à 19 ans elle avait déjà deux enfants. J’ai des souvenirs très précis de mon enfance…je peux me rappeler par exemple de poèmes appris il y a plus de 80 ans et les réciter par cœur… Dans les maisons il n’y avait pas de salles de bains : on lavait les enfants devant le poêle de la cuisine dans un baquet. De l’eau et du savon… Sur les cheveux on mettait que de l’eau : j’étais adolescente quand ma grande sœur m’a montré pour la première fois du shampoing. Ça ressemblait dans mes souvenirs à un cube Maggie avec écrit « Dop » dessus. Ma sœur raclait le cube pour obtenir une poudre… « Dans les années 1930, seuls 3 Français sur 10 se lavent les cheveux une fois par an. Eugène Schueller, chimiste, imagine un shampooing à base de ces composés. Dans un souci d'éducation de la population à l'hygiène, le fondateur de l'Oréal invente alors le premier shampooing sans savon destiné à la grande consommation. Il lui donne un nom court, facilement mémorisable. Le 8 juin 1934, la marque Dop est déposée. Fini le temps des jaunes d'oeufs, du savon de Marseille et du vinaigre qui laissent les cheveux rêches après le séchage. Lancé en poudre, le produit est vendu chez les coiffeurs, parfumeurs et pharmaciens dans de petites pochettes auxquelles on ajoute de l'eau. » Source : http://www.journaldesfemmes.com/beau...ques/dop.shtml On avait des poux sans arrêt…tous les enfants…Les institutrices surveillaient l’hygiène mais je ne comprends pas certaines attitudes… Régulièrement la maitresse nous demandait de lever nos robes pour voir si on portait une culotte… Malheur à celles qui n’avait pas de culotte !!! Elles devaient venir sur l’estrade et nous on se moquait en pointant nos index vers elles et en chantant : « Hue les cornes !! A l’enfer tout l’hiver !! Va chercher le diable !! Qui te fera place !!! Va chercher le ramoneur !!! Qui te fera peur !!! » Ces petites pleuraient peuchère !!! Elles n’avaient pas de culotte parce qu’elles étaient pauvres !! Pourquoi les institutrices les humiliaient ??? Je ne l’ai jamais compris… Suite...
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| Re : La "drôle" de France de ma mère... Un jour je lève ma robe, certaine d’avoir ma culotte et…mince ! j’en avais pas !!! j’ai cru que j’allais m’évanouir (elle rit)… C’était ma grand-mère qui s’occupait de moi parce que ma mère était allée voir sa cousine à Marseille…elle avait oublié de me mettre une culotte, ou bien elle avait la flemme de la laver !!! L’institutrice a vu que j’étais tellement mal qu’elle m’a fait signe de rester à ma place… Régulièrement aussi, on devait enlever nos chaussures pour voir si nos pieds étaient propres… Note : La punition accompagnée d’une humiliation durera au moins jusqu’aux années 60/70. J’ai 50 ans et à la maternelle, le samedi, la directrice punissait les enfants qui n’avaient pas été sage dans la semaine : les autres enfants s’asseyaient le dos contre les murs de la cour de récréation, la Directrice au milieu de la cour. Elle appelait les enfants coupables, les déculottait et leur donnait une fessée. L’idée de nous retrouver le cul à l’air devant tout le monde nous terrorisait bien plus que la fessée elle-même. Le respect envers les instituteurs était inimaginable. Mon père m’avait bien dit « Je donnerai toujours raison au Maître, alors fais attention à toi !! » Et mon père n’avait pas besoin de répéter deux fois les choses. La semaine dernière, à la télé, j’ai vu un de ces instituteurs modernes. Il est arrivé devant les enfants et leur a dit : « Je m’appelle Jean-Pierre Tartempion, mais vous pouvez m’appeler Jean-Pierre et me dire « tu » » Devant ma télé j’ai crié : « Dans un mois ils vont te marcher dessus ! andouille ! »
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| Re : La "drôle" de France de ma mère... Trés beau récit...... Ta maman a l'air d'avoir encore beaucoup d'esprit et de souvenirs pour son âge, je lui souhaite de les garder jusqu'à la fin de sa vie qui je l’espère durera encore un bon moment par la grâce de Dieu. J'attends vraiment la suite avec impatience!! |
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| Re : La "drôle" de France de ma mère... Petite j’étais orgueilleuse comme ce n’est pas possible (elle rit). Il faut dire que mon père était militaire de carrière, adjudant-chef et responsable des enfants de troupe. Le dimanche matin devant l’église, un homme annonçait « L’adjudant-chef Fxxxxxx, suivi des enfants de troupe !! ». Et mon père entrait dans l’église suivi des enfants de troupe… J’étais fière !!!!!!! J’avais l’impression qu’il était le Président de la République !!! Alors que c’est rien Adjudant-chef comme grade… J’étais orgueilleuse, mais j’étais aussi très têtue et méchante… Par exemple je refusais d’apprendre des poèmes lorsque je les trouvais nuls. Il y avait un poème que je ne voulais pas apprendre qui disait : Un jour un grand’ papa, Un grand’papa gâteau, Partageait un baba. En veux-tu Madeleine ? Oh oui Grand père ! Un peu… Et toi ? Beaucoup j’espère ! Et moi grand père j’en veux trop ! Un peu, beaucoup et trop, Les 3 parts demandées Furent sur le champ accordées Mais toute la journée Paul fut mélancolique Et l’on disait tout bas qu’il avait la colique » C’était bête comme poésie hein ? Moi qui adorait Victor Hugo, Corneille et racine…Alors je disais « Non je ne veux pas l’apprendre celui-là ! ». Comme punition, pendant la récréation j’étais le front contre le mur, avec une grande pancarte dans le dos où il y avait écrit « têtue ». Les autres fillettes passaient en courant près de moi et en se moquant. Alors moi je balançais un coup de poing sans me retourner pour pas être vu par la maitresse…J’entendais « Aie ! » et je disais dans ma tête : « bien fait »… Régulièrement, pendant la récréation, j’organisais des repas de mariage. Mes copines apportaient une sucrerie, une pâte de fruit, des fruits secs et on posait tout ça sur une petite table. Un jour une petite arrive avec une pomme de terre… Je l’ai engueulée : « Quoi ???!! Tu viens à un mariage avec une pomme de terre ????? Mais où tu as vu ça ???? Va-t’en de là !!»… Alors peuchère, elle est repartie en sanglotant… En fait elle venait avec une pomme de terre parce qu’elle était très pauvre : sa mère était seule, avait comme travail de donner à manger aux cochons des pommes de terre, et était payée avec des pommes de terre… Victor Hugo disait de l’enfance : « Cet âge est sans pitié » Je l’ai revue plus de 30 ans après…On s’est embrassé…On a parlé du passé…Elle se rappelait de ce moment et de l’immense peine qu’elle avait ressentie alors… Elle avait fait un beau mariage, elle avait une belle maison avec une piscine…La roue tourne et j’étais heureuse pour elle… Suite...
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| Re : La "drôle" de France de ma mère... Citation:
Ma mère est comme sa mère et sa grand-mère: on appelle ça des "dragons" dans la famille...Des femmes avec une forte personnalités qui se heurtent à l'autorité souvent
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| Re : La "drôle" de France de ma mère... Il y avait beaucoup de gens pauvres…Pas la pauvreté de maintenant…Avant c’était plutôt la misère que la pauvreté. Une fois pendant que les femmes lavaient le linge, une petite est tombée à l’eau. Ma mère a vu qu’elle grelottait et lui a dit d’aller se changer. Mais la petite n’avait que les vêtements qu’elle portait sur elle. Alors ma mère lui a donné une de mes robes.» A table on était 9 personnes : mes parents, les 6 enfants et une voisine qui s’appelait Alix. Un jour je demande à ma mère pourquoi Alix est avec nous à chaque repas, et elle me répond : « Peuchère ! Elle est seule et n’a pas de retraite, il faut bien qu’elle mange !! » Alix est venue manger pendant au moins 10 ans... A l’école, on nous enseignait que les Français étaient les plus forts, les plus intelligents, les plus généreux, les plus courageux…Et nous on le croyait !!! (elle rit) On nous apprenait à détester les Allemands… Il y avait une histoire que la maitresse nous avait racontée : deux soldats blessés dans le froid, un Allemand et un Français. L’un voit que son ennemi souffre du froid et le recouvre de sa veste pour qu’ ‘il ne meure pas. La fin du texte que lisait l’institutrice disait : « Qui crois-tu avait donné sa veste à l’autre ? C’était le Français !!!! » Alors avec mes copines de classe on était bouche bée…On se regardait en se disant « Décidemment, on est les meilleurs, les plus braves du monde »… Mon père n’était pas d’accord et disait des Allemands qu’il avait combattus dans les tranchées: « Ils sont comme nous…ni meilleurs ni pires…des pauvres bougres… ». Ma mère, elle, avait une autre théorie : « Plus tu descends vers le Sud, plus c’est nul. Plus tu montes, mieux c’est. » (elle rit) Plus tard, quand on a vu arriver les Allemands pendant la seconde guerre mondiale, on en revenait pas : ils se lavaient à la fontaine et on voyait des beaux mecs, grands, musclés…Nous nos hommes étaient tout maigres, pas sportifs du tout… (Elle rit) Concernant les colonies, c’était simple : on ne nous parlait pas de massacres…On avait apporté la civilisation, le progrès et puis c’est tout…et les peuples colonisés nous aimaient. J’étais à l’école laïque mais mon frère se destinant à devenir prêtre, était au séminaire. Quand on comparait les livres d’Histoire, on voyait de grosses différences à certaines périodes, comme pour la Révolution… Sinon c’était une Histoire assez caricaturale. Par exemple, concernant Louis XI, le manuel disait : « Louis XI était petit et cruel ». C’est pas de l’Histoire ça ??? (elle rit) Suite à venir…
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| Re : La "drôle" de France de ma mère... A l’école il était interdit de parler le patois…on ne devait parler qu’en français sinon la punition était systématique et immédiate. Pourtant à la maison je parlais le patois avec mes parents qui parlaient le français ou l’occitan. Mais mes grands-parents ne parlaient pas français : du côté de mon père ils parlaient catalan, et du côté de ma mère ils parlaient occitan. Note : ce que ma mère appelle du terme péjoratif de « patois », c’est l’Occitan et le Catalan, langues du Sud de la France avant que le français soit imposé. L’Occitan et le Catalan sont deux langues très proches issues du latin et il n’était pas difficile pour ma mère de parler occitan avec ses grands-parents du Gard, et de parler catalan avec ses grands-parents de la région de Perpignan. L’école républicaine a tout fait pour éradiquer les langues régionales avec deux méthodes : l’interdiction et la dévalorisation (d’où le fait que ma mère parle de l’Occitan comme d’un « patois », c’est-à-dire une sous-langue, une langue de ploucs…et qu’elle ne l’a pas enseigné à ses enfants). Langue savante et culturelle, parlée aussi bien par Dante que par Richard Cœur de Lion, l’Occitan est parlé du 10ème au 20 ème s. où il a faillit disparaitre. La politique vis-à-vis des langues régionales trouve un nouvel essor avec l’élection en 1981 de Mitterrand. Voir :
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| Re : La "drôle" de France de ma mère... Il n’y avait quasiment pas de voitures quand j’étais jeune…On les entendait venir de loin. Avec mes copains et copines on partait pour la journée à vélo à la mer…ça faisait entre l’aller et le retour plus de 100km mais les parents n’avaient pas peur…Il y avait moins de fous que maintenant (elle rit). Mon oncle avait eu le 3ème permis du Gard. Il n’avait pas les moyens de se payer une voiture, c’était pour devenir «chauffeur de maître ». Il nous avait raconté comment il avait passé le permis : l’examinateur s’était posté sur une colline avec des jumelles, et mon oncle devait démarrer la voiture et prendre un virage sans se mettre dans le fossé ! il avait eu son permis qu’on a gardé longtemps dans la famille avant de le perdre… Suite un autre jour...peut-être...si j'ai pas la flemme...
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| Re : La "drôle" de France de ma mère... Merci pour ce témoignage, c'est ce que je raconte souvent. Faut que la France devienne moins arrogante car elle n'était pas si développe il y a quelques générations seulement et c'est grâce aux 2 guerres que l'on est la on l'on est aujourd'hui. |
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