Cas de figure, ou un cas de racisme ordinaire


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  #1  
Vieux 04/02/2005, 18h24
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Par défaut Cas de figure, ou un cas de racisme ordinaire

Alain Ioualalen, 51 ans, urologue et chef de clinique à Toulouse. Image d'Epinal d'une intégration réussie, ce fils d'Algériens se sent toujours écorché par le racisme ordinaire.


Une cour pavée, les briques roses et le marbre blanc des hôtels du Toulouse déjà vieux de quelques siècles. «Je trouve amusant que ce soit un métèque qui habite ici.» Il dit ça comme s'il racontait une bonne blague. A ceci près que la blague ne le fait pas rire du tout. C'est un rictus qui le trahit. «Alain Ioualalen est un chirurgien qui a mal partout, raconte une de ses amies, psychiatre des hôpitaux. Il est dans la vie comme dans un drame.» L'urologue de la clinique du Parc va recevoir le mois prochain la consécration de ses pairs, à leur congrès d'Istanbul, pour la réalisation d'une opération impossible. Il est flatté. Il montre le croquis de son ami, le dessinateur de presse Jiho : un patient qui se flatte d'avoir été opéré par «deux Arabes», et son voisin de lit qui lui demande s'ils ne lui ont pas «piqué son portefeuille» par la même occasion. Alain Ioualalen voit des «snipers» partout. Ce sont ces employés de l'administration, ces juges, ces directeurs d'entreprise, ces voisins ordinaires qui, selon lui, font toujours trébucher «le type un peu frisé». Il ne dit pas «les racistes». Il dit «les haïsseurs». Des «barbares» qui n'en finissent pas d'exiger des siens ce qu'ils n'ont jamais demandé aux autres immigrés. Ni surtout à eux-mêmes. «C'est avilissant de devoir sans cesse expliquer que l'on est ni un voyou, ni un musulman terroriste, dit-il. La multitude des Arabes en France cherche plutôt à s'intégrer, mais on ne veut pas les entendre.»

Il y a le piano quart-de-queue, le vin de Bourgogne et la stéréo design de son hôtel de la rue Mage. Mais l'urologue au sommet de sa carrière se sent de la même humanité, écorchée, que ses semblables des cités. L'Arabe qui a réussi, dit-il, est celui qu'on prend par les pieds pour taper sur la tête des autres. Il ne s'endort pas sur les contes de fées républicains : «Ces success stories à la noix ne font que culpabiliser davantage celui qui a déjà toutes les chances de ne parvenir à rien. Immigré, vous êtes malheureux, laid, moche, maladroit, et en plus c'est de votre faute.»

Quand l'ancien maire de Toulouse Dominique Baudis lui a prêté des autobus pour aller avec l'association France Plus enregistrer les jeunes beurs des cités sur les listes électorales, il n'avait qu'une devise à leur attention : «Vous n'avez aucune chance, alors saisissez-la !» C'est dit sans rage. Mais avec comme de la chair de poule dans la voix. Alain Ioualalen hait les «haïsseurs». N'inverse-t-il pas les rôles ? «J'ai vécu l'enfer en arrivant ici», répond-il. En quittant l'Algérie, c'est le paradis qu'il a laissé, les infinis champs de blé et les oliveraies de la propriété familiale, où il chevauchait en croupe derrière son grand père, gouverneur de la région. La France ne ressemblait pas à ce que lui avaient appris les livres.

D'abord, Alain Ioualalen ne s'appelle pas Alain. Il est né Mourad, de Tassadit et de Mohammed Akli Ioualalen, maire et député de Ouadhias jusqu'à l'indépendance de l'Algérie en 1962. C'est pour suivre ce père, notable d'une Algérie française, prisonnier du FLN à Alger puis à Tindouf jusqu'à son évasion, que les six enfants de la famille et leur mère se sont exilés vers la métropole en 1968. Dans un camp de harkis d'abord, dans le Gard. «On nous portait la tambouille, raconte-t-il. Les vieux ne parlaient plus.» C'est à l'épicerie du village qu'il a croisé sans comprendre «le premier regard d'évitement». Il cite alors Albert Cohen : «Mon sourire d'enfant, ce jour-là, s'est transformé en sourire de bossu.» Il cite aussi Henri Montané, un voisin qui lui a ouvert sa bibliothèque quand il était adolescent à Montauban, où il a finalement atterri. Il lui manquait une carapace, il est allé la chercher dans la littérature. Il lisait à la maison et boxait tous les jours à la sortie du collège Bourdelle ceux qui le traitaient de «sale bougnoule». Cogneur à l'occasion, mais convaincu toujours que le travail est la seule chance de ceux qui n'ont rien. «Alain était là tous les soirs à surveiller nos devoirs, se souvient sa soeur Leila, devenue bibliothécaire. Son autorité a remplacé celle de mon père décédé. Ma mère nous déchargeait de toutes les tâches domestiques pour que nous puissions travailler.»

Dans la famille Ioualalen, le frère aîné est chef de chantier. «J'étais comme une éponge en écoutant le Jeu des mille francs à la radio, reprend-il. Je me disais que si je pouvais parler comme eux, on finirait bien par m'aimer ici. Et qu'alors, je pardonnerais... Pauvre imbécile que j'étais.» Il a des manières douces, le sourire toujours plissé au coin de l'oeil. Mais un désir de revanche non assouvi : «Ils exigent trop de ceux qu'au fond d'eux-mêmes ils ne veulent pas intégrer. Les racistes n'ont rien compris.» Il pioche les dernières cacahuètes au fond d'un bol. Il marmonne : «Dans cent ans, on se rendra compte que c'était aux Français à faire l'effort de comprendre que leur pays avait la chance de pouvoir accueillir des étrangers.»

Il a prénommé ses fils Paul et Louis. Lui est devenu Alain en 1970, quand son père a choisi d'effacer le passé et Mourad. Mais une rature sur l'état civil n'a pas suffi à gommer ses souvenirs en Cinémascope des campagnes de Kabylie, les illusions de l'enfance, puis l'expropriation, l'assassinat du grand-père, de son oncle, l'internement de son père, tout ce qui fit de lui très tôt le soutien de sa mère : «J'avais au moins une histoire en arrivant en France. Une dignité à défendre qui m'a permis de résister.» Beaucoup des siens arrivent sans ce bagage qui bétonne les âmes. Il a bossé ses cours de médecine dans la chambre 788, barre D, de la cité universitaire de Rangueil. Il se déplaçait en Solex quand les fils et filles de bourgeois toulousains se rendaient en cours en voiture de sport. On lui a d'ailleurs volé, un jour, une roue de sa monture, et il s'est dit qu'il n'y avait que «des forçats en pyjama rayé pour piquer ainsi le quignon de pain à un autre forçat». L'obsession d'être tenu à la marge, toujours.

«Sur deux mille urologues en France, souffle-t-il, il n'y a que douze métèques comme moi. Encore moins qu'à l'Assemblée nationale.» Devenu chef de clinique sous l'aile du professeur Francis Pontonnier, Alain Ioualalen a pu entreprendre l'opération qui allait durer huit heures : suivi sur un écran, le remplacement d'une vessie sans «ouvrir» le patient sinon pour y glisser une caméra, le scalpel et le fil à recoudre. Pour une «première» comme ça, il s'est évidemment dépêché de s'adjoindre l'urologue Mohammed Ziani.

Par Gilbert LAVAL
vendredi 04 février 2005 - Liberation

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  #2  
Vieux 04/02/2005, 19h15
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hélas ma tite mina le milieu médical est l'un des plus "raciste" et pourtant je n'aime pas tellement utiliser ce mot.
L'hôpital français tient debout grâce aux médecins "étrangers" taillables et corvéables à merci, payé 2 fois moins pour exactement le même boulot que leurs collègues "français". Et quand bien même ils acquièrent la nationalité ça ne change pas grand chose aux données... très peu arrivent à obtenir des "chefferies"...
Mon frère a une histoire identique à celle que tu cites, il a aussi eu à faire aux "racistes ordinaires" qui lui demandaient quand le chirurgien arriverait.....son maitre de formation lui a carrément dit à son arrivée "je vous forme à condition que vous retourniez dans votre pays à la fin", je passe sur toutes les fois où le nom de ses collègues "français" étaient mis en premier sur SES travaux de recherche......
Dans la rue il entend souvent "ahh regarde "les" dans quoi "ils" roulent...." parcequ'il a une tête d'arabe et une belle voiture....personne ne se soucie des 14 années d'études(galères) qu'il y'a derrière :-(

mais malgré tout quelle belle revanche ! :lol: hé ouais ! c'est un arabe qui opère tous ces gros racistes qui se plantent la gueule le samedi soir en rentrant du bistrot bien imbibés...
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  #3  
Vieux 04/02/2005, 19h18
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ce qui est dommageable et regrettable, c'est qu'on nous demande l'excellence. alors qu'à mes yeux, le coté ordinaire de notre vie serait plus révélateur de notre "intégration".

;-)
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  #4  
Vieux 04/02/2005, 19h19
 
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monnaie courante malheureusement. en corse c est pire.
etre medecin liberal de couleur c quasi impossible la bas.
et ils osent se defendre d etre en majorité rascistes.
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  #5  
Vieux 04/02/2005, 19h32
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hé oui mais comme on dit les gens heureux n'ont pas d'histoires ;-)

Citation:
le coté ordinaire de notre vie serait plus révélateur de notre "intégration".
oui heureusement ;-) on est quand même pas mal dans ce "genre" :-)
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  #6  
Vieux 04/02/2005, 20h10
 
Date d'inscription: novembre 2004
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Par défaut Cas de figure, ou un cas de racisme ordinaire

Citation:
rainbow a écrit :
L'hôpital français tient debout grâce aux médecins "étrangers" taillables et corvéables à merci, payé 2 fois moins pour exactement le même boulot que leurs collègues "français". Et quand bien même ils acquièrent la nationalité ça ne change pas grand chose aux données... très peu arrivent à obtenir des "chefferies"...

Vous avez raison mais précisez que ces médecins ont un diplôme étranger.S'ils veulent être payés comme les français,ils doivent accepter de passer l'examen de confirmation..



Citation:
"Si ce que tu as à dire n'est pas plus éloquent que le silence alors tais-toi!"(Proverbe chinois)
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  #7  
Vieux 04/02/2005, 23h52
heal
 
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Messages: 663
Par défaut Cas de figure, ou un cas de racisme ordinaire

Je ne vais pas dire qu'il n'y a pas de racisme dans le milieu médical mais c'est un milieu très difficile et très sélectif pour tout le monde;

Pour réussir, il faut avoir un poste à l'université, être professeur, être chef de service à l'hôpital, être directeur de recherche, avoir un cabinet, publier, faire des communications dans les conférences et entretenir son réseau.

Entretenir son réseau c'est se saouler avec les potes, partouser, inviter et se faire inviter, partager les parties de chasse et de golf, éventuellement se refiler les maîtresses, rendre des services, etc...

Tout le monde n'a pas le désir, la santé, l'énergie, la disponibilité pour faire tout ça.

J'ai étudié dans le temps le dossier d'un grand déprimé suicidaire, professeur de médecine qui ne supportait pas de ne pas être directeur de recherche comme ses copains de promotion, alors qu'il avait tout le reste. C'était un "vrai"français.

Et de toutes façons, dans un emploi public, ya des quotas. Il ne suffit pas d'être bon pour avoir une position d'excellence.

Tout ça pour dire que, pour arriver en médecine, il ne suffit pas d'être franchouillard.
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  #8  
Vieux 05/02/2005, 00h10
 
Date d'inscription: novembre 2004
Messages: 788
Par défaut Cas de figure, ou un cas de racisme ordinaire

Citation:
heal a écrit :
C'était un"[color=000000]vrai[/color]"français.
.
:-?



Citation:
"Si ce que tu as à dire n'est pas plus éloquent que le silence alors tais-toi!"(Proverbe chinois)
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  #9  
Vieux 05/02/2005, 00h15
 
Date d'inscription: octobre 2004
Messages: 5 270
Par défaut Cas de figure, ou un cas de racisme ordinaire

Citation:
conan a écrit*:
Citation:
heal a écrit :
C'était un"[color=000000]vrai[/color]"français.
.
:-?



Citation:
"Si ce que tu as à dire n'est pas plus éloquent que le silence alors tais-toi!"(Proverbe chinois)

Salam, Conan

ce sont les lapsus lacaniens de Heal :-D

(:roll
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  #10  
Vieux 05/02/2005, 00h17
 
Date d'inscription: février 2005
Messages: 19
Par défaut Cas de figure, ou un cas de racisme ordinaire

Magnifique .Merci de l'avoir mis sur le net.
La conclusion pour moi est maintenant évidente .Comme les Africains-Américains , comme les Bretons , comme les Savoyards , le temps du regroupement géographique est venu .Pour la dignité . Seul le regroupement géographique ( de Marseille à Perpignan par exemple ) pourrait permettre de peser démographiquement . C'est la méthode utilisée par l'ethnie Jouale au Canada et cela avec beaucoup de succés.
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