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Vieux 21/02/2005, 23h45
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Par défaut Prévention de la mort subite des sportifs

Le Maroc est appelé à se doter de la logistique médicale idoine


De nombreux sportifs de haut niveau sont décédés brutalement au cours de la pratique sportive. La question du dépistage des pathologies pouvant amener à la mort subite sportive est de plus en plus posée. La médecine du sport est-elle capable de faire des diagnostics de pointe en matière de cardiologie ? Le dopage est-il incriminé dans ces morts inexpliquées.
L¹érythropoïétine, l¹hormone de croissance ou les corticoïdes sont devenus de plus en plus utilisés par les sportifs de haut niveau causant de plus en plus d¹accidents. Pathologie cardiaque méconnue chez le sportif, dopage, ou les deux à la fois, ce problème de risque cardio-vasculaire du sport pose plus de questions que de réponses. La première cause de mortalité chez les sportifs qui pratiquent plus de 10 h d¹entraînement par semaine est représentée par les maladies cardiaques. L¹arrêt cardiaque survient quand le sport induit des décharges brutales d¹énergie, c¹est le cas de sport nécessitant des efforts intermittents comme le tennis, le football ou le basket-ball.
Chaque année, 40.000 personnes décèdent subitement en France par arrêt cardiaque dont 1500 décès au cours de la pratique sportive.
L¹arrêt cardiaque nécessite l¹intervention d¹une équipe de réanimation pour commencer le massage cardiaque externe suivi du choc électrique externe, ce qui peut ressusciter l¹activité cardiaque. Une équipe médicale entraînée à ce genre de situation est nécessaire. En absence de réanimation sur place, le décès survient le plus souvent. La mort en direct du footballeur Feher, survenue après celle de Foe, relance encore le débat de la mort subite sportive. Fatalité ou possibilité de prévention ? Voilà la question qui se pose. Le suivi médical des sportifs de haut niveau est plus que jamais d¹actualité. Le dossier médical devrait répondre à la question suivante : quel est le pourcentage du risque de la pratique sportive de haut niveau ?
La pratique sportive de haut niveau est définie par un entraînement sportif de plus de 10 h par semaine. Les sportifs poussent leur corps à l¹extrême. Les sollicitations cardio-pulmonaires dépassent les capacités physiologiques normales. Ces corps sont -ils capables de développer ces performances sans laisser de dégâts ? Le bilan médical sportif doit répondre à la question : quel est le risque et comment le détecter ? Le risque zéro n¹existe pas. Le sport, actuellement, génère des gains extrêmement importants et la pression des décideurs et des sponsors devient de plus en plus importante. Le corps humain peut-il supporter cette surcharge de travail ? Trois matches par semaine de compétition, avec des entraînements de plus en plus durs font courir des risques certains aux organismes exposants. Les calendriers sportifs sont de plus en plus surchargés. Le suivi médical doit suivre. Le contrôle des sportifs de haut niveau doit dépister les signes de fatigue, de surentraînement qui peuvent entraîner des troubles métaboliques aboutissant à une baisse importante de la performance. Chaque jour qui passe, le dossier du dopage est à la une des journaux. Les dangers du dopage sont bien connus. L¹érythropoiétine et son risque de thrombose, d¹infarctus du myocarde, de mort subite; les hormones de croissance et leur risque d¹hypertension artérielle, d¹accidents cardiaques majeurs; les transfusions sanguines; la nandrolone. Chaque produit dopant est un danger potentiel pour la santé des sportifs. Les stéroïdes et les corticoïdes peuvent entraîner une hypertrophie du coeur et induire des troubles du rythme.
Il faut éduquer les sportifs en ce sens, et seul le suivi régulier et non instantané permet de dépister les signes précoces du dopage. Malheureusement, beaucoup d¹automédication existe dans le milieu sportif. De véritables mafias gravitent autours des sportifs, usant de tous les moyens pour contourner les contrôles. Une prise de conscience, un travail de formation, d¹éducation et aussi de contrôle régulier des sportifs s¹imposent.
Un autre problème se pose : est-ce que la mort subite sportive au cours du sport de haut niveau ne témoigne pas d¹un échec de la médecine ? On est tenté de répondre qu¹un certain nombre de morts subites reste inexpliqué, mais un grand nombre peut être évité par un suivi médical régulier et un dossier consistant.
La pratique sportive n¹est pas sans danger et les risques augmentent avec une pratique de haut niveau.
Il est non seulement temps de rendre obligatoires les examens médicaux et de constituer un dossier médical consistant pour chaque sportif de haut niveau, mais il est urgent aussi d¹abolir des pratiques comme l¹établissement de certificats de complaisance et surtout d¹instaurer une véritable médecine de prévention, en éduquant grand public et sportifs de haut niveau, et en se dotant de moyens efficacement organisés.
L¹éducation doit reposer sur une information minimale. Il est bien sûr évident que chacun doit connaître les aspects nocifs du sport qu¹il pratique, tout en gardant à l¹esprit que, les bénéfices qu¹il en tire sont en nombre largement supérieurs. On doit par exemple savoir qu¹après avoir fourni un effort, il est mauvais de fumer ou de prendre une douche très chaude, que le début et la fin de l¹effort doivent être progressifs, en raison des modifications en électricité cardiaque pour ces deux phases. Il faut également interpréter les signes annonciateurs de détresse physique, tels que des palpitations inhabituelles ou un stress psychologique et savoir que le tabagisme, le dopage, l¹absence d¹entraînement, ou son insuffisance, ou encore les suites d¹une vaccination augmentent les risques d¹accident sportif. Encore faut-il ensuite agir en conséquence, savoir donc moduler ses efforts.

Le risque de mort subite est de 2,5 cas sur 1 00.000 sportifs

Et comme on n¹est jamais assez prudent, il faut savoir que l¹inverse est également vrai, qu¹une excellente tolérance à l¹effort n¹est pas synonyme d¹un c¦ur sain. Le footballeur français Omar Sahnoun, qualifié en équipe de France, offre un exemple significatif : victime d¹un malaise, son examen mit en évidence une anomalie rare, une dysplasie arythmogène du ventricule droit, qui ne le gênait nullement, mais lui interdisait la pratique du foot, à cause d¹un rythme cardiaque irrégulier. Refusant le verdict médical et sûr de sa bonne forme physique, Sahnoun mourut d¹un arrêt cardiaque lors d¹un match avec des amis.
Il ne s¹agit aucunement de céder à une psychose de l¹accident sportif, il s¹agit simplement de prendre conscience que le suivi médical est indissociable de toute pratique sportive. Rappelons d¹ailleurs que le risque de mort subite du sportif est de 1 à 2,5 cas par an pour 100.000 pratiquants. Si le risque zéro n¹existe pas, on peut en revanche s¹en rapprocher au maximum. C¹est le cas en Allemagne, en France ou aux Etats-Unis. Comment ?
Il est d¹abord urgent de combler le vide juridique en la matière, puisqu¹au Maroc les clubs ne sont pas tenus de contrôler leurs adhérents, au plan cardiologique. Si les athlètes bénéficient d¹un suivi correct, soit en dehors du Maroc, soit à l¹Institut royal de formation des cadres, c¹est rarement le cas pour les autres sportifs.
Il est donc temps de donner un cadre juridique rigoureux à la médecine du sport et de rendre obligatoire le suivi médical.
Nous souhaitons que chaque club puisse fonctionner avec une équipe médicale qui assurerait, d¹une part, l¹éducation et le suivi des sportifs, et, d¹autre part, la mise en place des bilans en collaboration avec les cadres administratifs et l¹encadrement technique. Les fédérations sportives doivent faire pratiquer des contrôles incluant un bilan cardio-vasculaire complet. Comme il n¹y a plus de temps à perdre, on peut, dans les deux ou trois ans qui viennent mettre en place un contrôle médical sérieux chez les seniors, ceux pour qui le taux de risque est le plus élevé, pour ensuite le généraliser chez les juniors, puis les cadets, et ainsi de suite.
Quand on sait par ailleurs qu¹aujourd¹hui encore des malades se font ausculter pour la première fois de leur vie à 40 ans, parfois même à 50, on saisit immédiatement quand on sait la faiblesse des taux de scolarisation du monde rural. La misère n¹est cependant pas une fatalité, il faut véritablement institutionnaliser l¹obligation scolaire et la pratique des bilans médicaux des écoliers. A ce niveau, les coûts sont faibles, l¹essentiel est de faire ce choix politique.
Et, comme toute médecine préventive digne de ce nom passe par l¹anticipation des catastrophes, il est enfin temps de se doter d¹une couverture sanitaire efficace lors des manifestations sportives: présence d¹un réanimateur, d¹une logistique en état de fonctionnement, d¹une équipe rompue à des tâches précises, dans un circuit parfaitement défini, il s¹agit de précéder l¹événement, d¹être prêt quand il se produit, et non pas de se mettre à la recherche de untel ou untel quand la catastrophe est là. Dans le cas d¹un accident cardiaque, la lutte contre le temps est essentielle: on dispose de trois minutes pour sauver une vie. Il est donc indispensable que pompiers, médecins et responsables de la Protection civile connaissent leurs tâches et que celles-ci soient parfaitement coordonnées. Il est aussi indispensable, évidemment, que l¹on dispose d¹une trousse d¹urgence, de secouristes formés, d¹une ambulance médicalisée par quota de spectateurs, et d¹une équipe soignante disponible à l¹arrivée au centre de soins.

Pr. Ahmed Bennis
Cardiologue - Président de la Société marocaine
de cardiologie


Al Bayane, 62 BD de la Gironde Boite postale : 13152

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