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| L'homme sans souffrance: Passe un homme qui s'assoit au bord du ravin sans crainte. Il apprend à l'homme du ravin comment, après avoir contemplé un brin d'herbe pendant sept jours et sept nuits sans manger, boire ni dormir, il est devenu l'homme sans souffrance. Il apprend à l'homme que de ses yeux, il peut couler un calme pour les souffrances des autres. --- - Homme qui balance ses jambes par-dessus le ravin! - Où se trouve l'homme qui s'adresse à moi. J'entends sa voix mais ne le vois pas. L'homme qui balançait ses jambes s'est mis debout, il a regardé tout autour de lui en un instant bien court, puis s'est penché vers le ravin. - Homme qui balançait ses jambes, je suis tombé dans ce ravin. Je suis assis sur un rocher plat qui a entravé ma chute. Tu me vois maintenant que tu t'es penché mais il te faut faire attention. - Je te vois maintenant. À quoi veux-tu que je fasse attention? - À ne pas trop te pencher: tu risquerais de tomber. Tu courrais le même risque lorsque tu balançais tes jambes par-dessus le ravin et c'est pour cela que je me suis adressé à toi. L'homme qui balançait ses jambes a souri, s'est assis en croisant les jambes et a continué de parler à l'homme du ravin en le regardant. - Je suis obligé d'un peu me pencher pour continuer de te voir et j'aime voir les gens à qui je suis en train de parler. Tout à l'heure, mes jambes se sentaient fatiguées et j'ai eu envie de les enlever du sol quelques temps pour les pouvoir reposer: la crête du ravin m'offrait cela, je n'ai pas voulu le refuser. - Je te comprends, mais tu risques de tomber. Je suis l'homme du ravin et je connais ce ravin, j'ai voulu te prévenir. - Que me serait-il arrivé si j'étais tombé? - Tu aurais pu mourir par la chute! - Et si je ne tombe pas? - Si tu ne tombes pas? l'homme du ravin ne comprenait pas la question... - Si je ne tombe pas, cela m’éviterait-il de mourir? - Si tu ne tombe pas, tu ne peux pas mourir de la chute. - Mais je mourais d'autre chose, un autre jour ou le jour même. - Bien sûr, puisque l'on finit tous par mourir. - Ne vas-tu pas me prévenir contre les autres morts? Qu'a-t-elle de particulier la mort par une chute dans ce ravin-ci pour que tu aies voulu la porter à mon attention? - Je ne le sais pas encore, mais tu continues de me parler et tu continue de te pencher par-dessus ce ravin comme si le fait de pouvoir y tomber t'étais indifférent. Tu es bien étrange de ne pas prendre des précautions, qui es-tu donc? - Je suis l'homme sans souffrances. - L'homme sans souffrances? Tu ne connaîtrais donc pas de souffrances? - J'en ai connues, je ne les ai pas oubliées mais je n'en possède plus aucune aujourd'hui. - Comment es-tu devenu ainsi, homme sans souffrances? - J'habitais un village au pied de la grande montagne des neiges éternelles. Un hiver, des neiges ont quitté les sommets de la montagne et ont ensevelli la plus grande partie des habitations du village : presque tout le monde a trouvé sa mort ce jour-là. J'avais une femme et quatre enfants que j'ai perdus. J'avais un champs qui est devenu impossible à cultiver. J'avais une habitation qui a été démolie. Moi, j'ai continué de vivre. Quelques autres continuaient aussi de vivre. Puis, ceux qui sont restés vivants ont entérré les morts. Une fois les morts entérrés, il fallait reconstruire. Nous nous y sommes tous mis. Je nettoyais mon champs, je sauvais des meubles. Un jour, j'ai vu, sur les neiges blanches, un brin d'herbe tout vert. Un seul brin d'herbe. Un fil vert dans cette marée de blanc. Je l'ai tenu entre mes mains, je le regardais. Je suis entré dans l'abri que j'avais construit, le brin d'herbe entre deux doigts. Je suis demeuré à le regarder pendant toute la nuit et j'ai continué ainsi pendant sept jours et six autres nuits: sans manger, sans dormir, sans me mouvoir. Au terme de la dernière nuit, je me suis levé: je ne souffrais plus de rien. C'est ainsi que je suis devenu l'homme sans souffrance. - Tu n'as depuis ce jour connu aucune douleur aucune mauvaise sensation? - Au contraire. Je continue de connaitre les douleurs. Quand je marche trop, comme tout à l'heure, mes jambes deviennent source d'une douleur que je perçois. Alors, je m'arrête et la douleur cesse sans avoir enfanté de souffrance. Quand je ne mange pas pendant plusieurs jours, je finis par ressentir la faim. Je m'arrête donc et je mange quand je peux manger. Si je marche sous la pluie pendant un certain temps, mes vêtements sont trempés et je ressens du froid. Je cherche donc à me sécher. Quand je marche longtemps et qu'il fait grand soleil. Je ressens une grande chaleur et le besoin de me rafraichir. Je cherche donc de l'ombre ou un cours d'eau. - Tu continues de ressentir la douleur physique, la fatigue, la faim, le froid, la soif... Tu n'es pas devenu imperméable aux maux du monde, comment donc ne souffres-tu pas? - La fatigue, la faim et la soif ne sont pas les maux du monde. La fatigue, la faim et la soif sont un rappel du corps: il nous dit qu'il veut manger, boire ou se reposer. Le froid et la douleur physique ne sont pas les maux du monde. Le froid et la douleur sont un rappel de l'environnement: il nous dit que l'équilibre entre le corps et l'environnement a été rompu. Je ne souffre pas parce que la souffrance ne trouve en moi aucun endroit à habiter. - Je ne suis pas sûr de te bien comprendre homme sans souffrances. Dis-moi, pourquoi es-tu loin du pied de la grande montagne aux neiges éternelles? - Le jour où je suis devenu l'homme sans souffrances, je suis allé voir chacun de ceux qui étaient restés en vie. Quand ils me regardaient dans les yeux, une partie du calme qui m'occupait leur parvenait. Depuis ce jour, je me promène au gré du destin qui gouverne le hasard de mes pas. Où je vais, des gens prennent une partie du calme qu'ils voient dans mes yeux. - Tu effaces les souffrances des gens en les regardant dans les yeux? - Je n'efface rien: je ne fais rien sinon regarder, parler ou écouter. Quand des gens voient du calme dans mes yeux, ils peuvent en prendre une partie: je le leur permets. |
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| un résumé ou des grandes lignes? :-D |
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c le premier paragraphe le résumé (j'y avais pensé spice de toi) |
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