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Vieux 25/04/2003, 23h56
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Par défaut ALCOOLISME ET ORALITE DANS LE MONDE MUSULMAN


Voici une etude psychanalytique sur l'alcoolisme chez les Musulmans ! C'ets la première partie , la suite vindra plus tard !Bonne lecture !

Dr Khalid EL ALJ.(Casablanca)


Introjecter ou incorporer ?

Interpeller la psychiatrie sur la place de l'oralité et en particulier sur le sens de l'ivresse alcoolique dans notre société, nous amène tout d'abord à consulter l'approche psychanalytique de ce sujet .
De nos chants traditionnels andalous, de vers en verre on peut se laisser porter entre les lignes :

"L'aube débouche des entrailles de la nuit ,
Oh, échanson
Au cou des aigles la rosée devient .
Perle précieuses.
Un oiseau de bon augure nous invite .
Aux délices du matin ;
Du cou des jarres teins le filtre
Par le sang des vignes
Viendrons à sa rencontre des fées paradisiaques
En écuelles aux couleurs chaudes. "

Boire la mère, l'assécher de son sang, de ce sang du bouc du culte dionysiaque, de celui du christ dans l'eucharistie , nous renvoie à l'incorporation identificatoire du repas totémique , par le truchement du stade sadique oral.

" j'ai bu de ton amour .
Une coupe de vin délicat .
Quand est apparu ton charme
Comme un soleil au levée "

Mais boire cet amour peut se dire autrement :

" Louanges à cette bouche, collier de perles :
A humer, à s'en envier ;
Et sa salive, du lait à boire, parfumée
De musc et de khamr "

En lait, en vin, dans l'ivresse d'un bouche à bouche où l'on ne distingue plus celui qui absorbe de celui qui se résorbe .
Au pire, quand la métaphore fait défaut :

"Viens, profitons des joies, Partageons la coupe de la radaâ "

Car le mot "radaâ " , signifiant la débauche , est surtout employé en "radaâ " et "ridaâ " pour parler de la tétée .
Mais cette confusion peut emporter aussi la temporalité et la spatialité .

" Apportera -t-elle du plaisir .
Notre soûlerie entre les plantes
Quelle était délicieuse
Quand l'amant
Et les coupes pleines
Verses m'en et remplis
Vie généreuse
Image d'une mariée quand elle se dévoile
Vie pourvu qu'il
En revienne une lueur
Comme par le passé
Songe confus
Qu'induisent et renouvellent
C'est chagrins "

Retour à la mère , en mère de vin, en mer de lait , un retour traduisant le malaise d'un sevrage au sens étroit , qui donne son expression psychique , la première et aussi la plus adéquate à l'image obscure d'un sevrage plus ancien, plus pénible et d'une plus grande ampleur vitale , celui qui à la naissance sépare l'infants de sa matrice .Pérennisation d'un retour au noir des entrailles de la mère- terre, de telle sorte que l'image maternelle salutaire à l'origine devient facteur de mort.
Manifestation majestueuse du masochisme dans le refus de ce qui supplée à l'insuffisance vitale par la régulation d'une fonction sociale .

"Si précieuse qu'elle soit mon âme,
Je te la dédie.
Et l'amère humiliation devient agréable.
Dans ta gratitude."

L'élaboration de telles déductions , si partielles soient -elles , appelle à être étayée .
A l'origine, ni le moi ni l'objet ne sont constitués . La sexualité, par conséquent objectale , se satisfait sur un mode auto-érotique. L'excitation pulsionnelle conduit le sujet à distinguer l'intérieur de l'extérieur, puis de constituer à l'intérieur le " moi " par incorporation orale de l'objet de satisfaction , tandis qu'à l'extérieur le déplaisir expulsé s'associe dans une même trace à l'anéantissement de l'objet , susceptible alors d'être investi par la composante sadique de la pulsion orale. Dans cet anéantissement s'engage la perte de l'objet, qui requiert dans un troisième temps la constitution du moi réel définitif et la mise en place du principe de réalité, invitant le sujet à retrouver à l'extérieur l'objet réel correspondant à la représentation de l'objet initialement satisfaisant .
Sur les plans économique et libidinal, la désintrication pulsionnelle (Pulsion d'autoconservation-pulsion sexuelle ) conduit à la conservation du plaisir sur le mode auto-érotique. La pulsion prend alors pour objet le "moi" advenu objet total , moi idéal qui engage à la constitution du narcissisme primaire et du désir du sujet dans un rapport à l'objet constitué comme manquant dans le moment de sa perte, la mère était l'objet et l'agent de cette perte dans son statut d'être désirant .
Entériner la perte de l'objet implique un remaniement, qui suppose une certaine perception de la différence sujet-objet et qui opère une croissance psychique par l'inclusion dans le moi des pulsions et de leur vicissitudes : c'est l'introjection, qui procéderait à contre courant de l'incorporation, lorsque le message hiéroglyphique en représentation de mots arrive à combler la bouche, vide de sein .
Lacan souligne combien " l'être qui absorbe est tout absorbé et le complexe archaïque lui répond dans l'embrassement maternel " et d'ajouter avec force : "Nous ne parlerons pas ici avec Freud d'auto-érotisme, puisque le moi n'est pas encore constitué, ni de narcissisme, puisqu'il n'y a pas d'image du moi, bien moins encore d'érotisme oral puisque la nostalgie du sein nourricier … ne relève du complexe de sevrage qu'a travers son remaniement par le complexe d'Œdipe, Cannibalisme, mais cannibalisme fusionnel à la fois actif et passif ".
Aucun élément de la relation triennale n'y est que témoin. De par ce constat même, il arrive qu'il y ait vice de désintrication pulsionnelle; et que ce soit par excès ou par défaut, le résultat est toujours le même : la dérivation sur l'objet de la composante sadique de la pulsion se trouve compromise, ce qui renforce le masochisme primaire et casse aussi, dans un mouvement réfléchi , la relation figurant le moi-idéal jusqu'au retournement sur la personne propre du masochisme secondaire .
L'incorporation y réintervient comme une sorte de guérison magique de la perte, comme un refus du deuil, parce que le travail de l'introjection, à peine commencé ou entrevu, s'est heurté à un obstacle. Le lieu de cet obstacle se trouve de toute évidence dans la bouche même. C'est lorsque le message hiéroglyphique en représentation de mots n'arrive à combler cette dernière et c'est parce qu' elle ne peut articuler ce manque, que l'on y prendra en fantasme l'incorporation, en représentation de choses, seules dépositaires de ce qui n'a pas de nom, ce qui apparaît comme un substitut à la fois régressif et réflexif .
L'idéalisation de l'image maternelle n'y présage aucune issue possible du deuil et il n'y a de défection à l'attachement au giron maternel que vers ses substituts, dont " les toxicomanies par la bouche ". Dans ces formes de" suicide non violent" selon l'expression de Lacan , l'objet de désir est ravalé en objet de besoin, dans ce qui a été décrit comme " étayage inversé ".
Ceci augure en quoi les conduites addictives s'offrent comme un tentative incessante sinon désespérée, de se soustraire à l'inconstance, ou à l'énigme de l'Autre, en provoquant sa parole, quand on n'endosse pas soi-même la tâche de fabriquer le Lien sûr et total…qui l'achève.
Ceci augure en quoi les conduites addictives s'offrent comme un tentative incessante sinon désespérée, de se soustraire à l'inconstance, ou à l'énigme de l'Autre, en provoquant sa parole, quand on n'endosse pas soi-même la tâche de fabriquer le lien sûr et total….. qui l'achève .
Cependant l'imago du sein maternel peut subir un destin plus heureux dans la sublimation, quand le sort de la pulsion est en deçà de la plénitude génitale, quoiqu'elle y garde constamment de ces traces qui font de l'oralité une structure et qui relève de la psychopathologie de la vie quotidienne. Car aucune exclusivité ne lie l'oralité à l'alcoolisme; et si tout était dans l'incorporation, la spécificité du désir alcoolique, sous la motion de fixation orale, réduirait l'armée des alcoolique à une horde de gueux narcissiques, prisonniers de leurs perversions infantiles polymorphes , et les acculerait à ne côtoyer que les pervers et les psychotiques, dans la terrifiante incapacité de tout commerce objectal.
K.Abraham ajoute que les différences les plus importantes sont à rapporter à l'origine d'un trait caractère, à savoir si celui-ci est fondé sur une étape orale plus précoce ou plus tardive; si en d'autres termes, il est l'expression d'une" tendance inconsciente à sucer ou à mordre ", et plus loin, "ceux qui ont été satisfaits au cours de la première phase sont aimables et sociaux, ceux qui sont fixés au stade sadique oral sont hostiles et incisifs; par contre l'attitude morose, inaccessible et réticente va de pair avec le caractère anal". Il explique que "c'est sur les ruines d'un érotisme oral dont le développement fut contrarié que s'élaborent ces traits qui appartiennent au tableau clinique du caractère anal ", du fait que le nourrisson "insuffisamment gratifié ou devenu trop exigeant " cherchera non seulement à retrouver ce plaisir infantile mais encore " se fixera avec une intensité particulière sur les possibilités de plaisir que peut lui offrir le stade suivant". Nous y verrons d'autres variantes, d'autant plus que les stades ultérieurs ne sont pas obligatoirement indemnes d'embûches.

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