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Rappel des faits De longs séminaires pourraient être consacrés à la définition des termes “Hutu” et “Tutsi”. Toute recherche sérieuse indique qu’ils recouvrent des catégories sociales et culturelles, ni figées ni essentielles. On peut devenir Tutsi ou Hutu ; les couples mixtes sont innombrables, d’autres clivages (sociaux, régionaux) sont beaucoup plus profonds… Seules des élucubrations pseudo-scientifiques en font des “races”. Royaume indépendant avant 1895, le Rwanda passe sous protectorat allemand puis, en 1916, sous mandat belge. L’épine dorsale de la colonisation, ce sont les missionnaires, avant tout les “Pères Blancs”. Ce sont eux qui tiennent l’enseignement. C’est aussi à travers leurs descriptions que le reste du monde perçoit la réalité ethnique de la région. Selon cette division, les Tutsis, d’origine éthiopienne ou égyptienne, constitueraient une aristocratie féodale dominant les serfs hutus, des Bantous établis depuis plus longtemps. La promotion des Tutsis est donc favorisée. Dans un second temps (les années 1950), les missionnaires (1) forment des intellectuels hutus, présumés plus dociles ; certains d’entre eux construisent le “Parmehuti”, un parti politique constitué sur base ethnique. 1959 : des pogroms anti-Tutsis ensanglantent le Rwanda. Les structures de l’ancienne monarchie sont brisées ; des milliers de Tutsis fuient vers l’Ouganda. Sous l’œil bienveillant de l’administration belge, la république est proclamée. C’est donc à un pouvoir hutu que la puissance coloniale transmet le Rwanda en 1962. Onze ans plus tard, le général Juvénal Habyarimana prend le pouvoir et établit sa dictature, ou plutôt celle d’un clan du nord du pays, que les Rwandais appellent familièrement l’Akazu (la “Petite maison”). Tout citoyen rwandais fait d’office partie du parti unique, le MRND, quelle que soit la mention (Hutu, Tutsi ou Twa (2)) de sa carte d’identité. Le Rwanda est le bon élève, le paradis des ONG catholiques, l’enfant chéri de la coopération civile et militaire belge. Charles JIMOMO (I) Le CVP est l’ancêtre social-chrétien de l’actuel parti démocrate-chrétien flamand CD&V. (II) Sur le rôle joué par l’Internationale Démocrate Chrétienne dans le soutien à la dictature rwandaise responsable du génocide de 1994, il faut lire le livre “Influences parallèles – L’internationale démocrate chrétienne au Rwanda” de Léon Saur (éditions Luc Pire, Bruxelles, 1998, 222 pages). |