histoire: des chérifiens jusqu'a l'itrusion européene


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Vieux 04/05/2005, 12h01
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Par défaut histoire: des chérifiens jusqu'a l'itrusion européene

La progression des Européens provoqua la réaction des Beni Saad (ou Saadiens). Se réclamant de la lignée du Prophète, ces chérifs, ou chorfas (titre donné par les musulmans aux descendants de Mahomet par Ali et Fatima), étaient établis au sud, dans la vallée du Sous, autour de Taroudant. Ils menèrent la guerre sainte contre les Portugais, qu’ils chassèrent d’Agadir en 1541, puis de Safi. Ils s’attaquèrent ensuite aux successeurs des Mérinides, les Wattassides. En 1549, ils s’emparèrent de Fès. Les Wattassides demandèrent l’aide des Turcs présents en Algérie, mais les Saadiens se rendirent maîtres du pays en 1554.

Par prudence, les sultans saadiens adoptèrent une politique d’équilibre entre les Turcs ottomans et les Occidentaux. En 1591, les Saadiens, souhaitant obtenir les mines de sel du Sahara et l’or du Soudan, lancèrent une expédition à travers le désert contre l’Empire songhaï, établi dans la vallée du Niger. Le sultan Ahmad al-Mansur n’en retira pas l’argent espéré, mais, par la suite, les nationalistes marocains allaient s’appuyer sur cette conquête pour revendiquer toute la région comprise entre le Maroc et les rives septentrionales du Niger (Nord-Mali) et du Sénégal (Mauritanie). Le pays bénéficia de l’immigration de près d’un million de morisques (ou Maures) et de juifs expulsés d’Espagne après 1492. Le Maroc saadien resta unifié et relativement prospère, l’architecture et les arts marocains connaissant un essor notable à cette époque.

Peu après l’arrivée des premiers Saadiens d’Arabie, des immigrants se réclamant de la descendance d’Hassan, l’un des deux fils d’Ali, s’étaient installés dans le Tafilalet, aux portes du désert. Utilisant le prestige que leur accordait cette ascendance alaouite, ils s’appuyèrent sur le désir d’indépendance des habitants de la région pour se poser en prétendants au trône. En 1664, Moulay Rachid fonda la dynastie alaouite, qui règne encore de nos jours sur le Maroc.

La dynastie alaouite connut son apogée sous Moulay Ismaïl (1672-1727), le bâtisseur de Meknès. Il s’engagea dans la reconquête du pays sur les chrétiens (Espagnols et Portugais occupant des ports) et mena la lutte contre les Ottomans. Son règne fut suivi d’une longue période de rivalités familiales, ponctuées de brefs interludes de paix et de prospérité relatives.

À la fin du XVIIIe siècle, seul le tiers septentrional du Maroc restait sous l’administration du sultan: c’était le Bled el-Maghzen, pays soumis à l’impôt, donc à l’autorité chérifienne, tandis que le reste du pays se trouvait en situation de quasi-insoumission (Bled el-Siba, «pays de la dissidence»).

3.5 L’intrusion européenne

Les puissances européennes, qui luttaient en Méditerranée contre les Ottomans et les pirates des États barbaresques, profitèrent de l’affaiblissement du royaume chérifien pour signer des traités commerciaux à leur avantage: la France, en 1767, et le Royaume-Uni, en 1792, obtinrent le libre passage du détroit de Gibraltar et la liberté de commerce. L’occupation française d’Alger, en 1830, provoqua une réaction nationaliste au Maroc voisin. Le sultan Abd al-Rahman apporta son soutien à l’émir Abd el-Kader, qui dirigeait la résistance depuis l’Oranie. En tentant de reprendre Ceuta et Melilla, les Marocains déclenchèrent en retour une expédition espagnole qui s’empara de Tétouan, en 1860. L’affaiblissement du Maroc, contraint par ailleurs de payer d’importants dommages de guerre, attisa les rivalités européennes.

Entre 1900 et 1903, la France occupa une partie du Maroc. En 1904, la France, la Grande-Bretagne et l’Espagne conclurent des accords qui prévoyaient un partage du Maroc. L’Espagne étendait son influence sur le Rif, dans l’arrière-pays de Ceuta et de Melilla; l’Angleterre renonçait à ses visées sur le reste du pays au bénéfice de la France, en contrepartie de l’abandon de celles de la France sur l’Égypte. Mais l’Allemagne, se sentant lésée dans ce partage colonial, décida d’intervenir. Le 31 mars 1905, le kaiser Guillaume II rendit visite au sultan à Tanger, lui affirmant sa volonté de soutenir l’indépendance marocaine. La tension entre la France et l’Allemagne s'intensifia. L’année suivante, la conférence d’Algésiras plaça le pays sous contrôle international, et en 1909, les Français et les Allemands s’entendirent pour signer une convention de partage économique du Maroc. Pourtant, en 1911, une nouvelle crise éclata: l’incident d’Agadir. Le sultan Moulay Hafiz, assiégé dans Fès par des tribus berbères révoltées, avait fait appel à la France. L’Allemagne, opposée à une intervention française, dépêcha immédiatement une canonnière dans le port d’Agadir. La crise trouva rapidement une solution politique: en échange d’une partie du territoire du Congo français frontalière du Cameroun, alors possession allemande, l’Allemagne abandonnait ses prétentions au Maroc, laissant désormais le champ libre à la France.

3.6 Le protectorat français

Le 30 mars 1912, le sultan du Maroc reconnut le protectorat français. L’Espagne obtenait, pour sa part, le contrôle de la région du Rif et de l’enclave d’Ifni. Contre ce nouvel état de fait, des émeutes éclatèrent en différents points du pays. Moulay Hafiz abdiqua en faveur de son frère Moulay Youssef, et la pacification du pays débuta sous la conduite du général Lyautey. Marrakech fut occupée en septembre 1912, et Agadir l’année suivante. Jusqu’en 1925, Lyautey, nommé résident général, s’efforça de mener une politique respectueuse envers les habitants du Maroc, pays qu’il s’attacha à valoriser en développant ses infrastructures (routes, voies ferrées et ports).

Mais le Rif fut ébranlé, de 1921 à 1926, par la révolte d’Abd el-Krim. La longue guerre du Rif ne put être matée que par une alliance militaire franco-espagnole dirigée par le maréchal Pétain, à la tête d’une force de près de 100 000 hommes; le Haut-Atlas ne fut soumis officiellement qu’en 1934. La vallée du Draa et les oasis du Sud restèrent encore longtemps en état de dissidence larvée: on estime qu’entre 1921 et 1934 la conquête du Maroc coûta la vie de 27 000 hommes à la France (métropolitains et troupes africaines).

En 1930, la France, qui souhaitait mettre en place une administration plus directe, à l’image de celle qui existait en Algérie, tenta de calmer les Berbères, qui représentaient à l'époque 57 % de la population. L'Administration coloniale publia ce qu'on a appelé par la suite au Maroc le «dahir berbère» (16 mai 1930). Il s'agit d'un décret français (appelé dahir au Maroc) qui reconnaissait la spécificité des Berbères par rapport à l’administration arabe. Plus précisément, ce dahir avait pour but l’adaptation de la «justice berbère» aux conditions propres de l’époque et, de ce fait, correspondait à l’esprit de la politique inaugurée au Maroc par Lyautey quand il signa le dahir du 11 septembre 1914. Le dahir du 16 mai 1930 concerne donc toutes les tribus où l'usage du droit coutumier berbère est courant, indépendamment de leur origine ethnique et raciale. Il distingue les «tribunaux modernes» (français), les «tribunaux religieux» (la Charia) et les «tribunaux coutumiers» (p.ex., la réglementation de la distribution des eux des rivières entre les familles d'une même tribu). Le but était de préserver l’autonomie traditionnelle des Berbères, essentiellement dans le domaine juridique, en les soustrayant à la législation islamique de la Charia. Par ailleurs, le dahir berbère ne traitait pas de la langue, il n'y fait même aucune allusion (voir le texte du célèbre dahir).

Mais les Arabes, ainsi que les fonctionnaires coloniaux, crurent que si les Berbères pouvaient être préservés de toute influence arabe, et musulmane, il serait possible d’en faire des «Français» par le canal des juridictions françaises, des écoles françaises et de la religion chrétienne! Paul Marty, un officier français, exprima clairement et officiellement, en 1925, ce que devrait être la politique berbère du Protectorat. Pour lui, l'assimilation des Berbères n'était possible que grâce aux écoles franco-berbères, dont il définit ainsi la forme et la fonction:

L’école franco-berbère, c’est donc l’école française par l’enseignement et la vie, berbère par les élèves. Donc, pas d’intermédiaire étranger. Tout enseignement de l’arabe, toute intervention du "fquih", toute manifestation islamique seront rigoureusement écartés... En résumé, ces écoles berbères seront autant des organismes de politique française et des instruments de propagande que des centres pédagogiques proprement dits.

Pour ce faire, il aurait fallu que les Berbères manifestent la volonté d'opter pour la nationalité française, une attitude peu probable de leur part. Une autre difficulté résidait dans le fait que la France puisse accepter d'accorder aux Marocains la nationalité française et d'en faire des citoyens à part entière, ce qui n'était guère dans les intentions de la France, du moins à cette époque.

Ce dahir de 1830 entraîna la première réaction nationaliste des milieux arabisés, qui accusèrent la France de vouloir diviser le pays au profit des Berbères pour mieux asseoir son autorité. C’est d’ailleurs à la même époque que se constitua le Comité d’action marocaine, le premier parti politique réclamant la fin de l’administration directe. Or, la France voulait d’une manière ou d’une autre s’immiscer dans les affaires religieuses des Marocains. Ce dahir de mai 1930 n'était qu'un dahir comme les autres, mais les milieux nationalistes arabes ne l'ont pas perçu ainsi. Rappelons que le Maroc, au temps du protectorat, abritait plus d'un demi million de Français, qui y détenaient les leviers de commande et dominaient le secteur économique; on peut mesurer l'importance de ce dahir ou décret pour pour eux. On peut penser que les Français habitant le Maroc préféraient recourir aux tribunaux de juridiction française pour défendre leurs intérêts. Fort peu de Marocains ont dû se prévaloir de ces tribunaux dits «modernes» pour faire valoir leur droit, et ce, d'autant plus que tous, tant les Arabes que les Berbères, s'opposaient à l'application du code pénal français. Les Berbères préféraient, par exemple, cacher les membres de leur famille dans les montagnes, les armer d'un fusil et les approvisionner, plutôt que de les faire arrêter par la gendarmerie française. Le nombre des maquisards, appelés «bandits d'honneur» a été estimé à 1300 individus à la veille de la guerre de l'indépendance. Groupés en unités paramilitaires, ils n'attendaient généralement qu'un signe pour entrer en rébellion contre les autorités françaises.


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