Citation:
Dans sa lettre adressée à Louis XIV et portée par le baron de Saint Amans, Moulay Ismaïl insistait sur la libération des prisonniers et il écrivait notamment: &laqno;Autant d'esclaves marocains qui souffrent en France nous seront envoyés, qu'ils soient habitants de Salé ou de Safi, nous délivrerons en échange autant d'esclaves français...
/Ceci est la chose qui nous satisfait le plus au monde: c'est la libération des esclaves...».
Le 26 août 1684, Moulay Ismaïl adressa une lettre en réponse à des propositions concernant des rachats d'esclaves maghrébins au capitaine Claude By Shovel à bord du "Charles". &laqno;Je vous salue vous et les autres capitaines, écrvait-il, pour ce qui concerne les esclaves que vous avez faits, ils sont de différentes villes et ne sont pas tous du nombre de mes sujets. Ce que j'en faisais était par charité, parce qu'ils sont musulmans et que c'est la nécessité qui les fait aller sur mer pour avoir de quoi vivre».
Irritation
Moulay Ismaïl profondément attristé d'apprendre que les chrétiens capturaient en mer des marocains, gens modestes, marins pêcheurs ou simples voyageurs par voie maritime; le sultan le fait savoir haut et fort:
&laqno;Ceux qui sont du nombre de mes soldats, ils montent sur mer pour combattre et mourir s'il le faut, pour ma querelle, mais les Maures que vous avez pris, sont des gens de peu de considération, qui ne méritent pas qu'on y pense».
Le grand Souverain extrêmement irrité par les Européens leur écrit:&laqno;Je veux désormais faire construire des vaisseaux aussi gros que les vôtres, et peut-être davantage. J'espère aller en course sur vous dans vos mers d'Angleterre, comme vous y allez sur nous dans les nôtres, et prendre à mon tour vos vaisseaux et vos capitaines».
&laqno;J'ai écrit différentes lettres à Sa Majesté de Grande-Bretagne,de laquelle je n'ai point reçu de réponse. J'espère que celles que je recevrai de sa part m'assureront d'un bon accommodement entre nous».
&laqno;Vous avez pris plusieurs vaisseaux, et vous en avez fait périr d'autres, vous avez croisé sur nos côtes, ce n'est pas le moyen d'établir une bonne paix entre nous, et ce n'est pas là même, un procédé d'honnêtes gens».
Moulay Ismaïl devenait de plus en plus intransigeant dans ses rapports avec l'Europe colonialiste. Le 16 février 1694, les Marocains libérèrent Tanger de l'occupation anglaise après un siège et d'interminables combats qui avaient duré près de six ans. En avril 1694, les discussions au sujet de la libération des captifs flamands, et sans doute aussi des marchandises et des fournitures d'armes et de matériel, s'étant brusquement envenimées, Moulay Ismaïl déclarait la guerre aux Pays-Bas.
Bientôt toute l'Europe maritime entrait en conflit avec le Maroc.
Six navires de guerre anglais parurent devant Salé en juin. Juste après, une escadre portugaise de six grands vaisseaux vint croiser entre Salé et la Mamora pour appuyer les démarches en vue de la délivrance du gouverneur des Açores, D. Melchior de Torre, capturé par le raïs Roussay et toujours prisonnier au Maroc.
Les flottes européennes faisaient un quasi blocus permanent devant Salé rendant la course salétine chaque jour plus périlleurse et moins &laqno;payante».
Ben Aïcha, énergique et très bon marin, continuait avec succès à écumer l'océan. En 1684, ses exploits maritimes lui ont valu le titre de &laqno;général des vaisseaux de Salé». Sa campagne de 1691 fût une des plus fructueuses. Six prises furent portées à son actif de mars à mai.
Succès
L'Amiral opérait souvent de concert avec raïs Fennich. C'est ainsi qu'en septembre 1691, les deux corsaires s'emparèrent, à la hauteur des Îles Canaries, de quatre vaisseaux: un Français, un Gênois et deux Anglais.
En 1694, Ben Aïcha fit toute sa campagne de course en compagnie de son frère Abderrahman. Celui-ci commandait un vaisseau de 18 canons et 130 hommes d'équipage. Les deux frères corsaires réussirent à rentrer, à la fin de juillet, l'un à la Mamora, l'autre à Salé, bravant les bâtiments de guerre portugais qui tenaient le blocus devant ces ports.
Cette série de hauts faits maritimes valut à &laqno;l'amiral des vaisseaux de Salé» d'être tenu en particulière estime par Moulay Ismaïl qui lui confia sa fameuse ambassade à la cour de France en 1699.
Dans sa lettre d'introduction auprès de Louis XIV, le Sultan présentait ainsi son ambassadeur: &laqno;Nous dirons à son sujet que, quoique'il soit connu seulement pour Amiral de nos mers, il a auprès de notre personne une bien plus forte faveur et une bien plus spéciale et singulière dignité, accès et honneur».
En dépit de la grande habilité de l'Amiral marocain, sa mission en France ne fût pas un succès. Les négociations ont buté principalement sur l'échange ou le rachat des prisonniers.
Le monarque français, sur les conseils de son ministre de la Marine, Pontchartrain et son adjoint de Bourepans, successeur de Seignelay (décédé en 1691) ne voulut pas, une fois encore, accepter l'échange de prisonniers de crainte de désarmer plusieurs galères de Toulon, et donc de la Méditerranée, mer que Colbert estimait réservée à la France.
Grande estime
Il faut dire que jusqu'à 1689, l'amirauté de Louis XIV avait bien songé à remplacer les rameurs turcs et marocains en ayant recours massivement aux très nombreux forçats français protestants. Par la suite, la marine française essaya les Africains et même les Indiens Peaux-rouges. Le Roi acquit aussi à plusieurs reprises des Guinéens afin de les &laqno;acclimater» sur ses galères.
Plus que les mauvais traitements ou la fatigue de la rame, le froid décimait les survivants vendus à des planteurs des Antilles. Citons aussi l'envoi de guerriers iroquois sur les galères du Roi Soleil. Mais les Indiens n'ont pu remplacer les Maghrébins à l'aviron
L'échec des négociations entre Louis XIV et Moulay Ismaïl s'avéra manifeste, car il était impossible de parvenir à un accord sur la question du rachat des captifs, et ce, en dépit de maintes tentatives
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| Contrairement aux Anglais et aux espagnols, les français traitaient de haut Moulay Ismail. La correspondance entre les deux rois avait un ton comminatoire la plupart du temps. Les religieux français s'acquittaient assez bien du rachat des captifs. La marine ne voulait pas dégarnir les galères de ses meilleurs rameurs pour payer des captifs chrétiens au prix fort.
Le Sultan pressa le roi de France plusieurs fois pour avoir une ambassade digne de ce nom. Louis XIV lui envoya deux fois des plénpotentiaires insignifiants, ou roturiers ou personnages de basse noblesse. La plupart du temps, on se contentait des offices du consul de Salé pour porter ses messages au Sultan.
De mauvais gré, le roi de France accepta les lettre de créance d'un ambassadeur marocain. On le fit sécher deux mois avant de condescendre à le recevoir pour lui imposer un traité condamné à être rejetté par le Sultan: rachat des prisonniers ans échange et sans alliance contre l'Espagne comme le souhaitait le sultan. Le Roi-Soleil, en fait, ne voulait pas négocier avec un monarque, décrit comme un barbare sanguinaire, qui le sermonne, l'exhorte à se convertir, prétend traiter avec lui sur un pied d'égalité et demande sa fille en mariage!
Dernière modification par pocoloco ; 27/06/2006 à 04h01.
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