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| Si vous aimez rire « 1905 » c’est du délire ! Entretien avec Dieudonné sur son dernier spectacle. Par Silvia Cattori 19 mai 2005 PREMIERE PARTIE 1905 c’est la loi dite de séparation de l’Eglise et de l’Etat. C’est aussi votre nouveau spectacle cent ans après. (1) Tout y passe. La guerre, la mort, le racisme, les chinois, les gens du show-biz qui baissent le froc. Le public rit sans discontinuer, il en ressort comblé. Vos personnages, réunis dans une sorte de citoyenneté « foireuse » finissent pas réaliser que, face aux manquements des politiques, seule leur humanité peut encore les sauver. Que par delà leurs différences il y a une communauté de destin qui les unit. Est-ce bien là le fonds de votre spectacle ? Dieudonné : C’est une réflexion sur la laïcité. 1905 était une loi étonnante dans l’histoire de la République ! C’était un projet incroyable ! Cela me plait de savoir qu’il y a cent ans des hommes de bonne volonté ont imaginé séparer les églises de l’Etat, les affaires publiques des affaires spirituelles. Même si dans les faits cette loi n’existe pas. Une loi dont vous regrettez l’idéal perdu ? La laïcité comme remède aux guerres, aux conflits ? Cette loi n’a jamais été appliquée. Mais j’aime son utopie. J’aime ce projet qui appelle les religieux à rentrer chez eux. Sarkozy est revenu sur cette loi. Il n’y a jamais eu autant de références religieuses dans le discours politique qu’aujourd’hui. N’est-ce pas le fait d’avoir été l’objet d’attaques, par des citoyens qui se servent de la religion pour exercer des pressions sur l’Etat, qui vous a amené à vous interroger sur la signification de cette loi ? Le centenaire de cette loi humainement formidable me permet en effet de me situer dans une époque de l’histoire où il y avait des ouvertures. Et de m’interroger sur les dérives inquiétantes qui menacent aujourd’hui la liberté d’expression. En somme 1905 est une réponse à ceux qui sont en contradiction avec cette loi. Une occasion de remettre les pendules à l’heure ? Qui aujourd’hui bafoue et gangrène les valeurs de la République si ce n’est le CRIF (2) qui se permet de donner des leçons de morale au chef de l’Etat, au Premier Ministre ? Quand on pense, qu’après le 11 septembre 2001, Jacques Chirac et tout le gouvernement Jospin, se sont donné rendez-vous dans une Eglise pour prier Dieu de les préserver du terrorisme, on a de quoi s’interroger. Et tout cela cent ans après la séparation de l’Eglise et de l’Etat ! Qu’est-ce que cela prouve ? Cela prouve que la loi 1905 était un projet quasi mystique, une quête messianique. Qu’il y avait alors un état d’esprit, une volonté de redonner aux citoyens leur humanité. Mais où sont passés ces hommes aujourd’hui ? On dirait que loin des artifices du show-biz, vous avez gagné en maturité, en subtilité, en densité. A croire que les procès en cascade sont source de nouvelles inspirations pour vous. Vous parvenez à faire rire et réfléchir sur des thèmes qui passent généralement par-dessus la tête des gens. Est-ce bien là votre objectif ? Je ne suis pas là pour donner des leçons. C’est le rire qui m’intéresse. C’est mon mode d’expression. C’est toute ma vie. Et on veut me condamner pour mon franc-parler ! Hier au tribunal le procureur a requis deux mois de prison et 20’000 Euros d’amende. Parce que j’ai fait la caricature d’un colon extrémiste, Dominique Perben et tous ses amis sionistes veulent me condamner ! Qui sont ces « amis sionistes » ? Tant d’associations juives m’en veulent, que je ne sais plus...Hier parmi l’accusation, il y avait Gilles-William Goldnadel, vice président de l’Association France-Israël, Alain Jakubovich, responsable du CRIF à Lyon, l’Union Etudiante Juive française. Qu’est-ce que vous ressentez en présence de personnages qui, tel Gilles-William Goldnadel, cherchent à vous détruire ? Un froid. Goldnadel est impressionnant de froideur. Leur hostilité finira-t-elle par vous pousser dans les cordes ? Je sais que dans le regard de ces sionistes qui veulent me déshumaniser je ne suis qu’un nègre. J’ai de l’incompréhension devant tout cela. J’en viens à penser qu’il n’y a pas plus raciste que l’idéologie sioniste que ces arrogants et sectaires veulent nous imposer. Le sionisme est une escroquerie. Il va à l’encontre du concept d’universalité. Il y a eu l’apartheid en Afrique du Sud. Maintenant il y a le sionisme qui est une idéologie raciste basée sur le mensonge et l’intimidation. Ne vous êtes-vous pas exposé à un grand risque en touchant à ce tabou, à l’Etat d’Israël et ses colons racistes ? Je ne l’ai pas cherché. Je pensais que dans le cadre de la loi on pouvait rire de tout. Je suis pris dans une machination sans savoir où et quand cela s’arrêtera. J’ai fait des caricatures de toutes sortes de gens sans problèmes. Le jour où j’ai caricaturé un colon israélien j’ai mis le doigt sans m’en rendre compte sur quelque chose d’énorme. Depuis je suis témoin de quelque chose d’incroyable. Il y a de quoi se demander pourquoi les dirigeants de ces organisations juives qui me poursuivent ont plus d’influence sur le pouvoir politique en France que les dirigeants d’organisations musulmanes ou bouddhistes ? Tout cela devient tellement limpide dans votre spectacle. Votre public ne peut que s’instruire et se régaler. La difficulté de cette mise en scène était d’aborder plusieurs thèmes : la guerre, la mort, les doutes, tout en la gardant accessible à un large public. Pari réussi ? Je crois être parvenu à toucher la sensibilité de chacun, à un moment où à un autre du spectacle et à faire en sorte que tout le monde s’y retrouve. Les gens me suivent, rient aux éclats. Ils rient alors que le fond est dramatique. C’est le propre de l’homme de pouvoir rire de ses malheurs. La laïcité vue par Maklouf, l’Africain, devient un sujet comique. Ca fait du bien d’en rire. Rire pour transcender la douleur et la souffrance. Oui je l’ai pensé en regardant le public. Je me suis dit que tous ces spectateurs sont là heureux avec leur souffrance et leur amour. Vous les bercez d’un humour subtil, d’un conte qui les fait avancer et de cela ils vous sont reconnaissants. Le rire ne triche pas. C’est le rôle du bouffon de communiquer par l’humour. C’est insupportable cette domination, cette arrogance du pouvoir que nous connaissons. On vous sent d’une solidité à toute épreuve. Si l’on ne vous avait pas ostracisé n’auriez-vous pas manqué quelque chose de fort ? C’est une expérience forte en effet. Qu’avez-vous ressenti lors de la campagne médiatique de mars, quand le quotidien Le monde a écrit que Dieudonné « ne faisait plus rire » ? Ben oui. C’est cela qui est drôle. On m’a jeté à terre, attaqué physiquement. On a condamnés mes agresseurs à la prison ferme. De cela, qui ne me faisait pas rire, les médias n’en ont pas parlé. Dans « 1905 » comme dans « Mes excuses » vous vous êtes servi de votre propre vécu. Une manière de dire : voilà ce qui m’est arrivé, ce que j’ai découvert au passage que vous ne pouvez pas voir tant que vous n’êtes pas passé par là. Cela peut vous servir... à mieux voir. Je suis conscient de cela. Je suis tombé sur un filon. Dix huit procès en un an, c’est exceptionnel. Cela dit « Mes excuses » exprimaient un sujet plus serré. J’aimerais un jour le rejouer. Bernard-Henri Lévy reste votre cible favorite. Pourquoi lui ? Cet homme qui est, depuis vingt cinq ans, la coqueluche des médias incarne à lui tout seul, le faux, l’arrogance, le mépris, la suffisance, la cupidité, la félonie, le manque d’honneur qui caractérise le sionisme. Il est pour moi, l’archétype parfait. Le Ken, le mari de Barbie. Si on devait représenter la petite poupée sioniste, B.H.L., serait le Ken, la marionnette parfaite. Bernard-Henri Lévy brille, il a le pouvoir de vous détruire. Il a appelé au boycott de vos spectacles. Ce n’est pas peu. Je n’ai rien, c’est vrai. Plus ça va, moins j’ai. Pour l’instant j’ai encore ce théâtre ; c’est déjà énorme de pouvoir travailler quand cette bande veut votre mort. Même si je n’avais plus ce théâtre, il y a encore la rue. Cette posture me permet de rester créatif, entier et sincère face au mystère de la vie, aux doutes. Je laisse B.H.L. à ses certitudes et ses mensonges. Il me fait penser à Achille Zavata, à Bozo le clown. Un clown pathétique. Il sera un jour un personnage caricatural de comédie. C’est sûr. Pensez-vous le mettre en scène ? Oui j’y songe. Vous savez, avec lui il n’y a pas grand-chose à faire : il suffit de le saisir dans son quotidien et de le projeter tel quel. C’est une nature comique malgré lui. Pendant qu’il brille sur tous les plateaux de TV, vous êtes interdit de médias. Si c’est cela être une star ! Il ne brille pas. Il ne brille pas. On peut briller dans les tribunaux, on peut briller dans les prisons ! On peut briller dans les hôpitaux ! On brille rarement dans médias. Il peut y avoir parfois quelques nobles esprits qui s’expriment à la TV. Mais ils ont rarement la maîtrise de leur propos. Ce ne sont pas eux qui dominent. La TV - comme la comédie humaine - est l’art du mensonge. Il s’agit d’une entreprise privée avec des objectifs et une ligne éditoriale bien précise. Pas de langage de haine, donc, dans votre spectacle. Pas de facilités non plus. On retient de 1905 que dans la République tout le monde est gêné aux entournures, qu’il y a un malaise profond, et que plus personne ne s’y retrouve. On est aujourd’hui dans une situation d’injustice et de mensonge qui nous met en danger. L’Etat se prosterne devant le communautarisme le plus effroyable, le plus virulent, le plus haineux : les organisations juives racistes donnent le ton. Les élections de 2007 vont être surprenantes. Cette fois je peux le comprendre. Déjà le non à la Constitution sème le trouble. Qu’allez-vous voter ? Je voterai non. Le quotidien Le Monde a écrit le 9 mai que vous vous étiez « glissé » dans le cortège des Indigènes, comme celui qui est mal venu et que vous en aviez été chassé... (Rire) Ce quotidien était jadis la fierté de la France. Pourquoi colporter des mensonges ? Pourquoi ne sont-ils pas venus m’interroger ? J’étais dans le cortège avec les musulmans de France. On veut faire de moi un individu qui incarne le mal. Quand je dis « On », je me réfère à une certaine presse qui perd chaque jour des lecteurs. Moi je préconise internet. C’est là que l’on peut aujourd’hui trouver une information digne de ce nom. Je ne suis qu’un artiste dans cette aventure. Je joue mon rôle le plus honnêtement possible comme noir et humoriste. S’en prendre à un humoriste, ce n’est pas glorieux de leur part. En même temps je suis détaché. Je me sens serein par rapport à tout cela. Parfois je me dis que j’aurais du appeler ce spectacle « Mes adieux ». Songez-vous à quitter la scène ? Je pense qu’il y aura un autre spectacle : « Mes adieux ». J’ai très envie de partir en Afrique et faire du cinéma là bas. Plein de choses peuvent se passer. Mais vous avez un public qui vous aime ! J’ai un public énorme. On n’a pas réussi à vous écarter. Au contraire. Mon public grandit. Avez-vous eu des moments de déprime durant cette longue saison en enfer ? Je fonctionne bien sous la pression. Quand il y a une pression il y a chez moi expression, création. J’ai la chance d’avoir ce théâtre et de pouvoir m’exprimer. Vous êtes une vraie bête de scène. C’est mon métier. J’entends dire partout que vous êtes le plus grand, depuis Coluche. Oh ! Je ne sais pas. Mais dans le registre de l’humour j’ai une certaine maîtrise. Voilà. Et les gens se marrent. Votre public vous aime. Comment pouvez-vous imaginer vous en aller ? Non, non. Je ne fuirai pas. Il y a un rapport de force. Je peux être poussé. Craignez-vous que ce bras de fer puisse vous être fatal ? Là, pour l’instant, on ne peut pas me pousser davantage. Je ne suis plus sur la scène médiatique. Mais à partir du moment où on grandit, là on peut vous pousser vers l’extérieur. Je commence à représenter des gens, des forces. Ca c’est pour eux le plus grand danger. Paradoxalement, cette force qui me protège peut être ce qui me mettra en danger. Le pouvoir a peur de cette force. Tant que j’étais seul je pouvais faire rire dans mon coin. Là, je sens que les gens sont de plus en plus nombreux à me dire qu’ils me soutiendront, qu’ils me suivront où que j’aille. C’est troublant ! C’est là une grande responsabilité. Je m’y était un peu préparé depuis que j’ai rencontré Aimé Césaire. Je découvre que c’est une autre vie que celle de l’artiste qui crée seul dans son coin et s’amuse qui peut commencer. Est-ce que j’y vais ? Je ne sais pas. Je pense que je ne pourrais pas la fuir. Je ne veux pas fuir. Ce qui m’arrive, ce que l’on attend de moi, je ne l’avais pas prévu. Ou alors confusément. Je ne suis pas communautariste. Toutefois ma quête de justice parle à une population noire, aujourd’hui encore fatalement esclave de cette utopie. Je sens cette utopie. Je suis enchaîné à ce rêve de liberté. Quand j’ai rencontré Aimé Césaire et que je l’ai entendu dire de moi « Il est jeune, il va à l’essentiel, il est notre avenir », j’ai senti qu’on attendait de moi autre chose que des sketches. Ce n’est plus une histoire de carrière. Il s’agit d’humanité. Je ne vois plus comment je pourrais réintégrer le système. Blancs ou noirs nous partageons les mêmes rêves, non ? C’est tout le monde qui peut se reconnaître dans l’universalité. Est-ce que nous y arriverons ? Est-ce que c’est simplement l’état d’esprit dans lequel on va accomplir ce parcours ? Ce n’est que ça qui importe. J’aime bien cette idée que le but, si on le fixe dans le cadre de sa propre existence, porte en lui-même son propre accomplissement. J’ai l’impression que ce but existait avant ma naissance et existera après. C’est une quête humaine. Il n’y a pas de projet autre que d’amener l’humanité à ce réveil. Mais ce n’est pas Dieudonné Mbala Mbala qui va faire cela tout seul. On peut être jaune, blanc, noir, on se retrouve frères en humanité. Face à l’empire du mensonge, j’ai ma conscience. Avançons tous ensemble. On est tous dans le même bateau. On a tout besoin les uns des autres. Deuxième partie de l’entretien à suivre prochainement (1) Théâtre de la Main d’Or. 15 passage de la Main d’Or. Paris. Tél : 01 43 38 06 99. (2) Conseil représentatif des institutions juives de France source les ogres.org :-) |
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| DIEUDONNE INTERVIEWE PAR SILVIA CATTORI (2EME PARTIE) Qui veut la peau de Dieudonné ? Entretien avec Dieudonné par Silvia Cattori Suite de l’entretien « Si vous aimez rire, « 1905 » c’est du délire » Pourquoi devons nous encore donner la parole à Dieudonné ? Ce n’est certainement pas par monomanie. Mais parce que, dès lors qu’une personne est victime d’un lynchage médiatique, il est urgent de réagir. Le cas de Dieudonné n’est pas isolé, loin de là. Mais son cas sonne le tocsin de nouvelles menaces : si nous n’y prenons pas garde, demain il sera trop tard. Alors que la défense des citoyens devrait être au cœur de la politique, il n’en est rien. L’Etat et les politiciens participent eux aussi de cette intolérance intellectuelle qui sévit en France. Or, quand les médias ou des groupes qui instrumentalisent une cause, se transforment en procureurs, ce sont les fondements d’une société démocratique qui sont ébranlés. Les affirmations de Proche-Orient Info - un site spécialisé dans des campagnes de calomnies et de dénigrement - auraient dû être considérées avec précaution par la classe politique. Une classe qui joue sur les ambigüités et se range de plus en plus souvent du côté des imposteurs. Ainsi à coups de campagnes épouvantail et de campagnes assassines, des centaines de personnes ont été, ces dernières années, exclues de la société. Une fois frappées par l’anathème, ces personnes, même si elles ont été cent fois innocentées par les tribunaux, n’en demeureront pas moins ruinées financièrement et moralement pour le restant de leurs jours. Dire d’une personne qu’elle est « antisémite », « néo nazie », « fasciste », « négationniste » - accusations sans fondement dans la grande majorité des cas - est une méthode totalitaire. Rien de moins. Silvia Cattori. S.C. Dieudonné, depuis notre premier entretien, en novembre 2004, un nouvel incident est survenu, qui vous a remis à la « Une » du feuilleton médiatique. Les reproches avancés n’ont-ils pas porté gravement atteinte à votre honneur, à votre aura d’artiste ? Dix sept procès... Dieudonné : Dix huit. S.C. N’êtes vous pas fatigué d’aller de procès en procès ? Dix huit tribunaux en une année c’est beaucoup ! Dieudonné : Bien sûr, c’est énorme ! On préférerait passer son temps à autre chose. Mais il suffit de penser à Mandela, à Martin Luter King, à Djibaou, pour se dire, voilà, il y a des causes difficiles. Je ne pense pas que je verrai de mon vivant le résultat du travail fait pour parvenir à l’égalité des droits. J’y participe à mon humble niveau. Il n’y a rien de désespérant si on projette son action sur plusieurs générations. On se dit, bon, ça avance un petit peu. Quant aux faits que l’on me reproche, j’ai été relaxé dix sept fois. S.C. Sur quelle base êtes-vous accusé ? Dieudonné : On m’accuse d’avoir offensé la religion juive. Or ce n’est pas du tout un fait religieux que j’ai caricaturé lors de mon sketch en décembre 2003. J’ai caricaturé un fait politique. S.C. N’êtes-vous pas excédé ? Dieudonné : Il y a une telle violence en face, une telle haine ! Une telle férocité ! On m’a harcelé, frappé physiquement. A un moment donné on s’habitue à tout. Puis cela vous donne de l’énergie. On arrive à transformer cette énergie négative en positif, à se servir de toute cette folie, pour rentrer en soi et créer. Si j’ai écrit autant de spectacles en si peu de temps c’est sans doute en partie à cause de toute cette pression qui a pesé sur mes épaules. A un moment donné je dois passer à la phase de l’expression. S.C. Qui sont les personnes qui font le plus peser cette pression ? Dieudonné : Des représentants du CRIF, de l’UEJF. Et les journalistes qui travaillent dans la même optique qu’eux. Tout ce que vous dites est passé au crible, pour vérifier s’il y a un mot permettant de porter plainte contre vous. S.C. Lors de votre présence à l’émission Infrarouge à la Télévision suisse romande, en février 2004, quelqu’un n’avait-il pas porté plainte contre vous ? Dieudonné : Le tribunal de Genève, en Suisse, a rejeté la plainte qu’un certain Isaac Cohen avait déposée. Il alléguait, entre autre, que j’avais « accusé l’Etat juif d’avoir collaboré à un programme d’extermination raciale en Afrique du Sud ». S.C. N’avez-vous pas prêté le flanc à la critique quand, à Alger, vous avez parlé de « pornographie mémorielle » ? Dieudonné : Je crois qu’il n’y a rien d’extravaguant à dire que l’instrumentalisation politique de la souffrance est obscène. Sur le fond je trouve que c’est une belle formulation. On doit pouvoir parler de pornographie mémorielle quand il y a des abus. Ces termes ne sont pas de moi. S’ils provoquent des réactions contrastées, ouvrons le débat. Parlons de ce qui pose problème. Ne détournons pas les faits. S.C. Pensez-vous avoir été l’objet d’un montage ? Dieudonné : Complètement. On m’a prêté des propos que je n’ai pas tenus. On a dit « Dieudonné a dit que la Shoah est une pornographie mémorielle ». Je n’ai jamais dit cela. Je n’ai jamais associé la Shoa à cette phrase. Ce à quoi je me référerais, n’avait évidemment rien à voir avec le passé. C’est insensé de vouloir me prêter des idées qui sont si éloignées de moi. Maintenant c’est à la justice de se prononcer. S.C. Quel intérêt avait le site Proche-Orient info à diffuser une fausse information ? Miser sur l’effet ravageur que cela produirait, pour faire de l’humoriste qui dérange, le scandale de la République, le faire taire ? Dieudonné : Je crois que c’était un projet de solution finale en ce qui concerne mon existence médiatique. Ils ne peuvent pas me faire taire. Je ne crains rien. Je subis ce chantage pour m’être opposé au lobby sioniste. Ils ont voulu me frapper professionnellement et financièrement. Nous avons porté plainte contre le site Proche Orient info. Je n’ai rien à me reprocher. Quand je regarde mes enfants je me sens bien avec moi. Vous me direz que c’est facile à dire puisque je peux les nourrir. S.C. Pensez-vous vraiment pouvoir gagner la partie ? Dieudonné : J’irai jusqu’au bout de mon parcours d’humoriste. Si je dois m’arrêter à 40 ou 41 ans, ça aura déjà été un temps de pur plaisir. J’ai toujours fais mon métier sincèrement. Si je devais me plier ce ne serait plus le même travail. Faire rire de manière bêtement mécanique, non. J’aime qu’il y ait une réflexion dans l’humour. Sinon je ne m’y retrouve pas. Je crois que je continuerai tant que cela sera possible. J’adore la scène. Mais, s’il le faut, je suis capable de faire autre chose. Si je dois m’autocensurer, renoncer à ma liberté de pensée pour continuer d’exister comme humoriste, cela ne m’intéresse pas. S.C. On vous sent serein, malgré tout. Mais êtes-vous conscient que vous êtes embarqué dans une guerre ? Dieudonné : Oui c’est une guerre. S.C. Ceux qui la mènent, veulent la gagner, ils y mettront les moyens. Dieudonné : Oui, je sais. S.C. Comment pouvez-vous supporter de vous voir ainsi dénigré ou traité de raciste publiquement, mois après mois, par le site Proche-Orient Info, BHL ou Alain Finkielkraut ? Dieudonné : Je suis vraiment pour eux le diable. Ils ont déclenché une guerre nucléaire contre un moucheron, un moustique. Qui peut piquer, mais bon, qui ne tue pas. Ils me font des procès, ils peuvent aller jusqu’à me frapper, ils peuvent me tuer financièrement. Là, ils sont au maximum de ce qu’ils peuvent faire. Pour faire plus, ils doivent passer à quelque chose qui n’est plus légal. Par chance je n’ai quasiment pas de besoins. J’ai un théâtre. Il tourne. Cette légèreté artisanale qui fait qu’on peut rebondir. S.C. Dans « 1905 » vous dites « tôt ou tard ils vont me dégommer ». Vous le pensez sérieusement ? Dieudonné : Je me dis qu’effectivement, face à toute cette haine, il peut y avoir un ou deux déséquilibrés qui... S.C. N’avez pas peur de ce qui vous attend si vous tenez tête ? Dieudonné : Non, je ne vis pas dans la peur. Mais on m’a déjà frappé, je sais ce que cela signifie. S’ils m’attaquent avec un couteau, cela peut être dangereux. Je m’attends au pire en toute sérénité. La peur est un sentiment qui est en chacun de nous. Il faut lui laisser une petite place. Mais pas la première place. Ce qu’il y a de plus difficile à assumer dans cette guerre, c’est que face à la haine on se trouve constamment pris dans le tourbillon de la défense. Je n’ai jamais répondu aux attaques. Sauf devant les tribunaux et sur scène, où je fais rire de ce vécu. S.C. Vous avez de l’audace. Une audace rare. Vous dites des choses qui ne sont pas visibles aux yeux de tous, mais qui deviennent immédiatement palpables une fois mises en scène. Dieudonné : Je crois que c’est le rôle de l’humoriste. Je n’ai pas de regret par rapport à mon travail. Je l’ai fait honnêtement et sincèrement. Yo soy un hombre sincero. (rire) S.C. Ne pensez-vous pas qu’au travers de cette controverse, vous avez ouvert un champ qui dépasse le cadre de la France ; et réussi à faire s’opérer une jonction entre beur, black, blanc. La couleur disparaît et le sentiment que dans la lutte face aux injustices, « on est tous des nègres » fini par prévaloir ? Aussi, le débat autour du film sur l’esclavage et la colonisation, que vous comptez réaliser, n’a-t-il pas éveillé les consciences de tous ceux qui sont sensibles à une mémoire coloniale mal assumée. Autrement dit, n’est-ce pas la voix de l’universalisme laïc que l’on veut étouffer ? Dieudonné : Oui. Cette description me ressemble bien. Ma mère est blanche, mon père est noir. Je n’ai pas de religion. Je suis prédisposé peut être à l’universel de manière naturelle. Cela n’a pas été un problème pour moi d’envisager la fusion avec le reste de l’univers. Je conçois que, pour certains, c’est difficile de quitter le nid douillet du communautarisme. Ca fait peur. Mais c’est la préhistoire de l’humanité, le communautarisme. C’est Néandertal et Cromagnon. Mais voilà, on a peut être une autre destinée que l’affrontement communautariste cyclique. S.C. A côté des aspects pénibles n’y a-t-il pas eu des bonnes et belles surprises ? Dieudonné : Ah ! Oui, il y a eu des choses formidables. Une chaîne de solidarité, d’amour même, que je ne pouvais même pas imaginer. C’est un bonheur de voir des familles entières qui disent vouloir me protéger. S.C. Vous donnez à votre public des clés pour comprendre dans quelles intrigues le monde politico-médiatique évolue en France. Dieudonné : Oui. C’est important de comprendre à quel point il y a de l’agressivité et de la haine chez ceux qui veulent dominer. De comprendre que le pouvoir rend fou. Que le pouvoir de l’argent, le pouvoir du monde de la nuit et du spectacle n’est pas quelque chose de brillant. S.C. Quel est votre sentiment aujourd’hui ? Etes-vous détaché de cet univers du show-biz que vous avez côtoyé ? Dieudonné : Je ne l’ai pas trop côtoyé. S.C. Ce monde de la nuit et ne vous manque-t-il pas ? Dieudonné : Non, non. Ce n’est pas mon univers. Je n’ai jamais habité Paris. J’ai fait trois ou quatre sorties, peut être un peu plus. Non ce monde de la nuit et du spectacle médiatique ne m’attire pas. S.C. Si je comprends bien, vous vous mettez en danger à la façon d’un Don Quichotte. Dieudonné : Oui, on commence à m’en parler. La liberté est aussi une histoire de mots, de dialectique. L’autodérision est bénéfique quand le doute s’installe. Un artiste doit pouvoir s’exprimer sans peur. Il y a un public face à lui qui s’interroge, qui a également besoin de cette liberté. Le rire est là pour le libérer de ce qui lui pèse. Je parle de ce rire sincère, qui peut déranger le pouvoir, mais qui est salutaire. Un artiste ne doit pas tricher, ne doit pas s’autocensurer. Si je devais faire de la politique je saurais m’adapter. Mais là je fais mon métier d’humoriste. Le rire a besoin de liberté. S.C. Vous transmettez par l’humour des messages que les intellectuels, en France, semblent incapables de faire passer depuis belle lurette. Dieudonné : L’idée qu’un clown, un humoriste noir, puisse ébranler ce pouvoir si écrasant qu’est le sionisme, un pouvoir qui a déjà généré tant d’injustices, n’est pas pour me déplaire. S.C. La partie n’est pas jouée. Pour l’instant n’est-ce pas vous qui êtes ébranlé ? Dieudonné : J’étais condamné de toute façon. Ma nature étant ce qu’elle est, je ne peux pas collaborer. S.C. Qu’entendez-vous par « collaborer » ? Dieudonné : Jouer les amuseurs d’Etat. Les amuseurs asservis au pouvoir. S.C. Ne l’avez-vous pas fait du temps où vous vous exhibiez sur les plateaux de télévision ? Dieudonné : Non, j’ai travaillé honnêtement. J’ai fait ce chemin en toute naïveté. S.C. En toute naïveté ? Dieudonné : Oui, en toute naïveté. Par mon parcours j’ai découvert... j’ai vu des choses, tout cela s’est recoupé et voilà, je suis dans la situation que vous savez. Et je ne m’en plain pas. S.C. Donc aucune pression ne vous fera reculer ? Dieudonné : Je crois que je peux continuer quoi qu’il arrive. S.C. La vague de haine qui s’est déchainée est pénible pour vous, mais aussi pour votre proche entourage. N’est-il pas troublant pour vous de découvrir que même les gens les mieux avertis n’ont pas compris que dans les propos que l’on vous a incriminés à Alger vous n’aviez jamais fait référence au passé, mais à l’excès des commémorations ? N’est-ce pas la preuve que la manipulation de Proche Orient Info a bien fonctionné ? Dieudonné : En France il y a un aveuglement autour de l’accusation d’antisémitisme. On diffame des gens avec une facilité déconcertante. S.C. Ces avanies ne vous ont-elles pas révélé votre capacité à endurer mais aussi à rebondir ? Dieudonné : Ma nature, encore une fois, ce n’est pas de résister, de rendre les coups. Quand je m’investis pour une idée, je le vis comme une libération. Cette expérience me libère de chaînes, de leurres, et l’agressivité de ceux qui veulent me faire taire n’y changera rien. Cela peut paraître étrange. On me frappe. Dans un premier temps j’ai envie de rendre les coups. Mais je ne les rends pas. On me frappe encore et là je ne sens quasiment plus rien. C’est comme si cela ne me concernait plus. Je me sens un peu spectateur et j’ai un peu pitié de ceux qui m’en veulent. S.C. C’est une belle posture, mais vous n’allez pas faire une carrière avec ça ! Dieudonné : Quelle carrière devrais-je faire ? Celle de qui ? S.C. Celle de tous les autres humoristes, comme Djamel ou Seimoun ? Dieudonné : Je ne voudrais pas. Je les trouve formidables. Mais je n’ai pas le courage de me compromettre jusque là. Je n’ai pas cette force. S.C. Parce qu’il faut se compromettre ? Dieudonné : Oui. S.C. Quand vous voyez des choses que vous n’aimez pas cela vous attriste-t-il ? Dieudonné : Je ne suis pas de nature triste. Mon entourage vous dirait que je ne suis pas triste. Mais je peux souffrir, être attristé, comme tout le monde. S.C. Pleurez-vous parfois ? Dieudonné : Oh ! Je pleure comme tout le monde. Je pleure de temps en temps. Je pleure seul. Cela fait du bien. Quand les gens m’aiment c’est plutôt là que les larmes viennent. Pas quand on me blesse. S.C. Avec vos spectacles vous devez avoir de nombreuses occasions de vous émouvoir. Il y a beaucoup d’amour dans le public. Dieudonné : Oui, c’est vrai. Quand les gens sont sincères cela me touche. Fin de l’entretien enregistré le 12 mai à Paris. Voir la première partie « Si vous aimez rire, « 1905 » c’est du délire » sur le site www.ogres.org **Silvia Cattori - de nationalité Suisse et de langue maternelle italienne - a fait des études de journalisme à l’Université de Fribourg, avant s’expatrier et d’évoluer dans le monde des fonctionnaires internationaux et de la diplomatie. Elle a essentiellement travaillé comme journaliste indépendante et sous divers pseudonymes. Elle se consacrait depuis quelques années à des activités littéraires quand, en 2002, lors de l’effroyable opération israélienne « Boucliers de protection », elle a décidé d’aller en Palestine. Choquée par ce qu’elle y a découvert, elle se consacre depuis, à attirer l’attention du monde sur la gravité des violations commises par l’Etat d’Israël contre une population sans défense. lesogres.org :-) |
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| hop un ptit coup de remontage de post desolé pour ceux qui aiment pas :-P |
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