Finkielkraut et sa vision personelle de l’esclavage


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Vieux 14/06/2005, 20h47
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Par défaut Finkielkraut et sa vision personelle de l’esclavage

« Les victimes antillaises de l’esclavage qui vivent aujourd’hui de l’assistance de la Métropole, mais passons... »

Contrairement aux apparences, il ne s’agit pas d’une déclaration de Jean-Marie Le Pen, de Bruno Golnich ni de Bruno Maigret. Nous imaginerions pourtant sans peine ces propos sortir de leur bouche tout comme nous imaginerions les réactions qu’ils auraient suscité : indignation, condamnation, poursuites judiciaires...

Ces propos n’ont donc pas été tenus par l’un des ténors de l’extrême droite. Ils ont tout simplement été tenus par l’un de nos « donneurs de leçons médiatiques », le célèbre et incontournable Alain Finkielkraut. Ne soyons pourtant pas injustes avec lui. Ne faisons pas preuve de mauvaise foi en oubliant le contexte de ses propos comme Pierre-André Taguieff, BHL, Alexandre Adler ou Finkielkraut lui-même savent si bien le faire à l’égard de ceux qu’ils qualifient trop facilement d’antisémites.

Notons aussi que ces propos n’ont eu pour échos que l’indifférence des médias traditionnels. Visiblement, ces derniers se soucient bien plus de savoir si un Noir peut librement se déhancher et absorber des boissons alcoolisés comme tout un chacun dans une boîte de nuit que de dénoncer des actes et des propos racistes pourtant intolérables même et surtout s’ils sont tenus par des personnalités supposées respectables.

Revenons à notre philosophe qui a tenu ces propos sur la Radio de la Communauté Juive (RCJ), qui comme son nom l’indique est à destination de la communauté Juive. Ce contexte est si important que Finkielkraut lui-même a tenu à le préciser a posteriori et suite au tollé que son intervention a suscité au sein de la communauté Noire et sur Internet.

« Quand je vais sur une radio juive, je me dis : « je vais sur une radio juive ». Aujourd’hui, on ne peut plus se dire ça. Quand je vais n’importe où, je suis potentiellement suivi par le monde entier. »

Une telle déclaration n’est-elle pas tout simplement la reconnaissance explicite d’un double discours ?

Même si RCJ est une radio communautaire, comme il en existe beaucoup d’autres, toute personne juive et non juive disposant d’un poste de radio est en mesure de l’écouter et d’enregistrer ses programmes. Une personnalité aussi médiatisée qu’Alain Finkielkraut connaît suffisamment bien le fonctionnement de la radio et des médias en général pour ne pas être surpris par la vitesse à laquelle une information ou des propos peuvent circuler et dépasser l’auditoire d’origine.

Pourtant, Alain Finkielkraut paraît être gêné par ce phénomène qui semble nuire au double discours qu’il reconnaît tenir. Le premier semble destiné à l’ensemble de la communauté française tandis que le second serait réservé à la communauté juive. Ceci est bien étrange car il n’y a pas si longtemps, un intellectuel basané de confession musulmane, Tariq Ramadan pour ne pas le nommer, a subi et continue à subir un formidable lynchage médiatique au motif qu’un double discours lui était reproché : le premier pour l’ensemble de la communauté française et le second pour la communauté arabo-musulmane.

Ajoutons à ceci que ce double discours, reconnu par Alain Finkielkraut, est empreint d’un communautarisme habituellement combattu et condamné avec vigueur par tous les grands défenseurs de la laïcité et pourfendeurs du communautarisme. Cette fois-ci, ceux-ci sont restés désespérément muets. Ne devraient-il pas pourtant le condamner comme le fut l’islamologue suisse ? Visiblement il y a une subtilité qui nous échappe et qui pourtant est suffisamment importante pour justifier cette différence de traitement.

Mais comment donc Finkielkraut en est-il arrivé à tenir de tels propos ? C’est une fois de plus la faute de Dieudonné saurait-on tenté de dire. Notre philosophe réagit à l’agression, étrangement passée inaperçue dans les médias, dont l’humoriste a été victime en Martinique et surtout au soutien que les martiniquais lui ont apporté.

« Et en plus, Dieudonné évidemment, en a profité en Martinique mais peut-être n’aurait-il pas eu besoin de cela pour jouer 2 soirs de suite à guichet fermé devant une foule surexcitée. »

Notre donneur de leçon est visiblement agacé par cette publicité dont bénéficie Dieudonné en Martinique. Et c’est ainsi que Finkielkraut en arrive à cette fameuse phrase :

« Les victimes antillaises de l’esclavage qui vivent aujourd’hui de l’assistance de la Métropole... »

À écouter notre philosophe et humaniste, ce n’est pas normal que Dieudonné puisse avoir du succès. Non seulement Finkielkraut ne peut accepter que les martiniquais lui aient permis de faire salle comble deux soirs de suite, mais il n’accepte pas plus le fait qu’ils lui aient manifesté massivement leurs soutiens notamment après l’agression dont Dieudonné a été l’objet. Comment expliquer cela ?

C’est un peu comme le succès de Dieudonné au Zénith à Paris, il surprend et exaspère ses adversaires. Pour la métropole, Finkielkraut et consorts ont trouvé comme explication que les spectateurs du Zénith étaient des antisémites. C’est à cette occasion que le grand BHL nous a gratifié d’un article sur Dieudonné en fils de Le Pen.

Mais pour la Martinique, Finkielkraut n’a pas pu ou pas osé traiter les martiniquais d’antisémites comme les spectateurs du Zénith. Il a préféré choisir un autre type d’attaque qui reprend d’ailleurs des arguments appartenants aux mouvements racistes et à l’extrême droite.

Ainsi les martiniquais soutiendraient Dieudonné et lui feraient un énorme succès car ils seraient des assistés. On retrouve ici l’image du noir (et plus généralement du non occidental) qui serait oisif et qui passerait le plus clair de son temps à profiter du soleil, de la plage et de la nourriture voir de la boisson. De ce fait le martiniquais n’aurait rien de mieux à faire que soutenir un personnage comme Dieudonné.

Mais le « festival Finkielkraut » ne s’arrête pas là. Il lui faut aller au bout de son raisonnement et exprimer pleinement ses idées.

Il poursuit donc en donnant une analyse, assez rapide d’ailleurs, de la traite négrière en rappelant les trois axes qui l’ont constitué, et qui nous sont d’ailleurs souvent rappelés en ce moment, à savoir l’axe occidental, l’axe arabe et l’axe africain.

Les précisions qu’il nous donne sont très importantes car ce qui ressort de son « analyse » c’est que « l’homme blanc » a certes été un esclavagiste mais a fini par se laisser gagner par l’esprit des lumières, expression qu’il serait d’ailleurs fort intéressant de définir, en devenant abolitionniste. Notre philosophe insiste sur le fait que l’homme blanc n’a pas été le seul à pratiquer l’esclavage, il y a eu les Arabes, « méchants Arabes » devrait-on dire pour suivre le courant de notre philosophe et de ses amis et enfin il y a également eu les Africains.

Les Africains, cette précision sur laquelle certains historiens reviennent aujourd’hui avec beaucoup d’insistance pour nous expliquer que des noirs ont participé à l’esclavage comme si cela permettait de minimiser l’importance de ce crime contre l’humanité qu’est l’esclavage. Que penserait Finkielkraut si un intellectuel noir ou arabe insistait pour rappeler qu’il y a eu des juifs qui ont collaboré et participé à l’extermination des juifs pendant la deuxième guerre mondial ? Ce type d’information permet-il de minimiser l’importance de ce crime contre l’humanité ? Bien sûr que non ! Alors pourquoi le faire quand il s’agit des noirs ?

Que penser donc de ces propos et de ces idées exprimés par Finkielkraut ? Un regrettable dérapage ? Un malentendu ? Ou simplement l’expression du fond de sa pensée ?

Notre philosophe nous propose sa propre explication. Par ses propos, ce qu’il dénonce c’est le fait d’avoir une aide, d’en dépendre mais dans le même temps de critiquer celui qui fournit cette aide :

« Mais ce que je n’aime pas, c’est que l’on puisse...méconnaître cette réalité et jouer sur les deux tableaux de la subversion, de la colère, de la révolte, et de la subvention, si vous voulez. Et ça, cette dualité subversion/subvention, c’est un phénomène très contemporain, qui est le lot de nombreuses révoltes aujourd’hui, eh bien, je le dénonce partout où je le reconnais, aux Antilles comme ailleurs. »

« Donc, je ...ne veux pas dire que les Antillais sont des assistés, il y a une aide, cette aide existe, elle est légitime, mais que ceux qui en bénéficient, que ces bénéficiaires fassent le procès délirant d’une France toujours esclavagiste et toujours coloniale : non. Ils se mentent à eux-mêmes. »

Il ne faut donc pas critiquer la main qui te nourri serait-on tenté de dire. Voici un discours pour le moins colonialiste ! Alors peut-être n’était ce qu’un regrettable dérapage de la part de notre philosophe, après tout cela peut arriver à tout le monde même à un intellectuel de sa pointure. Pourtant un événement postérieur à ce « dérapage » vient semer le doute dans nos esprits. Il s’agit de la fameuse pétition contre « le racisme anti-blanc ».

Il est évidemment important de dénoncer toutes les formes de racisme. Mais la formulation de cette pétition est pour le moins étrange. Il y est question de racisme anti-blanc et anti-français. Il est donc sous-entendu que les français sont des blancs. Par extension les noirs (et les beurs) ne peuvent donc pas être des français. Ce raisonnement est non seulement très inquiétant mais parfaitement raciste !

Il ne fait pas de doute qu’un racisme anti-blanc existe, tout comme il existe un racisme anti-noir, anti-juif, anti-musulman, anti-asiatique et malheureusement tant d’autres.

Tout comme il ne fait pas de doute que ceux qui subissent le plus de discrimination notamment à l’embauche, dans la recherche d’un logement, dans les rapports avec l’administration sont ceux qui n’ont pas la peau blanche, qui ont un patronyme typé, parle avec un accent et ont des origines étrangères.

La question que nous devons nous poser c’est pourquoi ce racisme anti-blanc et anti-français est-il dénoncé maintenant ?

Est-ce un hasard s’il intervient à la suite de la dernière affaire Dieudonné ? Est-ce un hasard s’il fait suite au soutien qu’une part importante de la communauté noire a apporté à Dieudonné après son agression en Martinique et ses lynchages médiatiques à répétition ? Est-ce un hasard s’il intervient à un moment où la communauté noire réclame que l’esclavage soit considéré et traité au même titre que la shoa ?

On ne peut s’empêcher de se poser toutes ces questions et bien d’autres. Tout comme nous aimerions savoir ce que Finkielkraut et ses amis pétitionnaires, dont Bernard Kouchner, avaient en tête quand ils ont eu l’idée de cette pétition. Quel est leur objectif avoué ou non avoué ? Pour revenir sur Bernard Kouchner, on ne peut constater qu’il ne cesse de nous décevoir depuis qu’il a soutenu la guerre en Irak et qu’il a fait un rapport pour le moins complaisant sur les activités de la société TOTAL en Birmanie.

Les propos de Finkielkraut et cette pétition sont réellement troublants et s’apparentent à une dérive des plus ignobles et détestables. Comment et pourquoi des personnes telles que Finkielkraut et Kouchner, pour ne citer qu’elles, qui étaient connues pour leur humanisme et leur ouverture d’esprit, ont pu se retrouver dans une telle situation qu’ils semblent parfaitement assumer ?

Est-ce un choix politique ? Est-ce un choix communautariste ? Est-ce un choix raisonné ou passionnel ?

Bien sûr nous ne pouvons donner de réponses certaines à ces questions mais nous pouvons exprimer une grande inquiétude quand des personnalités connues qui disposent d’une image et d’une renommée comme celle de Bernard Kouchner et d’Alain Finkielkraut soutiennent des idées et des propos qui n’ont rien à envier à l’extrême droite.

Ce que l’on n’accepte pas d’un Megret, d’un Gollnish ou Le Pen nous ne devons pas l’accepter d’un Kouchner ou d’un Finkielkraut. Ce que tout citoyen qui se dit tolérant, démocrate et respectueux des valeurs républicaines se doit de combattre ce n’est pas un Le Pen mais les idées d’un Le Pen.

Paul Draszen

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  #2  
Vieux 14/06/2005, 20h59
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t'as du temps a perdre ? c pas chretien ce type, mais qui lit friek machin? quelques parisiens décadents qui se croient encore au temps de Sartre... non franchement ce mec on s'en tape et on saura le taper sil il faut....avec bonne éducation bien sur !
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  #3  
Vieux 14/06/2005, 21h17
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Citation:
anoustous a écrit :
t'as du temps a perdre ? c pas chretien ce type, mais qui lit friek machin? quelques parisiens décadents qui se croient encore au temps de Sartre... non franchement ce mec on s'en tape et on saura le taper sil il faut....avec bonne éducation bien sur !
oui j'ai du temps a perdre face a des conneries pareille ....
ce mec intervient dans bcp d'émissions politiques culturelles etc....
c'est un looser de la pensée si c'etait un post sur tarik ramadan les bladislamophobes seraient deja en train de baver de haine mais la ca touche frinkel...truc donc motus et bouche cousue .....
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  #4  
Vieux 14/06/2005, 21h53
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moi wanted ça m'intéresse! :-) et j'ai tout lu attentivement... perso j'avais lu la réponse de l'écrivain antillais Raphaêl Confiant... je la retrouve et je la poste!
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  #5  
Vieux 14/06/2005, 22h25
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Alain Fienkielkraut, sur une radio de la communauté juive, a tenu des propos injurieux à l'encontre des Antillais et singulièrement au sujet des martiniquais "assistés" et même anti-sémites.
Je vous livre ici la réponse de Raphaël Confiant à ce philosophe, qui ne brille pas pour son impartialité intellectuelle!!!!

A propos d'Alain Fienkielkraut et autres mélanophobes Par Raphael CONFIANT***

Depuis quelques semaines, le philosophe Alain Fienkielkraut se répand dans tous les médias, en
particulier sur les radios juives, pour stigmatiser les Antillais, en particulier les Martiniquais, au
motif que ces derniers seraient tout à la fois des "assistés " et des anti-sémites, adeptes de Louis
Farakhan. Mieux (ou pire) : la créolité serait une idéologie haineuse distillant un discours anti-blanc
et francophobe.

Profitant des différents procès intentés à l'humoriste Dieudonné et des bagarres provoquées par des "casseurs noirs ", venus des banlieues, à l'encontre des " lycéens blancs et juifs " lors des dernières manifestations contre la loi Fillon, il enfonce le clou en lançant une pétition nationale qui se révèle être un véritable appel à la haine anti-Noirs, un manifeste de ce qu'on pourrait appeler la " mélanophobie ".

Sans doute Alain Fienkielkraut ignore-t-il ce qu'est exactement la Martinique (à moins qu'il ne feigne de l'ignorer). Pour sa gouverne et celle de ceux qui le soutiennent dans sa croisade anti-nègre, il me semble important de rappeler un certains nombre de faits historiques :

* en 1635, les Français débarquent dans une île peuplée depuis des millénaires par les Caraïbes, île
que ces derniers nommaient " Matinino " ou " Jouanakaéra ". En moins de trente ans, ils massacrent ceux-ci jusqu'au dernier, continuant ainsi le génocide des Amérindiens
entamé avant eux par les Espagnols et les Portugais.

* vers 1660, et cela jusqu'en 1830, ils importent des centaines de milliers d'Africains qu'ils transforment en esclaves dans des plantations de canne à sucre lesquelles contribueront pendant trois siècles à faire la fortune des ports de Bordeaux, Nantes, La Rochelle etc... et plus généralement de la France, participant ainsi, aux côtés des autres puissances européennes, à
l'esclavage des Nègres.

* en 1853, l'esclavage aboli car désormais non rentable, ils importent, et cela jusqu'en 1880, des
dizaines de milliers d'Hindous du Sud de l'Inde qu'ils installent sur les plantations, en partie désertées par les anciens esclaves noirs, et leur imposent un système d'asservissement et de travail forcé qui n'a rien à envier à l'esclavage.

* en 1960, l'Etat français crée le BUMIDOM (Bureau des Migrations des Départements d'Outre-Mer) et importe des dizaines de milliers de postiers, filles de salles et infirmières, ouvriers d'usine et autres agents de police antillais qui, aux côtés des travailleurs immigrés maghrébins, contribueront pour une large part à ce qu'il est convenu d'appeler les " trente glorieuses ".


Telle est, en raccourci, l'histoire de la Martinique. On est loin des plages de sable blanc, des cocotiers et des belles "doudous ", n'est-ce pas ? Mais sans doute est-il bon de rappeler deux autres points à Alain Fienkielkraut :

* A l'abolition de l'esclavage des Noirs (1848), pas un arpent de terre, pas un sou de dédommagement n'a été accordé aux anciens esclaves lesquels n'avaient d'autre ressource que de défricher les mornes (collines) de nos îles pour tenter de survivre grâce à des jardins
créoles ou de retourner travailler, en tant qu'ouvriers agricoles sous-payés, sur les mêmes
plantations où leurs ancêtres et eux avaient été réduits en esclavage.

Même les Etats-Unis, accusés pourtant d'être, dans le Sud profond (Mississipi, Alabama etc.), un enfer pour les Nègres, l'Etat s'est fait un devoir d'accorder à chaque ancien esclave " twenty-two acres and a mule "(vingt-deux acres de terre et un mulet). C'est d'ailleurs là, très symboliquement, le nom de la compagnie cinématographique du cinéaste noir américain Spike Lee. Aux Antilles, une fois les chaînes ôtées, le nègre s'est retrouvé Gros-Jean comme devant.

* Pas rancunier pour deux sous, le Nègre antillais a participé à toutes les guerres qu'a lancé ou qu'a subi la France : guerre de conquête du Mexique en 1860 au cours de laquelle le " bataillon créole ", de son nom officiel, fit preuve d'une bravoure extrême comme le reconnurent elles-mêmes les autorités militaires
françaises ; guerre de 1870 contre l'Allemagne ; guerre de 14-18 au cours de laquelle de nombreux
soldats martiniquais furent décorés pour leur vaillance lors de la fameuse bataille des Dardanelles
; guerre de 39-45 au cours de laquelle 8.000 volontaires Martiniquais et Guadeloupéens gagnèrent,
au péril de leur vie, les îles anglaises voisines d'où ils purent rejoindre les Forces Françaises Libres du Général De Gaulle et participer ainsi aux combats, alors même que nos îles étaient dirigées par deux gouverneurs vychistes, les amiraux Robert et Sorin ; guerre d'Indochine où périrent de nombreux Antillais (notamment à Dien Bien Phu) ; guerre d'Algérie au cours de laquelle, pour un Frantz Fanon, un Daniel Boukman ou un Sonny Rupaire qui rallièrent le FLN, des centaines de soldats antillais participèrent sans état d'âme à cette " sale guerre " ; guerre du Tchad dans les années 80 etc... etc...

Alors, anti-blancs et francophobes les Martiniquais ?
Assistés les Antillais alors que pendant trois siècles, ils ont travaillé sans salaire, sous le fouet
et le crachat, pour enrichir et des planteurs blancs et l'Etat français ? Que pèsent, effet, ces cinquante dernières années de " départementalisation " et de juste remboursement de la dette de l'esclavage face à ces trois siècles d'exploitation sans merci ?

Sans doute faudrait-il aussi rappeler à Alain Fienkielkraut qu'au XVIIIè siècle, la France faisait
les trois-quarts de son commerce extérieur avec Saint-Domingue (devenue Haïti), la Martinique et la
Guadeloupe et qu'entre ces " quelques arpents de neige du Canada " comme l'écrivait Voltaire et les Antilles, elle n'hésita pas une seconde. Aux Anglais, le Canada peu rentable à l'époque (d'où le lâche abandon des Canadiens français, subitement redécouverts par De Gaulle en 1960). Aux Français, les riches terres à sucre de canne, café, tabac et cacao des Antilles.
Toute personne qui fait fi des données historiques et sociologiques présentées plus
haut (et je n'ai même pas parlé de l'idéologie raciste et anti-nègre qui a sévi dans nos pays pendant trois siècles !) ferait preuve soit de malhonnêteté intellectuelle soit d'ignorance. Je préfère accorder le bénéfice du doute à Alain Finkielkraut et croire qu'il ignorait tout cela avant de traiter les Antillais d'assistés.

Mais venons-en maintenant à la question de l'anti-sémitisme des Antillais. Et là, que l'on me
permette d'énoncer une vérité d'évidence : la Shoah est un crime occidental ! Comme l'a été le génocide des Amérindiens, comme l'a été l'esclavage des Noirs, comme l'a été la déportation des Hindous, comme l'a été l'extermination des Aborigènes australiens etc...

Le terme de " crime contre l'humanité " est une hypocrisie. Un faux-semblant. Une imposture. En effet, quand un individu commet un crime, personne ne songerait à taire son nom. Guy Georges (Antillais) et Patrice Allègre (Français) sont des " serial killers ". Fort bien. Mais alors qu'on m'explique pourquoi, quand il s'agit d'un crime commis par un peuple, un état ou une civilisation bien particulière, on s'acharne à en dissimuler le nom ? Pourquoi ? Non, monsieur Fienkielkraut, si la Shoah est bien une abomination, elle n'a été mise en oeuvre ni par les Nègres, ni par les Amérindiens, ni par les Chinois, ni par les Hindous, ni par les Arabes. Elle a été mise en
oeuvre par l'Occident. Ce même Occident qui n'a cessé de pourrir la vie des Juifs depuis 2000 ans.
Citons :

* destruction du Temple de Jérusalem par les Romains en l'an 70 et dispersion du peuple Juif.

* inquisition au Moyen-âge par les Espagnols.

* pogroms au XIXè siècle par les Russes et les Polonais.

* chambres à gaz par les Allemands au XXè siècle.

* rafle du Vel d'Hiv' par les Français au même siècle etc... etc...

Et puis, deux petites précisions à nouveau et là, Alain Fienkielkraut ne peut feindre l'ignorance :

* " Le Protocole des Sages de Sion " n'a été rédigé ni en hindi, ni an quechua, ni en swahili, ni en chinois, ni en arabe. C'est un faux grossier, un chef d'oeuvre d'anti-sémitisme, concocté par la police tsariste et écrit en russe, langue européenne si je ne m'abuse.

* Ce ne sont pas les Juifs vivant dans les pays arabes, les Séfarades, qui ont dû fuir comme des
dératés pour s'en aller construire un état où ils seraient enfin libres mais bien les Juifs d'Europe,
les Ashkénazes, parce qu'ils avaient compris qu'il ne pouvaient plus vivre sur ce continent. Quand la France arrive, par exemple, en Algérie, en elle découvre trois populations vivant en relative harmonie, les Arabes, les Berbères et les Juifs. Certes, en terre musulmane, le Juif avait un
statut inférieur, dit " de protégé " car peuple du Livre, mais on n'a jamais entendu parler, ni au Maroc, ni en Tunisie, ni au Yémen d'entreprise scientifiquement élaborée d'extermination du peuple
juif.

Ma question à Alain Fienkielkraut est donc simple, naïve même : pourquoi après avoir subi tant d'avanies de la part de l'Occident vous considérez-vous quand même comme des Occidentaux ? Pourquoi un ministre des affaires étrangères d'Israël s'est-il permis de déclarer récemment : " Nous autres, Occidentaux, nous ne nous entendrons jamais avec les Arabes car ce sont des barbares ". Toute la presse bien-pensante d'Europe s'est émue du mot " barbares ". Moi, ce qui m'a choqué par contre, c'est le terme " Occidentaux ".
Comment, monsieur Fienkielkraut, peut-on se réclamer de l'Occident après avoir subi l'Inquisition, les pogroms, les chambres à gaz et la rafle du Vel d'Hiv'? Oui, comment ?

Quand vous aurez répondu à cette question, le vrai débat pourra commencer...

Un ultime point tout de même : quand vous déclarez, sur Radio Communauté Juive, que nous détesterions Israël " parce que ce n'est pas un pays métissé ", je préfère croire que vous voulez rire. Quel pays est plus muticulturel et plus multilingue qu'Israël avec ses blonds aux yeux bleus russophones, ses Noirs d'Ethiopie (Falashas) parlant l'amharique, ses Séfarades au type sémite et souvent arabophones et même ses Juifs hindous et chinois ?

Raphaël Confiant
Ecrivain martiniquais
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