La Courneuve par temps calme


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Vieux 07/10/2005, 14h42
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Cette fois-ci, pas de drame à La Courneuve. Pas d'enfant tué d'une balle perdue comme le fut Sidi-Ahmed, 11 ans, en juin. Pas de riverain énervé qui saisit sa carabine et abat de sa fenêtre un individu jugé trop bruyant. Comme Toufic, 10 ans, en 1983. Pas de jeu en armes qui s'achève par la paralysie à vie d'un gamin qui passe par là. Comme Kamel, 13 ans, en 2003.

Depuis la mort de Sidi-Ahmed, le "Kärcher" promis par le ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy, a pris la forme d'une compagnie de CRS qui rôde, contrôle, interpelle. Les habitants ironisent sur le court terme d'une mesure "poudre aux yeux" , tout en se réjouissant du calme revenu. Il faut toujours un fait divers pour que l'on prête attention à La Courneuve. Pour que l'on s'émeuve brièvement des "barres" dégradées de la Cité des 4 000, fabrique à délinquance qui fait de cette commune du "neuf-trois" (Seine-Saint-Denis) l'une des plus emblématiques de la violence urbaine en France. Le fait divers passé, on oublie.

Mais La Courneuve existe aussi par temps calme. Avec son quotidien tranquille. Sa petite vie cabossée qui saisit d'abord par la chaleur des rapports humains. Ce côté "rue orientale" où l'on ne cesse jamais de se dire bonjour, de se serrer la main, de se demander comment ça va, de s'entraider, de s'offrir un Coca ou un verre d'eau. Et cette manière élégante qu'ont parfois les hommes de porter discrètement la main droite sur le coeur, en guise de salut. Où des jeunes lisent les journaux sur Internet, s'arrêtent aux feux rouges, sont plutôt bons élèves au lycée. Où l'on croise à toute heure d'autres jeunes gens, désoeuvrés, réunis par grappes, et qui vous interpellent pour tester votre "respect". Où l'on risque de recevoir sur la tête un sac d'ordures, négligemment jeté d'une fenêtre. Quand ce n'est pas un projectile délibérément envoyé.

La Courneuve est une ville de douceur et de violence, de ruptures radicales. D'un côté de la rue, il y a ces pavillons en brique et jardins proprets. De l'autre, à 20 mètres, il y a cette barre gigantesque et déglinguée où règnent les détritus, les mauvaises odeurs et les graffitis, style "Nique les juifs" . A d'autres endroits, il y a aussi ces HLM, de taille plus humaine, mieux entretenues. Trois mondes se côtoient, parfois brutalement, dans le même périmètre urbain. A l'intérieur, quatre-vingts nationalités cohabitent, plus ou moins dans le désordre. Avec leurs multiples lieux de prière : trois paroisses catholiques, neuf mosquées * plus le siège national de l'UOIF (Union des organisations islamiques de France) *, une synagogue et un nombre incalculable de chapelles (adventistes, évangélistes, Témoins de Jéhovah, rose-croix, Eglise de la Pentecôte primitive, chiites de Madagascar, sikhs, etc.). Vingt-six cultes au total, le record des villes de France.

La répartition des origines n'est pas recensée, mais selon Gilles Poux, le maire (PC) de la localité, les Rebeus ou Beurs (Français d'origine maghrébine) forment la majorité de la population avec les Céfrans (Français d'origine... française), devant les Renois (Noirs), et les Asiatiques répartis en Noiches (Chinois), en Indiens, Pakistanais, Sri-Lankais et autres.

Dans la vie quotidienne, pourtant, les barrières intercommunautaires n'apparaissent pas. Les écoliers se mélangent tout autant que les bandes qui traînent. Même les bagarres ne mettent pas face à face, "race contre race" , comme on dit là-bas. Renois, Rebeus ou Céfrans (les Asiatiques restent à part), tout le monde est copain... Tant que sont respectés les codes et les limites. Dans la cité plus qu'ailleurs, tout est question de codes.

Ce soir-là, Sabrina est rentrée chez elle, enthousiaste. Un garçon l'a draguée dans la rue, "très gentiment" , en lui disant qu'elle était belle. Ils ont pris un café. En tout bien tout honneur, bien sûr, car Sabrina, d'origine algérienne, est une musulmane très pieuse. "En plus , s'exclame-t-elle, il était superbeau, arabe, et tout !" C'est important qu'il soit arabe ? Sabrina hausse les épaules : "Je ne vois pas pourquoi je sortirais avec un Renoi ou un Céfran, alors qu'il y a plein d'Arabes. De toute façon, sortir avec un Renoi, plutôt mourir, je ne pourrais jamais. Avec un Céfran, bon, il faudrait qu'il soit vraiment très musulman, et encore..."

Son frère l'écoute, sourit. Et lui, la laisserait-il sortir avec un Renoi ? "Elle fait ce qu'elle veut , répond-il, magnanime. Mais alors nos relations seraient brisées, je ne pourrais pas faire autrement que la renier." Même si le Renoi est musulman ? N'est-ce pas haram ("péché") pour un musulman de rejeter un autre musulman ? "Si, c'est haram , reconnaît la mère. Mais je n'aimerais pas que ma fille se marie avec un Renoi ou un Céfran, même musulmans. Ce n'est pas du racisme, c'est affaire de coutume."

A l'origine de la mort du petit Sidi-Ahmed, en juin, il y a une histoire de ce genre. Un drame à la Roméo et Juliette entre familles noires et arabes, sur lequel s'est greffée une rivalité de "territoires de drogue" . Un Comorien, Mahmoud, est soupçonné d'avoir tiré la balle perdue qui a tué le garçon, lors d'une bagarre avec deux Tunisiens. Ces deux-là, frères de Nadia B., ne supportaient pas que leur soeur ait pu vivre une histoire d'amour, même terminée, avec "ce Renoi de Mahmoud" .

Aujourd'hui, Nadia B. va mieux. Un été "au pays" , en Tunisie, l'a aidée à se défaire de l'idée qu'elle pouvait être responsable du drame. "J'ai pris grave du recul par rapport à ça." Elle marche d'un pas svelte dans les rues de La Courneuve, parle du "grand respect" qu'elle a pour ses frères et de son amour intact pour Mahmoud. Ses frères et Mahmoud sont en prison. "Dès le premier instant où j'ai embrassé Mahmoud, où j'ai su que j'allais l'aimer, ce mec-là, je savais que toute ma famille s'y opposerait. On a décidé de s'accrocher, ça a tenu trois ans et puis sa famille, qui m'acceptait parfaitement, a fini par faire pression sur lui pour qu'il arrête : sortir avec une Arabe, quand tu es noir, ça fait trop d'histoires."

ON ne voit pas de couples mixtes s'afficher dans la cité. D'ailleurs on ne s'affiche pas dans cette cité. On ne marche pas bras dessus, bras dessous. Question de codes et de "respect". Les jeunes se rassemblent dehors, au bas des immeubles, mais ne se donnent pas rendez-vous dans les cafés, lesquels sont rares et fréquentés exclusivement par les anciens. Quand les jeunes sortent ensemble, ils vont aux Champs-Elysées, au Châtelet, à l'Opéra, ou dans les banlieues avoisinantes. "Je ne connais pas de couples mixtes dans la cité, à part moi , constate Nadia B. Ils se cachent pour se voir, comme je me cachais avec Mahmoud. Mais c'est pareil dans les quartiers chics, non ? Une petite Française qui ramène un Noir, ça fait désordre."

Les Renois, eux, ne font pas tant d'histoires. "Nous, on n'est pas raciste s, plaisante John, camerounais. On est tolérants. Le problème des Rebeus, c'est qu'on leur pique leurs meufs. Elles nous trouvent beaux, elles nous aiment, on n'y est pour rien. Moi, avant de sortir avec une Rebeu, je fais gaffe à la famille. Si elle est du genre trop traditionnel, je n'ai pas envie de polémiquer avec les frères, je préfère laisser béton. Chez nous, c'est comme chez les aristos : ils se marient entre eux et puis parfois ça dérape, la jeune fille ramène un mec de La Courneuve à la maison, et c'est le bordel !"

La ligne de clivage ne passe pas seulement entre origines, mais aussi entre les générations. Les adultes ne se reconnaissent pas dans les plus jeunes. "De la vraie caillera !" , lâche un trentenaire qui explique très sérieusement son jugement : "Nous, on allait voler à Paris, dans le 8e ou dans le 16e, c'était plus moral. Les jeunes d'aujourd'hui, ils volent même à La Courneuve, c'est n'importe quoi."

Ah, le bon vieux temps des "4 000" ! Khaled, 45 ans, fils d'un ancien chef de réseau FLN dans la ville, raconte le début de ces barres construites dans les années 1960 et vécues comme un paradis pour les rapatriés d'Algérie qui vivaient d'abord en bidonvilles. "Aux "4 000", raconte-t-il, mes voisins étaient rebeus, céfrans, feujs, harkis... Ceux qui avaient été ennemis ne voulaient plus le savoir, personne ne parlait de la guerre. La mosquée et la synagogue étaient côte à côte. C'était le plein-emploi, les portes étaient ouvertes, on allait chercher les oeufs à l'étage au-dessus, chez Mme Teboul ou Mme Molina. A partir de 1975, c'était fini. Le chômage et l'héroïne avaient fait leur trou. Il fallait des parents hyperstricts pour ne pas déraper."

Pendant une quinzaine d'années, les gens ont vécu harmonieusement, se souvient Anthony Russel, conseiller municipal. Et puis "les jeunes arrivés au début des années 1960 se sont retrouvés sans emploi à 35-40 ans. Ils se sont mis à se défoncer au bistrot, les aînés ont pris les gosses en charge. Toute une génération a pété les plombs" .

Moins frappés par le chômage, les "Français", y compris les juifs, ont déserté les "4 000". Seuls sont restés les Beurs, avec le sentiment d'être parqués. Et puis ils ont vu arriver d'autres immigrés, par vagues, au gré des conflits du monde : les Africains au début des années 1980, et puis d'autres Africains (des Comores) une dizaine d'années après, puis les Tamouls du Sri Lanka, les Indiens, les Pakistanais. Quant aux Chinois, on ne les voit pas aux "4 000" : ils ont accédé à la propriété dans les zones pavillonnaires de La Courneuve.

Le dernier arrivé dérange, chacun est l'Arabe de l'autre : c'est peut-être le cycle naturel de l'intégration. Pour les Français, "les problèmes" ont commencé avec l'arrivée des Arabes. Une fois "normalisés", avec un mode de vie "français", une fécondité maîtrisée, des enfants scolarisés, ce fut leur tour de mal ressentir la vague d'immigration suivante, celle des Africains, essentiellement maliens. Souvent polygames et non alphabétisés, ceux-ci concentrent dans un même appartement plusieurs femmes et de nombreux enfants laissés dans la rue, à l'africaine, mais sans les structures africaines, donc davantage livrés à la "caillera" . John le Camerounais a décidé de rester philosophe : "Les Rebeus et les Céfrans oublient un peu vite qu'eux aussi faisaient plein d'enfants au début. Les communautés évoluent à leur rythme."

Christine, qui habite le "petit Balzac", juste en face de la grande barre du même nom (la plus dégradée et la plus "chaude" des "4 000"), est elle aussi nostalgique de cette époque bénie. Longtemps au chômage, elle a trouvé un boulot de repasseuse grâce à une association qui emploie les précaires. Cette brune de 46 ans, yeux bleus et visage d'ange, mère de cinq grands enfants, parle chaleureusement de ses amis beurs ou noirs. Elle parle aussi de la dégradation de la cité, "depuis l'arrivée massive d'une population qui ne parlait pas français, la fin de la solidarité dans le quartier" , etc.

Christine parle encore des fameux "codes" qu'elle a appris à connaître, la manière de regarder qu'il faut maîtriser pour ne pas "manquer de respect" , pour se faire respecter. "Si on me dit bonjour, je dis bonjour. Sinon, je ne dis rien." Comme ses fils, elle a dû se bagarrer physiquement pour s'imposer. Sans que la police n'intervienne jamais. Pour protéger sa fille aînée, elle a eu l'idée de la confier au délinquant le plus notoire de la cité. Mais Christine en a marre. "Tout ce que je souhaite, c'est que mes enfants réussissent à quitter La Courneuve , dit-elle en souriant doucement. Moi, c'est trop tard." Il y a longtemps qu'elle ne vote plus. Mais elle devient "de plus en plus extrémiste" . Pas à gauche.

Aux "4 000", quatre barres ont déjà été démolies, d'autres logements sociaux ont été reconstruits, les habitants relogés. Ce devrait être au tour de "Balzac" dans les prochaines années, et les Courneuviens s'en réjouissent. Autre bonne nouvelle : le ministère des affaires étrangères a choisi La Courneuve pour accueillir en 2008 les archives de la diplomatie. Les associations pullulent pour aider les jeunes et les précaires.

La municipalité, administrativement reliée à sept autres communes de Seine-Saint-Denis ("Plaine-commune"), s'attache à développer un urbanisme plus humain que ces barres-dépotoirs. Et à développer pour les jeunes des centres de loisirs, de sports et de culture. Pour les jeunes Courneuviens, la consolation est mince. Le chômage, au moins deux fois supérieur à la moyenne nationale, plombe tout espoir. "Qu'est-ce que tu veux faire d'un centre d'art dramatique, quand tu vis le drame tous les jours ?"

Le Monde
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  #2  
Vieux 07/10/2005, 14h44
L'essentiel est ailleurs!
 
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Je traverse tous les jours la Courneuve pour aller au bureau et je confirme que rien n'a changé sauf..................les camions des CRS toujours présents ....

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  #3  
Vieux 07/10/2005, 14h51
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j habite a la courneuve ca c calmer mai a cause de sarkosy voila notre generation ont a grandi et c fini li bitises mai tkt normalement apres le ramadan ca va pete o 4keus comme ts les annee
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  #4  
Vieux 07/10/2005, 14h53
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Citation:
tfouuuu93 a écrit :
j habite a la courneuve ca c calmer mai a cause de sarkosy voila notre generation ont a grandi et c fini li bitises mai tkt normalement apres le ramadan ca va pete o 4keus comme ts les annee
Au lieu que ca péte aux 4 keus , il serait temps plutôt qu'on péte les 4 keus
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  #5  
Vieux 07/10/2005, 14h54
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tu me diras ou tu habite pour prendre un autre chemin :-P :-P :-P :-P

maintenant que j'y pense c'est vrai que ca fait longtemps que l'arret de traway n'est pas cassé!!

rire



Citation:
tfouuuu93 a écrit*:
j habite a la courneuve ca c calmer mai a cause de sarkosy voila notre generation ont a grandi et c fini li bitises mai tkt normalement apres le ramadan ca va pete o 4keus comme ts les annee
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  #6  
Vieux 07/10/2005, 14h55
 
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Citation:
justeqqdebien a écrit*:
Je traverse tous les jours la Courneuve pour aller au bureau et je confirme que rien n'a changé sauf..................les camions des CRS toujours présents ....
ET LES FBI ??? :-o :-o pas encore ? :-P
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  #7  
Vieux 07/10/2005, 14h55
Avatar de shivvah
 
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"Au lieu que ca péte aux 4 keus , il serait temps plutôt qu'on péte les 4 keus[/quote]"

pardonnez mon ignorance mais ça veut dire quoi "pêter les 4 keus" :-o
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  #8  
Vieux 07/10/2005, 14h58
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Citation:
shivvah a écrit :

"Au lieu que ca péte aux 4 keus , il serait temps plutôt qu'on péte les 4 keus
"

pardonnez mon ignorance mais ça veut dire quoi "pêter les 4 keus" :-o [/quote]

quand on parle des "4 keus" c'est de la cité des 4000 tristement célébre dans le 93 et en Ile de France dont il est question et quand je dis qu'il faut péter les 4 keus , je parle de faire sauter ces barres d'immeubles qui font de ce quartier un véritable ghetto coupe-gorges
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  #9  
Vieux 07/10/2005, 14h58
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ehhhhhhhhhh laissez la courneuve tronkil !!!! c'est une ville magniiiiiiiiiiiiiifiiiiiiiiiii iique ! :-D et je rigole pas !! :-P
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  #10  
Vieux 07/10/2005, 15h15
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franchement les 4000 a l ancienne y a rien a dire c etais une cite de ouff quand elle avait ts ces batiments ils jettent normal des frigos des tele de la fenetre les keuff il les jetter ds les poubelle
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