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Il y a des bons et des mauvais murs Jérôme GRYNPAS Mis en ligne le 07/10/2005 - - - - - - - - - - - Pourquoi la barrière de sécurité édifiée par Israël provoque-t-elle l'ire de l'opinion publique? Pourquoi le renforcement de la barrière protégeant Ceuta et Melilla, soit l'Europe des Africains, est considéré comme acceptable? Auteur de plusieurs ouvrages sur la philosophie. Dernier ouvrage paru «Le principe républicain» (2004) Un mur entre l'Espagne et l'Afrique Depuis quelques jours, les médias rapportent de façon très factuelle les événements tragiques qui ont secoué les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. Par centaines, des Africains tentent de gagner l'Europe pour trouver une issue à leur misère. Pénétrer dans une de ces enclaves espagnoles, c'est pénétrer à l'intérieur de l'espace Schengen. Cette invasion, l'Europe veut, au mieux la contrôler, au pire l'interdire. Situation conflictuelle où chaque partie peut faire valoir les bonnes raisons de son obstination. Les uns au nom du droit de vivre mieux, c'est-à-dire d'échapper à la misère et de jouir de cette liberté sans laquelle l'existence est une souffrance continue. Les autres parce qu'ils craignent, à tort ou à raison, que cet afflux mette à mal leur mode de vie lié à un équilibre économique que menacerait précisément cette «invasion». Ces derniers jours, cette contradiction a pris un tour concret et dramatique. Ne pouvant pénétrer dans les enclaves, les candidats à l'émigration ont joué le tout pour le tout et se sont lancés massivement à l'assaut des barrières qui leur interdisaient l'entrée dans les villes espagnoles d'Afrique. Et la police a tiré. Elle a tué et blessé des assaillants. La querelle - honteuse - qui se développe maintenant tente d'accabler tantôt les policiers marocains, tantôt la garde civile espagnole. En attendant, Madrid consolide et rehausse la barrière qui sépare Ceuta et Melilla du Maroc. La justification, que personne ne met en cause, réside dans le droit d'un Etat d'assurer la sécurité de son territoire. Il s'agit en l'occurrence de la seule sécurité économique menacée par cette invasion de misérables venus d'ailleurs. Quant à ceux qui affirment qu'on doit prendre en compte le désir de vivre mieux et qu'il y a une barbarie évidente à s'y opposer, on répond que l'Europe est attentive à ce problème et qu'elle cherche des solutions. Et d'ajouter que ce problème est l'objet de discussions multilatérales entre pays européens et d'Afrique. Pour autant, ajoute-t-on, on ne peut pas accepter que les frontières de l'UE soient une passoire. La sécurité économique européenne n'y résisterait pas. Le mur, sa consolidation, son impénétrabilité sont un droit et le plus sûr moyen de trouver une solution raisonnable au conflit. Autrement dit, une solution politique - pas nécessairement parfaite - est préférable à la violence, même si celle-ci exprime le désespoir de gens poussés à bout. Un mur entre Israël et la Palestine Pendant des années, des activistes palestiniens, certains pour répondre à l'implantation de colonies juives en Cisjordanie et à Gaza, d'autres dans la perspective avouée d'une destruction de l'«entité sioniste» ont mené des attentats meurtriers en Israël avec pour cibles des civils. Le gouvernement de Jérusalem a contré ces objectifs, à la fois, par des opérations militaires et par l'érection d'une «barrière de sécurité». Ce faisant, il ne s'agissait pas d'assurer la sécurité économique de l'Etat, mais la sécurité physique de ses citoyens. Certes, la politique israélienne de colonisation menée par tous ses gouvernements depuis 1967 est une faute évidente qu'il faut rattraper. Le retrait de Gaza est un premier pas dans la bonne direction. Mais, et qui peut le nier, l'Autorité palestinienne est incapable de faire régner un minimum d'ordre. La destruction de l'«entité sioniste» reste l'objectif déclaré de mouvements puissants qui ne cachent pas leur volonté d'y arriver grâce à une campagne de terreur menée à l'intérieur de l'Etat d'Israël. La politique de ce pays consiste donc à rendre aussi difficile que possible les attentats sur son sol. Remarquons en passant qu'aucun pays n'accepterait de mener des négociations avec un autre tout en permettant que la sécurité physique de ses citoyens soit menacée continûment. Jérusalem a donc paré au plus pressé: élever une barrière de protection pour rendre aussi difficile que possible les attentats et donc de permettre qu'une vraie négociation se développe. Or, l'édification de ce mur a soulevé et soulève encore des protestations multiples et des condamnations internationales. Ainsi donc, les gouvernements européens et une part notable de son opinion publique dûment chapitrée par les médias condamnent la barrière de sécurité édifiée par l'Etat d'Israël pour assurer la sécurité physique de sa population. Par contre, à ma connaissance, le renforcement de la barrière qui protège Ceuta et Melilla ne provoque aucun mouvement de condamnation ni de la part des institutions internationales, ni des gouvernements, ni de l'opinion publique. Est-il donc plus important d'assurer la sécurité économique que la sécurité physique des personnes? Ou bien comme le pensent certains, l'Etat juif étant illégitime «par nature», il ne peut procéder à aucun acte d'autodéfense? © La Libre Belgique 2005 |