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| publié le mercredi 2 novembre 2005 Michèle Sibony "Alors cinq ans après le début de la seconde Intifada, où en sommes nous, à quoi avons-nous servi, et à quoi pouvons nous encore servir ? Comment associer au statut qui nous est reconnu de la solidarité, celui d’acteur politique à part entière et pourquoi ? ... Nous cherchons donc des manières non violentes pour mettre fin à cette occupation catastrophique. L’un des moyens est l’usage de sanctions économiques pour faire pression sur le gouvernement et l’obliger à changer de politique. ... Cette campagne politique de sanction : c’est maintenant qu’il faut la mener, dans une stratégie politique, triangulaire coordonnée et maîtrisée, aujourd’hui et non demain. ... Car bientôt il n’y aura plus de Palestine viable et souveraine possible, il faut faire appel à notre courage, et renoncer à nous cacher derrière nos propres peurs ou hypocrisies. Sinon demain, il nous faudra nous taire tous". Après 5 ans d’Intifada et de répression : Bilan et sanctions A partir d’une intervention du 23 septembre 2005 pour les Rencontres Euro-méditerranéennes Barcelone+ 10 - Maison De l’Europe - Michèle Sibony Je tiens à dire tout de suite que je suis particulièrement sensible à l’intitulé de cette invitation, et à cette invitation elle-même parce qu’elle arrive à point nommé, pour nous donner l’occasion de faire un bilan ensemble, après 5 ans d’activités pour ne pas dire d’ « activisme » sur le sujet du conflit palestino israélien. « Cinq ans après la déclaration de Marseille /Palestine, agir maintenant/, et à quelques semaines du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement réuni à l’occasion du 10 ème anniversaire du Processus de Barcelone, sur quelle base politique les organisations de la société civile peuvent-elles converger ? Quelles sont les formes que pourrait prendre leur participation effective, notamment au sein du Processus de Barcelone, à la résolution d’un conflit israélo-palestinien qui reste pour tous, un horizon incontournable ? » Une première remarque sur la réactivité qu’évoque le texte de cette invitation : « Depuis lors, en partie anesthésiés par la détérioration durable de la situation, les acteurs de la société civile réunis lors des Fora civils euromed ou dans d’autres enceintes ont davantage réagi aux événements que formulé des propositions constructives ». Nous sommes pris dans cette « réactivité » depuis le début 2000 parce qu’il nous a fallu démonter des opérations mystificatrices : la première montée par Barak, celle des offres généreuses de camp David, et le temps de gagner nous avions perdu, le mal était fait. Puis celle de Sharon depuis 2001 jusqu’en 2004 grâce au 11 septembre, toutes les actions de l’armée israélienne ont été justifiées par « la lutte contre le terrorisme » et il nous a fallu lutter contre le système de représentation qui a transformé et réduit toute la résistance populaire palestinienne à du « terrorisme aveugle » et aux attentats suicide. Là aussi il était bien difficile de gagner, mais aujourd’hui nous sommes dans une troisième phase de mystification qui prend le pas sur les déclarations d’un Dov Weizglass, encouragée par les travaillistes israéliens : « Sharon fait un pas vers la paix avec le retrait unilatéral de Gaza ». Ainsi après le mythe : « Sharon lutte contre le terrorisme », on a « Sharon fait la paix avec les Palestiniens ». Tout n’est qu’une question de quantité de texte balancé sur les média mondiaux là-dessus, à partir d’un certain nombre de phrases positives sur le retrait constituant une première étape vers la paix, c’est acquis... A nous , et à nous seuls... et c’est bien effrayant, revient de faire contrepoids et c’est fondamental et urgent, si nous ne le disons pas assez, ni assez clairement, ni assez fort, lorsque Gaza affamée et sans ressources va exploser, ou la résistance armée se manifester dans la Cisjordanie morcelée et vidée de ressources, c’est encore les Palestiniens qui auront tort, et on assistera à leur condamnation publique : « Sharon a fait les premiers pas, et regardez comme ils réagissent, ce sont des terroristes ». Deux chiffres par exemple qui n’ont pas circulé sauf entre nous : pendant le retrait de Gaza 22 morts et 80 blessés palestiniens ... Au matraquage médiatique correspondent des silences effrayants, mais faisons le point sur les messages reçus et enregistrés ces dernières années, pas les nôtres, mais ceux qui sont passés : Critiquer Israël revient à renforcer l’antisémitisme, On ne peut tolérer que les représailles israéliennes aux attentats suicides soient critiquées parce qu’elles sont des représailles. Les attentats suicides sont inacceptables, et de là l’extrapolation est faite : on ne peut plus accepter le principe de la résistance armée, même contre des soldats ou des colons armés sera automatiquement cataloguée comme terrorisme. La résistance non violente, comme Bil’in tente d’en donner un modèle, doit être elle aussi éliminée. Alors il reste une question simple que nous devons nous poser : qu’elle est la marge de manœuvre laissée aux Palestiniens ? La réponse est simple : zéro : ils doivent se soumettre et obéir. Pour nous, c’est cela qui est inacceptable. Alors cinq ans après le début de la seconde Intifada, où en sommes nous, à quoi avons-nous servi, et à quoi pouvons nous encore servir ? Comment associer au statut qui nous est reconnu de la solidarité, celui d’acteur politique à part entière et pourquoi ? Je commencerai par le pourquoi : parce que nous n’avons pas le choix et plus le temps, parce que c’est demain si rien n’arrête le processus que la Cisjordanie sera découpée à l’aide du mur en voie d’achèvement, en plusieurs morceaux reliés par un pont ou un tunnel, et c’en sera fait de l’option deux états viables et indépendants côte à côte et nous le savons tous ici. Si nous acceptons notre relégation au champ exclusif de la solidarité, et entendez moi bien, ce champ de la solidarité est exemplaire, nécessaire et fondamental il ne s’agit pas une seconde de le remettre en question, je dis bien le champ « exclusif » de la solidarité, nous participons de fait à la répartition des cartes coloniale qui dit « laissez nous nous arranger entre nous ». Devenir partie-prenante dans ce conflit, comme acteur politique n’est-ce pas la seule manière qu’il nous reste d’y imposer le tiers manquant ? De plus si non n’arrivons pas à faire émerger une force tierce qui sera celle d’une base citoyenne ni dans le domaine des affaires étrangères, ni dans le domaine européen, ni dans le domaine national, alors nous ne serons plus en mesure d’aider qui que ce soit : c’est nous qui aurons besoin d’aide. Comment ? Je viens de passer deux mois en Israël au contact des mouvements israéliens de résistance à l’occupation, et j’ai aussi participé à la 107e mission civile en Cisjordanie, qui centrait ses activités sur les familles de prisonniers, et sur les femmes palestiniennes dans la vie politique et leur évolution pendant les 5 dernières années. Je vous propose mon témoignage sur le bilan qui se fait là bas. Si je devais résumer en deux phrases l’état des lieux dans ces deux parties, je dirais qu’en Palestine les voix entendues parlent toutes de 3e intifada prochaine en se posant seulement la question de sa forme, (ce qui pourrait en dire long sur la stratégie palestinienne à l’œuvre). Mais il est clair pour tous ceux que nous avons rencontrés que le « retrait unilatéral de Gaza » constitue un tournant extrêmement dangereux quant à la survie de l’option des deux états. Et pour le camp des mouvements israéliens l’heure est au bilan, le même exactement que nous sommes conviés à faire ici ce soir. Je partirai donc de ce dernier point : je suis arrivée en Israël le 18 juin et le 19 au soir je participais à une réunion de Hadash, le front du PC israélien, à Haïfa avec Ilan Pappe de l’université de Haïfa et Calman Altman du Technion (le polytechnique israélien) sur la question du boycott universitaire décidé peu avant par des syndicats d’enseignants anglais. |
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| Quelques phrases à entendre qui sonnent justes, malgré mes réticences sur le fait que Ilan Pappe dans son ton et son discours en Europe, me semble parfois décalé et inefficace, (je n’ai pas apprécié son interview intitulé « la gauche anticolonialiste est morte » signé de surcroît par Sylvia Cattori dont je ne pense pas du bien, ni d’elle ni de ses fréquentations) Pourtant ces quelques phrases vont résonner tous les jours suivants en moi : « bien sûr qu’il y a des gens superbes dans les mouvements anticolonialistes, bien sûr qu’il y a des luttes formidables etc... mais réfléchissons chers amis, avons-nous réussi par nos luttes à empêcher une seule destruction de maison, avons-nous réussi à empêcher la construction d’un centimètre de mur, avons-nous réussi à empêcher un seul bombardement une seule invasion, une seule arrestation ? Sommes nous entrain de gagner » ? Comment ne pas entendre ce qu’il dit ? Calman Altman lui veut analyser l’exemple sud-africain, et explique que le boycott a marché parce que l’appel venait d’Afrique du Sud, et cette situation lui semble impossible à reproduire pour Israël. Il soutient le boycott mais ne croit pas à sa réussite dans le contexte qu’il vient de décrire. Là aussi je réfléchis ... Et pourquoi donc n’y aurait-il pas appel israélien au boycott ou aux sanctions ? Qui dit que c’est impossible ? Le monde a changé depuis l’Afrique du Sud, on nous l’a assez dit, il s’est globalisé, et les camps ne se définissent plus aujourd’hui par pays mais transversalement (est-ce d’ailleurs si récent ?). Le rapport des pacifistes israéliens avec les Palestiniens occupés les places dans le même camp que nous ici, la triangulation stratégique définie notamment par les ccippp et construite petit à petit dans les forum sociaux européens et mondiaux reste notre atout majeur, mais reste aussi à concrétiser dans un véritable travail commun, de détermination d’une véritable stratégie commune, collectivement établie de façon tripartite et appliquée chacun à sa place. Les choix des outils de cette stratégie sont aussi à déterminer en commun, et s’il y avait un appel tripartite aux sanctions, cela n’aurait-il pas plus d’efficacité qu’un appel des Palestiniens enfermés, qui résonne sur les incertitudes et les impuissances de l’Europe et les peurs de la société israélienne ? Pappe conclut : « chers amis, ne vous faites pas d’illusion, boycott il y aura vous ne pourrez pas l’empêcher en Angleterre ou aux states, les gens sont trop furieux contre ce qui se passe, la seule question est celle de notre soutien ou non, et des conséquences de notre attitude sur ce boycott... ». Là aussi cela pousse à réfléchir. Pappe agace peut-être parfois les militants israéliens mais il n’a pas tort surtout quand il parle sur leur terrain israélien. Là je trouve qu’il vise juste. Deuxième étape : quelques jours plus tard dans la même semaine, je rencontre à Tel Aviv Oren Meddicks (ex gush shalom) qui m’annonce qu’il organise le 19 juillet à Tel Aviv une conférence sur les sanctions avec plusieurs intervenants Yeoudith Harel, Ilan Pappe, Abir Kopti de la coalition des femmes, Yoav Peled de l’université de Tel Aviv. Pendant un mois, chaque fois que je rencontre les représentants d’un mouvement politique israélien contre l’occupation, ils me rappellent cette échéance. Lors de ce débat la salle est pleine de représentants des associations venus prendre la température, le débat est contradictoire, Yoav Peled ne soutient pas les sanctions, mais la salle est chaude et tous les intervenants sont clairs sur la nécessité de passer à la vitesse supérieure. J’entends dire que Betselem a tenu intra muros une journée de réflexion et d’information sur les sanctions et l’opportunité de joindre l’appel aux sanctions. Bat Shalom tient une journée débat sur la même question en interne pour ses militantes. Nouveau profile a sorti un appel au désinvestissement sélectif et aux sanctions. L’ICAHD a déjà sorti aussi son appel aux sanctions avant l’été. L’AIC s’est impliquée dans la campagne européenne de sanctions depuis le début dans le cadre de sa participation aux forums sociaux européens mondiaux, etc... Le congrès des Femmes en noir qui se prépare pour la mi août a programmé un atelier « sanctions ». Les Anarchistes contre le mur évidemment et sans état d’âme, depuis le début, surtout avec le mur, ils se sentent dans le même camp que tous les Palestiniens enfermés et réclament avec eux des sanctions. Bref, je constate au fil de l’été que la question des sanctions est inscrite à l’ordre du jour politique de toutes les associations anticolonialistes israéliennes. Et mieux je dirais, que cela leur plaise ou non, c’est même le plus intéressant de la question. Qu’elles le veuillent ou non toutes les associations anticolonialistes font leur bilan, Pappe le réclame, mais je dirai le bilan « se fait » de lui-même à certaines étapes, et cet été est une étape pour nous tous, les Palestiniens, les Israéliens et nous, les autres. Donc nous y sommes tous : et ce bilan n’est pas facile à faire, il est même douloureux : il ressemblerait fort à celui des Israéliens, qu’avons-nous réussi à empêcher ? Certes, la solidarité du terrain est formidable, depuis l’aide à la cueillette jusqu’à la distribution de l’huile des olives, depuis les jumelages des villes de France avec les villages, depuis les centaines de Français partis sur le terrain vivre leur solidarité avec les palestiniens enfermés à Gaza , puis en Cisjordanie seulement parce que Gaza a fermé ses portes sous notre nez, sans que nous ayons les moyens de l’empêcher, et encore pas tous les Français, parce que nous n’avons pu empêcher les interdictions d’entrée sur le territoire israélien à l’aéroport, et nous n’avons pas non plus réussi à obtenir la réciprocité de traitement en France, par exemple avec une exigence de visa au moins pour les Israéliens vivant dans les colonies qui pourraient être considérés ici comme dangereux ... Nous avons gagné quelques points : nous avons obtenu le vote du parlement européen contre l’accord d’association, mais nous n’avons pas réussi à faire appliquer ce vote. Nous avons obtenu une décision de justice assortie de mesures de sanctions contre le mur à la Haye, mais cette décision qui demande clairement aux Etats de prendre des sanctions est restée lettre morte. Nous avons dénoncé la coopération militaire franco-israélienne, et il nous a été répondu que cette coopération servait les intérêts de la France. Nous avons mené des campagnes contre le mur, contre les démolitions de maisons, contre l’arrachage des oliviers, nous avons témoigné, informé des milliers de personnes en France et en Europe. Force est de constater que l’impunité israélienne reste inentamée, et même au contraire, que la propagande israélienne sur l’antisémitisme a avancé et gagné des points, paralysant de nombreux Etats, et gouvernements, et même leur faisant donner gage sur gage de leur non antisémitisme sur le terrain, sur le dos devrais-je dire de la Palestine. La réception de Katzav en grande pompe sur les Champs-élysées, il y a bientôt deux ans, et la meilleure, celle de Sharon cet été montrent un réchauffement net des relations franco-israélienne. Réchauffement aussi discret mais certain avec l’Europe à qui Israël demande de financer ponts et tunnels pour créer la continuité territoriale palestinienne telle que la dessine Sharon. La réponse n’est pas non. Alors ? La question se pose : que ou qui cherche-t-on à protéger dans cette histoire ? Soi même, les juifs héritiers des persécutions, Israël, les Palestiniens ? A-t-on seulement pris la peine de répondre à leur appel de mai 2005 ? Je veux citer des Israéliens anticolonialistes (évidemment, qui voulez-vous citer Beilin ?) je vais le citer d’ailleurs pour nous faire plaisir : Rapporté dans Y net (le site très lu du plus grand quotidien israélien Yediyot aharonot) par la journaliste Diana Bahur-Nir. Yossi Beilin, président du parti Yachad-Meretz jeudi 14 septembre a rencontré 25 ambassadeurs de l’UE à la résidence de l’ambassadeur britannique. Pendant la rencontre, Beilin a appelé les ambassadeurs à faire pression pour obtenir une décision du parlement européen déterminant que les mandats d’arrêt pour raisons de crimes de guerre soient présentés uniquement lorsque le pays qui arrête est lié aux crimes en question et seulement dans les cas où le système local de justice ne fonctionne pas en accord avec les normes internationales ». |
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| la suite sur http://www.france-palestine.org/article2553.html |
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