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#1
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| Hamidullah, tel que je l'ai connu Bamba Amara Lundi 30 Décembre 2002 Autant que je me souvienne, mon premier « contact » avec Hamidullah remonte à l’année 1984. J’étais en Côte d’Ivoire. C’était le mois de Ramadan. Dans ma quête spirituelle, Dieu m’a permis de tomber sur un article en anglais signé Pr. M. Hamidullah. Puisque cet article portait l’adresse de l’éditeur (quelque part dans l’Océan indien) j’ai voulu témoigner de ma gratitude à ce Professeur « inconnu ». Je lui envoyai une lettre le remerciant pour son papier et une carte de vœux pour lui souhaiter une « bonne fin de Ramadan ». Quelques semaines plus tard, je reçus sa réponse en provenance de Paris. Elle disait : « carte de vœux, gaspillage d’argent... Nous sommes un milliard de musulmans. Imaginez que chaque musulman envoie une carte de vœux pour 1,5 F. Cela fait trois milliards de francs de gaspillés pour l’Islam…». Tel fut mon premier échange pour le moins déroutant avec le professeur. A l’époque, je dirigeais une association d’étudiants et je souhaitais l’inviter dans mon pays. Je lui ai exprimé ma demande. Il évoqua son grand âge et me recommanda d’autres lectures… Les premières conversations Lorsque je suis arrivé en région parisienne pour poursuivre mes études, j’en avais informé Hamidullah par écrit en l’interrogeant sur les horaires de la Salat en France. Je pris le soin de glisser une enveloppe réponse avec cette lettre. Le professeur me répondit gentiment. Il n’utilisa pas mon enveloppe réponse. Il me la renvoya et m’offrit un timbre supplémentaire. Je lui écrivis de nouveau. Lui ai posé quelques questions. Lui renvoyai son timbre auquel j’avais ajouté un autre timbre réponse. Encore une fois, le Professeur répondit à mes questions. Dans son enveloppe, je trouvai les timbres que je lui avais envoyés et un bon lot de timbres supplémentaires. Les choses se passèrent ainsi pendant un moment… Ce curieux échange philatéliste autour de timbres sans valeur réelle m’amusa un moment. Mais j’étais jeune et débordant de fougue, ce nouveau jeu finit donc par m’agacer. Je laissais Hamidullah gagner la partie. Je n’avais aucune conscience du monument de science auquel je me frottais. Telles furent mes premières conversations avec Hamidullah : authentiques et inhabituelles. Les Etudiants islamiques de France Au cours de ces échanges, le professeur m’avait recommandé l’Association des Etudiants Islamiques en France (AEIF) qu’il avait fondé en 1962 et qu’il suivait de loin. Sur ses conseils, je devins membre régulier de l’AEIF. Dans le groupe cosmopolite d’étudiants que nous formions, l’admiration vouée à Hamidullah était la chose la plus partagée de tous. Il ne venait jamais à notre local. Il y était pourtant présent. Par ses activités, ses écrits, ses conseils envoyés par courrier sur des demi-feuilles de papier recyclé, il faisait partie des nôtres. Nous avions réussi à relancer le magazine « LE MUSULMAN ». Le professeur lisait soigneusement cette revue d’étudiants. J’ai le souvenir d’exemplaires qu’il nous renvoyait avec ses annotations, ses corrections portant sur les noms de personnes, de lieux, les coquilles et les fautes d’orthographe. Parfois, quand nous avions commis trop de maladresses, il n’était pas content. Il le faisait savoir tout en nous encourageant. La réédition de la revue nous attira un courrier abondant et de nombreuses questions de lecteurs. Le paysage médiatique islamique était encore assez pauvre. Hamidullah était notre « joker », disposé à répondre aux questions les plus directes, les plus saugrenues. Un lecteur demandait : « la guerre Iran-Irak, lequel des deux a raison ? » Hamidullah répondait, il avançait quelques arguments et citait des exemples choisis dans l’histoire de l’Islam... Une lectrice nous écrivait : « Un musulman a-t-il le droit de faire des attentats dans un pays non musulman ? ». Et le professeur répondait. Je prenais note, je répondais aux lecteurs. Les exemples sont nombreux, je ne peux me souvenir de tous. Il me reste l’impression générale que les réponses du professeur étaient mesurées et nuancées. Pour lui, la responsabilité individuelle n’était pas un vœu pieux, il la posait en exigence fondamentale. L’influence spirituelle de Hamidullah était omniprésente à l’AEIF. Nous n’avions pas besoin de le nommer. Entre nous, nous l’appelions simplement : Le professeur. Un maître pas comme les autres Lorsque certaines tâches me furent confiées au sein de l’AEIF, je rencontrai le professeur à maintes reprises. A notre première rencontre je m’attendais à ce qu’il me pose de nombreuses questions sur mon pays, mes activités, mes études. Il n’en fut rien. Il me demanda simplement si j’avais une bourse d’étude et si j’avais de la famille en France. Au moment de partir, il me dit : « Dans ce pays, il y a des anges et il y a des diables. Tu es musulman, tu trouveras ici tout ce qu’il faut pour être un bon musulman. Tu trouveras aussi tout ce qu’il faut pour être un mauvais musulman ». Puis il m’encouragea à veiller à ce que le local de l’association ne soit jamais fermé, surtout durant les week-ends. Au prime abord, je fus stupéfait par l’ampleur de ses publications et l’étendue de son savoir. Je fus presque étourdi par la quantité de livres et documents qui jonchaient son studio et au milieu desquels il vivait. Il était déjà à la retraite. Et pourtant il me donnait l’impression de manquer de temps. Aujourd’hui encore, cette impression de manque de temps, est l’un des souvenirs les plus vivaces que je garde de Hamidullah. De ma vie, je n’ai jamais rencontré une personne, à la retraite ou en activité, qui me donne autant l’impression chronique de manquer de temps. Hamidullah était toujours impliqué dans un projet d’écriture. Il évoquait sans cesse des thèmes nouveaux, originaux et pointus à explorer. Il réclamait la réédition ou la traduction d’ouvrages d’auteurs dont je n’avais jamais entendu parler. Evoquant un ouvrage disparu qu’il avait réussi à reconstituer (à partir de dictionnaires et de citations qui en étaient tirées), il dit un jour : « c’est vrai, je l’ai fait. Mais j’étais fou. Je ne recommencerai plus ». Un autre jour où notre équipe de rédaction éprouvait des difficultés à boucler un dossier sur «l’Islam et la science », je me rendis auprès de lui pour recueillir ses conseils. Il me répondit qu’il était vieux et que c’était à nous, jeunes étudiants musulmans, de mener des recherches sur l’Islam. Je lui demandai alors : - Si vous aviez mon âge, professeur, sur quel sujet travailleriez vous ? - « La psychologie des munafikun » répondit-il instantanément. - La psychologie ? M’étonnai-je. - Oui… - … - Je m’intéresserais à «la psychologie des munafikun ». Répéta-t-il l’air pensif. Je savais alors qu’il était juriste et qu’il avait enseigné le droit international. Je savais aussi qu’il avait passé quelques années en Arabie Saoudite pour mémoriser le texte du Coran en entier. Mais lorsque je rapportai l’anecdote à mes amis de l’AEIF, quelle ne fut ma surprise d’apprendre qu’il avait soutenu non moins de cinq thèses de doctorat sur l’histoire, la botanique et bien d’autres domaines encore. Mais il n’en parlait jamais. Autant que je me souvienne, il évoqua ses doctorats à une occasion. Ce jour là, il présentait une «boussole islamique ». C’était un petit boîtier équipé d’une aiguille magnétisée permettant de reconnaître la quibla, dans toutes les régions du monde. Brandissant l’instrument, il dit : « cette boîte est bien plus importante à mes yeux que tous les doctorats que j’ai soutenus »... Il n’en dit pas plus sur ses diplômes. Tel était le Hamidullah que j’ai connu : humble, discret, pétri de science et au service de la communauté. Questions et réponses L’hiver 1989 fut très froid à Paris. Après un cours qu’il venait de nous faire sur le traitement des minorités religieuses en Islam, j’accompagnai Hamidullah hors de la salle de conférence avec l’idée de le laisser à sa voiture. Durant son intervention, il nous avait raconté avec humour sa rencontre avec une religieuse chrétienne, ses visites au couvent en rase campagne et quelques détails sur la conférence qu’il avait donnée dans ce couvent. Je l’avais écouté en l’imaginant arriver au couvent, dans sa voiture, au milieu des religieuses vêtues de noir. Mais une fois dans la rue glacée, le professeur me tendit la main pour prendre congé. Ne sachant laquelle des voitures était la sienne, je lui demandai : - Avez-vous réussi à vous garer dans la rue ? - Mais je n’ai pas de voiture. Me dit-il naturellement. - Alors, comment vous déplacez-vous, professeur ? Demandai-je surpris. - En métro. Me dit-il avant d’ajouter : vous connaissez un autre moyen de déplacement ? - … J’étais encore étudiant. Et j’avais une voiture, «ma » voiture ! C’est ainsi que, sans grands discours, Hamidullah donnait des leçons à ceux qui ont eu l’occasion de l’approcher. Une autre fois, dans des circonstances semblables, où il venait de nous parler d’éducation, je lui demandai s’il avait des enfants : - Non. Me dit-il. - Vous n’êtes pas marié ? - Non. - Vous ne vous êtes jamais marié ? Insistai-je. - Non - … - Heureusement, ajouta-t-il :… Je n’aurais pas eu le temps de m’occuper de ma femme. suite: http://www.saphirnews.com/Hamidullah...onnu_a241.html |
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| Décès du Professeur Muhammad Hamidullah: Mardi 17 Décembre 2002 http://www.saphirnews.com/Deces-du-P...llah_a218.html |
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