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Envoyé par jdal Les constats que tu fais, je les partage, mais sans les tenants de ces constats, ils restent abstraits et superficiels. Que l’enseignement soit le même pour tous n’est qu’un constat théorique. Et en suivant le corollaire, toujours théorique de cette identité théorique, à savoir l’égalité des chances, il s’avère qu’en pratique cet enseignement n’est pas fait pour tous et que de ce fait même, il n’est pas le même pour tous. Aussi est-ce confortable d’affirmer que l’école reproduit les inégalités sociales et il l’est moins de reconnaître que l’école produit ces inégalités. Pour les enfants d’immigrés de l’ancien espace colonial et de ses résidus, c’est ce qui s’est passé.
Ce qui est encore plus abstrait et superficiel, c’est de rabâcher qu’il est interdit d’incendier les voitures, comme si les incendiaires ne le savaient pas. Cette violence, mais peut-on parler de violence envers des choses sans banaliser les violences envers les vivants, résultent aussi d’un processus. L’école ne dispense pas d’autre éducation politique que celle que les lycéens se donnent eux-mêmes, sauf évidemment à croire que les cours d’éducation civique et d’ECJS la dispense. Quelle éducation politique peuvent donner à leurs enfants des parents qui sont tenus à l’écart de la vie politique, autant par eux-mêmes que par cette vie même ? Qu’a fait l’école républicaine pour combler cet écart ? Et pourquoi l’aurait-elle comblé alors qu’elle organisait et réalisait, sans le vivre comme tel il est vrai, la mise à l’écart de la société de ces enfants ?
Je ne m’étendrai pas sur l’aspect urbanistique de ce processus ségrégationniste. L’irrationalité des émeutiers est le juste prix de la rationalité technocratique de cet aspect. Dans ce processus, les uns et les autres ont été complices, mais ne le sommes-nous pas tous, complices des relations sociales dans lesquelles nous vivons ? Que ce processus débouchent sur des émeutes, qui pour évoquer celles des ghettos nord-américains et des townships sud-africains n’en sont encore que de pâles reflets, ne peut indigner que ceux qui digèrent devant leur télé. Troublés dans leur digestion, ils n’ont plus que la loi à invoquer comme n’importe quel Chirac.
Ces émeutes s’éteindront bientôt par lassitude mais couveront encore comme des feux mal éteints. Il n’y a en effet aucune chance que les jeunes européens s’y joignent, quoiqu’ils ne manquent non plus de raisons de ne plus supporter, je veux dire de soutenir, cette société. Cela suffit, s’il en est encore besoin, à prouver que la jeunesse venue de l’immigration a été mise à part.
C'est aussi pour Fauve, dont les yeux de félin ne voient bien que la nuit. |