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| Des étudiants se sont rebiffés contre une enseignante qui leur faisait étudier un poème sur un fond musical : "Le Coran l'interdit", lui a dit un élève, qui l'a menacée verbalement. Dans l'amphithéâtre B, jeudi 5 juin, une quinzaine de jeunes femmes portant le foulard islamique terminent leur examen. Il y a aussi quelques "barbus" sur la centaine d'étudiants. Dans la cour, une journaliste de RMC tend le micro aux uns et aux autres. France 3 et LCI sont déjà passés. Un professeur se souvient de ce cameraman qui cherchait le scoop - "où sont les islamistes ?" - et qui a "couru derrière une fille voilée"... Mais que se passe-t-il au département d'études arabes de Langues'O, dans les locaux de l'université Paris III, à Asnières (Hauts-de-Seine) ? Son directeur, Jean Tardy, est excédé : à lire la revue en ligne proche-orient.info, "nous serions un repère d'intégristes", soupire-t-il. Dans son article, le journaliste affirme que l'Institut national appliqué des langues et civilisations orientales (Inalco) "est en proie à une poussée islamiste sans précédent". Sans les dater, il s'appuie sur des "faits" qui lui ont été "relatés directement". M. Tardy en confirme certains. En 2001, des étudiantes musulmanes ont réclamé un lieu de prière qui leur a été refusé. "Il y a des mosquées autour de l'université", leur a expliqué le président de l'Inalco, Gilles Delouche. Une jeune femme a refusé de passer un oral avec un homme. "C'est ça ou zéro", lui a-t-on dit. Elle a obtempéré, assure M. Tardy. Des étudiants se sont rebiffés contre une enseignante qui leur faisait étudier un poème sur un fond musical : "Le Coran l'interdit", lui a dit un élève, qui l'a menacée verbalement. Soumise à de "fortes pressions", la professeure préfère ne pas s'exprimer. En revanche, le directeur du département d'études arabes "dément formellement" qu'une des femmes porte "la burqa" en cours. "C'est l'habit des femmes afghanes, qui ont le visage caché derrière un grillage. En dix ans, je n'en ai vu aucune", dit M. Tardy. Autre histoire, une personne sommée de retirer sa "burqa" lors d'un oral se serait révélé être "le frère de l'étudiante censée passer l'examen". "Ceci s'est produit il y a dix ans, dans une université de Haute-Egypte", rectifie M. Tardy. Des étudiantes d'origine maghrébine acceptent de parler en changeant leur prénom. "Quelques filles sont vêtues d'une longue tunique noire et voilées, à l'iranienne, comme des chiites. J'en vois une ou deux par jour", répond Fatima. Les filles "fantômes", comme les appelle Emilie, existent bien. Mais ceux qui font du prosélytisme "sont dix ou quinze, à tout casser". "On les voit avec leur Coran, dit-elle. L'autre jour, en cours d'islamologie, une fille a demandé combien d'ablutions devait faire une femme après ses règles. Le prof l'a remise à sa place." Derrière la sérénité affichée, les enseignants sont vigilants. M. Delouche dit avoir reçu "cinq lettres" d'élèves décrivant "une atmosphère oppressante" ; "Du style : ne parle pas du problème du voile, ce sera mieux pour toi", résume-t-il. Lors d'une réunion interne, les professeurs du département d'études arabes ont évoqué les problèmes qu'ils avaient rencontrés. "L'un d'eux a raconté qu'il s'autocensurait pour éviter des incidents", témoigne M. Delouche. La loi de 1905 sur la laïcité ne s'appliquant pas à l'université, "seule l'identité des étudiants peut y être contrôlée", ont constaté les enseignants. Le 2 juin, une jeune fille au visage caché sous un voile a pu s'atteler à son "partiel" après avoir présenté sa carte d'étudiante. La direction reconnaît qu'on entre dans l'université "comme dans un moulin" et réclame "des vigiles" à l'entrée. Le président de l'Inalco a rédigé une charte qui "ne vise pas le port du foulard" mais "rappelle les missions de l'université". "Je l'ai transmise pour validation à la direction des affaires juridiques de l'éducation nationale, mais j'ai peur qu'elle soit sur une voie de garage", poursuit M. Delouche. Peu importe : "J'ai l'intention de la faire signer par les étudiants, faute de quoi je refuserai leur inscription", dit-il, "conscient" de s'exposer à d'éventuels recours devant le Conseil d'Etat. Cette affaire braque à nouveau les projecteurs sur les jeunes filles voilées. Soucieux de ne pas les stigmatiser, les professeurs d'arabe se félicitent de leur "attitude respectueuse". "Elles sont souvent les premières à poser des questions. En cinq ans, pas une n'a refusé de participer au cours", souligne Brigitte Foulon. "En deuxième année, ma meilleure étudiante porte un petit voile", ajoute Luc Deheuvels, directeur du Centre de recherches et d'études arabes. "Les auteurs d'incidents sont des lâches. Ils s'attaquent aux beurettes intelligentes", déplore un membre de la direction. Les "beurettes intelligentes"ne semblent pas trop inquiètes. Mais, à l'heure où ressurgit le débat sur le foulard, certaines jugent qu'une loi serait contre-productive. "Ce serait une inégalité homme-femme et l'échec de la République. Un système d'enseignement parallèle se développerait. En tant que femme voilée, je préfère voir des gens différents", explique Karima. Dans le hall de l'université, Mina, 21 ans, foulard noir et veste en jeans, explique qu'elle n'a "aucun problème" à concilier ses études avec les "cinq prières par jour". Jeudi, à 13 h 30, elle part à la mosquée avec son amie Nadia, foulard mauve sur la tête. Un peu plus tard, les deux jeunes femmes sont de retour. Le Monde, France |