Vive le (Ma)rock indépendant !


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Vieux 10/06/2003, 19h16
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Impossible d′oublier le cauchemar vécu par les hard rockers. L′heure de la victoire a sonné, les guitares ont remplacé les menottes. L′émotion était à son comble.

Ce samedi 31 mai, c′est la rage au cœur et au corps que Nekros monte sur scène pour leur premier concert depuis l′Affaire, sur le podium du Boulevard des jeunes musiciens. Ils chantent et jouent du heavy metal sans scrupule, avec passion, avec foi (inébranlée cette fois). L′index et l′annulaire en l′air (signe de reconnaissance des hard rockers), le V de la victoire ne fait plus illusion sur la scène comme dans le public, tout de noir vêtu, venu en nombre montrer patte blanche sur le stade du COC. La victoire sera enfin totale le dimanche de clôture du Boulevard, lorsque Reborn remporte la compétition Rock/Hard. Ici personne n′a effacé de sa mémoire le cauchemar de ces derniers mois pour 8 des musiciens de la sélection. "On aime le rock et on n′est pas prêts d′arrêter", lâche Nabil A., batteur de Reborn, seul rescapé de la série d′arrestations. Il était devenu un fugitif l′espace de 15 jours, histoire de se faire oublier. Les policiers comme ses parents ont eu connaissance de ses agissements de "hardaza", en découvrant sa photo sur l′affiche du comité de soutien. Oublier ? Impossible. Se faire oublier ? Dès que possible, et pourtant il y a des signes qui ne trompent pas. Amin H. et "Titif" F. de Reborn, arborent fièrement (et comment?) un t-shirt fait maison, avec au recto leur numéro matricule d′Oukacha et au verso un "P4" désignant leur pavillon de résidence, gradué au sommet de l′échelle de l′insupportable. Amin H. exhibe aussi pour la première fois en live sa coupe de cheveux "made in Oukacha", soudoyée au coiffeur des lieux "contre un paquet de Marquise et 4 portions de fromage". En coulisse, on joue en acoustique la chanson composée en cellule, relatant la sinistre épopée… Samir A., ami des rockers et arrêté en même temps, est le grand absent de cette fête de l′underground. Peut-être en a-t-il assez des bains de foule ? "Non, répond Abdessamad, sa mère est décédée la semaine dernière d′une crise cardiaque, à la suite du choc de l′arrestation". Décidément, les conséquences sont plus sataniques que les causes.
"Le hard rock vivra", hurle Driss Laraki, chauffeur de stade émérite du festival, il sait que le rock vient de faire sa première victime, mais l′espoir est là. Pour preuve, la maman de Saâd B., bassiste de Nekros, a fait le déplacement pour admirer son fils sur scène. "Je préfère les voir avec des guitares qu′avec des menottes", confie-t-elle. L′émotion pouvait aussi se lire sur les visages lorsque leurs guitares ont commencé à résonner. Et maintenant quid de ces "Bébés Rock" ? "Même si aucun circuit n′existe pour le rock au Maroc, on veut que la scène metal survive grâce à un public éclairé, qui s′évade des dérives pour lesquelles on nous a condamnés. Je fais ma prière, j′aime pas le sang, et je préfère faire du "dajij" dans un local que perdre mes journées au café à boire, ou me droguer. L′underground est notre mode de vie, nous n′avons aucun objectif de vente et nous n′en voulons pas", s′explique Nabil G., 23 ans, pourtant licencié en économie et gestion… "Si un jour, nous gagnons un peu d′argent, j′ai envie de monter un label, et pourquoi pas commencer à créer ce circuit inexistant pour l′instant". Pour Nabil G. et les autres , tous brillants étudiants ou salariés, la musique est un exutoire, et l′underground un synonyme irremplaçable de liberté… "Freedom, Freedom" "Titif" F. au micro avant que Nabil G. ne conclue avec un rire jaune lors de la remise des prix : "Merci à Oukacha".


Et les trois autres ?

Que deviennent les 3 non innocentés du procès des hard rockers ? Tous, en droit de demander leur réhabilitation, soit la virginité de leur casier judiciaire, ne peuvent le faire que 34 mois après le verdict. Mohamed Ali Kamil, dit l′Egyptien, a enfin obtenu l′autorisation de rouvrir son café après moult difficultés. Mounir Noucherif tente de reprendre une vie normale d′artiste, après avoir terminé sa fresque à Ain Borja. Présent au Boulevard, et voulant rester discret, il n′a souhaité apparaître ni en interview ni en photo… Respect ! Idem pour Bouchaïb El Hamdani, absent du festival, il se tient définitivement à l′écart depuis sa sortie de prison. La police a refusé de lui rendre ses papiers, l′obligeant à les refaire. Courage Bouchaïb !

Telquel, Maroc
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