Piégés par la République, par Laurent Mucchielli et Didier Lapeyronnie




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Vieux 15/11/2005, 18h59
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Piégés par la République, par Laurent Mucchielli et Didier Lapeyronnie


Les jeunes des quartiers difficiles ne voient du «modèle social français» qu'une grise prison.
Libération mercredi 09 novembre 2005
Didier LAPEYRONNIE et Laurent MUCCHIELLI, sociologues.

Les émeutiers sont seuls. Ils n'ont aucun soutien politique. Il est vrai qu'ils sont difficilement défendables. Ils sont agressifs et violents. Ils ont souvent un présent ou un passé de délinquants. Ils brûlent des voitures et affrontent durement la police. Les photos des journaux et les reportages télévisuels nous abreuvent de ces images de véhicules ou de bâtiments en flammes autour desquels dansent des silhouettes menaçantes. Images inquiétantes, toutes prises derrière le paravent policier, du point de vue de l'ordre et de la loi, mais qui nous interdisent à jamais d'avoir le point de vue inverse, le point de vue de celui qui fait face à la police et à l'ordre de la bonne société. Sous les capuches rabattues de leur jogging, les «jeunes » sont sans visage, anonymes et sans parole. Comme l'a rappelé le lynchage d'Epinay-sur-Seine, la violence écoeurante dont ils usent semble bien le signe qu'ils sont hors de notre société, des «sauvageons» ou une «racaille» dont il faut se protéger et surtout dont il faut protéger les «braves gens» qui ont le malheur de vivre dans les mêmes cités et qui, eux, voudraient «s'en sortir» et «s'intégrer». N'ayant rien à dire, si ce n'est exprimer le mélange d'émotion et de rage qui les a saisis à la suite de la mort de Ziad B. et Banou T., puis des propos du ministre de l'Intérieur, ils seront maintenant l'objet de tous les discours et de tous les usages politiques, un instrument destiné à justifier la répression et l'appel toujours plus pressant à la loi. L'ordre et la justice, a répondu le gouvernement après avoir liquidé les emplois jeunes et la police de proximité, le budget des associations et de la politique de la ville. Ces jeunes sont ainsi enfermés dans le rapport exclusif à la norme et à la morale, irrémédiablement marginalisés et construits comme des problèmes : ceux qu'ils subiraient et ceux qu'ils feraient subir. Et la violence dont ils usent, par effet de sidération, renforce le cercle vicieux et justifie qu'ils soient tenus à l'écart.

Certes, l'émeute libère la colère et la violence, les petits délinquants s'en donnent à coeur joie. Pourtant, ces «violences urbaines» ne sauraient être réduites à la seule question de la loi et de la norme. Dans les années 1960, il aurait été absurde de ramener les petits groupes de Black Panthers à de simples délinquants. Il y a un siècle et demi, Gavroche, qui effrayait tant la bonne société, aurait pu mourir en volant le portefeuille d'un bourgeois aussi bien que sur une barricade. L'émeute et la violence urbaine charrient toutes les déviances qu'elles mêlent au sentiment d'une humiliation démultipliée.

Une humiliation scolaire. L'école n'est pas vécue par une partie de ces jeunes comme un instrument de promotion mais comme le lieu d'une sélection qui transforme leur destin social en autant d'humiliations personnelles. A leurs yeux, la promotion par l'école est réservée à d'autres, qui savent tirer tous les bénéfices et qui sont généralement des «Blancs» quand eux sont généralement des jeunes issus de l'immigration. Ne serait-ce pas ces mêmes «jeunes de banlieue» qui, au mois de mars dernier, dépouillaient et frappaient les lycéens venus manifester pour défendre leur école ? Une humiliation économique. Tandis que nous commentons des hausses ou des baisses d'un taux de chômage national entre 8 et 9 %, la situation d'une partie de la jeunesse est sans commune mesure. Le taux de chômage des jeunes à Clichy-sous-Bois tourne autour de 30 %. Et si l'on cible les jeunes nés de père ouvrier et sortis de l'école sans diplôme ou avec un simple CAP, le taux de chômage dépasse les 50 % dans la plupart de ces quartiers qui s'enflamment de nouveau aujourd'hui. Sans emploi, impossible d'accéder à un logement et d'envisager de pouvoir fonder sa propre famille. La vie «normale» est interdite.

Une humiliation quotidienne dans les rapports avec la police. Les pouvoirs publics ne mesurent sans doute pas à quel point cette interaction est devenue au fil des ans un élément du problème. Lorsque des policiers presque tous «blancs» interviennent sur des populations qu'ils ne connaissent pas, contrôlent indistinctement tous ceux qui leur paraissent «suspects» (qui sont presque tous black ou beurs) et sont capables de faire preuve de la même violence verbale et physique que les délinquants qu'ils voudraient arrêter, alors il n'est pas surprenant que cette relation quotidienne soit perçue par ces jeunes comme le symbole d'une oppression et d'un racisme.

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Vieux 15/11/2005, 19h00
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salam, bonsoir,

Sources: http://www.liberation.fr/page.php?Article=337030


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Vieux 15/11/2005, 19h03
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La suite de l'article sur le lien.

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Vieux 15/11/2005, 19h04
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ca ressemble a un hommage ca... non ? ils veulent juste comprendre ces jeunes ? c ca ?
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