affaire Telquel vs Hlima Assali (la fameuse chikha) Place aux plaidoiries ! et a la mascarade...
Pour eux : “un sommet de diffamation et d’insulte”. Pour nous : “on ne peut condamner un journaliste sur la base des arrière-pensées des autres”.
Lors de la séance du lundi 28 novembre les avocats des deux parties ont déclamé leurs plaidoiries. La défense de Mme Assali, constituée principalement du bâtonnier Mohamed El Jaouhari et de Me Fatima Moustaghfir, a réaffirmé que la
chronique de Karim Boukhari, objet du procès, était “un sommet de diffamation et d'insulte” . En conclusion de quoi, la défense de Mme Assali persiste à demander trois millions de dirhams en guise de réparation morale et matérielle (pour rappel, elle en avait obtenu un en première instance), plus la condamnation de Ahmed R. Benchemsi et Karim Boukhari pour “diffamation et insulte”, sans oublier “incitation à la haine raciale” (!)
Quant à la défense de TelQuel, dont les têtes de pont étaient le bâtonnier Abderrahman Benameur et Me Mohamed Karam, elle a expliqué à la Cour ce qu'est une chronique humoristique, à savoir un genre journalistique particulier, “caustique, mais pas insultant”, en rappelant les noms des auteurs de chroniques humoristiques les plus célèbres du pays (Abderrafie Jouahri, Rachid Nini…). Me Karam a également soulevé un énorme lièvre en faisant remarquer que la plainte (ou citation directe) déposée par Mme Assali ne faisait pas référence à l'article 47 du Code de la presse, réglementant la diffamation - ce qui ne laisse que l'insulte comme motif recevable de la plainte. Or, où est l'insulte, dans l'article incriminé et particulièrement dans le mot central autour duquel gravite tout ce procès, à savoir “cheikha” ? … Me Karam a également rappelé que diffamer quelqu'un consistait à publier à son propos une information non seulement mensongère, mais également de nature à lui valoir une punition (îqab), si elle avait été exacte. Nous ne sommes clairement pas dans ce cas… Quant au bâtonnier Benameur, il s'est interrogé sur le montant exorbitant du dédommagement réclamé par Mme Assali. Trois millions de dirhams !!??? Et de s'interroger à voix haute : “Comment ce montant, et particulièrement son volet ayant trait à la réparation matérielle, a-t-il été fixé ? L'objectif ne serait-il pas de pousser TelQuel à la faillite ? Et dans ce cas, qui y a vraiment intérêt ?”. Et de rappeler qu'un accident du travail entraînant la mort d'un jeune homme de vingt-et-un ans (cas extrême, puisqu'il a encore tout l’ avenir devant lui), ne donnait lieu, d'après la jurisprudence marocaine, qu’à un dédommagement d'environ 11 000 dirhams ?! Il y a, manifestement, disproportion quelque part…
Sauf imprévu, la dernière séance de ce procès aura lieu lundi 5 décembre. On y assistera aux dernières joutes entre les avocats des deux parties, ainsi qu'au “dernier mot”, traditionnellement réservé aux accusés. Puis on n'aura qu'à attendre le verdict... |